Emerging

Perspectives mitigées

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Eco Emerging // 3 trimestre 2022  
economic-research.bnpparibas.com  
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NIGÉRIA  
PERSPECTIVES MITIGÉES  
La situation de l’économie nigériane est contrastée. Le niveau faible de la production pétrolière ne lui permet pas de  
profiter pleinement de la remontée des cours. Le compte courant devrait redevenir excédentaire cette année, mais la  
persistance d’un régime de change rigide continue de peser sur l’attractivité de l’économie et sur la disponibilité de  
la liquidité en dollars. Le choc sur les prix des matières premières exacerbe des pressions inflationnistes déjà fortes,  
et le déficit budgétaire va rester élevé en raison de la poursuite d’une politique de subventions énergétiques devenue  
trop coûteuse. Pour l’instant, la vigueur de la reprise économique n’est pas compromise. Mais la fragilisation de la  
stabilité macroéconomique expose l’économie nigériane à de nouvelles déconvenues à l’avenir.  
Le Nigéria, premier producteur de pétrole d’Afrique sub-saharienne, de-  
vrait bénéficier de la conjoncture mondiale actuelle. Cependant, si les  
PRÉVISIONS  
perspectives de croissance sont positives, les gains en termes de sta-  
bilité macroéconomique seront modestes. La contre-performance du  
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019  
2020  
2021 2022e 2023e  
secteur pétrolier en est une des principales raisons. La production de  
pétrole brut (hors condensats) vient en effet de toucher un point bas, à  
seulement 1,2 million de barils/jour en mai 2022 contre un quota fixé  
dans le cadre des accords OPEP+ de 1,76 million de barils/jour. Depuis  
début 2020, le pays n’arrive plus à remplir ses objectifs en raison de  
la répétition d’incidents techniques et de l’insécurité. Même en tablant  
sur une amélioration dans les prochains mois, la production totale de  
pétrole devrait atteindre au mieux 1,6 million de barils/jour en moyenne  
cette année, soit un niveau similaire à celui de 2021 mais inférieur de  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, moyenne annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
2,3  
11,5  
-4,7  
25,0  
-3,6  
17,9  
38,3  
4,6  
-1,9  
13,2  
-5,7  
29,4  
-3,9  
19,4  
36,7  
6,1  
3,4  
17,0  
-5,9  
30,0  
-0,4  
20,7  
40,4  
7,3  
3,4  
17,9  
-5,5  
31,1  
0,9  
3,2  
14,9  
-5,4  
31,7  
1,2  
Dette des adm. publiques, % du PIB  
Solde courant, % du PIB  
Dette externe, % du PIB  
18,0  
43,7  
7,0  
16,0  
48,3  
8,3  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
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0% à 2019. À cela s’ajoutent les déséquilibres générés par l’inertie de  
la politique économique. Certes, la banque centrale vient tout juste de  
relever son taux directeur, mais le timing interroge. Par ailleurs, elle ne  
semble toujours pas prête à assouplir son régime de change malgré la  
persistance d’importants dysfonctionnements. Surtout, la décision de  
reporter à mi-2023 la réforme du système de subventions pétrolières  
va peser considérablement sur les finances publiques.  
E: ESTIMATIONS ET PRÉVISIONS  
TABLEAU 1  
SOURCE : BNP PARIBAS RECHERCHE ECONOMIQUE GROUPE  
NIGÉRIA : ENVIRONNEMENT MONÉTAIRE  
Inflation (g.a.)  
Taux directeur  
%
0
2
1
INFLATION : LA BANQUE CENTRALE RÉAGIT ENFIN  
8
L’inflation posait problème avant le déclenchement du conflit en  
Ukraine. Il s’est aggravé depuis. La hausse de l’indice des prix à la  
consommation (IPC) a atteint 17,7% en glissement annuel (g.a.) en  
mai 2022. Elle devrait très prochainement dépasser le dernier pic de  
16  
1
1
1
4
2
0
8
6
4
2
0
1
8% touché au premier trimestre 2021 (graphique 1). Le Nigéria est  
importateur net de produits alimentaires et se voit lourdement im-  
pacté par l’envolée des cours internationaux des matières premières.  
De plus, l’alimentation compte pour 51% du panier de consommation.  
