Emerging

Reprise à peine déstabilisée

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Eco Emerging // 2 trimestre 2022  
economic-research.bnpparibas.com  
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MALAISIE  
REPRISE À PEINE DÉSTABILISÉE  
Après avoir enregistré une croissance modeste en 2021, l’activité économique en Malaisie devrait rebondir plus  
sensiblement en 2022. Elle sera soutenue par le dynamisme de la demande intérieure, une politique budgétaire toujours  
expansionniste et la réouverture des frontières aux touristes. Exportateur de matières premières (pétrole, huile de  
palme principalement), le pays devrait profiter de la hausse des prix internationaux sans pour autant être affecté  
directement par le conflit en Ukraine. Grâce au supplément de revenus généré par la hausse des prix du pétrole, le  
gouvernement devrait être en mesure de prendre à sa charge en grande partie la hausse des prix, pour ne pas fragiliser  
les ménages déjà appauvris par la crise de 2020. Dans cet environnement déjà incertain, une grosse inconnue persiste :  
la durée et l’ampleur du confinement en Chine qui pourrait peser sur les exportations de la Malaisie.  
ACCÉLÉRATION DE LA CROISSANCE EN 2022  
PRÉVISIONS  
En 2021, le PIB réel a progressé de seulement 3,1% après s’être  
contracté de 5,6% en 2020. À prix constants, le PIB de la Malaisie était  
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019  
2020 2021e 2022e 2023e  
donc toujours 2,7% en deçà du niveau qui prévalait avant la crise de la  
Covid-19. Ce modeste rebond de 2021 s’explique notamment par les  
différentes vagues épidémiques enregistrées dans le courant de l’an-  
née qui ont fortement pesé sur la demande intérieure.  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, moyenne annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
4.4  
0.9  
-5.6  
-1.2  
-6.2  
62.1  
4.2  
3.1  
2.5  
5.8  
2.9  
5.9  
2.3  
-3.4  
52.4  
3.5  
-6.4  
63.5  
3.5  
-5.4  
61.2  
4.1  
-4.5  
58.9  
4.0  
Dette du gouvernement % du PIB  
Solde courant, % du PIB  
En 2022, l’activité économique devrait rebondir sensiblement. Elle  
sera soutenue par le dynamisme de la demande intérieure, favorisée  
par une i) hausse des investissements publics, ii) un allègement des  
contraintes sanitaires (80% de la population était totalement vaccinée  
début avril), iii) la consolidation du marché du travail (encore dégra-  
dé par rapport à 2019 mais en nette amélioration depuis la fin 2021)  
Dette externe, % du PIB  
62.6  
100  
5.7  
67.6  
100  
6.2  
69.3  
104  
5.7  
71.5  
106  
5.6  
73.0  
109  
5.7  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
E: ESTIMATIONS ET PRÉVISIONS  
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et iv) la ré-ouverture du pays aux touristes à partir du 1 avril 2022  
TABLEAU 1  
SOURCE : BNP PARIBAS RECHERCHE ECONOMIQUE GROUPE  
MALAISIE : INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION  
(
les revenus du tourisme s’élevaient en moyenne à 6% du PIB avant  
la pandémie). Par ailleurs, la Malaisie devrait bénéficier de la hausse  
des prix des matières premières, surtout si le gouvernement limite les  
répercussions négatives pour les ménages.  
Les principales matières premières exportées (hydrocarbures, huile  
de palme) représentent 19% des exportations du pays. L’augmentation  
des cours mondiaux, induite par le conflit en Ukraine et les sanctions  
imposées à la Russie, va générer un surplus de revenus pour les entre-  
prises exportatrices et le gouvernement. Selon une étude publiée par  
AMRO, une hausse des prix du pétrole de 10% aurait un impact positif  
de 0,4 point de pourcentage sur la croissance de la Malaisie.  
Indice des prix à la consommation  
Transport  
Alimentaire  
g.a., %  
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4
2
0
Cependant, à ces facteurs de soutien à la croissance s’opposent les  
contraintes générées par le conflit en Ukraine qui se sont déjà traduites  
par une baisse de l’indice de confiance des entrepreneurs au mois de  
mars (l’indice PMI dans le secteur manufacturier a baissé à 49,6).  
L’impact direct du conflit sera limité pour la Malaisie car ses relations  
commerciales et financières avec l’Ukraine et la Russie sont limitées.  
