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Un choc violent mais une économie solide

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EcoEmerging// 2 trimestre 2020  
economic-research.bnpparibas.com  
Indonésie  
Un choc violent mais une économie solide  
La crise du coronavirus va affecter une économie déjà légèrement fragilisée en 2019 par le ralentissement du commerce mondial.  
Néanmoins, les fondamentaux macroéconomiques sont bons. Les finances publiques sont solides, le secteur bancaire est robuste  
et les entreprises, comme les ménages, sont peu endettés. Les réserves de change sont suffisantes pour couvrir les besoins de  
financement à court terme du pays. Néanmoins, les pressions à la baisse sur la roupie devraient rester fortes : le déficit courant  
n’est que partiellement financé par les investissements directs et les sorties de capitaux ont atteint des niveaux sans précédent  
depuis le 31 janvier.  
Croissance  
1
- Prévisions  
La croissance économique a ralenti à 5% en 2019 alors qu’elle  
s’établissait à 5,2% en 2018. Ce ralentissement a pour origine une  
nette décélération des investissements productifs des entreprises  
dans un contexte de freinage du commerce mondial et de baisse  
des prix des matières premières (induit par les tensions  
commerciales entre la Chine et les Etats-Unis). Au T1 2020, les  
indicateurs d’activité laissent entrevoir une nouvelle décélération de  
la croissance. En janvier, la production industrielle s’est contractée  
et la baisse continue des importations de biens en capital (pour le  
quatorzième mois consécutif) ne laisse pas envisager de reprise  
des investissements. Par ailleurs, les ventes au détail se sont  
contractées en février, pour le troisième mois consécutif,  
conjointement à l’effondrement des ventes d’automobiles et de  
motocyclettes. Enfin, les commandes dans le secteur manufacturier  
se sont fortement contractées, d’après les derniers résultats  
d’enquêtes auprès des directeurs d’achat.  
2
018  
2019 2020e 2021e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, moyenne annuelle, %  
Solde budgétaire % du PIB  
5,2  
5,0  
1,0  
5,4  
3,3  
2,8  
2,3  
2,7  
-1,8  
-2,2  
-5,1  
-3,0  
Balance courante, % du PIB  
-2,9  
-2,7  
-2,2  
-2,0  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2
- Chute de la confiance des entrepreneurs en mars (PMI)  
Indice PMI dans l'ind. manuf.  
Indice des nouvelles commandes  
Indice de la prod. manu  
60  
5
5
4
5
0
5
L’Indonésie ne sera pas épargnée par la crise provoquée par le  
coronavirus. Elle est néanmoins moins exposée au ralentissement  
du commerce mondial que d’autres pays de l’ASEAN (comme la  
Malaisie) car elle est peu intégrée dans les chaînes de valeurs  
mondiales. Néanmoins, la crise va affecter l’économie via plusieurs  
canaux : i) la contraction du tourisme, ii) l’effondrement du prix des  
matières premières et iii) la baisse de la demande intérieure  
40  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
2020  
Source : Markit  
(
d’autant plus forte que des mesures de confinement seront  
(
55%). En 2019, la consommation des ménages a contribué à plus  
imposées).  
de 54% à la croissance du PIB. En supposant qu’elle se contracte  
au T2 pour rebondir ensuite au T3, et que les projets  
d’investissement (29% du PIB) soient reportés au T4 pour les  
entreprises et à 2021 pour le gouvernement, alors la croissance  
pourrait ralentir de 4 pp à 1% avant de rebondir en 2021.  
Néanmoins, en cas de très forte propagation du virus, la croissance  
pourrait être bien inférieure (-0,4% selon le ministère des finances).  
L’impact de l’épidémie de coronavirus sur les recettes du tourisme  
sera moins élevé que dans d’autres pays de l’ASEAN, comme la  
Thaïlande, car elles s’élèvent à seulement 1,4% du PIB. Néanmoins,  
une baisse de 50% des recettes du tourisme génèrerait une baisse  
de 0,7 pp de la croissance.  
Une baisse des exportations de 11% dans le cas d’un  
ralentissement mondial de 2 pp grèverait la croissance du pays de  
 Mesures de soutien  
2
,3 pp (les exportations s’élèvent à 20,7% du PIB). De plus, la très  
Depuis le début de la crise, les autorités monétaires ont abaissé  
leurs taux directeurs de 50 pb à 4,5%. Lors du dernier comité de  
politique monétaire d’avril, elles ont maintenu leurs taux directeurs  
inchangés, en soutien à la roupie. Elles ont aussi réduit à plusieurs  
reprises les ratios de réserves obligatoires des banques  
commerciales de 8% à 2%. Par ailleurs, des opérations de swaps  
de change se tiennent tous les jours pour pallier les besoins de  
liquidités en dollars. D’un point de vue budgétaire, le gouvernement  
a annoncé trois programmes de soutien à l’économie pour une  
forte baisse du prix des matières premières enregistrée au T1 (-60%  
pétrole, -22% huile de palme, -6% caoutchouc, -21% charbon, -22%  
cuivre), qui devrait se poursuivre au T2, va fortement peser sur les  
résultats et donc sur les investissements des entreprises.  
