Emerging

Une transition économique contrainte

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Eco Emerging // 3 trimestre 2021  
economic-research.bnpparibas.com  
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ARABIE SAOUDITE  
TRANSITION ÉCONOMIQUE DIFFICILE  
L’économie saoudienne a été doublement pénalisée en 2020 : les conséquences de la pandémie de Covid-19 ont  
amplifié l’impact récessif de la chute des prix et de la production de pétrole. En plus de l’effet conjoncturel, ces deux  
chocs exogènes ont des conséquences défavorables sur le processus de réforme, et notamment sur le dynamisme du  
secteur privé. La reprise attendue en 2021 sera timide, en raison du nouveau ralentissement de l’activité pétrolière.  
Les déficits budgétaires devraient perdurer à moyen terme, entraînant une hausse de la dette du gouvernement. Les  
déséquilibres macroéconomiques restent modérés, mais la dépendance persistante au pétrole dans un contexte de  
transition économique reste une source de vulnérabilité importante.  
DOUBLE CHOC SUR L’ÉCONOMIE EN 2020  
PRÉVISIONS  
En 2020, l’économie saoudienne a été affectée par la chute des prix du  
pétrole et par les restrictions liées à la pandémie. De plus, la baisse  
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019  
2020  
2021e  
2022e  
des revenus pétroliers a obligé les autorités à prendre des mesures  
qui ont eu tendance à accentuer le ralentissement économique.  
Ainsi, le triplement du taux de TVA de 5% à 15% et la réduction de  
certains transferts ont permis de partiellement compenser la baisse  
des revenus pétroliers, mais ont aussi affecté la consommation des  
ménages, qui représente 55% du PIB. En 2020, la consommation privée  
s’est repliée de 6,4%. L’investissement, qui représente environ un quart  
du PIB, a chuté de 14% en raison du déclin des investissements publics  
et du niveau cycliquement bas des dépenses en capital de l’industrie  
pétrolière. Enfin, le volume des exportations a baissé de 11%, soit la  
plus forte baisse depuis plus de vingt ans, en lien avec la réduction des  
ventes d’hydrocarbures. En termes nets, cette baisse des exportations  
a été compensée par l’effondrement des importations de plus de 25%  
dans un contexte de baisse de la demande interne.  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
0.3  
-1.2  
-4.5  
23  
-4.1  
3.4  
2.3  
2.9  
-3.1  
32  
4.5  
2.7  
-2.5  
35  
-11.2  
32  
Dette du gouv. central, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
Dette externe, % du PIB  
4.8  
23  
-2.1  
30  
2.4  
30  
1.9  
32  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
500  
27  
454  
30  
452  
446  
29  
28  
E: ESTIMATIONS ET PRÉVISIONS  
TABLEAU 1  
SOURCE : BNP PARIBAS RECHERCHE ECONOMIQUE GROUPE  
CONTRIBUTION À LA CROISSANCE DU PIB (%)  
D’un point de vue sectoriel, la politique de quota établie par les  
producteurs OPEP+ (membres de l’OPEP et Russie), ainsi que la  
tendance de l’Arabie saoudite à aller au-delà de la baisse de production  
qui lui est imposée ont fait chuter le PIB pétrolier (environ 40% du PIB)  
de 6,7% sur l’ensemble de l’année 2020. La production de pétrole brut  
a baissé de 6% en 2020, pour atteindre 9,2 millions de barils par jour  
Exportations nettes  
Consommation publique  
PIB total  
Investissement  
Consommation privée  
1
5
10  
5
(
mb/j) en moyenne. De son côté, le PIB non pétrolier s’est contracté de  
,3%. Au total, le PIB s’est contracté de 4,1%.  
