Emerging

Des vulnérabilités persistantes

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Eco Emerging // 3 trimestre 2022  
economic-research.bnpparibas.com  
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ANGOLA  
DES VULNÉRABILITÉS PERSISTANTES  
Après cinq années de récession, les perspectives économiques de l’Angola s’éclaircissent : le pays devrait renouer  
avec la croissance, attendue à +3% en 2022. Il bénéficie d’une conjoncture favorable marquée par le cycle haussier du  
baril de pétrole et une reprise de la production nationale d’hydrocarbures. La hausse induite des recettes budgétaires  
et des revenus des exportations devrait soutenir le kwanza. Cette dynamique permet d’alléger les pressions sur les  
besoins de financement extérieur du pays et la soutenabilité de la dette, que l’accord de reprofilage conclu avec la  
Chine début 2021 avait permis d’améliorer. Néanmoins, l’économie angolaise reste en proie à d’importantes vulné-  
rabilités. Les autorités devront poursuivre les réformes en tirant profit de la conjoncture actuelle afin de réduire la  
dépendance économique du pays au cycle du pétrole.  
UNE CONJONCTURE DE BON AUGURE  
PRÉVISIONS  
L’impact de la crise liée à l’épidémie de Covid-19 a entraîné un choc  
significatif sur l’économie angolaise, déjà très fragile. Avec la forte  
correction à la baisse des prix du pétrole en 2015, le pays avait  
enregistré une croissance négative entre 2016 et 2019 (-1,4% par an  
en moyenne). L’effondrement des revenus pétroliers, mais aussi le  
recul de la production, se sont répercutés à l’ensemble de l’économie.  
Le secteur pétrolier représente plus de 90% des exportations du pays,  
2019  
2020  
2021 2022e 2023e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, moyenne annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
-0,7  
17,1  
0,7  
-5,6  
22,3  
-1,9  
136,8  
1,5  
0,6  
25,8  
2,8  
3,0  
23,6  
1,2  
3,3  
14,6  
0,8  
Dette des adm. publiques, % du PIB  
Solde courant, % du PIB  
113,6  
6,4  
86,3  
11,3  
95,1  
12,1  
8,1  
59,9  
3,6  
57,3  
1,9  
6
0% des recettes budgétaires et 30% du PIB.  
Dette externe, % du PIB  
78,7  
14,0  
12,4  
125,9  
11,0  
7,4  
82,0  
10,3  
7,5  
81,1  
10,6  
7,8  
En 2020 et 2021, la dégradation des indicateurs de liquidité et de sol-  
vavilité a été contenue grâce au soutien : i) des créanciers multilaté-  
raux, notamment du FMI via le décaissement du mécanisme élargi de  
crédit et l’allocation de DTS, et ii) du G20 avec l’Initiative de Suspension  
du Service de la Dette. Par ailleurs, l’accord de reprofilage de la dette  
conclu avec la Chine a permis d’alléger significativement les pressions  
sur la liquidité et de réduire le risque de surendettement. Au total,  
ces initiatives représentent une économie de près de USD 7 mds sur  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
E: ESTIMATIONS ET PRÉVISIONS  
TABLEAU 1  
SOURCE : BNP PARIBAS RECHERCHE ECONOMIQUE GROUPE  
ANGOLA : DES PERSPECTIVES DE CROISSANCE FAVORABLES  
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020-2022.  
Au cours de l’année 2021, les effets de la crise de la Covid-19 se sont  
dissipés et les perspectives macroéconomiques et financières de  
l’Angola se sont améliorées. La reprise de la croissance a reposé sur  
la consommation privée, grâce à la levée des restrictions, et ce malgré  
de fortes tensions inflationnistes. Les secteurs hors hydrocarbures  
ont fortement contribué à la croissance : +14% pour le secteur du  
commerce, +28,9% pour le transport, +46,5% pour le secteur de la  
pêche. La contribution négative du secteur pétrolier a quant à elle  
diminué.  
Variation de la production de pétrole nationale (volume)  
Croissance réelle du PIB  
Cours du baril de pétrole Brent (é.d.)  
g.a. %  
5
USD  
110  
1
9
8
7
6
00  
0
0
0
-
5
0
-
-
-
10  
15  
20  
0
La dynamique devrait se poursuivre au cours des prochains mois avec  
une croissance attendue à +3% en 2022, son plus haut niveau depuis  
50  
2
014. En baisse continue depuis fin 2017, la production de pétrole repart  
à la hausse depuis le second semestre 2021 avec une progression de  
8% en g.a en mai 2022. Au T1 2022, l’indice de confiance des entreprises  
ICE) était en territoire positif pour la deuxième fois consécutive depuis  
40  
30  
2022  
+
(
2016  
2017  
2018  
2019  
2020  
2021  
GRAPHIQUE 1  
SOURCES : FMI, JODI, AUTORITÉS NATIONALES ANGOLAISES  
plus de 6 ans, de +5 points par rapport au T4 2021. Par ailleurs, les  
efforts entrepris par le gouvernement de João Lourenço commencent  
à porter leurs fruits. La première introduction en Bourse de la banque de variable d’ajustement et de contenir la dégradation du niveau de  
BAI début juin 2022 en est l’illustration. Elle a permis de tester l’appétit réserves de change de la banque centrale.  
