Emerging

Bien positionnée pour rebondir

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Eco Emerging // 2 trimestre 2021  
economic-research.bnpparibas.com  
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CÔTE D’IVOIRE  
BIEN POSITIONNÉE POUR REBONDIR  
L’économie a plutôt bien résisté au choc de la pandémie jusqu’à présent. La croissance a certes fortement décéléré  
en 2020, mais elle est restée positive. Surtout, elle devrait rebondir fortement cette année, soutenue par la demande  
domestique et une décrispation du contexte politique après un cycle électoral chargé. Comparé à d’autres pays  
africains, la situation de la dette soulève également moins d’inquiétudes. Néanmoins, la détérioration marquée des  
finances publiques en 2020 appelle à une consolidation qui pourrait s’avérer difficile sans une hausse durable des  
recettes fiscales. Cela risque aussi de peser à terme sur les perspectives de croissance d’une économie de plus en plus  
dépendante des investissements publics.  
L’horizon se dégage. Après la réélection du président Ouattara en  
PRÉVISIONS  
novembre 2020, lors d’un scrutin émaillé de violence et sans la  
participationdel’oppositionquicontestaitlalégitimitédelacandidature  
de ce dernier, la tenue des élections législatives début mars est venue  
clôturer un cycle électoral chargé. Le parti présidentiel, le RHDP, a  
réussi à conserver sa majorité face à une opposition remobilisée.  
Surtout, les élections législatives se sont déroulées dans un climat  
apaisé, laissant entrevoir une décrispation du contexte politique. Du  
côté des investisseurs, la continuité de la politique économique rassure  
également, comme en atteste le retour réussi de la Côte d’Ivoire sur  
les marchés financiers internationaux en novembre 2020, puis en  
février. Avec une croissance de 8% en moyenne depuis 2012, le bilan  
des deux précédents mandats du président Ouattara est en effet positif.  
La Côte d’Ivoire fait aussi partie des rares économies africaines à avoir  
évité la récession en 2020, notamment grâce à une bonne maîtrise de  
l’épidémie, et la détérioration des comptes publics et extérieurs y a  
été moins sévère. Un rebond significatif de l’activité est attendu cette  
année. Néanmoins, la situation n’est pas sans risques.  
2019  
2020e  
2021e  
2022e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
6.2  
0.8  
1.2  
2.4  
5.5  
2.5  
6.5  
2.0  
-2.3  
38.8  
-2.7  
27.6  
7.4  
-5.6  
47.8  
-3.9  
31.9  
8.9  
-4.7  
48.6  
-3.6  
32.4  
8.8  
-3.5  
49.2  
-3.2  
32.1  
8.7  
Dette du gouv. central, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
Dette externe, % du PIB  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
6.8  
8.6  
7.6  
6.7  
e: ESTIMATIONS ET PRÉVISIONS  
TABLEAU 1  
SOURCE : BNP PARIBAS RECHERCHE ECONOMIQUE GROUPE  
DÉTÉRIORATION DES FINANCES PUBLIQUES  
FINANCES PUBLIQUES : CONSOLIDATION GRADUELLE  
%
du PIB  
Solde budgétaire  
Dette du gouvernement (é.d.)  
La consolidation des finances publiques sera l’un des principaux défis  
à relever. De fait, le déficit budgétaire a plus que doublé en 2020 pour  
atteindre 5,6% du PIB (graphique 1) en raison essentiellement de la  
progression de plus 3 points des dépenses publiques. Les recettes  
budgétaires hors dons ont été 5% inférieures aux objectifs initiaux. Elles  
ont néanmoins plutôt bien résisté (+4% en glissement annuel), ce qui  
a permis à l’État de ne pas procéder à des réallocations de dépenses.  
Les investissements publics ressortent ainsi en hausse de presque 30%  
en 2020, alors que des coupes avaient été envisagées au début de la  
crise sanitaire. Selon le FMI, le déficit budgétaire devrait être ramené  
à 4,7% du PIB en 2021 avant de progressivement converger vers la  
norme communautaire de 3% en 2023. Le rythme d’assainissement  
ainsi retenu permettrait de contenir l’endettement en dessous de 50%  
du PIB sans pour autant fragiliser la reprise économique.  
