Perspectives

De la lumière au bout du tunnel

e
Eco Perspectives // 2 trimestre 2021  
economic-research.bnpparibas.com  
2
1
BELGIQUE  
DE LA LUMIÈRE AU BOUT DU TUNNEL  
L’économie belge s’est contractée de 6,3 % en 2020, le repli le plus important depuis la Seconde Guerre mondiale. Un  
e
4
trimestre meilleur que prévu a permis une légère augmentation des données finales, avec un effet positif sur le taux  
de croissance 2021, qui devrait s’établir à 3,7 %. La consommation a pâti du deuxième confinement mis en place à la  
fin de l’année. Elle devrait plonger de nouveau en avril, le gouvernement ayant réinstauré les achats sur rendez-vous  
et demandé une prolongation des vacances de Pâques. Le chômage a sensiblement augmenté, mais moins que ce qu’on  
aurait pu craindre, et la vague de faillites, anticipée depuis longtemps, n’a pas eu lieu. Des choix difficiles attendent le  
gouvernement de coalition, dont la priorité sera de freiner le déficit budgétaire dans les années à venir.  
VUE D’ENSEMBLE  
CROISSANCE ET INFLATION  
La consommation des ménages, qui avait reculé de 12 % en glissement  
trimestriel au T2, n’a que partiellement rebondi au second semestre  
Croissance du PIB  
Prévisions  
Inflation  
2
020. Le total des dépenses en capital a surpris par sa bonne tenue  
Prévisions  
en 2020, après avoir reculé de plus de 20 % au T2. Toutefois, avec la  
forte reprise enregistrée au T3 et au T4, le total des investissements en  
capital s’est sensiblement rapproché, à la fin de l’année, des niveaux  
pré-Covid (-2 %). Les dépenses publiques ont diminué, les activités  
médicales non urgentes ayant été déprogrammées avec l’instauration  
du deuxième confinement, comme cela avait été le cas lors du premier.  
3.7  
3.7  
4
2
0
2
4
6
8
1
.7  
1.8  
1.3  
1.3  
0
.4  
-
-
-
-
À la fin du mois dernier, devant l’augmentation des admissions  
hospitalières, legouvernementadûannonceruntroisièmeconfinement.  
Les écoles seront fermées pendant au moins trois semaines et les  
magasins non essentiels ne travailleront que sur rendez-vous. Quel  
en sera l’impact sur les paramètres du virus? On l’ignore encore. Il y  
a quelques semaines à peine, le gouvernement avait proposé la date  
-
6.3  
2019  
2020  
2021  
2022  
2019  
2020  
2021  
2022  
er  
du 1 mai pour la réouverture des bars et restaurants. Il est difficile de  
dire pour le moment s’il pourra la maintenir.  
GRAPHIQUE 1  
SOURCES : COMPTES NATIONAUX, BNP PARIBAS FORTIS  
PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES  
En avril 2020, 1,2 million de travailleurs y ont recouru, soit une forte  
hausse par rapport à la moyenne historique de 100000 bénéficiaires  
à peine. Ce chiffre a rapidement baissé pendant l’été pour atteindre  
environ 250000 personnes. Malgré les craintes d’une évolution dans  
un sens opposé, le deuxième confinement introduit à la fin de 2020 n’a  
donné lieu qu’à une légère hausse des inscriptions au chômage partiel,  
avec moins de 300000 bénéficiaires en décembre 2020.  
Pour 2021, nous tablons sur un redressement partiel du PIB, avec  
un retour au niveau du T4 2019 seulement au second semestre  
2
022. Il faut s’attendre à une certaine divergence des composantes  
des dépenses sous-jacentes à court terme. En début d’année, les  
dépenses de consommation s’inscrivaient toujours en retrait d’environ  
5
% par rapport au niveau pré-Covid, mais elles devraient, d’après nos  
prévisions, pleinement se redresser vers la fin de 2021.  
Une fois que le dispositif actuel et les différentes mesures adoptées en  
faveur des travailleurs indépendants auront expiré, le chômage réel  
devrait sensiblement augmenter, sous l’effet de trois facteurs distincts  
D’après les données d’enquête, l’investissement des entreprises en  
2
022 devrait rester inférieur de 11 % au niveau qui aurait dû être le  
sien en l’absence de pandémie. Nous tablons sur un rattrapage partiel  
de l’investissement public et de celui des ménages d’ici là, avec un  
redressement, à hauteur des niveaux du T4 2019, attendu vers la  
mi-2022 pour l’investissement total. La rapidité de la reprise sera  
largement fonction de l’évolution de la crise sanitaire. Le rythme des  
vaccinations est conforme à celui des pays voisins, mais bien inférieur  
à ceux des États-Unis et d’Israël. Malgré l’incertitude à court terme,  
les scénarios prévoient, pour la plupart, au moins un assouplissement  
:
le passage du chômage partiel au chômage complet pour bon nombre  
de travailleurs, l’arrêt de l’activité des travailleurs indépendants et  
les mises en faillite des entreprises employant plus de dix personnes.  
Résultat : il faut s’attendre à 100000 chômeurs de plus à la fin de 2021.  