La hausse des prix alimentaires (19,5% en g.a. en mai) explique ain-  
si en grande partie les fortes pressions inflationnistes, mais pas seu-  
lement. Hors alimentation, l’inflation progresse aussi (14,9% en mai  
contre 13,8% en janvier), notamment en raison du choc énergétique. De  
fait, si les prix de l’essence sont stables grâce au système de subven-  
tions, ceux du gaz et du diesel sont dérégulés. Or, environ 70% du gaz  
2015  
2016  
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2022  
GRAPHIQUE 1  
SOURCES : BANQUE CENTRALE, NBS, BNP PARIBAS  
consommé est importé alors que le diesel est largemment utilisé pour politique de soutien à certains secteurs d’activité via des prêts sub-  
pallier aux déficiences du réseau national d’électricité.  
ventionnés. Les dysfonctionnements sévères générés par le système  
Dans ce contexte, la banque centrale a relevé son taux directeur de de change sont un autre exemple. Quoi qu’il en soit, des hausses su-  
1
50 points de base (pb) à 13% en mai. Cette décision a surpris. Il s’agit plémentaires de taux seront nécessaires si la banque centrale veut  
de la première hausse de taux depuis mi-2020, et il faut remonter à réancrer les anticipations d’inflation. Mais la visibilité est limitée.  
juillet 2016 pour voir la banque centrale durcir sa politique monétaire,  
alors que l’inflation est constamment restée au-dessus de ses objectifs  
STABILITÉ MACROÉCONOMIQUE : TOUJOURS FRAGILE  
(
6-9%). Doit-on y déceler un changement de cap vers davantage de dis-  
L’envolée des importations de pétrole contrarie le redressement des  
comptes extérieurs mais le déficit courant se résorbe et le Nigéria de-  
vrait être en mesure de dégager un excédent cette année. Pour autant,  
cipline ? Difficile à dire dans la mesure où la banque centrale poursuit  
dans le même temps des objectifs qui peuvent entrer en contradiction  
avec la lutte contre l’inflation, à commencer par le maintien de sa  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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Eco Emerging // 3 trimestre 2022  
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les problèmes de liquidité extérieure persistent. Tombées à un point  
bas de USD 33,7 mds en mars 2020, les réserves de change se sont  
stabilisées ensuite autour de USD 35 mds. Mais cette stabilisation s’est  
faite au prix d’un rationnement strict de devises et d’une compression  
forte des importations. Après être remontées à USD 41,5 mds en sep-  
tembre 2021, grâce à l’allocation de DTS du FMI et à une importante  
émission euro-obligataire, les réserves de change sont de nouveau en  
baisse depuis octobre (USD 38,4 mds en mai). L’écart entre le taux de  
change officiel et le taux parallèle s’est également accru pour dépasser  
NIGÉRIA : TAUX DE CHANGE  
officiel  
parallèle  
USD/NGN  
700  
6
00  
00  
5
4
0% aujourd’hui contre 22% à la mi-2021 (graphique 2).  
400  
La volonté des autorités monétaires de préserver la stabilité du taux  
de change (malgré quelques ajustements) continue de peser fortement  
sur la quantité de dollars disponible dans l’économie. Cette pénurie se  
répercute sur l’inflation dans la mesure où des pans entiers de l’éco-  
nomie se sont tournés vers le marché parallèle pour les achats de  
produits importés. Cela affaiblit aussi l’attractivé financière du Nigéria.  
Les entrées de capitaux se sont encore écroulées en 2021 après le choc  
de 2020. Elles sont passées de USD 23,7 mds en 2019 à USD 6,7 mds en  
3
00  
00  
2
100  
0
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
2020  
2021  
2022  
SOURCES : BANQUE CENTRALE, NAIRAMETRICS, BNP PARIBAS  
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021. La situation ne devrait guère s’améliorer à court terme compte  
GRAPHIQUE 2  
tenu du resserrement de la liquidité mondiale. Les autorités ont déjà  
émis des euro-obligations en mars 2022, mais la hausse des spreads  
sur les titres souverains nigérians (EMBI), de 344 points de base (pb)  
depuis avril, traduit une défiance accrue des investisseurs. Ils at-  
teignent désormais 962 pb, soit l’un des spreads les plus élevés parmi  
les émetteurs africains.  
