Emerging

Sur la défensive

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Eco Emerging // 3 trimestre 2020 (achevé de rédiger le 16 juillet 2020)  
economic-research.bnpparibas.com  
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MEXIQUE  
SUR LA DÉFENSIVE  
Les perspectives de croissance se dégradent continument au Mexique. À court terme, l’économie est affaiblie par  
l’effet des mesures de confinement sur la demande interne, par la baisse du prix du pétrole, les ruptures dans les  
chaînes d’approvisionnement et la faiblesse de la demande externe. En l’absence de plan de relance budgétaire, les  
mesures de soutien annoncées par la banque centrale ne suffiront pas à atténuer le choc. À moyen terme, la capa-  
cité de rebond de la croissance est limitée. Les facteurs de ralentissement qui prévalaient avant la crise, tels que la  
détérioration du climat des affaires liée aux signaux contradictoires envoyés par le gouvernement, continueront de  
peser sur l’investissement.  
CRISE SANITAIRE  
PRÉVISIONS  
L’épidémie de Covid-19 n’est pas encore maîtrisée au Mexique. Instauré  
à la fin du mois de mars, l’état d’urgence sanitaire (et la plupart des  
mesures qui lui sont associées) était toujours en vigueur au début  
du mois de juillet. Cela dit, les décisions prises par le gouvernement  
apparaissent contradictoires et ont entretenu la confusion au sein de  
la population.  
2018  
2,0  
2019  
-0,3  
3,7  
2020e  
-8,0  
3,1  
2021e  
2,5  
PIB réel, variation annuelle (%)  
Inflation moyenne (IPC, %)  
Solde budgétaire / PIB (%)  
4,9  
3,2  
-2,1  
-2,3  
-6,5  
-3,5  
Ainsi, en dépit de l’état d’urgence sanitaire, le confinement a commencé  
plus tard que dans d’autres pays de la région et n’a jamais été strict,  
en outre le nombre de tests est limité. De plus, le gouvernement a  
proposé dès le 14 mai dernier un déconfinement progressif des  
différents états constituant le pays selon quatre couleurs (vert, jaune,  
orange, rouge) déterminées en fonction de la circulation du virus et  
du taux d’occupation hospitalière. Le 9 juillet, 14 états (dont celui de  
Mexico) étaient toujours classés « rouge », les 18 autres « orange ».  
Cependant, dans certains états classés « rouge » (où les restrictions  
devraient donc être maximales comme à Mexico), quelques activités  
ont repris depuis le milieu du mois de juin (transports publics, usines,  
commerces). Dans le même temps, le gouvernement a allongé la liste  
des « activités essentielles » afin de permettre à certains secteurs  
Dette publique / PIB (%)  
Solde courant / PIB (%)  
53,8  
-1,8  
47,8  
-0,4  
50,3  
-1,1  
53,5  
-1,2  
e: ESTIMATIONS ET PRÉVISIONS  
TABLEAU 1  
SOURCE : BNP PARIBAS RECHERCHE ECONOMIQUE GROUPE  
CHUTE DE L’INVESTISSEMENT  
g.a., %  
Investissement  
Machinerie et équipement  
Construction  
1
-
0
5
0
5
(
construction, automobile) de redémarrer.  
Au total, le pays a enregistré plus de 4 000 nouveaux cas par jour tout au  
long du mois de juin et ce rythme s’est encore accéléré depuis le début  
du mois de juillet. Au total, le nombre de cas par million d’habitants  
-
10  
-15  
20  
-25  
e
était d’environ 2 400, ce qui place le pays à la 59 place des pays les  
plus touchés.  
-
RÉCESSION SÉVÈRE EN 2020  
2
016  
2017  
2018  
2019  
2020  
Sur le plan économique, les perspectives se dégradent continument  
depuis le début de l’année. On s’attend à une récession très sévère en  
GRAPHIQUE 1  
SOURCE : COMPTES NATIONAUX  
2
020, le PIB réel pourrait ainsi reculer de plus de 8%. La conjonction  
des effets du confinement sur la demande interne, la chute du prix  
du pétrole, les ruptures d’approvisionnement, la désynchronisation  
des chaînes de valeur mondiales et la baisse de la demande externe  
mises en place pour un montant équivalant à 3,3% du PIB. D’autres  
mesures pourraient être annoncées avant la fin de l’année (plusieurs  
nouvelles baisses de taux sont notamment anticipées).  
(
principalement en provenance des États-Unis, qui représentaient en  
019 plus de 80% du total des exportations), pèsent lourdement sur  
Sur le plan budgétaire, en revanche, contrairement aux autres pays de  
la région, le gouvernement n’a pas, à ce jour, annoncé de plan massif  
de soutien à l’économie. Il disposait pourtant au début de la crise  
de marges de manœuvre budgétaires suffisantes : au cours des cinq  
dernières années, le déficit public est ressorti à 2% en moyenne (-2,3%  
en 2019) et la dette est restée inférieure à 55% du PIB depuis 2017.  
Cette décision de ne pas soutenir l’économie souligne l’engagement  
pris par le président Andres Manuel Lopes Obrador (AMLO) au moment  
de son élection de maintenir une politique d’austérité budgétaire.  
Même si un plan de relance était annoncé dans les mois qui viennent,  
son ampleur devrait être limitée (moins de 1% du PIB).  
2
l’activité économique. Après avoir reculé de 1,4% t/t au T1 2020 (-2,2%  
en g.a.), le PIB s’est effondré en avril (-19,9 % en g.a. d’après l’indicateur  
d’activité publié par la banque centrale) et la production industrielle a  
reculé de près de 30% (-35% pour la seule production manufacturière).  
