Perspectives

Tournée vers le moyen terme

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Eco Perspectives // 2 trimestre 2021  
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CHINE  
TOURNÉE VERS LE MOYEN TERME  
À l’issue des « deux sessions », temps fort de la vie politique chinoise, Pékin a annoncé ses objectifs économiques  
pour 2021 ainsi que les priorités du nouveau Plan quinquennal. En fixant pour cette année une cible de croissance  
simplement « supérieure à 6% », soit un taux en dessous des prévisions, les autorités signalent que le redressement  
de l’activité à la suite du choc de la Covid-19 est désormais moins au centre de leurs préoccupations. Elles devraient  
donc poursuivre le resserrement prudent de la politique monétaire et réduire progressivement les mesures de soutien  
budgétaire. Surtout, les autorités réaffirment leur stratégie de développement à moyen terme visant, notamment, à  
accroître fortement l’innovation et l’indépendance technologique de la Chine.  
LE REBOND A ATTEINT SON PIC, LA CROISSANCE RESTE  
CROISSANCE ET INFLATION  
VIGOUREUSE  
Croissance du PIB  
Prévisions  
Inflation  
L’économie chinoise a fini l’année 2020 sur une croissance solide  
Prévisions  
(
+6,5% en glissement annuel au T4). La production industrielle et les  
1
0.0  
9.2  
exportations affichaient une performance toujours robuste, au-delà du  
rattrapage. La consommation privée et les services continuaient de  
combler leur retard après un redémarrage beaucoup plus tardif suite à  
la période de confinement du premier trimestre.  
8.0  
6.0  
4.0  
2.0  
0.0  
6
.1  
5.3  
La lecture des indicateurs conjoncturels du début d’année est  
compliquée par d’importants effets de base liés à l’arrêt brutal de  
l’activité au T1 2020. Ainsi, sur les deux premiers mois de 2021, les taux  
de croissance de la production industrielle, de l’activité des services, de  
l’investissement et des ventes au détail, calculés en glissement annuel  
2.9  
2.8  
2.5  
2.3  
1.8  
(
g.a.), sont tous hors normes (supérieurs à 30%).  
2019  
2020  
2021  
2022  
2019  
2020  
2021  
2022  
Du côté de l’offre, la production industrielle est manifestement restée  
solide, en dépit de quelques signes de ralentissement dans le secteur  
automobile (environ 15% de l’activité industrielle) résultant de la  
pénurie mondiale de puces électroniques. La production industrielle  
a continué de bénéficier du dynamisme de la demande extérieure. La  
progression des exportations a de fait atteint 60% en g.a. en janvier-  
février 2021, toujours soutenue par les ventes de biens technologiques  
et de matériels médicaux, ainsi que de biens de consommation courante  
et de pièces automobiles.  
En revanche, la demande interne a légèrement perdu en vigueur en début  
d’année, à l’exception notable de l’investissement immobilier. La consomma-  
tion privée de biens et de services a été freinée par les nouvelles restrictions  
de déplacement imposées fin janvier et au mois de février en réponse à la  
hausse des contaminations dans les régions autour de Pékin et au nord-est  
du pays. En outre, les ménages restent fragilisés par la détérioration de leurs  
revenus l’an dernier et un marché du travail encore dégradé. Après avoir  
baissé continûment depuis le printemps 2020, le taux de chômage urbain  
a augmenté en janvier-février (passant à 5,5% contre 5,2% en décembre).  
De plus, le taux de précarité est supérieur à son niveau d’avant-crise. Enfin,  
environ 5 millions de travailleurs migrants qui avaient perdu leur emploi au  
T1 2020 (non comptabilisés comme chômeurs) n’ont pas encore retrouvé de  
poste (286 millions d’emplois étaient occupés par les travailleurs migrants  
fin 2020).  
GRAPHIQUE 1  
SOURCE : BNP PARIBAS GLOBAL MARKETS  
UN SECTEUR IMMOBILIER DYNAMIQUE, JUSQU’À QUAND ?  
g.a. %  
g.a. % 15  
7
6
4
3
5
0
5
0
Ventes immobilières, mm3m (é.g.)  
Prix moyen des logements (é.d.)  
12  
9
6
15  
0
3
0
-
-
15  
-3  
-6  
30  
2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021  
GRAPHIQUE 2  
SOURCES : NBS, MACROBOND  
Il est probable que la consommation privée se renforce à nouveau à  
court terme, ne serait-ce qu’en raison du contexte sanitaire. L’épidémie  
est sous contrôle, les restrictions de déplacement sont levées et la  
campagne de vaccination, très lente jusqu’à mi-mars, devrait accélérer.  
Les autorités semblent aussi envisager quelques mesures ponctuelles  
pour encourager les dépenses des ménages.  
Du côté de l’investissement, les entreprises du secteur manufacturier  
ontététrèsprudentesendébutd’année. L’investissementmanufacturier  
devrait néanmoins également se renforcer à court terme, puisque les  
perspectives d’exportations restent bonnes, que les taux d’utilisation  
des capacités de production sont élevés (78% au T4 2020, soit le niveau  
le plus haut depuis trois ans) et que les profits sont en hausse. Cette  
dynamique accompagne le rebond des prix à la production (+1% en g.a.  
en janvier-février après 18 mois de déflation), entraînés par la hausse  
des prix des matières premières industrielles. En outre, les efforts  
prévus par les autorités pour augmenter l’investissement dans les  
secteurs technologiques devraient être visibles rapidement.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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NORMALISATION PRUDENTE DE LA POLITIQUE ÉCONO-  
MIQUE  
LES EFFORTS DE R&D DE LA CHINE APPELÉS À ÊTRE RENFORCÉS  
5
4
4
3
.0 % du PIB  
À l’issue des sessions plénières annuelles en mars de l’Assemblée  
nationale populaire et de la Conférence consultative politique du peuple  
chinois – deux institutions centrales du système politique chinois –  
les autorités ont dévoilé leurs principaux objectifs macroéconomiques  
pour 2021. Le taux de croissance du PIB devra être « supérieur à 6% »  
et l’inflation s’établir à 3%. En fixant une cible de croissance bien en  
dessous des prévisions, les autorités signalent que le redressement de  
l’activité est désormais moins au centre de leurs préoccupations. Elles  
élargissent la marge de manœuvre de la politique économique afin,  
notamment, de mieux combattre les risques dans le secteur financier.  