-
-
6
5
60  
50  
40  
30  
20  
10  
0
-4  
-3  
-2  
-
1
0
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
2020e 2021p 2022p  
GRAPHIQUE 1  
SOURCES : MINEFI, FMI, BNP PARIBAS  
Si la situation d’ensemble reste gérable, de nombreux facteurs pèsent  
néanmoins sur la dynamique des finances publiques. La Côte d’Ivoire  
affichait, en effet, avant la crise l’une des plus mauvaises performances de l’activité économique, ainsi que sur des réformes fiscales pour  
de la région en termes de collecte fiscale ; à 12% du PIB, elle est le reflet réduire ses déficits. Les contre-performances répétées par le passé  
d’un système relativement complexe avec de multiples exonérations. incitent cependant à la prudence. La capacité des autorités à contenir  
Le retrait progressif des mesures de soutien mises en place pour lutter la hausse des dépenses publiques est également sujette à caution.  
contre les effets de la pandémie aura un effet très modéré sur la Jusqu’à présent, elles y sont parvenues grâce à un strict contrôle des  
performance budgétaire.  
dépenses courantes, en particulier de la masse salariale des employés  
de la fonction publique dont le poids dans le budget est passé de 32,2%  
en 2014 à 25% en 2020. Mais le contexte social fragile, à la suite de  
la crise sanitaire et des élections, alimente le risque de dérapage sur  
D’un montant estimé à 1,5% de PIB en 2020, le programme ne devrait  
être réduit que d’un demi-point en 2021. Le gouvernement table  
également sur le redressement des recettes générées par la reprise  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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ce front, ce qui laisserait les investissements publics jouer le rôle  
de variable d’ajustement. Les marges de manœuvre existent dans la  
mesure où les dépenses en capital comptent pour plus d’un quart du  
budget. Néanmoins, il ne peut s’agir que d’une solution transitoire.  
TAUX D’INVESTISSEMENT  
%
5
du PIB  
2
Public  
Privé  
DETTE : SOUTENABLE MAIS SOUS SURVEILLANCE  
5
.0  
4
.1  
2
0
Comparé à celle d’autres émetteurs africains, la situation de la dette  
ivoirienne apparaît moins risquée, que ce soit en termes de niveau  
ou de structure. Mais la dynamique de hausse de la dette doit être  
enrayée. Point positif, les prochaines tombées de dette euro-obligataire  
importantes ne sont pas attendues avant la fin de la décennie. De fait,  
si les émissions d’eurobonds, ces dernières années, ont accru la part  
de la dette extérieure due à des créanciers privés (33% de l’encours de  
dette à fin 2020 contre 24% en 2013), elles ont aussi servi à allonger  
sa maturité. La durée moyenne de vie de la dette est ainsi passée  
de 5,5 ans en 2013 à 8,3 ans en 2020. La Côte d’Ivoire s’endettant  
essentiellement sur les marchés en euro, la vulnérabilité de la dette à  
un choc sur le change est également contenue grâce au peg.  
4.9  
4
.4  
5.4  
5.3  
5.2  
15  
3
.3  
10  
18.8  
18.7  
16.2  
16.6  
15.7  
1
4.9  
14.5  
12.3  
5
0
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
GRAPHIQUE 2  
SOURCES : BCEAO, INS  
La capacité de la Côte d’Ivoire à couvrir ses besoins de financement  
ne pose pas de problème. Le pays reste soutenu par les bailleurs de  
fonds et il dispose d’un accès régulier aux marchés financiers locaux  
et internationaux. D’ailleurs, la participation de la Côte d’Ivoire  
au moratoire de dette des pays du G20 ne traduit pas de tensions  
particulières de liquidité. Les gains ont été modestes (0,4% du PIB  
en 2020) et le resteront en 2021. À l’image d’autres pays éligibles, le  
gouvernement ivoirien n’a pas souhaité inclure les créanciers privés  
afin de préserver son attractivité et sa qualité de crédit auprès des  
agences de rating, ce qui explique, entre autres, le niveau relativement  
bas des spreads ivoiriens qui restent inférieurs à 400 points de base.  