Les mesures de soutien à l’économie mises en place par la banque  
centrale ne suffiront pas à absorber le choc. Depuis le début de l’année,  
le taux d’intérêt directeur a, en effet, été abaissé de 225 points de base  
(
à 5%), et plusieurs séries de mesures destinées à soutenir la liquidité,  
ainsi que les ménages et les entreprises les plus vulnérables, ont été  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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CAPACITÉ DE REBOND LIMITÉE  
RALENTISSEMENT DES INVESTISSEMENTS DIRECTS ÉTRANGERS  
Les perspectives de croissance pour l’année 2021 (et les suivantes)  
se sont considérablement affaiblies. D’une part, l’absence de plan de  
relance gouvernemental pèsera sur la demande interne. D’autre part,  
l’économie mexicaine ralentissait déjà à la fin de l’année 2018 (le PIB a  
reculé de 0,3% en 2019) et les facteurs de ralentissement continueront  
de peser sur la croissance. Ainsi, les messages contradictoires envoyés  
par le gouvernement depuis son arrivée au pouvoir rendent sa politique  
économique difficile à lire. En particulier, l’incertitude concernant la  
participation des acteurs privés à la réforme du secteur de l’énergie, ou  
au vaste plan d’infrastructures présenté au début de l’année 2020, a  
contribué à la détérioration du climat des affaires et à la baisse continue  
de l’investissement depuis le mois de novembre 2018. Ce dernier a  
reculé de 5% en 2019, baisse qui s’est accentuée à 7% au T1 2020 (9,4%  
en g.a. au mois de mars). Les entrées nettes d’investissements directs  
étrangers ont également diminué depuis le milieu de l’année 2018  
%
du PIB  
Solde courant  
Entrées nettes d'IDE  
4
3
2
1
0
1
2
3
-
-
-
2
011  
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
2020  
(
représentant 2% du PIB en moyenne depuis le deuxième trimestre  
018, alors qu’elles atteignaient 2,3% en moyenne entre 2014 et le  
2
GRAPHIQUE 2  
SOURCE : BANQUE DU MEXIQUE  
début de l’année 2018).  
D’après le Fonds monétaire international, les bénéfices tirés de la  
remise en route des chaînes de valeur et de l’entrée en vigueur du  
nouveau traité commercial avec les États Unis et le Canada (le 20  
juillet prochain) ne suffiront pas à compenser les effets de la chute  
de l’investissement et de l’incertitude entourant les décisions de  
devrait représenter entre 0,5% et 1,8% chaque année entre 2020 et  
022. En incluant une partie des investissements prévus, le soutien  
nécessaire s’élèverait entre 1,5% et 2,8% du PIB.  
2
politique économique dans les deux années à venir. Le 24 juin dernier, En 2020, le gouvernement devrait parvenir à éviter d’emprunter  
lors de la révision de ses perspectives, le FMI a abaissé les prévisions davantage sur les marchés financiers en puisant dans le fonds  
de croissance pour le Mexique, à -10,5% et 3,3% en 2020 et 2021 souverain. Mais les ressources qui resteront disponibles ne permettront  
respectivement, contre -6,6% et 3,0% lors des prévisions publiées au pas de renouveler l’opération en 2021. Même si un décret présidentiel  
mois d’avril.  
a autorisé le gouvernement à puiser dans d’autres fonds, pour un  
montant équivalant à 3% du PIB, le ratio de dette publique sur PIB  
devrait augmenter à plus de 50% en 2020. En outre, la dette mexicaine  
est exposée au changement de sentiment des investisseurs : plus de  
INQUIÉTUDES CONCERNANT LES FINANCES PUBLIQUES  
De la même manière, les inquiétudes relatives à l’évolution des  
finances publiques à court et moyen terme se sont renforcées. En  
effet, le ralentissement de l’activité économique et la chute du prix  
du pétrole devraient contribuer à creuser le déficit public à plus de  
3
0% de la dette domestique (libellée en monnaie locale) est détenue  
par des investisseurs étrangers.  
5
% du PIB en 2020 (après 2,3% en 2019). En outre, même une fois la  
crise passée, la consolidation des finances publiques pourrait s’avérer  
difficilement réalisable.  
Les objectifs fixés par le gouvernement à son arrivée au pouvoir  
(
investir massivement dans le développement de l’entreprise publique  
d’exploitation pétrolière Pemex, développer les programmes sociaux,  
augmenter les dépenses sociales et l’investissement public, tout  
en maintenant une politique d’austérité budgétaire) paraissaient  
difficilement conciliables et atteignables avant la crise. Ils semblent à  
présent impossibles à tenir.  
Dans le même temps, la situation financière et opérationnelle de  
1
l’entreprise Pemex continue de se détériorer . La chute du prix du  
pétrole n’a fait qu’aggraver son besoin de liquidités et le soutien  
financier du gouvernement devrait être substantiel (et répété) au cours  
des mois à venir, ajoutant une pression supplémentaire sur les finances  
publiques en 2020 et 2021. D’après les estimations de Moody’s (datant  
de fin avril 2020, en retenant l’hypothèse de USD 50 par baril pour  
2
021, et USD 37 par baril en 2022), le soutien financier à Pemex, visant  
uniquement à faire face à ses besoins de liquidité et refinancer la dette  
arrivant à échéance (excluant donc les investissements initialement  
prévus dans le plan de développement présenté en juillet 2019),  
1
En novembre 2019, le FMI estimait déjà que, même en supposant une stabilisation de la production, et que l’ensemble des investissements annoncés par l’État étaient réalisés, l’entreprise resterait défici-  
taire au cours des cinq années à venir.  
La banque  
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qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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