Emerging

Des perspectives fragilisées par l’épidémie et le choc budgétaire

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Eco Emerging // 1 trimestre 2021  
economic-research.bnpparibas.com  
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BRÉSIL  
DES PERSPECTIVES FRAGILISÉES PAR L’ÉPIDÉMIE ET LE CHOC BUDGÉTAIRE  
En 2020, une politique économique très active a permis d’atténuer l’ampleur du choc récessif. La reprise au T3 a été  
vigoureuse et le redressement de l’activité s’est poursuivi au T4, en dépit de quelques signes de ralentissement en fin  
d’année. Malgré une forte volatilité des investissements directs et de portefeuille, et la dépréciation du real, la vulnérabilité  
extérieure ne s’est pas accentuée. En 2021, même si le maintien des mesures monétaires devrait permettre de soutenir  
l’activité, la nouvelle flambée de l’épidémie de Covid-19, les retards pris dans la campagne de vaccination, les incertitudes  
concernant la reprise du processus de consolidation budgétaire et le manque de progrès des réformes sont autant de  
sujets susceptibles d’agiter les marchés et de déstabiliser la reprise. En 2021, la Bourse pourrait faire les frais d’espoirs de  
croissance déçus.  
REPRISE DE L’ÉPIDÉMIE FIN 2020, VACCINATION RETARDÉE  
PRÉVISIONS  
L’épidémie de Covid-19, après avoir ralenti entre fin juillet et début  
novembre, connaît une nouvelle accélération depuis un peu plus de  
2
019  
2020e  
2021e  
2022e  
deux mois. Les hospitalisations et le nombre de cas détectés ont  
enregistré un pic à la mi-décembre à plus de 70 000 cas journaliers et  
PIB (croissance %)  
1.4  
3.7  
-5.9  
76  
-4.3  
3.2  
3.0  
5.1  
-7.3  
91  
3.0  
3.1  
-7.1  
92  
une moyenne à plus de 49 000 cas avant les festivités de fin d’année  
Inflation (moyenne annuelle, %)  
Solde budgétaire (en % du PIB)  
Dette publique, % du PIB  
1
(
contre environ 14 000 début novembre) . Le nombre de décès a, dans  
-15.0  
91  
le même temps, plus que doubler (environ 700 décès en moyenne  
journalière). Début janvier, le Brésil concentrait environ 10% des cas  
confirmés et des décès dans le monde (8 millions et plus de 200 000  
Solde courant (en % du PIB)  
Dette externe (en % du PIB)  
Réserves de change (USD mds)  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USDBRL (fin d'année)  
-2.8  
37  
-0.3  
43  
-1.0  
41  
-1.6  
39  
e
respectivement) et reste le 2 pays le plus meurtri par l’épidémie.  
357  
17  
356  
21  
350  
19  
346  
18  
Cette seconde vague ne s’est toutefois pas accompagnée de nouvelles  
2
mesures restrictives . Avant les fêtes, les données de Google Mobility  
4.0  
5.2  
4.3  
4.2  
tendaient vers une normalisation des déplacements. Les données  
d’enquête Datafolha montraient aussi des niveaux d’isolement social  
au plus bas depuis le début de l’épidémie.  
e: ESTIMATIONS ET PRÉVISIONS  
TABLEAU 1  
SOURCE : BNP PARIBAS RECHERCHE ECONOMIQUE GROUPE  
Contraint par des obstacles logistiques et réglementaires, le  
programme national de vaccination a pris du retard par rapport à  
d’autres pays de la région (e.g. Argentine, Chili, Costa Rica, Mexique).  
La campagne de vaccination a été retardée par le fait qu’aucun des  
quatre vaccins actuellement à l’étude (Sinovac, AstraZeneca, Pfizer et  
Janssen) n’a été approuvé pour l’instant par l’autorité de régulation  
REPRISE DE L’ÉPIDÉMIE (MOYENNE SUR 7 JOURS GLISSANTS)  
Nouveaux cas (é.g.)  
Nouveaux décès (é.d.)  
60000  
0000  
40000  
1200  
1000  
800  
600  
400  
200  
0
(
Anvisa). Les autorités projettent d’immuniser un peu moins d’un quart  
5
de la population d’ici juin 2021 (51 millions de Brésiliens). Mais la  
vaccination est un sujet très politisé, le Président lui-même indiquant  
qu’il ne se ferait pas vacciner. Cette décision pourrait alimenter les  
réticences à recevoir le vaccin (qui pourrait concerner environ 25% de  
la population selon certains sondages).  