2
020, ce qui a permis de soutenir l’activité de crédit au secteur privé  
(
+11% en glissement annuel). À court terme, l’impact de la levée du  
moratoire sur le remboursement des dettes bancaires, introduit durant  
la crise, devrait être gérable. Selon FMI, cela concernait seulement  
5
% des crédits à la mi-2020 au niveau de l’UEMOA. Or, il est probable  
que le risque de crédit, comme l’activité économique, ait plutôt mieux  
résisté en Côte d’Ivoire que les autres économies de la région.  
Évidemment, le redressement économique à court terme suppose que  
l’épidémie reste sous contrôle. Certes, la Côte d’Ivoire est l’un des  
premiers pays africains à avoir reçu des vaccins grâce à l’initiative  
Covax. Mais la campagne de vaccination n’a démarré que début mars  
et elle sera longue.  
Au-delà, la capacité de l’économie à rester sur un sentier de croissance  
durablement élevée sera étroitement corrélée à l’agenda des réformes.  
Malgré un potentiel indéniable, le modèle ivoirien souffre encore de  
nombreuses fragilités structurelles, à commencer par une dépendance  
accrue aux investissements publics (graphique 2). Or, la nécessité  
de consolider les finances publiques rend cette dynamique difficile à  
maintenir. La baisse du taux d’investissement du secteur privé depuis  
Cependant,l’augmentationdeladettepublique(+20pointsdePIBdepuis  
2
014) et le recours accru aux marchés obligataires internationaux ont  
aussi conduit à une hausse marquée de la charge d’intérêt sur la dette,  
qui absorbe désormais 13% des ressources budgétaires hors dons,  
contre 7% en 2014. En l’absence de progrès dans la mobilisation des  
ressources domestiques, et sans une réduction du déficit budgétaire,  
cette situation risque de s’aggraver.  
VERS UN REBOND EN 2021, INCERTITUDES AU-DELÀ  
L’économie ivoirienne a plutôt bien résisté au choc en 2020. Après 2015 illustre aussi la difficulté de l’économie à se transformer. Malgré  
un plongeon au T2 à -1,6% en glissement annuel, la croissance est un élargissement de la gamme des produits exportés, elle reste  
redevenue positive dès le T3 2020 (0,7%) à la suite d’un allègement concentrée sur des matières premières, en particulier le cacao (plus de  
substantiel des mesures de restrictions, et la dynamique s’est renforcée 40% des exportations). L’économie demeure non seulement vulnérable  
au T4 (1,9%). De plus, l’économie est modérément exposée au secteur à des chocs exogènes mais la croissance n’est pas assez inclusive.  
du tourisme, et a bénéficié de termes de l’échange favorables grâce à Tous ces chantiers figurent en bonne place dans le nouveau Plan de  
la bonne résistance des cours mondiaux du cacao et à l’allègement de développement national 2021-2025.  
la facture pétrolière. Elle n’a ainsi pas souffert de pressions autres que  
les perturbations des échanges extérieurs générées par la pandémie.  
Selon la banque centrale régionale (BCEAO), la croissance aurait atteint  
Achevé de rédiger le 9 avril 2021  
Stéphane ALBY  
stéphane.alby@bnpparibas.com  
1
2
,2% en 2020. Cela constitue malgré tout un décrochage brutal. Pour  
021, la croissance est attendue à 5,5-6%, soutenue par l’intensification  
des grands projets en infrastructures et un rebond de la demande  
domestique. L’incidence de la remontée des cours des matières  
importées, en particulier ceux de l’énergie, sur les prix devrait restée  
contenue grâce aux mécanismes stabilisateurs de la zone Franc CFA.  
L’inflation était de seulement 2,3% en janvier 2021. Un resserrement  
prématuré de la politique monétaire par la BCEAO, est donc peu  
probable. Le taux directeur a été baissé de 50 points de base à 4% en  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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