IA aux États-Unis : Une « croissance sans emploi » ?

24/02/2026

L’intelligence artificielle, ou IA, est devenue un soutien important de la croissance aux Etats-Unis. Ou plutôt, les espérances de gains de productivité durables et de profits futurs lui offrent un coup de boost.

Transcription

L’intelligence artificielle, ou IA, est devenue un soutien important de la croissance aux États-Unis. Ou plutôt, les espérances de gains de productivité durables et de profits futurs lui offrent un coup de boost. Ses canaux sont les investissements associés et l’effet richesse généré par les valorisations boursières dans la Tech. Cette dynamique s’est renforcée en 2025, et est appelée à se poursuivre en 2026, sous réserve d’absence de correction boursière. Dans le même temps, les développements sont mitigés sur le marché de l’emploi. Au point de nourrir les inquiétudes d’une « croissance sans emploi » ? C’est ce que notre graphique va chercher à illustrer.

Première question – La croissance soutenue par l’IA ouvre-t-elle des opportunités d’emplois directs ? Focalisons-nous sur les effectifs des secteurs associés au développement de l’IA. Du côté des biens, la fabrication de produits informatiques et, du côté des services, le traitement et l’hébergement des données, et la conception de systèmes informatiques. Sont également pris en compte la R&D scientifique et le conseil technique, moins directement liés mais qui sont d’importants pourvoyeurs d’emplois, susceptibles d’accompagner le cycle. Les effectifs sont rebasés à 100 début 2023, année de l’avènement de ChatGPT ; et l’emploi privé dans son ensemble fait office d’étalon de référence.

Et, sur la période étudiée, l’emploi sous-performe dans l’intégralité des secteurs concernés comparé à l’emploi privé total. De plus, l’ensemble des catégories de l’échantillon – hors consulting – affiche une baisse : ces secteurs détruisent des emplois au cœur de leur expansion. En outre, le recul le plus marqué apparaît dans la fabrication de produits informatiques. Il est dès lors patent que l’IA n’est, jusqu’ici, pas génératrice d’emplois directs. Et, ceci est révélateur de l’ampleur du défi de la relance industrielle américaine, objectif-clé de la Maison-Blanche.

Deuxième question – Est-ce que l’IA soutient l’emploi de façon indirecte, dans les secteurs entourant sa supply-chain ou dans l’économie en général grâce au surcroît de croissance ? En 2025, aux États-Unis, l’emploi privé a achevé l’année à +0,3% en glissement annuel, soit le rythme le plus faible observé, hors période de récession depuis 2003. Cette faiblesse contraste avec la croissance du PIB, que nous estimons à +2,8% y/y au T4 2025. L’effet d’entraînement indirect n’est donc pas plus convaincant que l’effet direct ; alors que les gains de productivité sont solides

L’histoire nous enseigne que la divergence croissance/emploi n’a que rarement duré. En sera-t-il de même cette fois-ci ? Une réconciliation des courbes interviendra-t-elle, et, si oui, dans quel sens, et par quel canal ? Ou les gains de productivité se montreront-ils soutenables et durables ? L’IA reste pour le moment principalement au stade de l’investissement et cantonnée dans les secteurs producteurs. La proportion d’utilisateurs aux États-Unis reste inférieure à ce qui peut être observé, par exemple, en Europe. Devrons-nous attendre que davantage de cas d’usage se développent aux États-Unis pour que l’IA en vienne à générer une croissance plus inclusive, notamment en termes d’emploi ? L’avenir nous le dira.

LES ÉCONOMISTES AYANT PARTICIPÉ À CET ARTICLE
Equipe : Économies avancées