Emerging

Sauvée par les matières premières

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Eco Emerging // 3 trimestre 2021  
economic-research.bnpparibas.com  
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AFRIQUE DU SUD  
SAUVÉE PAR LES MATIÈRES PREMIÈRES  
Déjà fragilisée par plusieurs années de faible croissance et de tensions sociales et politiques, l’Afrique du Sud a été  
durement affectée par la crise du Covid-19. Le PIB a chuté de 7% en 2020 et les finances publiques se sont fortement  
dégradées. Toutefois, le pays a également bénéficié d’une amélioration sensible de ses comptes extérieurs, et le  
boom des recettes d’exportation depuis un an a aidé au rebond de l’activité et des recettes fiscales. Cette meilleure  
performance macroéconomique a rassuré les investisseurs et facilité la couverture des besoins de financement du  
gouvernement. Les défis à moyen terme restent néanmoins intacts : de vastes et difficiles réformes demeurent indis-  
pensables pour élever le potentiel de croissance et assurer la soutenabilité de la dette publique.  
Après plusieurs années de croissance atone et de détérioration  
PRÉVISIONS  
progressive des comptes publics, la pandémie de Covid-19 a plongé  
l’Afrique du Sud dans une grave crise économique et budgétaire. Le  
PIB réel a accusé une forte contraction en 2020 et la solvabilité de  
l’État s’est considérablement dégradée en raison de la hausse rapide  
des déséquilibres budgétaires et de la dette publique. Toutefois, la  
performance macroéconomique du pays a été meilleure que prévu  
au cours de l’année passée, principalement grâce à une importante  
amélioration des termesdel’échange. Lesbonnes recettes d’exportation  
ont aidé au rebond des rentrées fiscales depuis le T3 2020. L’excédent  
courant a permis de renforcer le rand sud-africain et la liquidité  
extérieure, et contribué à l’amélioration des conditions de financement  
du gouvernement. Par ailleurs, le président Ramaphosa a consolidé  
son autorité au sein de son parti l’ANC au cours des derniers mois, ce  
qui tend à renforcer les perspectives de réformes structurelles et la  
confiance des marchés financiers.  
2019  
2020  
2021e  
2022e  
PIB réel, variation annuelle (%)  
Inflation moyenne (IPC, %)  
0.2  
-7.0  
3.3  
4.7  
2.1  
4.1  
4.5  
4.2  
Solde budgétaire / PIB (%) 1  
Dette du gouvernement / PIB (%) 1  
Solde courant / PIB (%)  
-6.7  
63.4  
-3.0  
52.8  
48.9  
5.7  
-11.0  
78.8  
2.2  
-9.2  
80.9  
1.6  
-8.0  
84.5  
-1.7  
43.9  
48.3  
5.7  
Dette extérieure / PIB (%)  
56.4  
47.4  
7.3  
46.0  
52.0  
7.1  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
(
1): ANNÉE BUDGÉTAIRE DU 1ER AVRIL DE L’ANNÉE T AU 31 MARS DE L’ANNÉE T+1  
E: ESTIMATIONS ET PRÉVISIONS  
TABLEAU 1  
SOURCE : BNP PARIBAS RECHERCHE ECONOMIQUE GROUPE  
BOOM DES RECETTES D’EXPORTATION  
À court terme, la dynamique favorable des comptes externes  
contribue à la réduction du risque de refinancement de l’État et  
allège les pressions sur la monnaie. À moyen terme, cependant, les  
défis demeurent inchangés : l’Afrique du Sud doit absolument élever  
son potentiel de croissance économique, seul à même de contenir les  
risques sociopolitiques et d’améliorer la dynamique de dette publique.  
g.a., %, mm3m  
Balance commerciale (é.d.)  
Exportations  
Importations  
ZAR mds, mm3  
150  
1
1
1
50  
25  
00  
125  
100  
75  
LES EXPORTATIONS, MOTEUR DU REBOND POST COVID-19  
75  
Le PIB réel s’est contracté de 7% en 2020, après plusieurs années  
de croissance très faible (+0,8% par an en moyenne en 2015-2019).  