En revanche, la Malaisie sera indirectement impactée par les nouvelles  
perturbations dans l’approvisionnement des chaînes de valeur mon-  
diales, en particulier sur le marché des semi-conducteurs (qui consti-  
tuent près de 22% des exportations de la Malaisie). En effet, le palla-  
dium et le gaz néon, tous deux essentiels à la production des puces,  
sont produits principalement en Russie et en Ukraine.  
Par ailleurs, la recrudescence de l’épidémie de Covid-19 en Chine en  
mars-avril et les confinements qui en résultent devraient peser sur les  
exportations de la Malaisie (15,5% sont à destination de la Chine) et  
perturber les approvisionnements mondiaux.  
Pour finir, si les entreprises exportatrices et le gouvernement devraient contraction de 2,4% en 2020) pour permettre aux ménages de faire face  
bénéficier de la hausse des prix des matières premières, ce ne sera pas à un nouveau choc inflationniste.  
-2  
-
-
-
4
6
8
-10  
2017  
2018  
2019  
2020  
2021  
2022  
GRAPHIQUE 1  
SOURCE :CEIC  
le cas des ménages. On redoute en particulier l’impact de la hausse  
des prix alimentaires sur les ménages les plus fragilisés par la crise de  
020. Le taux de pauvreté a augmenté de 5,6% en 2019 à 8,4% en 2020.  
Par ailleurs, en février 2022, le marché du travail n’avait pas encore  
retrouvé sa situation d’avant crise (le taux de chômage s’établissait à  
,1% vs. 3,3% en 2019). En outre, la progression nominale des salaires  
dans le secteur privé n’a pas été suffisante en 2021 (+0,4% après une  
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4
La banque  
d’un monde  
qui change  
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Eco Emerging // 2 trimestre 2022  
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LE GOUVERNEMENT DEVRAIT CONTENIR LE RISQUE INFLATIONNISTE  
des produits alimentaires et des transports ont été enregistrées depuis  
la fin de l’année 2021.  
La Malaisie importe des produits alimentaires (céréales, viande, fruits  
et végétaux) et des engrais. Même si ses importations de céréales  
restent modestes (l’équivalent de 0,6% du PIB en 2021), la hausse des  
prix alimentaires provoquée par le conflit en Ukraine pourrait générer  
une augmentation générale des prix estimée à 22 points de base (pb)  
en 2022, sans parler de l’effet induit par la hausse des prix des en-  
grais sur les prix de 2023. On estime, en effet, que l’élasticité des prix  
alimentaires aux prix internationaux est de 0,6 alors que l’alimentaire  
constitue 28,4% du panier de consommation des ménages. Mais pour  
les ménages les plus pauvres, les produits alimentaires représentent  
MALAISIE : SOLDE DU COMPTE COURANT  
En février 2022, l’inflation globale est restée contenue à seulement  
2
,2% en glissement annuel (g.a). Néanmoins des tensions sur les prix  
Solde commercial  
Solde des services  
% PIB  
2
Solde du compte courant  
1
1
0
8
6
4
2
0
2
4
-
-
3
3
8,5% de leur consommation. En outre, ces prix ont déjà augmenté de  
,9% en g.a. en février vs. 1,5% à la même époque l’année dernière.  
-6  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
2020  
2021  
SOURCE : CEIC  
GRAPHIQUE 2  
L’augmentation des prix du pétrole pourrait quant à elle générer une  
hausse des prix domestiques de 60pb si elle était intégralement réper-  
cutée. À ce jour, le gouvernement a maintenu inchangés les prix des  
principaux carburants (diesel et sans-plomb 95) afin de protéger les  
ménages déjà fortement fragilisés par la crise sanitaire.  
la hausse du déficit du compte des services (due à l’effondrement des  
recettes de tourisme) mais son surplus commercial a atteint 11% du PIB.  
La Malaisie a bénéficié de la hausse des prix des matières premières  
En outre, l’augmentation des recettes budgétaires (induite par la et du rebond du commerce mondial. Par ailleurs, les investissements  
hausse des prix du pétrole), pourrait permettre au gouvernement de directs étrangers ont sensiblement accéléré pour atteindre 4,7% du PIB  
prendre à sa charge l’intégralité de la hausse des prix internationaux alors qu’ils s’élevaient à seulement 2,7% du PIB en moyenne sur les  
du pétrole sans fragiliser ses finances publiques. Le budget du gouver- cinq années précédant la crise de la Covid-19.  
nement a été établi avec un prix moyen du pétrole de 67 USD par baril.  
