Emerging

La reprise sera lente

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Eco Emerging // 4 trimestre 2020 (achevé de rédiger le 28 septembre 2020)  
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INDE  
LA REPRISE SERA LENTE  
Entre avril et juin 2020, l’économie indienne s’est contractée de près de 24% par rapport à la même période l’année  
précédente. Cette contraction sans précédent de l’activité reflète l’effondrement de la demande intérieure. Bien que  
l’activité ait rebondi depuis le mois de juin, elle reste fragile et bien en deçà des niveaux qui prévalaient avant la crise  
de la Covid. Les capacités de soutien déjà limitées de la banque centrale et du gouvernement se sont réduites avec la  
hausse des prix et la contraction des recettes budgétaires. La dette publique pourrait atteindre près de 89% du PIB et  
peser sur les projets de développement futurs du pays, alors même que les dépenses du gouvernement ont contribué à  
près de 30% à la croissance l’année dernière.  
RECUL SANS PRÉCÉDENT DE L’ACTIVITÉ ÉCONOMIQUE  
PRÉVISIONS  
Au T1 de l’année fiscale 2021 (avril-juin 2020), la croissance indienne  
2
018  
2019  
4.2  
2020e 2021e  
s’est contractée de 23,9% en glissement annuel (g.a.). Hormis les  
dépenses du gouvernement, toutes les composantes de la demande  
intérieure ont enregistré une contraction sans précédent, induite par  
PIB réel(1), variation annuelle (%)  
Inflation moyenne(1) (CPI, %)  
6.1  
-11.4  
5.5  
9.6  
er  
le confinement de l’ensemble de la population jusqu’au 1 juin. La  
3.4  
4.8  
3.4  
consommation des ménages, premier moteur de la croissance, a af-  
fiché un recul de 26,7% en g.a., alors que dans le même temps les  
investissements se sont contractés de plus de 47% en g.a. Dans un tel  
contexte, la baisse des importations ayant été supérieure à celle des  
exportations, la contribution des exportations nettes à la croissance a  
été positive. Du côté de l’offre, la contraction a été particulièrement  
forte dans l’industrie (-33,8%) et, dans une moindre mesure, dans les  
services (-24,3%) avec notamment le gel des activités de construction,  
transport, hôtellerie et restauration. L’agriculture est le seul secteur à  
enregistrer une croissance positive, bien que modeste (+3,4% en g.a.).  
Solde budgétaire gouv et adm.(1) / PIB (%)  
Dette gouv et des adm. (1) / PIB (%)  
Solde courant(1) / PIB (%)  
-6.3  
69.9  
-2.1  
20.0  
393  
6.5  
-7.3  
72.2  
-0.8  
19.9  
457  
7.7  
-12.2  
88.7  
0.0  
-8.5  
87.1  
-1.0  
20.0  
590  
Dette extérieure(1) / PIB (%)  
20.0  
541  
Réserves de change, mds USD  
S  
11.0  
Réserves de change, en mois d'imports  
9.1  
Les premiers indicateurs d’activité disponibles pour le deuxième  
trimestre de l’année fiscale 2020/2021 confirment un rebond par  
rapport au trimestre précédent. L’activité est néanmoins loin d’être  
revenue au niveau qui précédait avant la crise induite par l’épidémie de  
coronavirus. En outre, alors que l’activité dans l’industrie a accéléré, ce  
n’est pas le cas dans les services. En juillet, la production industrielle  
et le transport de marchandises, bien que toujours en recul par rapport  
à la même période l’année dernière, ont fortement rebondi. L’indice  
de production industrielle a atteint 118,1 contre un plus bas de  
seulement 54 en avril. Elle reste toutefois inférieure, de plus de 10,4%,  
à son niveau de juillet 2019, en raison notamment d’une contraction  
toujours importante de la production de biens de capital et de biens  
de consommation durables (respectivement -22,8% et -23,6% en g.a.).  
Le rebond est surtout sensible pour les biens de consommation non  
durables.  
