Perspectives

La reprise s’éloigne

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Eco Perspectives // 2 trimestre 2021  
economic-research.bnpparibas.com  
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ITALIE  
LA REPRISE S’ÉLOIGNE  
En 2020, le PIB réel de l’Italie a chuté de 8,9% et près de 2,5 millions d’emplois équivalents temps plein ont été perdus.  
La consommation a été le principal moteur de la récession, expliquant les trois-quarts de la baisse. La stagnation des  
revenus et le manque de confiance ont doublé la propension des ménages à épargner. Le secteur le plus affecté par  
la crise est celui des services, dont la valeur ajoutée recule de 8,1%, tandis que le manufacturier a été soutenu par la  
reprise modérée des exportations. Les problèmes soulevés par la pandémie se sont trouvés aggravés par certaines  
difficultés structurelles qui entravent la croissance depuis quelque temps. Au cours des prochaines années, il sera  
difficile de renouer avec un schéma de croissance robuste à moins d’interventions décisives stimulant l’innovation  
et la productivité.  
LES MÉNAGES EN MAL DE REVENUS ET DE CONFIANCE  
CROISSANCE ET INFLATION  
Après un rebond au T3 2020 (+15,9%), le PIB réel a reculé de 1,9%  
au T4. La seconde vague de la pandémie a nécessité de nouvelles  
mesures restrictives. La contribution de la demande, intérieure comme  
extérieure, a été négative. Les exportations ont moins progressé que  
les importations, tandis que la contraction de la consommation a  
plus qu’absorbé l’augmentation de l’investissement et la contribution  
positive de la dépense publique.  
Croissance du PIB  
Prévisions  
Inflation  
Prévisions  
8
6
4
2
0
2
4
6
8
5.0  
3.9  
1
.5  
1.4  
0.6  
0
.3  
Sur l’ensemble de l’année 2020, le PIB réel chute de 8,9%. La  
consommation explique environ les trois-quarts de la baisse, une  
proportion beaucoup plus élevée qu’au cours des deux précédentes  
récessions. En baisse de 10,7%, la dépense privée pèse à hauteur de  
-0.1  
-
-
-
-
6
,5% dans la contraction du PIB. Les ménages italiens ont pâti à la fois  
d’une évolution décevante de leurs revenus et d’une détérioration de la  
confiance. En 2020, près de 2,5 millions d’emplois (équivalents temps  
plein) ont été perdus. Entre janvier et septembre, le revenu disponible  
brut des ménages a diminué de plus de EUR 20 mds et la propension  
à épargner a doublé, sous l’impact cumulé des mesures restrictives et  
d’un comportement plus prudent des consommateurs.  
-
10  
-8.9  
2019  
2020  
2021  
2022  
2019  
2020  
2021  
2022  
GRAPHIQUE 1  
SOURCE : BNP PARIBAS GLOBAL MARKETS  
En 2020, les ménages italiens ont réduit certaines dépenses (loisirs,  
culture, transports, restaurants et hôtels) et dépensé davantage dans  
l’alimentation, les outils de communication, le logement et certains  
services. Malgré la pandémie, les dépenses de santé (produits et  
dispositifs médicaux, équipements et services hospitaliers) ont reculé  
de 6,2%. Les achats en ligne, qui représentaient 4% du total des ventes  
de détail en 2019, ont bondi de 35%.  
CONTRIBUTION À LA CROISSANCE DU PIB  
%
4
Consommation  
Investissement  
Stocks  
Dépenses publiques  
Exportations nettes  
PIB  
2
0
2
020 : GRAVE CRISE DU SECTEUR DES SERVICES  
-
2
Le secteur de services, le seul à avoir effacé en 2019 la baisse des  
deux précédentes crises, a souffert bien plus que le reste de l’économie.  