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0
UNE MAUVAISE CONJONCTURE POUR LES RÉFORMES  
Ce double choc - prix du pétrole et pandémie - affecte d’une manière  
particulière l’économie saoudienne dans la mesure où le royaume  
s’est engagé dans un ambitieux plan de développement et de  
diversification économique. Ce plan doit réunir deux conditions : il  
demande d’importants moyens financiers et requiert le développement  
du secteur privé hors hydrocarbures pour permettre la création  
d’emplois pour les Saoudiens. Le Fonds d’investissement public (PIF)  
assure le financement du plan, et notamment de grands programmes  
d’infrastructures en l’absence d’investissements étrangers significatifs  
-5  
10  
-
2008  
2010  
2012  
2014  
2016  
2018  
2020  
GRAPHIQUE 1  
SOURCES : MINISTÈRE DE L’ÉCONOMIE ET DU PLAN, BNP PARIBAS  
étroitement liée à la conjoncture pétrolière, et l’incertitude créée par la  
pandémie constitue un frein supplémentaire.  
(
depuis 2016 les investissements directs étrangers entrants n’ont  
Parallèlement, l’horizon de moyen et long terme des grands  
producteurs de pétrole devient plus incertain étant donné la volonté  
partagée au niveau mondial de progresser dans la décarbonisation des  
activités économiques. Dans un tel contexte, les autorités saoudiennes  
privilégient une approche dirigiste de la réforme avec de très importants  
investissements en infrastructures (villes nouvelles, transports, etc.),  
et une accélération des mesures de « saoudisation » du marché du  
travail.  
représenté que 0,7% du PIB en moyenne). Le recours à un endettement  
mesuré ainsi que des recettes de privatisation doivent garantir le  
financement du PIF, du moins à court terme. Concernant la seconde  
condition, l’incertitude liée à la pandémie a renforcé la prudence des  
agents économiques. Déjà, depuis 2016 et la baisse durable des revenus  
pétroliers, le secteur privé a fonctionné au ralenti. Sa croissance n’a été  
en moyenne que de 0,8% de 2016 à 2020, contre 5,9% sur la période  
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011-2015. La capacité du secteur privé à se développer reste donc  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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TIMIDE REPRISE ATTENDUE EN 2021  
DETTE DU GOUVERNEMENT (% DU PIB)  
En T1 2021, le PIB s’est replié de 3% en rythme annuel en raison  
notamment de la baisse de la production de pétrole. Sur l’ensemble  
de l’année, le PIB pétrolier devrait encore une fois s’inscrire en  
repli d’environ 1%. En effet, au cours du premier trimestre, l’Arabie  
saoudite a volontairement réduit sa production pétrolière de 1 mb/j  
au-delà de la réduction prévue par l’accord OPEP+. Le quota saoudien  
de production a augmenté à partir du deuxième trimestre et devrait  
continuer sa progression au cours de l’année. La production de pétrole  
brut devrait atteindre environ 9 mb/j en moyenne en 2021. Ce scénario  
reste dépendant de la solidité de la cohésion des membres du cartel,  
de l’évolution d’une demande mondiale vulnérable à la résurgence  
pandémique et de la relative stabilité de la production de pétrole des  
producteurs hors accord OPEP+.  
3
3
2
5
0
5
1
4
Dette extérieure du gouvernement  
Dette intérieure du gouvernement  
Intérêts en % des recettes totales (e.d.)  
12  
1
8
6
4
2
0
0
20  
1
5
0
5
0
1
Concernant l’activité hors hydrocarbure, les perspectives sont  
positives (+4,7% prévu en 2021) mais il convient de rester prudent.  
Les indicateurs avancés d’activité (production de ciment, ouverture  
de lettres de crédit et retrait d’argent liquide) évoluent positivement  
depuis le début de l’année, mais sont très volatils. La consommation  
des ménages a progressé de 1,3% en rythme annuel au premier  
trimestre et devrait bénéficier d’un effet de base important en T2. Les  
indicateurs journaliers de mobilité sont revenus à un niveau supérieur  
à la période pré-pandémique depuis environ un mois. Néanmoins,  
l’évolution actuelle de la pandémie incite à la prudence. On estime que  
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011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020  
GRAPHIQUE 2  
SOURCES : MINISTÈRE DES FINANCES, BNP PARIBAS  
HAUSSE MODÉRÉE DE LA DETTE DU GOUVERNEMENT  
moins de 30% de la population totale a été complètement vacciné. Par Étant donné la récurrence de déficits budgétaires élevés depuis 2015  
ailleurs, une seconde vague de contamination est en cours (le nombre (10,6% du PIB en moyenne), la dette du gouvernement a rapidement  
de nouvelles infections est actuellement équivalant à 30% du niveau augmenté, mais reste à un niveau modéré (32% du PIB à fin 2020).  