En cas de propagation du virus, le confinement de la population,  
non imposé à ce jour, pourrait être indispensable. Les  
conséquences économiques et sociales seraient fortes et difficiles à  
pallier compte tenu de l’importance du travail informel dans le pays  
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economic-research.bnpparibas.com  
valeur totale de près de IDR 436 trn (2,7% du PIB). Le plafond du  
déficit budgétaire fixé légalement à 3% du PIB a été suspendu  
temporairement. Parmi les mesures phares figurent la suspension  
des impôts sur les revenus des ménages dans l’industrie  
manufacturière et un abattement sur les impôts des entreprises de  
3- Importantes sorties de capitaux depuis le 31 janvier  
Flux actions  
Millions USD par semaine :  
Flux obligations  
4 000  
3
0%, pour six mois à compter du mois d’avril. Par ailleurs,  
3
2
1
000  
000  
000  
0
l’assistance alimentaire aux ménages les plus pauvres a été  
étendue à 15,2 millions de personnes au 1 avril.  
er  
Les finances publiques restent solides  
Les finances publiques sont solides. En 2019, le déficit budgétaire  
et la dette du gouvernement étaient contenus à respectivement  
-1 000  
-2 000  
2
,2% et 30,1% du PIB. Néanmoins, le ralentissement de l’activité  
-
3 000  
domestique et la contraction des échanges extérieurs vont peser  
sur les revenus du gouvernement. Sur les deux premiers mois de  
2
017  
2018  
2019  
2020  
Source : IIF  
2
020, le déficit budgétaire s’est déjà creusé de 15% par rapport à  
Par ailleurs, les autorités monétaires ont adopté d’importantes  
réglementations pour contraindre les entreprises à se couvrir contre  
le risque de change à partir de 2015 (renforcées en 2016). Au  
T3 2019, la banque centrale estimait que 88% des entreprises  
avaient couvert leurs positions à hauteur de 90% ; les entreprises  
les plus fragiles étant celles du secteur de la construction, de  
l’immobilier, des médias et du commerce, ne disposant pas de  
recettes en devises.  
l’année dernière. Le gouvernement prévoit aujourd’hui que le déficit  
budgétaire pourrait atteindre 5,1% du PIB mais il a d’ores et déjà  
annoncé que ce niveau pourrait être supérieur si la crise excédait 6  
mois. Par ailleurs, bien que modérée (30,1% du PIB), la dette  
publique est détenue à plus de 60% par les investisseurs étrangers  
et libellée à près de 38% en devises étrangères, très  
majoritairement en dollars. Néanmoins, le risque de refinancement  
à horizon 2020 est limité car le remboursement de la dette est de  
seulement USD 10,2 mds, soit 8,1% des réserves de change.  
Enfin, le secteur bancaire est solide. Il a les capacités de faire face  
à une hausse du risque de crédit. Les créances douteuses étaient  
contenues à 2,5% du total des crédits fin 2019 et les ratios de  
solvabilité étaient très satisfaisants (le CAR était de 23,3%).  
Des risques de refinancement limités  
La dette des ménages et celle des entreprises non financières  
étaient contenues à respectivement 17,8% du PIB et 22,7% du PIB  
au T3 2019 selon les données de la Banques des règlements  
internationaux. Par ailleurs, selon la banque centrale, en 2019, la  
situation des entreprises non financières était satisfaisante, même si  
elles ont été affaiblies par le ralentissement du commerce mondial  
et la baisse des prix des matières premières. En juin 2019, le ratio  
de dette rapportée aux fonds propres restait modéré à 0,58. Les  
actifs couvraient 1,86 fois les engagements des entreprises et le  
coefficient de liquidité s’établissait à 1,21. La capacité des  
entreprises à faire face au service de leur dette était satisfaisante :  
le taux de couverture de la dette était de 70,5% et les profits  
couvraient 2,9 fois le seul paiement des intérêts. La situation est  
néanmoins hétérogène selon les secteurs d’activité. Les entreprises  
du secteur de l’agriculture, et dans une moindre mesure de l’eau, du  
gaz et de l’électricité étaient considérées comme les plus fragiles,  
fin 2019.  
Forte pression sur la roupie  
L’Indonésie est vulnérable à un choc extérieur car les matières  
premières (hors produits alimentaires) constituent 51% de ses  
exportations. Elle dépend, par ailleurs, des investissements de  
portefeuille des non-résidents pour financer le déficit de son compte  
courant (2,7% du PIB en 2019) car les IDE sont insuffisants (1,8%  
du PIB en 2019). Or, depuis le 31 janvier (11 semaines) les sorties  
d’investissement de portefeuille ont atteint plus de USD 11 mds  
selon l’IIF contre des entrées nettes de USD 12 mds en 2019. À  
court terme, les pressions à la baisse sur la roupie devraient rester  
fortes, en dépit d’une contraction du déficit courant grâce à la baisse  
des importations de pétrole et au ralentissement de la demande  
intérieure. Les réserves de change (USD 113 mds fin mars)  
resteront largement suffisantes pour financer les besoins de  
financement à court terme du pays.  
La dépréciation de la roupie va entraîner une revalorisation de la  
dette en devises. Depuis le début de la crise du coronavirus, celle-ci  
s’est dépréciée de plus de 18% face au dollar. Cependant,  
seulement 51% de la dette des entreprises est libellée en devises.  
Selon l’IIF, les tombées de dette obligataires des grandes  
entreprises internationales ne s’élèvent qu’à USD 5,3 mds et  
USD 6,4 mds en 2020 et 2021 respectivement. Les  
remboursements de prêts internationaux sont plus importants  
(
estimés à USD 17 mds en moyenne en 2020 et 2021). Mais  
globalement, les entreprises indonésiennes peuvent faire face aux  
tombées de dette internationale libellée en devises.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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