L’extension de l’épidémie, la plus forte contagiosité de certains variants  
du virus, le manque de nouvelles mesures pour contenir la mobilité  
des personnes ainsi que le retard et le scepticisme à l’égard de la cam-  
pagne nationale de vaccination sont autant de facteurs qui pourraient  
freiner la reprise.  
3
2
1
0000  
0000  
0000  
0
2
020 : REBOND DE L’ÉCONOMIE AU DEUXIÈME SEMESTRE...  
GRAPHIQUE 1  
SOURCE : JOHN HOPKINS CSSE COVID-19 DATA  
La reprise de l’activité au T3 a été vigoureuse mais elle n’a suffi  
à compenser les pertes du T2. L’assouplissement des mesures de  
confinement, les politiques de compensation des revenus, et le  
redémarrage de la production dans de nombreux secteurs ont permis  
au PIB de rebondir de 7,7% en volume au T3 (contre -9,6% au trimestre  
précédent.) Il est toutefois demeuré 3,9% en deçà de son niveau du T3  
(
7
février). La production industrielle a ainsi affiché en novembre un  
mois consécutif de hausse, aidée par l’augmentation du nombre  
de projets immobiliers (à Sao Paulo en particulier) et la bonne  
performance des ventes de détail (soutenues par l’aide d’urgence du  
gouvernement). La dépréciation du real (-23% en 2020) a aussi permis  
à une plus grande partie de la demande intérieure de biens industriels  
d’être satisfaite par la production intérieure. L’activité dans les services  
e
2
019. Jusqu’en novembre, les indicateurs mensuels ont continué de  
s’améliorer dans l’industrie et le commerce de détail – deux secteurs  
qui, en août, avait déjà retrouvé leur niveau d’activité pré-pandémie  
1
2
La forte baisse de cas recensés pendant les fêtes ne serait due qu’à un artefact statistique lié à la forte baisse de tests administrés sur la période.  
À quelques exceptions près (États de Sao Paulo et Amazonas) mais les restrictions furent limitées avec des effets marginaux sur la mobilité des personnes.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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1
2
a continué de progresser en octobre mais demeurait toutefois inférieure  
de 6% par rapport à février.  
FORT REBOND DU CRÉDIT AUX ENTREPRISES  
CROISSANCE NOMINALE %, G.A.)  
(
Les comptes externes ont été chahutés mais la vulnérabilité extérieure  
ne s’est pas pour autant dégradée. L’excédent commercial s’est raffermi  
en 2020 (+7% en g.a.), aidé par le ralentissement de près de 10% des  
importations et la vigueur de la demande asiatique, laquelle – en  
absorbant la moitié des ventes – a permis de contenir la dégradation  
des exportations. Du côté du compte financier, les flux d’investissement  
de portefeuille des non-résidents se sont redressés depuis l’été sans  
2
5%  
0%  
Crédit aux entreprises  
Crédit aux ménages  
2
15%  
10%  
ère  
toutefois suffire à compenser les pertes de la 1 moitié de l’année  
5
%
%
(
USD 12 mds de flux nets sortants de janvier à novembre). Les  
0
investissements direct étrangers (IDE) ont aussi fortement ralenti  
-49,6% en g.a. de janvier à novembre). Les flux nets d’IDE continuent  
(
-
5%  
toutefois de confortablement couvrir le déficit du compte courant,  
lequel s’est résorbé d’environ 2 points de PIB sur l’année. En outre,  
le pays dispose toujours d’une liquidité extérieure très satisfaisante  
-10%  
15%  
-
(
USD 356 mds) par rapport à la taille de ses importations et de ses  
2
013  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
2020  
SOURCE : BCB  
engagements externes.  
GRAPHIQUE 2  
MAIS AVEC QUELQUES SIGNES D’ESSOUFFLEMENT EN FIN D’ANNÉE  
Cependant, fin 2020, l’économie a mont des signes de ralentissement nouveau programme de privatisations et de concessions, dévoilé par le  
concomitants avec la reprise de l’épidémie et l’accélération de l’inflation gouvernement (115 actifs d’État ciblés en 2021, dont 22 aéroports et  
(
+4,3% g.a. en novembre, la plus forte hausse depuis 18 mois). Cet le réseau 5G), pourrait soutenir les dépenses en capital à condition que  
essoufflement est visible dans le tassement des indicateurs d’activité l’appétit des investisseurs soit au rendez-vous.  
PMI (services et manufacturier), la baisse des ventes de véhicules en  
décembre (une première depuis avril), ainsi que dans l’effritement de  
la confiance des ménages.  