Les comptes extérieurs devraient rester solides en 2022, soutenus,  
Le gouvernement prévoyait alors d’encaisser RM 43,9 mds (2,7% du  
d’une part, par les prix élevés des matières premières et, d’autre part,  
PIB) de revenus issus du pétrole (sous la forme de taxes directes et in-  
par la réouverture des frontières aux touristes (le déficit du compte  
directes mais aussi de dividendes versés par Petronas). Avec la hausse  
des services a atteint 4% du PIB en 2021 contre seulement 1,4% en  
des prix du pétrole portés à 102 USD le baril en moyenne sur les trois  
moyenne sur la période 2015-2019). Sur les deux premiers mois  
premiers mois de l’année 2022 (+52% par rapport au budget prévision-  
de 2022, les exportations ont enregistré une croissance très solide  
nel du gouvernement), les recettes pétrolières pourraient s’élever à  
(
+20,2% corrigée des variations saisonnières) contribuant à accroître le  
RM 85 mds (5,2% du PIB), générant ainsi un surplus de RM 41,1 mds  
par rapport au budget initial. Le gouvernement estime par ailleurs que  
le surcoût en termes de subventions sur le prix au détail de l’essence,  
pour le maintenir inchangé, serait de RM 17 mds par rapport à 2021.  
Même en supportant l’intégralité de la hausse des prix du pétrole, le  
gouvernement disposerait encore d’un excès de recettes par rapport à  
son budget prévisionnel, équivalent à 1,4% du PIB.  
surplus commercial. Les combustibles ainsi que les huiles végétales et  
animales ont enregistré les hausses les plus fortes.  
Les risques sur le compte courant ne sont pour autant pas nuls.  
L’ampleur du choc inflationniste mondial et du choc épidémique en  
Chine vont peser sur la demande mondiale. Par ailleurs, l’afflux de  
touristes sera contraint par l’absence de visiteurs chinois (dont les  
recettes constituaient près de 18% des recettes touristiques de la  
Malaisie avant la crise de la Covid-19) et par la perte de pouvoir  
d’achat des consommateurs de tous les pays d’Asie (l’ASEAN représente  
Dans ces conditions, même si aucune annonce n’a encore été faite  
concernant l’adoption de subventions, il apparait probable que le gou-  
vernement mette en place une politique de soutien, a minima pour les  
ménages les plus fragiles, et ce d’autant plus que des élections pour-  
raient avoir lieu au S2 2022. Le gouvernement et les partis d’opposition  
se sont accordés en septembre 2021 pour assurer une certaine stabilité  
politique jusqu’en juillet 2022.  
5
0,8% des touristes).  
Par ailleurs, la hausse des taux d’intérêt américains pourrait générer des  
sorties de capitaux, surtout si la banque centrale de Malaisie maintient  
une politique monétaire accommodante. Cependant, en février et mars,  
le pays a continué d’enregistrer des entrées nettes d’investissements de  
portefeuille (selon les données de l’IIF). La Malaisie, comme la majorité  
des pays exportateurs de matières premières, a en effet bénéficié d’un  
regain de confiance des investisseurs. Contrairement aux monnaies des  
autres pays de l’ASEAN, le ringgit (RM) est resté relativement stable  
LES COMPTES EXTÉRIEURS SONT SOUTENUS PAR LA HAUSSE DES  
PRIX DES MATIÈRES PREMIÈRES  
La balance des paiements est solide. En 2021, pour la deuxième année face au dollar depuis le début de l’année.  
consécutive, la position extérieure nette du pays a enregistré un solde  
créditeur équivalent à 5,9% du PIB. En février les réserves de change  
s’élevaient à USD 103 mds, l’équivalent de 4,9 mois d’importations de  
biens et services.  
Le pays a un excédent structurel de son compte courant. En 2021, cet  
excédent s’est légèrement réduit (-0,7pp à 3,5% du PIB) en raison de  
Achevé de rédiger le 11 avril 2022  
Johanna MELKA  
johanna.melka@bnpparibas.com  
La banque  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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