C’était vrai à la mi-année, cela l’est encore cet automne : la situation économique mondiale fait toujours preuve d’une résistance remarquable, les vents porteurs continuant de l’emporter dans leur bras de fer avec les vents contraires.
Nous pensons que ces vents porteurs vont perdurer et gagner in fine la partie, entraînant une accélération de la croissance en 2027, notamment dans les plus grandes économies avancées. Mais il y a des revers à la médaille, le match demeure difficile et les risques nombreux. Petit tour d’horizon de nos prévisions économiques récemment mises à jour et de leurs principaux messages.
Le premier de ces messages est donc la résilience de la croissance. L’essor de l’IA y joue un rôle central, alimentant un cycle d’investissement global et le commerce mondial. Mais ce n’est pas le seul facteur. Les investissements dans la transition écologique soutiennent aussi la croissance, aux côtés de l’accroissement des dépenses de défense.
L’Europe bénéficie également des retombées passées, présentes et à venir du plan NextGenerationEU, du plan d’investissement massif allemand et de l’agenda Une Europe-Un Marché. C’est pourquoi nous continuons d’anticiper un taux de croissance relativement élevé de 1,5%, l’année prochaine, pour la zone euro, contre un peu plus de 2% pour la croissance américaine.
Jusqu’ici, cet ensemble de facteurs positifs a permis d’amortir et de contrebalancer le choc négatif sur les prix de l’énergie causé par le conflit en Iran. Mais celui-ci demeure une source majeure d’incertitudes et un important risque baissier.
C’est le deuxième point clé. Nous faisons l’hypothèse, dans notre scénario central, d’un conflit qui resterait figé à court terme avant une lente – et irrégulière – normalisation des flux transitant par le détroit d’Ormuz.
Cela se traduirait par un baril de Brent oscillant en moyenne autour de 80 dollars mais dans une fourchette assez large, entre 75 et 100 dollars. Et le cours du pétrole brut n’est pas la seule variable importante : les prix des produits raffinés (essence, diesel), du gaz et de l’électricité sont également sous tension.
Ce qui nous amène au troisième message-clé de notre scénario : la persistance de l’inflation. Sa remontée demeure, à ce jour, principalement imputable à la hausse des prix de l’énergie mais le risque d’une propagation, d’un élargissement des effets directs ne peut être écarté.
Il faut aussi s’attendre à une remontée de l’inflation alimentaire. Et les effets indirects, de second-tour, sont également un risque, alimenté par la relative vigueur de la croissance. C’est un (premier) revers à la médaille.
Nous prévoyons que l’inflation, dans les pays développés, atteindra son pic (entre 3,5 et 4%) entre le quatrième trimestre de cette année et le premier de 2027. Son reflux la rapprocherait ensuite de la cible des 2% à l’horizon de la fin 2027. Mais la balance des risques penche du côté d’une inflation plus élevée plutôt que plus basse.
Dans ces conditions de croissance soutenue et d’inflation élevée, la nécessité d’un resserrement de la politique monétaire fait peu de doutes. L’objectif est de la recalibrer vers une position au moins neutre, voire légèrement restrictive. C’est la quatrième caractéristique de notre scénario central.
Pour la Réserve fédérale, nous anticipons deux autres hausses de taux (en décembre et janvier) ; pour la BCE, une troisième (en décembre) ; pour la Banque d’Angleterre, une seule (en novembre) ; et pour la Banque du Japon, encore trois d’ici fin 2027. Sachant que le risque dominant aujourd’hui est que ces banques centrales doivent en faire plus plutôt que moins.
L’ensemble de ces éléments, en combinaison d’autres, amènent au cinquième développement marquant de ces derniers mois : la remontée importante des taux longs souverains, à des niveaux plus atteints depuis une vingtaine d’années.
Cette remontée est multifactorielle et se fait, pour partie, pour de bonnes raisons (des perspectives économiques positives). C’est un autre revers de la médaille. Les anticipations d’inflation des marchés restent, quant à elles, globalement ancrées. Et les conditions financières globales ne se sont pas fortement durcies.
En revanche, la remontée des taux longs est aussi en partie le signal d’une vigilance accrue quant à la soutenabilité des finances publiques. Elle vient renforcer la nécessité de la consolidation budgétaire tout en la compliquant davantage.
Mais, pour conclure, au regard des forces reflationnistes actuelles qui soutiennent l’activité, les prix et les taux, c’est une bonne chose que la politique budgétaire appuie la politique monétaire et que toutes deux agissent dans le sens du freinage. C’est le rôle du policy mix que d’éviter l’emballement et de préserver la stabilité des prix pour prolonger aussi longtemps que possible le cycle. Merci de votre attention et d’avoir regardé ce nouveau numéro d’EcoTV.