D’après nos prévisions, la situation devrait ensuite progressivement  
s’améliorer avec un recul du chômage de 7,7 %, à son point culminant,  
à moins de 7 % vers la fin de 2022.  
partiel des mesures de distanciation sociale les plus restrictives vers L’organisation du travail reste très différente de ce qu’elle était avant  
la fin de l’année. Les risques restent néanmoins orientés à la baisse.  
la pandémie de Covid-19. En mars, un salarié sur trois déclarait être  
en télétravail, tout au moins partiellement. Alors que la moitié des  
participants aux enquêtes de l’ERMG (Economic Risk Management  
Group) font état de quelques impacts négatifs sur la productivité, les  
MARCHÉ DU TRAVAIL  
Le taux de chômage en Belgique est ressorti à 5,8 % à la fin de 2020, entreprises s’attendent à ce que le télétravail devienne une constante  
contre 5,1 % en début d’année. Au début de la crise sanitaire, le à l’issue de la crise sanitaire. Dans l’ensemble de l’économie, l’espace  
gouvernement belge a instauré plusieurs mesures visant à soutenir le de bureau physique par salarié devrait diminuer de près de 10 % au  
marché du travail. Ainsi, la générosité du plan de chômage partiel a été cours des cinq prochaines années. Cela aura sans aucun doute des  
renforcée et l’accès à ce dispositif a été facilité pour les salariés.  
répercussions sur le marché de l’immobilier de bureau.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
e
Eco Perspectives // 2 trimestre 2021  
economic-research.bnpparibas.com  
2
2
IMMOBILIER  
Les prix des logements restent néanmoins sur une trajectoire haussière,  
et ce en dépit de facteurs de freinage des prix. Ainsi, le gouvernement  
flamand a réduit, en 2019, l’avantage fiscal lié aux prêts hypothécaires  
ou «woonbonus» et le revenu disponible n’a que modestement  
augmenté. Le niveau extrêmement bas des taux d’intérêt a néanmoins  
atténué l’impact de cette mesure. Le modèle de la Banque nationale  
de Belgique fait ressortir une surévaluation de 13,5 % par rapport aux  
fondamentaux sous-jacents à la fin de 2020.  
La finalisation des transactions immobilières a été suspendue au cours  
de la phase la plus stricte du premier confinement en avril 2020, mais  
les niveaux d’activité se sont rapidement redressés pendant le reste  
de l’année. L’encours des prêts hypothécaires a continué à augmenter,  
malgré des conditions plus strictes en termes de rapport prêt-valeur,  
instaurées par la Banque nationale de Belgique (BNB). La dette agrégée  
des ménages est ressortie à 66 % du PIB en 2020, un niveau légèrement  
supérieur à la moyenne de la zone euro (62 %).  
FINANCES PUBLIQUES  
Rapportées au PIB, les recettes publiques sont restées stables, mais  
elles ont été amputées de EUR 12 mds en termes nominaux, l’économie  
ayant accusé une contraction de 6,3 %. Les dépenses hors paiements  
d’intérêts ont représenté près de 50 % du PIB au cours des deux  
dernières années. L’accroissement des dépenses à divers niveaux  
des administrations publiques a porté ce chiffre à près de 60 % pour  
l’ensemble de l’année 2020. Au total, la BNB estime le montant  
des mesures de relance budgétaire à EUR 36 mds, soit 8 % du PIB.  
Les deux tiers environ de ce montant correspondent aux dépenses  
discrétionnaires et le solde, aux stabilisateurs automatiques, qui  
entrent en jeu en période de basse conjoncture.  
Entre autres mesures importantes, il convient de noter l’extension  
du dispositif de chômage partiel (EUR 4 mds), le «droit passerelle»  
en faveur des travailleurs indépendants (EUR 3 mds) et les primes  
compensatoires versées en cas de fermeture administrative ou de forte  
chute du chiffre d’affaires (EUR 3 mds) sans compter d’autres aides  
pour le secteur de la santé (EUR 6 mds).  
Grâce à un environnement de taux exceptionnellement bas, le  
gouvernement belge a pu réduire encore les taux d’intérêt moyens sur  
l’encours de la dette. C’est ainsi que malgré l’envolée du ratio dette/PIB  
à 116 %, les charges d’intérêts annuels ont poursuivi leur trajectoire  
baissière, passant de 2,0 % du PIB, en 2019, à 1,8 % du PIB l’année  
dernière. Les taux d’intérêt moyens sur l’encours de la dette devraient  
reculer encore, d’environ 1,7 %, actuellement, à 1,3 % en 2022.  
Malgré cette évolution favorable, la soutenabilité de la dette reste  
préoccupante à long terme. Avec la réorientation progressive des  
priorités du gouvernement, de la lutte contre la crise au redémarrage  
de l’économie, un énorme défi attend le Premier ministre fédéral.  
Alexander De Croo devra, en effet, pouvoir compter sur une coalition à  
l’unisson pour décider de la marche à suivre à présent.  
Achevé de rédiger le 31 mars 2021  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2730 articles et 721 vidéos