En 2020, la valeur ajoutée produite par les services a fondu de 8,1%,  
pour une contribution négative de 6%, et le nombre des emplois a été  
amputé de 11% en équivalents temps plein, soit près de 2 millions  
d’emplois en moins par rapport à 2019.  
-4  
-
-
6
8
-
10  
La récession a touché de nombreux secteurs, mais certains moins que  
d’autres. La valeur ajoutée a augmenté de 1,9% dans le secteur de  
l’information et de la communication, tandis qu’elle s’est contractée  
de 2,6% dans la finance et l’assurance, et d’environ 15% dans les  
divertissements et loisirs, et dans le transport et le stockage. L’hôtellerie  
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008-09  
2012-14  
2020  
GRAPHIQUE 2  
SOURCE : BNL, CALCULS DEPUIS DONNÉES ISTAT  
et la restauration ont été les secteurs les plus touchés, avec une chute UN SECTEUR MANUFACTURIER PLUS RÉSILIENT  
de 40% de la valeur ajoutée et un demi-million d’emplois équivalents  
En 2020, la valeur ajoutée du secteur manufacturier a diminué de  
temps plein détruits. La crise du tourisme reflète aussi les restrictions  
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1,4%, principalement en raison d’une forte contraction au premier  
aux déplacements transfrontaliers. Le nombre d’étrangers voyageant  
en Italie est ainsi passé de 96,2 millions en 2019 à 39 millions en 2020,  
et leurs dépenses ont chuté de EUR 44,3 mds à EUR 17,4 mds.  
semestre, tandis que l’industrie a stagné au T4. Le nombre de salariés  
du secteur manufacturier a été réduit de 376 000 équivalents temps  
plein (-11%), à un peu plus de 3 millions.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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Le secteur du textile, de l’habillement et de la chaussure a accusé  
une baisse de la valeur ajoutée de près de 25% et de nombreux  
emplois ont été perdus. Le secteur de l’alimentation et des boissons  
a été moins touché, de même que les biens intermédiaires, comme  
les produits chimiques et ceux en caoutchouc et en plastique. Le  
secteur manufacturier a été soutenu par l’accroissement modéré des  
exportations. Les données de la balance commerciale montrent qu’en  
valeur, les ventes italiennes à l’étranger ont presque entièrement  
effacé le recul de la première partie de la crise.  
SYSTÈME PRODUCTIF PAR TAILLE DES SOCIÉTÉS (% DU TOTAL)  
Micro  
Petites  
Moyennes  
Grandes  
22.7  
4
3.7  
À PANDÉMIE NOUVELLE, VIEUX PROBLÈMES  
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3.3  
En Italie, les problèmes soulevés par la pandémie de Covid-19 se sont  
superposés à des difficultés structurelles qui entravent la croissance  
du pays depuis quelque temps et les ont aggravées (dette publique  
élevée, système de production fragmenté, faible investissement dans  
l’éducation, la R&D et l’innovation). Il sera difficile d’emprunter une  
trajectoire de croissance robuste en l’absence d’initiatives décisives  
pour stimuler l’innovation, la productivité et le développement durable.  
20.3  
GRAPHIQUE 3  
SOURCE : BNL, CALCULS DEPUIS DONNÉES ISTAT  
Au moment où la pandémie de Covid-19 a frappé, les derniers chiffres  
disponibles laissaient apparaître une importante fragmentation  
du système productif italien : en Italie, les TPE représentent 95%  
des entreprises, concentrent 43,7% des emplois et créent 27,5% de  
la valeur ajoutée. Par comparaison avec les autres pays européens,  
les entreprises italiennes sont plus petites, employant en moyenne  
À fin 2020, environ 75% des entreprises italiennes employant au moins  
trois salariés n’avaient pas défini de cadre stratégique pour faire face  
aux conséquences de la crise à moyen ou long terme, et environ un  
tiers montraient des signes de crise ou de détresse. Les cinq groupes  
étaient fortement homogènes en termes de taille : les « statiques en  
crise » étaient en moyenne beaucoup plus petites que les « proactives  
avancées » (6,5 salariés pour les premières et 47,2 pour les secondes).  