Au vu de la dégradation des comptes publics, les discussions autour  
du maintien des règles budgétaires devraient continuer de dominer  
l’actualité en 2021. En effet, le déficit budgétaire s’est envolé malgré  
À l’inverse, le marché boursier s’est montré très optimiste, clôturant une moindre détérioration du budget du gouvernement central  
l’année en hausse de 3% alors même qu’il avait établi un plus haut sur les derniers mois (réduction de moitié des montants versés à  
en janvier 2020. L’année 2020 s’est soldée par un nombre record titre de l’aide d’urgence et baisse du nombre de bénéficiaires de 68  
d’introductions en Bourse (26 IPO et près de USD 8 mds de fonds à 56 millions, amélioration du recouvrement des impôts, reprise de  
levés, un plus haut niveau depuis 2007). Des facteurs conjoncturels l’activité économique, retenue de certaines dépenses discrétionnaires).  
et structurels expliquent ce rattrapage : mise au point des vaccins, Le niveau de la dette est désormais très élevé, sa maturité moyenne  
injections de liquidité au niveau mondial, hausse du nombre s’est raccourcie et les inquiétudes concernant sa soutenabilité se sont  
d’investisseurs individuels au niveau local (il a plus que quadruplé accentuées.  
depuis décembre 2018, facilité par la multiplication des courtiers en  
ligne), mais aussi la baisse du taux directeur SELIC qui encourage la  
réallocation des portefeuilles vers les actions. Pour autant, compte  
tenu des perspectives de croissance plutôt modérées de l’économie,  
d’importants ajustements sont à prévoir.  
En 2021, le maintien de la crédibilité de la politique budgétaire  
constituera un enjeu déterminant pour l’évolution du real, des flux de  
capitaux et de la courbe de taux, d’autant que le Trésor devra faire  
face à des tombées de dette importantes (environ ¼ du stock de  
dette arrivera à échéance dans les 12 mois). Pour l’instant, le budget  
(
présenté à la fin de l’été) n’a toujours pas été approuvé et ne devrait  
l’être que courant février, à la suite du congé parlementaire. À noter  
que des gouverneurs dans le nord du pays réclament l’extension de  
l’état d’urgence (qui suspend l’application des mécanismes de contrôle  
budgétaire) au moins jusqu’au premier semestre 2021. La presse locale  
indique que certains membres du gouvernement y seraient favorables,  
surtout si la flambée de l’épidémie se prolongeait.  
2
021 : DES PERSPECTIVES FAVORABLES MAIS CONTINGENTES  
AUX ÉVOLUTIONS BUDGÉTAIRES  
La croissance en 2021 bénéficiera d’un acquis de croissance important  
(
au moins 2,5 points de pourcentage). Le PIB en volume ne devrait  
pas retrouver son niveau de fin 2019 avant la mi-2022. La croissance,  
mais aussi les inégalités et la pauvreté devraient être affectés par la En 2021, la présidence Bolsonaro perdra un allié idéologique de poids  
fin des versements de l’aide d’urgence, par un chômage élevé (14,3% à la Maison blanche. À l’inverse, l’administration Biden – en voulant  
en octobre) et l’absence d’un plan de relance. La croissance souffrira renforcer l’engagement des États-Unis sur le plan de la coopération  
aussi de la fin des allègements fiscaux et pourrait être pénalisée par multilatérale et les questions environnementales – pourrait interpeller  
une exécution plus lente que prévu du programme de vaccination. le gouvernement brésilien sur le rythme de la déforestation en Amazo-  
En revanche, l’économie devrait profiter du redressement des prix nie. Les élections des nouveaux présidents du Sénat et de la Chambre  
des matières premières et du maintien de mesures monétaires (taux des députés en février auront aussi une importance déterminante sur  
directeur à un plus bas historique, allégement des exigences de liquidité l’avancée des réformes (actuellement aucun projet de loi de réforme  
et de fonds propres pour favoriser le crédit). En outre, la reconduction significatif n’est sur le point d’être approuvé). Point positif, les élections  
du programme de garanties publiques, destiné à soutenir les petites municipales en novembre ont montré un soutien plus fort des électeurs  
et micro-entreprises, devrait soutenir la trésorerie des entreprises. pour les partis du centre au détriment des extrêmes.  
Ces mesures ont déjà alimenté le fort rebond du crédit (+11,2% g.a.  
Salim HAMMAD (achevé de rédiger le 11 janvier 2021)  
salim. hammad@bnpparibas.com  
en termes réels, tiré par les entreprises, +18,2% en g.a.). Enfin, le  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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