Emerging

Reprise sans dynamisme

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Eco Emerging // 2 trimestre 2022  
economic-research.bnpparibas.com  
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MEXIQUE  
REPRISE SANS DYNAMISME  
Les conséquences directes sur l’économie mexicaine du conflit en Ukraine devraient rester limitées, les liens com-  
merciaux avec les deux belligérants étant quasi-inexistants. En revanche, les conséquences indirectes pourraient  
avoir un effet significatif sur une économie déjà fragilisée par la crise de la Covid-19. La hausse des prix des matières  
premières accentuera les pressions sur les prix et aggravera le déficit courant (le Mexique est un importateur net  
d’énergie depuis 2015). En outre, la désorganisation des chaînes de valeur liée au conflit ou à de nouvelles vagues  
épidémiques pourrait peser sur le secteur exportateur. Les perspectives d’investissement continuent de se détériorer,  
à mesure qu’avancent les débats sur la réforme du secteur de l’énergie.  
FAIBLE CROISSANCE EN 2022  
niveau d’activité pré-crise, et les perspectives de croissance à court  
terme sont relativement faibles. Le gouvernement et la banque cen-  
trale ont d’ailleurs récemment revu leurs prévisions pour l’année 2022  
à la baisse, respectivement à 3,4% (4,1% en 2021) et 2,4% (3,2% en  
PRÉVISIONS  
Le rebond de croissance du PIB enregistré en 2021 (+5,4%, après un  
recul de 8,3% en 2020) n’a pas permis au Mexique de retrouver le  
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019  
2020  
2021 2022e 2023e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, moyenne annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
Dette publique, % du PIB  
0.1  
3.7  
-8.3  
3.4  
5.4  
5.7  
1.2  
7.1  
1.4  
5.3  
-1.7  
46.4  
-0.2  
37.7  
-2.3  
50.8  
2.4  
-2.8  
50.8  
-0.4  
39.4  
202.4  
5.1  
-4.1  
50.5  
-0.7  
39.1  
208.1  
4.8  
-4.5  
50.6  
-0.7  
38.5  
206.5  
4.4  
2
021). Ces prévisions nous paraissent toutefois encore trop optimistes.  
Nous attendons une croissance du PIB de 1,2% et 1,4% en 2022 et 2023  
respectivement. À ce rythme, le niveau d’activité de la fin de l’année  
Solde courant, % du PIB  
Dette externe, % du PIB  
43.1  
195.0  
5.3  
2
019 ne devrait pas être atteint avant la fin de l’année 2023.  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
180.0  
3.5  
Les conséquences directes du conflit en Ukraine devraient rester rela-  
tivement limitées. Les exportations (ou importations) à destination (ou  
en provenance) de la Russie et l’Ukraine ne représentaient respective-  
ment que 0,1% et 0,3% des exportations (importations) totales du pays.  
Les exportations à destination de l’Europe ont progressé au cours des  
dix dernières années, mais restent relativement limitées (à 5% du total  
en 2021). L’économie mexicaine est relativement plus ouverte que les  
autres pays d’Amérique latine (suivie du Chili), mais la base d’exporta-  
tions est majoritairement composée de produits manufacturés (à plus  
de 80%) et à destination des États-Unis (plus de 75%).  
E: ESTIMATIONS ET PRÉVISIONS  
TABLEAU 1  
SOURCE : BNP PARIBAS RECHERCHE ECONOMIQUE GROUPE  
MEXIQUE : PRODUCTION ET CONSOMMATION D’ÉNERGIE  
Production  
dont exportations  
Consommation  
dont importations  
PJ  
1
0 000  
Mais les risques restent fortement baissiers. D’une part, bien que le  
taux de vaccination ait progressé (62% de la population totale avait reçu  
deux doses de vaccin à la fin du mois de mars), le pays reste vulnérable  
à de potentielles nouvelles vagues de contamination. Au niveau global,  
la résurgence du nombre de contaminations en Chine et les mesures  
associées pourraient retarder davantage le rétablissement des chaines  
de valeur. D’autre part, l’augmentation du prix des matières premières  
s’est significativement accélérée depuis la fin du mois de février, ce qui  
constitue un nouveau choc d’offre négatif potentiellement générateur  
de volatilité financière pour les pays émergents. L’économie mexicaine  
est très intégrée financièrement et donc vulnérable à un changement  
brutal du sentiment des investisseurs, nationaux comme étrangers. En  
outre, le Mexique est devenu un importateur net d’énergie depuis 2015,  
ce qui signifie que le solde de la balance courante devrait se dégrader  
9
8
7
6
5
4
3
2
000  
000  
000  
000  
000  
000  
000  
000  
1 000  
0
2
010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020  
SOURCE : MINISTÈRE DE L’ÉNERGIE  
GRAPHIQUE 1  
(
au moins) en 2022.  
Les pressions inflationnistes devraient perdurer au moins au cours des  
prochains mois en raison des ruptures d’approvisionnement. Les sub-  
ventions gouvernementales destinées à compenser l’effet de la hausse  
du prix des matières premières ne seront pas suffisantes pour absor-  
ber la totalité du choc. En moyenne, l’inflation devrait atteindre 7,1%  
en 2022 et nous anticipons de nouvelles hausses de taux à court terme.  
La banque centrale a déjà relevé son principal taux directeur à cinq  
reprises en 2021 et une fois en février dernier, à 6,0%.  