Même si les réactions des entreprises face à la crise dépendent en  
grande partie de l’impact des mesures de confinement sur les différents  
secteurs, il est évident que les entités les moins productives (coûts de  
personnel élevés, main d’œuvre peu qualifiée et activité domestique)  
ont été, de loin, les plus touchées.  
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salariés (contre 4,5 en Espagne, 5,6 en France et 11,9 en Allemagne).  
La taille des entreprises affecte à la fois leur productivité et leur  
propension à investir. En Italie, la productivité du travail s’établit  
à EUR 30 000 dans les TPE, contre EUR 72 680 dans les grandes  
entreprises. Dans le secteur manufacturier, une grande entreprise  
investit en moyenne chaque année environ EUR 14 500 par salarié,  
contre EUR 3 600 pour une TPE. La prévalence des TPE et des PME, et  
la faiblesse de la productivité et de la propension à l’investissement  
qui en découle, sont à la fois la cause et l’effet de la rareté des postes  
qualifiés et des infrastructures numériques dans les entreprises  
italiennes. Les dernières données Istat disponibles montrent qu’en  
Italie, seulement 5,1% des salariés du système productif ont suivi une La valeur ajoutée par salarié des « proactives avancées » est plus  
formation ou obtenu un diplôme de l’enseignement supérieur.  
Par ailleurs, la taille des entreprises affecte considérablement  
l’utilisation des infrastructures numériques : les entreprises entrées  
dans l’ère numérique (celles qui ont intégré les technologies  
disponibles et en font un usage avancé) sont principalement de  
grandes entreprises. Ainsi, 23% des entreprises de plus 500 salariés,  
de deux fois supérieure à celle des « statiques en crise » (environ  
EUR 73 000 contre EUR 33 000) et leurs salariés sont en moyenne  
plus diplômés. Par secteur d’activité, les entreprises les plus réactives  
sont plus nombreuses dans l’industrie, notamment la chimie, la  
pharmacie, l’électronique et les boissons. Dans les services, celles qui  
ont le mieux réagi face à la crise travaillent principalement dans les  
télécommunications, l’informatique, la finance et l’assurance. Parmi  
les entreprises qui ont le plus pâti de la crise, indépendamment du  
secteur d’activité, un fort pourcentage n’avait investi dans aucun  
domaine (R&D, ressources humaines, technologies et numérique,  
capital humain et formations, internationalisation, responsabilité  
sociale et environnementale) et n’a, par conséquent, pas modifié sa  
stratégie face à la crise.  
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5% des entreprises de 250 à 499 salariés et 10 % des entreprises  
de 100 à 249 salariés répondent à cette définition. Parmi les petites  
entreprises, elles sont moins de 2,3%.  
Les limites structurelles d’une partie du système productif italien  
affectent, en outre, la capacité d’adaptation et l’efficacité de la réponse  
aux défis posés par la pandémie de Covid-19. Une analyse récente  
d’Istat répartit les entreprises italiennes en cinq catégories face à la  
crise actuelle : 1. les « statiques en crise » (entreprises lourdement  
affectées par les mesures sanitaires d’urgence et qui n’ont pas adopté  
de stratégie spécifique) ; 2. les « statiques résilientes » (celles  
qui n’ont pas mis en place de réponse parce qu’elles ne pâtissent  
pas d’effets négatifs significatifs) ; 3. les « proactives en détresse »  
Achevé de rédiger le 31 mars 2021  
(
frappées par la crise, mais elles n’ont pas mis en place de stratégies  
de réponse) ; 4. les « proactives en expansion » (à peine affectées  
par la crise, n’ont pas modifié leur schéma de développement) ; 5. les  
«
proactives avancées » (bien qu’affectées par la crise, elles ont accru  
leurs investissements par rapport à 2019).  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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