Perspectives

La reprise au prix d’un alourdissement de la dette publique

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Eco Perspectives // 3 trimestre 2021  
economic-research.bnpparibas.com  
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BELGIQUE  
LA REPRISE AU PRIX D’UN ALOURDISSEMENT DE LA DETTE PUBLIQUE  
L’économie belge a enregistré une croissance supérieure au potentiel au premier trimestre 2021 et semble bien partie  
pour maintenir ce rythme tout au long de l’année. La croissance en année pleine devrait s’inscrire à 5,1 %. Le secteur  
privé affiche une confiance robuste et le marché du travail sort de la crise sanitaire quasiment indemne, avec un  
taux de chômage d’environ 5 %. Les finances publiques qui, au travers de l’adoption de solides mesures de soutien,  
sont en grande partie à l’origine de la robustesse de la situation actuelle, doivent être renforcées à moyen terme. Le  
gouvernement entend, en effet, utiliser la reprise pour s’attaquer à d’autres problèmes plus structurels.  
PROGRESSION DU PIB ET DE LA VACCINATION  
CROISSANCE ET INFLATION  
À la fin du premier trimestre, le PIB belge s’établissait à 4% en deçà  
de son niveau pré-Covid, une performance comparable à celle des  
Croissance du PIB  
Prévisions  
Inflation  
Pays-Bas, mais nettement supérieure à la moyenne européenne. La  
croissance du PIB au premier trimestre a dépassé le consensus du  
marché et les premiers résultats pour le deuxième trimestre indiquent  
une nouvelle accélération.  
Prévisions  
5
.1  
6
4
3
.4  
1
.8  
1.9  
1.7  
La consommation des ménages était toujours inférieure de 9% à son  
niveau pré-Covid au premier trimestre 2021. Les données à haute  
fréquence sur les transactions dans le commerce de détail étaient loin  
d’indiquer une reprise complète de l’économie au début du mois de  
juin, malgré la poursuite de la tendance à la hausse des achats en  
ligne.  
La situation est quelque peu différente pour les dépenses  
d’investissement, qui, au début de 2021, ont pleinement retrouvé  
leur niveau du quatrième trimestre 2019. Toutes les catégories  
d’investissement sont en hausse, avec une progression de 5% de la  
dépense publique par rapport aux niveaux pré-Covid.  
1.3  
2
0
.4  
0
-2  
-
-
4
6
-
6.3  
-8  
2019  
2020  
2021  
2022  
2019  
2020  
2021  
2022  
GRAPHIQUE 1  
SOURCES : COMPTES NATIONAUX, BNP PARIBAS FORTIS  
La campagne vaccinale progresse relativement bien. À l’heure où nous  
écrivons, au moins 80% des personnes âgées de 45 ans ou plus ont  
reçu au moins une dose. Les inquiétudes initiales suscitées par le  
scepticisme à l’égard du vaccin dans cette tranche d’âge sont ainsi  
balayées. L’année dernière, en effet, selon certaines études, 60%  
seulement de la population concernée se disait prête à se faire vacciner.  
Il existe néanmoins une hétérogénéité régionale qui pourrait devenir  
inquiétante : le taux de vaccination est ainsi nettement inférieur dans  
la région autour de la capitale, Bruxelles.  
LA CONFIANCE ORIENTÉE À LA HAUSSE  
En mai, la confiance des chefs d’entreprises s’est inscrite en hausse  
pour le sixième mois consécutif. L’amélioration est particulièrement  
sensible dans les secteurs du bâtiment et des services, qui font état de  
perspectives plus robustes concernant la demande du marché et leurs  
propres activités.  
Toutefois, des ruptures d’approvisionnement semblent apparaître  
dans certains secteurs. Le commerce, la construction et l’industrie  
manufacturière figurent, à cet égard, parmi les secteurs les plus  
PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES  
Nous tablons sur la poursuite d’une croissance supérieure au potentiel touchés, les pénuries étant le principal problème identifié. Les  
au cours des deux prochains trimestres et sur une normalisation en entreprises de ces secteurs font état de hausses, de 10% à 50%, du coût  
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023 seulement. Avec des taux en glissement trimestriel d’au moins 1% des intrants, qu’elles prévoient de répercuter au moins une partie sur  
attendus tout au long de 2021, la croissance en année pleine devrait les utilisateurs finaux.  
s’établir à 5,1%. Par conséquent, le PIB devrait retrouver ses niveaux du  
La confiance des consommateurs est également restée orientée à la  
hausse avec une forte progression en mai. Elle s’approche actuellement  
quatrième trimestre 2019 dès le début de 2022.  