.5  
.0  
.5  
3.0  
2
2
1
.5  
.0  
.5  
1.0  
0.5  
Corée du sud  
OCDE  
Japon  
Chine  
Etats-Unis  
UE27  
À court terme, elles devraient viser une stabilisation de l’endettement  
des entreprises et des administrations publiques, après la forte hausse  
de l’an dernier (la dette interne du secteur non financier était estimée  
à 280% du PIB fin 2020, contre 255% fin 2019), et sans pour autant  
menacer le redressement économique ni aggraver les difficultés des  
entreprises encore fragilisées par la crise sanitaire.  
0
.0  
2003  
GRAPHIQUE 3  
2005  
2007  
2009  
2011  
2013  
2015  
2017  
2019  
SOURCE : OCDE DONNÉES (2021), DÉPENSES INTÉRIEURES BRUTES DE R&D  
Les autres réformes envisagées dans le 14e Plan quinquennal ne sont  
pas aussi précisément détaillées, mais les défis et les objectifs à moyen  
et long terme sont identifiés. Pékin vise « la prospérité commune ». Le  
développement industriel, économique et social reposera certes sur la  
technologie, mais l’accent sera également mis sur le renforcement du  
système de santé et de protection sociale, la redistribution des richesses  
et la réduction des inégalités, ou encore sur la réforme du système  
de Hukou pour améliorer l’accès de l’ensemble de la population aux  
services publics.  
Cela passera par le resserrement prudent de la politique de crédit  
(
principalement via l’ajustement du cadre prudentiel) ainsi que par le  
ralentissement des projets d’infrastructures, qui sont essentiellement  
financés par l’endettement obligataire des collectivités locales sur  
les marchés locaux. De fait, Pékin a réduit (très modérément) leurs  
quotas d’émissions d’obligations autorisées en 2021, ainsi que celui  
du gouvernement central (le total de ces quotas a été fixé à RMB  
7
200 mds pour 2021, contre RMB 8 500 mds en 2020). Les autorités ont  
également abaissé l’objectif de déficit « officiel » du gouvernement, à  
Le vieillissement de la population est également identifié comme un  
défi majeur. L’âge médian de la population est passé de 30,8 ans en  
010 à 38,4 ans en 2020 (similaire à celui des États-Unis), la population  
3
,2% du PIB pour 2021 contre 3,6% en 2020. Ces mesures annoncent un  
retrait très progressif et prudent des mesures de soutien budgétaires  
et quasi-budgétaires dans l’année à venir.  
2
active est en baisse continue depuis 2013, et le ratio de dépendance a  
augmenté de 36,5% de la population active en 2010 à 41,4% en 2020.  
Des mesures sont envisagées pour encourager la natalité, retarder l’âge  
de départ à la retraite (actuellement de seulement 50-55 ans pour les  
femmes et 60 ans pour les hommes) et allonger la durée moyenne des  
études. L’amélioration de la qualité de l’éducation, comme les efforts  
d’innovation, doivent contribuer au renforcement de la productivité.  
Enfin, l’amélioration de la « qualité de la croissance » passera par le  
développement des industries vertes et des mesures de lutte contre  
le réchauffement climatique ; Pékin ambitionne ainsi d’atteindre la  
neutralité carbone en 2060.  
L’investissement dans les infrastructures publiques a déjà marqué le  
pas ces derniers mois, et cette dynamique devrait donc se poursuivre.  
Au contraire, l’investissement immobilier ne montrait toujours pas  
de signes de ralentissement début 2021, malgré les nouvelles règles  
prudentielles imposées aux promoteurs immobiliers depuis août  
2
020. Les transactions immobilières restent encouragées par des taux  
d’intérêt faibles et l’épargne élevée des ménages. L’inflation des prix  
des logements a même légèrement accéléré en janvier-février (+2,7%  
en g.a.) après avoir été relativement stable depuis le printemps.  
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LE 14 PLAN QUINQUENNAL  
Achevé de rédiger le 1er avril 2021  
Les autorités ont également dévoilé le mois dernier les objectifs du  
nouveau Plan quinquennal pour 2021-2025. Le développement du  
secteur technologique est au cœur de la stratégie de Pékin. La Chine vise  
à réduire fortement sa dépendance vis-à-vis des biens et savoir-faire  
technologiques étrangers et à devenir leader mondial dans le domaine  
scientifique. Le pays envisage d’augmenter les dépenses en recherche  
&
développement d’au moins 7% par an (elles ont augmenté de 10%  
en 2020), et d’accroître plus particulièrement les efforts en recherche  
fondamentale et le nombre de brevets à fort contenu technique (qui  
devra passer de 6,3 brevets pour 10 000 habitants en 2020 à 12 en  
2
025). Ceci devrait accélérer le rattrapage de la Chine avec les pays  
plus avancés. L’industrie manufacturière devra renforcer sa montée en  
gamme, et la part de l’économie digitale devra augmenter de 7,8% du  
PIB en 2020 à 10% en 2025. Pour aider les entreprises, les autorités ont  
annoncé diverses mesures, telles que des déductions fiscales et des  
aides financières.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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