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Produits stratégiques : l’Europe est moins vulnérable que les États-Unis mais plus que la Chine

16/09/2026
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« L’Allemagne dépend trop des États-Unis pour sa sécurité, de la Russie pour son énergie et de la Chine pour ses exportations. » Tel était le diagnostic posé en juin 2022 par Constanze Stelzenmüller de la Brookings Institution. Il reste pertinent et vaut pour l’Europe dans son ensemble.

Mais cette dépendance s’applique-t-elle aux produits technologiques et industriels les plus stratégiques ? Les indices de vulnérabilité extérieure (EXVI) de la Commission européenne, qui cartographient l’exposition (globale et par pilier) de l’Union européenne aux chaînes d’approvisionnement étrangères[1], répondent précisément à cette question.

L’EXVI repose sur deux piliers, deux questions simples relatives à chaque groupe de produits (quatre sont représentés ici : les semi-conducteurs, les technologies « zéro émission nette », les matières premières, l’ensemble des produits industriels) :

1/ dans quelle mesure une région dépend-elle d’une poignée de fournisseurs étrangers ?

2/ à quel point est-elle compétitive sur les marchés mondiaux pour ce produit (rapport entre ses importations et ses exportations) ?

Le résultat est un score unique compris entre 0 (vulnérabilité faible) et 1 (vulnérabilité forte) : une région obtient un score élevé (vulnérabilité forte) si elle est très dépendante d’autres acteurs et que sa position sur le marché mondial est faible.

Les résultats pour l’Union européenne sont relativement bons

L’UE est relativement bien positionnée avec un score de 0,18 pour les technologies « zéro émission nette » et de 0,22 pour les semi-conducteurs. Les matières premières apparaissent comme son point faible (0,28). Il est intéressant de noter que, par rapport aux autres régions économiques, l’UE est certes plus vulnérable que la Chine sur ces trois chaînes d’approvisionnement (0,13) mais elle l’est nettement moins que les États-Unis (0,22 contre 0,28). Le seul secteur où le score de l’UE est inférieur à celui des États-Unis concerne les semi-conducteurs, et la différence est faible (0,22 contre 0,19). À l’instar de l’UE, c’est pour les matières premières que la vulnérabilité des États-Unis est la plus forte (0,32). Cela s’explique, entre autres, par l’externalisation des activités minières polluantes à partir des années 1990.

En ce qui concerne les produits nécessaires à la transition écologique, le score de l’UE sur les matières premières est préoccupant mais celui, meilleur, sur les technologies « zéro émission nette » est encourageant.

Le défi pour l’UE ne réside pas tant dans ses dépendances que dans sa position relativement faible sur la scène mondiale

En examinant de plus près les deux piliers de l’indice EXVI pour chaque produit, il apparaît clairement que le problème de l’Europe réside principalement dans son positionnement sur les marchés mondiaux (pilier 2). La dépendance (pilier 1) n’est pas le nœud du problème, ses scores étant bien inférieurs à ceux du pilier 2. Le risque de dépendance de l’UE en ce qui concerne les matières premières est même comparable à celui de la Chine (0,24 contre 0,23). Et le score de l’UE concernant sa dépendance pour les semi-conducteurs (0,13) est le plus bas de ses différents scores.

En revanche, les scores du pilier 2 sont moins bons. Cela illustre le manque de compétitivité de l’UE dans les différents domaines, avec des scores allant de 0,29 pour les technologies « zéro émission nette » jusqu’à 0,39 pour les semi-conducteurs et 0,41 pour les matières premières. L’Europe ne fabrique pas suffisamment de ces produits à des prix compétitifs, les grandes entreprises européennes de ces secteurs étant peu nombreuses. Prenons l’exemple des semi-conducteurs : les importations ne sont certes pas très concentrées – comme le montre le score relativement faible de 0,13 pour le pilier 1 – mais le score élevé de 0,39 pour le pilier 2 montre que la production européenne de semi-conducteurs est peu performante. C’est précisément pour cette raison que la loi européenne sur les puces électroniques (EU Chips Act) met l’accent sur le renforcement des capacités de production nationales plutôt que sur la diversification des importations. Le même raisonnement s’applique aux matières premières et, dans une moindre mesure, aux technologies « zéro émission nette ».

Une tendance ressort clairement : la Chine affiche systématiquement le niveau de vulnérabilité le plus faible. Des décennies de plans stratégiques, mais aussi de subventions et de restrictions à l’accès aux marchés, lui ont permis de se constituer une base industrielle et des stocks.

Indices EXVI : Produits stratégiques, l’UE est moins vulnérable que les États-Unis mais plus que la Chine

Sources : Commission européenne sur la base des dernières données BACI (2022)

Les multiples réponses de l’UE

Les solutions pour l’Europe sont multiples, de l’économie circulaire à l’exploitation minière sur son territoire, en passant par des partenariats internationaux. Bruxelles vise à extraire ou à recycler 10% des matières premières critiques dont elle a besoin d’ici 2030. Mais, et c’est là tout le paradoxe, l’économie circulaire ne fonctionne qu’une fois que des volumes suffisants ont d’abord été extraits et utilisés. Par conséquent, les partenariats internationaux seront une priorité dans les années à venir et, sur ce front, l’UE s’est montrée très active depuis le début du second mandat de Donald Trump.

L’UE est consciente des défis auxquels elle doit faire face. Les indices EXVI sont particulièrement pertinents pour évaluer les chaînes d’approvisionnement qui font précisément l’objet d’initiatives majeures : le Chips Act (pour renforcer l’écosystème des semi-conducteurs et la souveraineté technologique de l’UE), le Net Zero Industry Act (NZIA) (pour développer les capacités de production nationales de technologies propres comme le solaire, l’éolien et les batteries) ou encore le Critical Raw Materials Act (CRMA) (pour sécuriser et diversifier l’approvisionnement de l’UE en matières premières critiques et stratégiques). Les défis ont été identifiés et un plan d’action a été élaboré. Il reste maintenant à le mettre en œuvre sur le terrain.


[1] Le dernier rapport complet date de janvier 2025 et est disponible ici : Indice de vulnérabilité.

LES ÉCONOMISTES AYANT PARTICIPÉ À CET ARTICLE