Baromètre

La surprise à la hausse sur la croissance renforce la probabilité d'un contrecoup au 4e trimestre

13/11/2022
France : évolution trimestrielle des indicateurs

L’économie française a vu son PIB progresser de 0,2% t/t au 3e trimestre, une performance qui dénote un niveau d’activité élevé après une croissance déjà favorable au 2e trimestre (+0,5%). Après le tourisme et l’hébergement-restauration au 2e trimestre, l’investissement des entreprises et la production manufacturière ont surpris positivement au 3e trimestre.

Alors que l’automobile est l’un des secteurs le plus touché par les contraintes d’approvisionnement, ce qui implique un décalage entre une production inférieure à l’avant-Covid et un carnet de commandes bien rempli, l’été a permis de combler une partie du retard. Cela a conduit la production manufacturière à la hausse (+0,6% t/t), et contribué à une croissance conséquente de l’investissement des entreprises (+2,3% t/t).

L’emploi a singulièrement bénéficié de ce contexte conjoncturel toujours favorable, avec des créations de près de 90000 postes selon l’estimation flash de l’Insee au 3e trimestre. Cette dynamique a bénéficié aux secteurs qui font état de pénuries de main d’œuvre, en particulier les services marchands et l’industrie, et témoigne encore d’un rattrapage sur les tendances de l’emploi perceptible avant la pandémie. Signe d’une conjoncture assez favorable au 3e trimestre, l’emploi intérimaire a même participé à cette dynamique (+18 000), compensant près de la moitié de la baisse observée au 1er semestre.

Des éléments plus négatifs sont toutefois survenus en parallèle, qui devraient peser sur la dynamique de l’économie française dans les prochains mois. Si les carnets de commande restent remplis, ils se sont érodés selon les dernières enquêtes. Le retard pris par les entreprises sur la demande, dans l’industrie et la construction, en raison des goulots d’étranglement qu’elles rencontrent, a permis de lisser cet élément. Toutefois, il apparaît que les entreprises ont désormais nettement restocké (contribution de 0,2 point à la croissance du 3e trimestre et de 0,5 point sur l’ensemble de l’année), ce qui suggère que les poches de croissance qui existaient en raison d’un sous-stockage antérieur ont en majeure partie été exploitées.

L’inflation a nettement surpris à la hausse au mois d’octobre (6,2% a/a), marquant un rebond plus précoce que précédemment anticipé. L’inflation alimentaire (11,8% a/a) a enregistré une progression d’un mois sur l’autre d’au moins 1% sur les 4 derniers mois, soutenue par les pénuries consécutives à la sécheresse de l’été (lait, eau notamment). Avec une hausse de 15% des tarifs réglementés du gaz et de l’électricité en début d’année 2023, l’inflation devrait encore s’accroître et dépasser légèrement les 7% en février 2023.

Enfin, la perspective d’une production d’électricité qui resterait inférieure à la normale au moins d’ici à la fin de l’année 2022 se renforce. De nombreux réacteurs nucléaires restent en maintenance et EDF s’attend désormais à une baisse de la production d’électricité nucléaire de plus de 20% en 2022 par rapport à 2021. Si la consommation d’énergie dépend largement des températures et reste par conséquent en partie inconnue, le risque de contraintes apparaît non négligeable.

Concernant le 4e trimestre, nous anticipons que cette série d’éléments négatifs prenne le pas, ce qui suggère une croissance négative (-0,3% t/t), tandis que l’Insee anticipe pour le moment une stagnation (prévision publiée le 6 octobre).

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LES ÉCONOMISTES EXPERTS AYANT PARTICIPÉ À CET ARTICLE
William DE VIJLDER
Equipe : Etudes économiques
Hélène BAUDCHON
Equipe : Economies OCDE
Anthony Morlet-Lavidalie
Equipe : Economies OCDE
Stéphane Colliac
Equipe : Economies OCDE
Guillaume DERRIEN
Equipe : Economies OCDE