CROISSANCE VIGOUREUSE EN 2022, INCERTITUDES AU-DELÀ  
La persistence de tensions sur les comptes externes et les finances  
publiques n’a pas entamé la vigueur de la reprise pour le moment.  
Certes, la croissance au T1 2022 a décéléré à 3,1% contre 4% au  
Alors que les entrées de capitaux étrangers devraient rester déprimées, trimestre précédent mais cela traduit avant tout la chute de 26% du PIB  
le Nigéria est également exposé à un risque de sorties de capitaux à pétrolier. Hors hydrocarbures, la dynamique est restée solide (+6,1%)  
court terme, dans un contexte de resserrement de la politique moné- grâce à la bonne performance du secteur tertiaire (+7,4% ; 54% du PIB).  
taire américaine et de montée de l’aversion au risque des investisseurs Les indicateurs avancés pour le T2 restent plutôt bien orientés. Sous  
internationaux. De fait, le stock total de « hot money » (stock d’in- réserve que la production pétrolière ne diminue plus, la croissance  
vestissements de portefeuille et dette à court terme) reste significatif, du Nigéria pourrait atteindre 3,4% en 2022, soit un taux inchangé par  
équivalant à 44% des réserves de changes à fin 2021.  
La situation des finances publiques est encore plus préoccupante.  
rapport à 2021, ce qui constituerait une performance assez remarquable  
compte tenu de la dissipation de l’effet de rattrapage post-covid.  
Entre le poids élevé des subventions énergétiques et la baisse de la Néanmoins, à ce rythme, il faudra attendre 2025 pour que le PIB réel  
production pétrolière, le gouvernement nigérian n’avait déjà pas profité par habitant retrouve son niveau de 2019. En outre, en l’absence  
de la remontée des cours du pétrole en 2021. Ce sera encore le cas en de changements structurels profonds, le Nigéria restera exposé aux  
2
022. Le coût supporté par la compagnie nationale d’hydrocarbures fluctuations des cours du pétrole.  
dans le cadre de la politique énergétique devrait atteindre presque  
points de PIB, soit plus de 20% du total des revenus budgétaires du  
Des élections présidentielles vont se tenir en février 2023. Si les  
deux candidats sont connus, leurs programmes de réformes restent  
à définir. La refonte du système de subventions énergétiques devrait  
être un chantier prioritaire, mais elle restera un sujet extrêmement  
sensible sur le plan social. Le gouverneur de la banque centrale (dont  
le mandat expire en juin 2024) n’a cessé de répéter son opposition à la  
flexibilisation du régime de change pour les mêmes raisons.  
2
gouvernement. Hors hydrocarbures, les recettes sont structurellement  
faibles (inférieures à 5% du PIB) et la flexibilité est limitée en raison  
du niveau extrêmement bas des dépenses en capital (autour de 2% du  
PIB). Malgré la hausse prononcée du PIB nominal, les indicateurs des  
finances publiques vont donc rester dégradés cette année. Le déficit  
budgétaire est attendu à 5,5% du PIB en 2022 et la dette publique  
devrait s’accroître légèrement à 31% du PIB. À ce stade, la soutenabilité  
de la dette n’est pas menacée, d’autant que sa structure est favorable  
En revanche, des améliorations devraient venir du démarrage au  
second semestre 2022 d’une méga-raffinerie, dont la capacité suffira  
à couvrir les besoins en pétrole du Nigéria. Le regain d’intérêt des  
investisseurs pour ses vastes réserves de gaz pourrait aussi permettre  
de revitaliser un secteur à la peine depuis de nombreuses années. Mais  
il en faudra bien plus pour permettre au Nigéria de retrouver le chemin  
d’une croissance supérieure à 5% qui prévalait au tournant des années  
(
70% de l’encours est libellé en monnaie locale) et que le Nigéria n’a  
pas d’importantes tombées de dette euro-obligataire à court terme.  
Néanmoins, la dynamique de dette inquiète - la dette publique  
atteignait seulement 13% du PIB en 2014 - et son coût élevé entrave  
la marge de manœuvre du gouvernement et sa capacité à faire face à  
de nouveaux chocs. Plus de 30% des recettes du gouvernement sont  
désormais alloués au paiement des charges d’intérêt, contre moins de  
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010.  
Achevé de rédiger le 30 juin 2022  
1
0% en 2014.  
Stéphane ALBY  
stephane.alby@bnpparibas.com  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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