INÉVITABLE HAUSSE DE L’INFLATION  
L’inflation avait déjà accéléré significativement avant la matérialisation  
du conflit en Ukraine. En cause, plusieurs chocs liés à la pandémie :  
ruptures d’approvisionnement, retards dans la production industrielle  
et les chaines de valeur, hausse du prix de certaines matières pre-  
mières, rebond de la consommation privée. Après 5,7% en moyenne  
en 2021, l’inflation s’est établie à plus de 7% en moyenne sur les trois  
premiers mois de 2022.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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PEU D’EFFET SUR LE DÉFICIT PUBLIC À COURT TERME  
MEXIQUE : INDICE D’INVESTISSEMENT  
Le déficit et la dette publics sont restés modérés au cours des deux  
dernières années. D’une part, les mesures de soutien à l’économie ont  
représenté 1,1% du PIB en 2020, l’une des parts les plus faibles parmi  
les économies émergentes ; d’autre part, le gouvernement a puisé dans  
le fonds de souverain de stabilisation (FEIP) pour se financer. Il a ainsi  
réduit les actifs du fonds à environ 0,1% du PIB à la fin de l’année 2020,  
alors qu’ils représentaient près de 2% à la fin de l’année 2019. Le dé-  
ficit public s’est élevé à seulement 2,8% du PIB en 2021 (après 2,3% en  
Investissement total  
juillet 2018 = 100  
Construction  
Machine et équipement  
1
10  
105  
100  
9
9
8
8
7
5
0
5
0
5
2
020) et la dette est restée contenue à 50,8% du PIB en 2020 et 2021).  
L’augmentation des prix des matières premières devrait avoir un ef-  
fet limité sur les finances publiques en 2022. Le budget prévoit que  
les subventions sur le gasoil (le gouvernement s’est engagé à limi-  
ter la hausse à 5% pour les consommateurs) soient compensées par  
les recettes supplémentaires générées par les royalties versées par  
l’entreprise nationale pétrolière PEMEX. D’après les annonces du gou-  
vernement, le surplus de recettes devrait être utilisé pour renflouer le  
fonds souverain FEIP.  
70  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
2020  
2021  
2022  
GRAPHIQUE 2  
SOURCE : INSTITUT NATIONAL DE STATISTIQUE ET DE GÉOGRAPHIE  
Pour autant, l’évolution des finances publiques à moyen et long terme  
reste une source d’inquiétude. En dépit de l’engagement du président  
à poursuivre sa politique de consolidation budgétaire, les dépenses de-  
vraient significativement augmenter dans les années à venir. De plus,  
les comptes de PEMEX ont continué de se détériorer et, malgré la Dans les prochains mois, de nombreux débats autour de cette réforme  
hausse des prix du pétrole, leur assainissement nécessitera un soutien doivent encore se dérouler au Congrès. En particulier, le Sénat et la  
financier gouvernemental important et pérenne).  
Cour suprême doivent statuer sur la proposition du président, formulée  
en octobre 2021, de modifier les articles de la constitution évoquant  
la participation du secteur privé dans le secteur de l’énergie. Il semble  
peu probable que ce projet de loi soit adopté dans sa forme actuelle, et  
l’ampleur des modifications apportées reste incertaine. L’approbation  
d’un projet qui ne modifierait qu’à la marge celui défendu par le  
président augmenterait les risques dans plusieurs domaines : un  
LES PERSPECTIVES D’INVESTISSEMENT CONTINUENT DE SE DÉTÉ-  
RIORER  
Enfin, les perspectives d’investissement restent relativement faibles  
à court et moyen terme. En nette baisse depuis le milieu de l’année  
«
risque de réputation », si les contrats privés déjà signés étaient  
2
018, l’investissement restait au cours des premiers mois de 2022 à  
annulés (et dans le même temps un risque juridique au niveau national  
et international), une baisse de l’investissement privé (domestique et  
étranger) à long terme, et, au-delà du secteur de l’énergie, un risque  
pour les finances publiques si les dépenses consacrées à CFE et PEMEX  
devaient de nouveau augmenter de manière significative.  
un niveau significativement inférieur au niveau de décembre 2019,  
avant le choc lié à la pandémie (graphique 2). Le manque de lisibilité  
de la politique économique, l’absence de soutien gouvernemental au  
cours des deux dernières années et le débat en cours sur la réforme de  
l’énergie ont pesé sur la confiance des investisseurs, et continuera au  
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moins jusqu’à la fin du mandat, prévu en 2024 .  
La réforme du secteur de l’énergie (proposée par le gouvernment en  
mars 2021) est de nouveau d’actualité. Sa philosophie devrait fortement  
influer sur le sentiment des investisseurs à court et moyen terme. Dans  
les grandes lignes, le président a proposé une refonte du secteur de  
l’électricité (qui figurait dans son programme de campagne). Selon  
la proposition de loi de mars 2021, l’entreprise publique d’électricité  
CFE fournirait 54% de l’électricité (contre moins de 40% aujourd’hui)  
au détriment des acteurs privés du secteur. La proposition inclut  
également l’annulation de contrats de production et de fourniture  
d’électricité par des acteurs privés, ainsi que d’autres portant sur la  
production d’énergies renouvelables. En outre, le président entend  
supprimer la gouvernance d’entreprise pour la CFE et PEMEX et donner  
au gouvernement seul le pouvoir de décision.  
Achevé de rédiger le 13 Avril 2022  
Hélène DROUOT  
helene.drouot@bnpparibas.com  
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Le président a organisé mi-avril un référendum valant validation pour mener son mandat à terme. La question posée était la suivante « Etes-vous d’accord pour révoquer le mandat  
e
du président pour perte de confiance, ou pour qu’il continue à la présidence de la République jusqu’à la fin de son terme? ». Plus de 90% des votants ont répondu « oui » à la 2 question,  
mais le taux de participation était particulièrement faible (moins de 20%).  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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