Taux de change USDINR (fin d'année)  
71.0  
71.3  
73.4  
73.9  
1): Année budgétaire du 1er avril de l’année t au 31 mars de l’année t+1  
e: ESTIMATIONS ET PRÉVISIONS  
(
TABLEAU 1  
SOURCE : BNP PARIBAS RECHERCHE ECONOMIQUE GROUPE  
PRODUCTION INDUSTRIELLE  
Base 100 = déc. 2019  
2
1
1
00  
50  
00  
Production industrielle  
Biens de consommation durables  
Biens en capital  
Biens de consommation non durables  
Le rattrapage devrait se poursuivre car les anticipations sont bien  
orientées. En août, après quatre mois de contraction, l’indice de  
confiance des entrepreneurs (PMI) a dépassé le seuil de 50 à partir  
duquel l’activité progresse. Les anticipations de nouvelles commandes  
50  
(
domestiques) ont augmenté.  
La reprise reste néanmoins fragile. Premièrement, dans les services,  
l’indice PMI, bien qu’en hausse par rapport aux mois précédents, n’était  
toujours que de 41,8 au mois d’août. Deuxièmement, la croissance du  
crédit bancaire aux entreprises reste extrêmement modeste en dépit  
de taux d’intérêt réels bas (en moyenne les taux d’intérêt sur les  
nouveaux crédits déflatés de la hausse des prix à la consommation  
0
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
2020  
GRAPHIQUE 1  
SOURCE : RBI  
s’élevaient à seulement 1,6% en août 2020 contre 6,6% il y a un an). Les en capital atteignaient seulement 62% de leur niveau d’avant la crise  
nouveaux projets mis en œuvre au T2 2020 étaient en baisse de plus de de la Covid-19. Troisièmement, le rattrapage de la consommation des  
8
8% par rapport à la fin de l’année. D’ailleurs, d’après les statistiques ménages reste progressif. En août, les ventes automobiles affichaient  
relatives au commerce extérieur, en juillet, les importations de biens toujours une baisse de 4,7% en glissement annuel. La confiance  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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des ménages reste déprimée, même si selon les dernières données  
d’enquête ces derniers se déclarent plus optimistes quant à leur avenir.  
D’après le Centre for Monitoring Indian Economy (CMIE), le taux de  
chômage a continué de diminuer à 7,3% mi-septembre après avoir  
atteint un point haut de 23,5% en avril, indiquant une normalisation  
assez rapide du marché du travail. Cependant, cette statistique ne  
couvre pas le secteur du marché informel, lequel représente 80% de  
l’emploi en Inde.  
INFLATION  
g.a.,%  
Alimentation  
Divers  
Essence et électricité  
2
5
20  
15  
Prix à la consommation  
1
0
5
0
FORTE HAUSSE DES PRESSIONS INFLATIONNISTES  
En dépit de l’effondrement de la demande intérieure, l’indice des prix  
à la consommation a atteint en juillet des niveaux proches de ceux  
qui prévalaient en 2014. La hausse des prix s’est établie à 6,9% en g.a.  
alors qu’elle était de seulement 3,1% un an plus tôt. Cette accélération  
résulte principalement de l’augmentation des prix alimentaires (qui  
constituent près de 46% du panier de consommation des ménages in-  
diens), et en particulier ceux des produits protéinés. Elle résulte, dans  
une moindre mesure, de la hausse des prix des transports (en raison  
de l’augmentation des taxes sur l’essence), des équipements de com-  
munication et des biens importés suite aux dysfonctionnements dans  
les chaînes de production internationales. Toutefois, même hors prix  
alimentaires et énergie, l’inflation a atteint 5,9% en g.a. en juillet 2020  
contre 4,3% un an plus tôt. L’augmentation des prix de l’or serait à  
l’origine de la hausse d’un demi-point de pourcentage de l’indice hors  
prix d’alimentaire et de l’énergie.  
-5  
2015  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
2020  
GRAPHIQUE 2  
SOURCE : RBI  
financière) contre 3% du PIB précédemment. À la veille de l’ouverture  
du Conseil de la TVA (GST Council), regroupant les États et le gouverne-  
ment et qui vise à statuer sur ces compensations le 5 octobre prochain,  
dix États ont déjà refusé ces deux propositions. En outre, quelle que  
soit l’issue de ce conseil, à la fin de l’exercice budgétaire 2020/2021, le  
déficit du gouvernement et de l’ensemble des administrations pourrait  
s’élever à plus de 12% du PIB, et la dette du gouvernement et des États  
pourrait atteindre près de 89% du PIB (vs 72,2% du PIB en FY 2019/20).  