L’activité, qui s’est effondrée au T2 2020 (-16,6% t/t) du fait du  
confinement, a rebondi depuis la mi-2020 (+13,7% t/t au T3 ; +1,4%  
t/t au T4 et +1,1% au T1 2021), portée par les mesures de soutien  
monétaires et budgétaires, l’envolée des recettes d’exportation et le  
redressement de la production minière. En revanche, l’activité dans  
le bâtiment et de nombreux secteurs des services, qui reposent sur la  
demande intérieure, sont restés déprimés. Après une chute en avril-  
mai 2020, les recettes d’exportation ont vigoureusement rebondi,  
grâce à l’amélioration des volumes et surtout à la flambée des prix  
des matières premières. En 2020, les métaux précieux et les produits  
50  
50  
25  
25  
0
0
-
-
25  
50  
-25  
-50  
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012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021  
GRAPHIQUE 1  
SOURCE : SARS  
miniers ont représenté 46% des exportations totales de l’Afrique du l’année 2020. Cependant, son redressement devrait rester difficile.  
Sud. Les excédents commerciaux ont dépassé USD 3,5 mds par mois Premièrement, le pays fait face à une troisième vague de contaminations  
depuis mars 2021 (contre USD 150 millions par mois en 2019) et le depuis le mois de mai. Devant l’augmentation rapide du nombre de  
solde courant trimestriel est excédentaire depuis le T3 2020. À très cas, le président Ramaphosa a annoncé de nouvelles restrictions,  
court terme, les exportations devraient rester dynamiques.  
ramenant le pays à un confinement de « niveau 4 ajusté » pour une  
période d’au moins deux semaines à compter du 28 juin. Ces mesures  
vont probablement interrompre le mouvement de reprise économique,  
au moins temporairement. Les prévisions resteront incertaines en  
REDRESSEMENT PLUS DIFFICILE DE LA DEMANDE INTÉRIEURE  
Aidée par les mesures de soutien des autorités, la consommation privée attendant une accélération de la campagne de vaccination – à la fin  
s’est redressée plus rapidement que l’investissement à la suite du choc juin, 5% seulement de la population avait reçu une dose de vaccin,  
du Covid-19. Elle a chuté de 5,4% en termes réels sur l’ensemble de contre 1,6% à la fin mai.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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En outre, la consommation privée devrait pâtir de la forte détérioration  
enregistrée l’an dernier sur le marché du travail. À la fin du T1 2021,  
l’emploi total était toujours inférieur de 9% à son niveau de la fin du  
T4 2019 et le taux de chômage ressortait à 32,6%.  
APAISEMENT DES TENSIONS SUR LES MARCHÉS FINANCIERS  
20  
14  
Taux de change ZAR/USD (é.g.)  
De leur côté, les entreprises ont coupé dans leurs investissements.  
L’investissement total s’est effondré de 17% en termes réels en 2020,  
après plusieurs années de déclin progressif, atteignant un plus bas  
record de 12,4% du PIB nominal. Bon nombre d’entreprises restent  
fragiles et prudentes, et attendent des avancées en matière de  
réformes structurelles. De manière plus générale, les freins structurels  
à la croissance économique (infrastructures d’énergie et de transport  
déficientes, corruption et faiblesse du capital humain, etc.) continueront  
de pénaliser l’activité. En particulier, des coupures d’électricité sont  
attendues au moins jusqu’à fin 2022, le temps que l’approvisionnement  
en énergie soit plus durablement sécurisé.  
1
8
Rendement moyen sur les obligations d'Etat de  
maturités>10 ans, % (é.d.)  
13  
12  
11  
10  
9
16  
1
4
2
1
10  
8
8
6
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La politique monétaire devrait rester accommodante à très court  
terme, en dépit de l’accélération de l’inflation. La hausse des prix à  
la consommation est passée de 3,1% en g.a. en décembre 2020 à 5,2%  
en mai 2021, ce qui reste dans la fourchette cible de 3%-6% fixée par  
la banque centrale. Depuis juillet 2020, le taux directeur (repo) a été  
maintenu à 3,5% et le taux de référence bancaire sur les prêts est resté  
proche de 3,7% (taux réel). Cela a aidé à un léger rebond des prêts aux  
ménages au S1 2021. En revanche, les prêts aux entreprises se sont  
contractés. De ce fait, la croissance du crédit total au secteur privé est  
devenue négative depuis mars 2021 (s’établissant à -1,3% en g.a. en  
moyenne).  
L’environnement de taux d’intérêt bas et les mesures de soutien et  
d’allègement du crédit devraient toutefois continuer à aider les  
entreprises et les ménages. Lorsque ces mesures seront levées, la  
qualité des actifs bancaires devrait se détériorer – le taux de créances  
douteuses a déjà augmenté de 3,9% fin 2019 à 5,2% fin 2020. Parmi les  
emprunteurs les plus fragiles figurent notamment les ménages (qui  
sont très endettés, à hauteur de 75 % du revenu disponible fin 2020) et  
les petites entreprises.  