La reprise de la consommation privée n’est prévue que pour 2023, mais de ses plus hauts niveaux depuis deux décennies, notamment portée  
les perspectives sont positives à moyen terme, grâce à la dépense et à par l’amélioration des perspectives en matière d’emploi pour les douze  
l’investissement publics.  
Pour l’heure, nous percevons des risques principalement à la baisse. Le  
ralentissement de la campagne de vaccination ou l’augmentation de  
la prévalence des divers variants du virus Covid-19 pourrait avoir une  
incidence défavorable sur nos perspectives. De plus, la santé financière  
des entreprises des secteurs les plus touchés reste préoccupante. La  
prochains mois. L’emploi total a, en fait, augmenté au cours du dernier  
trimestre. La croissance du nombre d’indépendants est restée robuste  
tout au long de la crise sanitaire et le nombre de personnes occupant  
un emploi repart à la hausse. Quelque 400 000 actifs continuent  
d’exercer un emploi temporaire, et un indépendant sur dix reçoit  
une aide financière. Les entreprises font état de difficultés à recruter,  
auxquelles s’ajoute un taux de rotation du personnel plus élevé que la  
normale.  
«
vague de faillites » tant redoutée ne s’est pas concrétisée jusqu’à  
présent et la probabilité d’un tel événement ne cesse de diminuer avec  
l’accélération de la reprise économique.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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Dans le dernier tableau de bord économique « Covid-19 » (Banque  
nationale de Belgique ou BNB), 81% des ménages ont indiqué que leur  
revenu n’était pas affecté par la crise de la Covid-19. Les dépenses en  
immobilier résidentiel se poursuivent à un rythme soutenu. Comme  
dans les pays voisins, les prix des logements augmentent. L’indice des  
prix de l’immobilier résidentiel, publié par la Banque des règlements  
internationaux (BRI), a ainsi affiché une hausse de 5,7% à la fin de  
l’année dernière.  
FINANCES PUBLIQUES : LES BESOINS DE FINANCEMENT  
RESTERONT ÉLEVÉS  
Le déficit public est ressorti à un peu moins de 10% pour 2020. Les  
mesures de soutien en faveur des actifs et des entreprises ont creusé  
les dépenses tandis que les recettes en pourcentage du PIB sont restées  
stables.  
Les besoins de financement devraient, néanmoins, rester élevés à  
l’horizon des prévisions, la BNB prévoyant un déficit de 4,5% pour  
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023. Ce déficit pourrait être dû à un problème structurel, car, les  
dépenses liées à la crise Covid-19 auront alors pratiquement disparu.  
Par conséquent, le niveau d’endettement ne devrait pas repartir à la  
baisse avant la fin de la période de projection. Il s’est établi à 114% en  
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020 et il se situera probablement autour de ce niveau en 2023.  
Selon l’Agence de la dette belge, les besoins d’emprunt pour 2021  
étaient pour la plupart satisfaits dès la mi-juin. La maturité moyenne  
de la dette publique belge a continué à augmenter, s’établissant à  
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0,2 ans le mois dernier. De plus, les rendements ont continué à baisser,  
se maintenant même à des niveaux bas sur une période prolongée. Le  
taux d’intérêt moyen de l’encours de la dette s’élève à présent à 1,6%,  
soit environ moitié moins qu’en 2014.  
Comme la crise sanitaire semble de plus en plus sous contrôle, les  
partis au pouvoir commencent à examiner d’autres domaines d’action  
des politiques publiques . Ils devront notamment s’atteler aux défis  
structurels auxquels est confrontée l’économie belge : rigidités du  
marché du travail, obstacles à l’esprit d’entreprise, érosion de la  
population en âge de travailler et disparités régionales. Après avoir  
fait face à la crise sans doute la plus grave depuis la Seconde Guerre  
mondiale, le gouvernement De Croo doit à présent montrer qu’il peut  
aussi exceller dans une tâche plus ordinaire comme le soutien à la  
reprise.  
Achevé de rédiger le 25 juin 2021  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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