La hausse des prix a conduit la banque centrale à interrompre son as-  
souplissement monétaire. Son objectif étant de contenir l’inflation à 4%  
+
/-2%, elle a maintenu ses taux directeurs inchangés à 4% lors de son  
Par ailleurs, au-delà du risque de détérioration des finances publiques  
et de dégradation de la note souveraine par les agences de notation  
comité de politique monétaire du mois d’août.  
(
Moody’s a abaissé en juin dernier la note du souverain indien d’un  
FORTE DÉGRADATION DES FINANCES PUBLIQUES  
cran et laissé le pays en perspective négative), le soutien mesuré du  
Sur les quatre premiers mois de l’exercice budgétaire 2020/2021 qui gouvernement à l’économie est une source d’inquiétude pour la reprise  
s’achèvera au 31 mars 2021, le déficit du gouvernement a augmenté (l’année dernière, sans crise sanitaire, la contribution des dépenses du  
de 50% par rapport à la même période l’année dernière, atteignant gouvernement à la croissance s’était élevée à près de 30%).  
1
03,1% de l’objectif annuel du gouvernement fixé en février 2020 à 3,5%  
du PIB. Cette très forte dégradation reflète l’effondrement des recettes  
budgétaires (-41,7%) qui n’ont atteint que 11% de leur cible annuelle  
en raison de la forte contraction de l’activité économique. Les recettes  
de TVA ont diminué de près de 35% alors que les taxes sur les revenus  
ont enregistré une contraction d’environ 30%. Dans le même temps,  
les dépenses, bien que contenues, ont augmenté de 11,3% (soit 35%  
de l’objectif annuel). Sur l’ensemble de l’année 2020/2021, le déficit  
du gouvernement pourrait ainsi atteindre 8% du PIB (contre 4,6% en  
LES COMPTES EXTÉRIEURS TIENNENT  
Depuis le début de l’année, les comptes extérieurs se sont consolidés.  
L’Inde, importateur net de pétrole, a bénéficié de la forte baisse des prix  
du brut. Par ailleurs, la contraction des importations, conjointement à  
celle de la demande intérieure, a compensé la baisse des exportations.  
Sur les cinq premiers mois de l’année 2020/2021, le déficit commercial  
a reculé de plus de 72%. Le solde du compte courant a affiché un  
excédent de 3,9% du PIB entre avril et juin 2020.  
2
019/2020).  
La légère reprise d’activité depuis le mois de juin s’est reflétée dans  
une accélération des importations au mois de juillet qui ont retrouvé  
Les Etats devraient, eux aussi, enregistrer une forte dégradation de  
leur situation budgétaire. Le ministère des Finances a annoncé en août  
dernier qu’il ne serait pas en mesure de compenser l’intégralité de  
la perte des recettes de TVA des États que ces derniers chiffrent à  
INR 3 trillions. Le gouvernement estime, pour sa part, que le manque à  
7
2% avec leur niveau d’avant la crise de la Covid-19. Néanmoins, les  
importations de biens de consommation ont accéléré davantage que  
les importations de biens en capital.  
gagner reflète essentiellement les conséquences de l’épidémie de Co- En dépit des importantes sorties d’investissements de portefeuille en  
vid-19 (et ne sont pas induites par l’adoption de la TVA unique en 2017) mars 2020, la valeur de la roupie contre le dollar US n’était inférieure  
et a annoncé qu’il ne pourrait reverser que INR 650 mds, perçus sur les en septembre que de 2,7% à son niveau de fin 2019. De plus, les ré-  
1
biens de luxe , aux États. Pour faire face à cette baisse de recettes de serves de change atteignaient un plus haut de USD 541 mds, soit près  
TVA (INR 2,35 mds), le gouvernement a demandé aux États de financer de deux fois les besoins de financement à court terme du pays. Pour  
eux-mêmes leur manque à gagner par des émissions de dettes (en l’instant, malgré des perspectives de croissance en berne, les investis-  
partie émises à des taux préférentiels auprès de la banque centrale) sements directs étrangers ont continué d’affluer.  
sans pour autant excéder un montant équivalant à 5,2%, voire 5,5%  
du PIB (selon qu’ils financent partiellement ou intégralement la perte  
1
En 2017, les États avaient accepté l’adoption d’une TVA unique à tous les Etats et la centralisation des recettes de TVA par l’État central car le ministre des Finances s’était  
engagé à accroître leurs recettes de TVA de 14% tous les ans grâce aux recettes perçues sur les produits de luxe (jusqu’à la fin de l’exercice 2022/2023).  
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