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6
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012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021  
GRAPHIQUE 2  
SOURCE : SARB  
préfinancer une partie de ses besoins grâce à des déficits plus modérés  
que prévu au cours des derniers mois, en continuant ses émissions  
d’obligations en monnaie locale, profitant de l’amélioration des  
conditions de marché. En outre, les banques locales disposent d’une  
certaine marge pour accroître encore leurs achats de titres d’État ; leur  
exposition au secteur public (crédit et obligations d’État) représente  
1
7% des actifs bancaires fin 2020. Elles pourront ainsi continuer de  
compenser l’impact de la réduction des achats des investisseurs  
étrangers, dont la part dans la dette publique en monnaie locale est  
passée de 37 % fin 2019 à 30% fin 2020 (mais est restée relativement  
stable depuis le T4 2020). Le gouvernement ne devrait pas avoir besoin,  
cette année, de recourir à des prêts multilatéraux comme en 2020.  
À moyen terme, cependant, la dynamique de la dette publique  
constitue une préoccupation majeure. La dette publique va continuer  
à croître (d’après nos prévisions, elle devrait atteindre 87% du PIB à  
fin 2023/24), sous l’effet de déficits budgétaires importants (quoiqu’en  
baisse) et d’une faible croissance du PIB. L’État demeurera, de ce fait,  
particulièrement exposé aux évolutions du sentiment des investisseurs  
étrangers et les rendements des obligations locales resteront sous  
pression. Le risque de refinancement sera dès lors orienté à la  
hausse. Pour améliorer les perspectives en matière de dette publique,  
d’assainissement budgétaire et de croissance du PIB, les autorités  
devront contenir la hausse des salaires des fonctionnaires, poursuivre  
la restructuration des entreprises publiques et accélérer les réformes  
structurelles. Le contexte politique se prête peut-être aujourd’hui  
davantage à de tels changements. De nouvelles mesures ont d’ailleurs  
été prises récemment (comme par exemple des changements au  
sein de la direction des entreprises publiques, la poursuite de la  
transformation d’Eskom, ou des réformes dans le secteur de l’énergie).  
Cependant, la situation socio-économique s’est nettement dégradée  
avec la crise sanitaire, ce qui fera de la réduction des dépenses  
publiques un exercice particulièrement difficile. De plus, le contexte  
politique pourrait se détériorer de nouveau, par exemple au S2 2021 à  
l’approche des élections municipales.  
La politique budgétaire, malgré le maintien de certaines mesures de  
soutien, sera quant à elle moins favorable à la croissance en 2021  
qu’en 2020 étant donné la nécessité de réduire les déficits.  
FINANCES PUBLIQUES : INQUIÉTUDES À MOYEN TERME  
Les finances publiques se sont très fortement dégradées en raison  
du choc du Covid-19, après déjà plusieurs années de détérioration.  
Le dérapage des finances publiques s’était aggravé en 2019, à cause  
du plan de sauvetage de l’entreprise publique d’électricité Eskom,  
et il s’est considérablement accéléré en 2020 du fait de la récession  
économique et de l’important plan de relance (représentant environ  
1
0% du PIB). Le déficit du gouvernement central est passé de 6,7% du  
PIB sur l’année budgétaire 2019/20 à 11% en 2020/21 (un niveau plus  
faible que prévu), en raison de l’envolée du déficit primaire (6,4% du  
PIB) et des paiements d’intérêts (4,6%). La dette publique a grimpé  
à 79% du PIB en 2020/21, contre 63 % en 2019/20. Dans son dernier  
budget, publié en février 2021, le gouvernement semble déterminé à  
prendre des mesures d’assainissement budgétaire et a prévu de réduire  
progressivement le déficit à partir de 2021/22, grâce à une amélioration  
des recettes et à la maîtrise des dépenses.  
À court terme, le risque de refinancement de l’État est faible, même  
si les rendements obligataires sur les marchés locaux sont élevés (se  
situant en moyenne à 9,8% pour les emprunts d’État à plus de dix ans  
au S1 2021 contre 9% au S2 2019). Le gouvernement a été en mesure de  
Achevé de rédiger le 5 juillet 2021  
Christine PELTIER  
christine.peltier@bnpparibas.com  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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