enregistré lors du maximum de juin 2020). Pour le moment, l’essentiel Actuellement, environ 40% du déficit budgétaire est financé sur les  
des restrictions liées à la pandémie sont levées, mais dans ce contexte, ressources du gouvernement détenues à la banque centrale. Celles-ci  
la reprise de la consommation des ménages demeure incertaine.  
sont actuellement équivalentes à environ 18% du PIB. Le reste du déficit  
est financé par des émissions de dette sur les marchés internationaux  
environ 15% du déficit budgétaire) et sur le marché intérieur. Sur ce  
La hausse significative des prix du pétrole attendue cette année devrait  
être favorable à la dépense publique, notamment l’investissement, et  
alimenter la croissance du PIB hors pétrole. Le PIF a établi un plan  
d’investissement jusqu’en 2025 prévoyant d’investir SR 150 mds (équi-  
valant à 5,7% du PIB 2020) annuellement dans l’économie saoudienne.  
En 2021, la croissance du PIB devrait atteindre 2,3%.  
(
dernier, le gouvernement émet des sukuk (titres de dettes conformes  
à la loi islamique) sur des maturités longues allant jusqu’à trente ans.  
La part du déficit financé par l’émission de dette devrait continuer de  
croître étant donné le niveau limité des réserves du gouvernement  
auprès de la banque centrale, le coût réduit de l’endettement et la  
volonté de développer le marché intérieur de la dette. Selon notre  
scénario central, la dette du gouvernement devrait atteindre 35% du  
PIB en 2023.  
DÉFICIT BUDGÉTAIRE PERSISTANT  
Avec la chute des prix du pétrole et la nécessité de soutenir l’activité  
(
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équivalant à environ 2,7% du PIB), le déficit budgétaire enregistré en Les risques macroéconomiques restent modérés à moyen terme,  
020 a été très élevé (-11,2% du PIB). Les revenus issus des taxes sur mais les finances publiques sont soumises à certaines pressions. La  
les biens et services (environ 18% des revenus budgétaires totaux) position nette du gouvernement se dégrade modérément mais de  
ont bénéficié de la hausse du taux de TVA, mais ne permettent pas façon constante depuis 2015. La volonté mondiale de lutter contre  
de compenser la baisse du revenu issu du pétrole (-31% a/a) qui reste le réchauffement climatique pèse sur les perspectives pétrolières  
le déterminant principal des performances budgétaires (environ 60% et la mise en place de réformes économiques accroît le besoin de  
des revenus totaux). Le gouvernement a annoncé une réduction des financement et maintient la dépendance aux revenus pétroliers à court  
dépensesen2021d’environ6%.Labaissedesdépensesd’investissement terme.  
est rendue possible par le transfert d’une partie de ces dépenses au PIF,  
Achevé de rédiger le 5 juillet 2021  
mais nous restons prudents quant à la baisse des dépenses courantes  
dans un contexte de hausse des prix à la consommation (+2,9% prévu  
en 2021) et de possible persistance de la pandémie. Même avec un  
Pascal DEVAUX  
prix du baril de pétrole attendu en forte hausse, le prix qui équilibre le  
pascal.devaux@bnpparibas.com  
budget (ou point mort budgétaire) devrait rester supérieur à celui du  
marché. Le déficit budgétaire devrait atteindre 3,1% du PIB en 2021. À  
moyen terme, les limites de la diversification des revenus budgétaires  
et la hausse des dépenses favoriseront le maintien du point mort  
budgétaire dans un intervalle de 65 à 70 dollar US par baril, ce qui  
devrait maintenir un déficit public modéré.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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