des investisseurs et d’ouvrir le marché aux privatisations à venir L’ensemble de ces éléments a soutenu la confiance des investisseurs  
d’entreprises publiques telles que Sonangol ou Endiamia.  
et fait baisser considérablement la prime de risque sur les obligations  
émettre  
L’amélioration des perspectives de l’Angola s’est traduite par une forte souveraines. L’État angolais est d’ailleurs parvenu  
à
appréciation du kwanza qui a gagné près de 19% par rapport au dollar USD 1,75 md sur le marché obligataire international en avril 2022.  
depuis le début de l’année. Cela en fait la devise la plus performante L’obligation, d’une maturité de 10 ans, a été émise à un taux de 8,75%;  
par rapport au billet vert. Depuis 2019, la libéralisation progressive c’est légèrement au-dessus du taux auquel le gouvernement avait  
du marché des changes a par ailleurs permis au kwanza de servir émis en 2019 (8%), date de sa dernière émission pour une maturité  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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équivalente. L’opération a enregistré un taux de souscription de 200%,  
ce qui illustre l’appétit des investisseurs pour la signature angolaise.  
ANGOLA : DES VULNÉRABILITÉS PERSISTANTES  
Des élections générales sont prévues le 24 août 2024. Le président João  
Lourenço pourrait rester au pouvoir et conserver une majorité au Par-  
lement. Néanmoins, les interrogations susbsistent quant à la capacité  
du gouvernement à poursuivre et à accélérer les réformes en cours, qui  
visent à corriger durablement les vulnérabilités du pays.  
Dette publique domestique  
Dette publique extérieure  
Service de la dette publique (é.d.)  
%
PIB  
% revenus  
140  
110  
1
00  
0
1
20  
00  
9
NÉCESSITÉ DE POURSUIVRE LES RÉFORMES  
1
80  
70  
60  
50  
Lesfondamentauxbudgétairesdel’Angolarestentextrêmementfragiles.  
Le ratio de dette publique rapportée au PIB a baissé en 2021 après avoir  
atteint plus de 135% du PIB en 2020, et il devrait continuer de baisser  
en 2022. Néanmoins, cette décrue est étroitement liée à l’appréciation  
du taux de change car les 4/5e de la dette publique est libellée en  
devise étrangère. Le coût de la dette reste par ailleurs préoccupant.  
Le recours croissant aux crédits commerciaux privés au cours de la  
décennie passée a eu pour résultat le renchérissement du service total  
de la dette. Pendant la crise en 2020, il représentait plus de 100% des  
revenus budgétaires. Bien qu’il se soit réduit, le service de la dette  
continuera d’absorber près de 50% des revenus budgétaires à moyen  
terme. Ce ratio est déjà supérieur au seuil prudentiel recommandé par  
le FMI et la situation est d’autant plus préoccupante que la capacité de  
l’État à pérenniser ses ressources reste limitée.  
8
6
4
2
0
0
0
0
4
0
0
3
20  
2018  
2019  
2020  
2021  
2022p  
2023p  
GRAPHIQUE 2  
SOURCES : FMI, BNP PARIBAS  
Les efforts de réformes nécessitent donc d’être poursuivis. En parti-  
culier, il est nécessaire d’améliorer le climat des affaires et d’allèger  
les lourdeurs administratives pour attirer une base plus large d’inves-  
tisseurs et promouvoir le développement des secteurs hors hydrocar-  
bures  
Premièrement, l’objectif officiel d’atteindre des capacités de production  
de pétrole de 1,3 m barrils par jour (b/j) sur les trois prochaines  
années pourrait ne pas être atteint compte tenu du vieillissement  
des infrastructures et du manque de nouveaux investissements  
dans le secteur. D’après l’agence nationale du pétrole angolaise, les  
dépenses d’exploration et de production ont baissé de 77% au cours  
des cinq dernières années. Au S1 2022, la production (1,2 m b/j) est  
Achevé de rédiger le 30 juin 2022  
Perrine GUERIN  
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5% inférieure au niveau moyen de 2015. Les possibles répercussions  
perrine.guerin@bnpparibas.com  
de problèmes techniques dans la mise en œuvre de nouveaux projets  
pourraient empêcher de maintenir les niveaux de productions actuels.  
Par ailleurs, 60% de la production est déjà attribuée à la Chine en  
contrepartie d’anciens accords de financement de projets, sur la  
base d’un prix du Brent inférieur au prix actuel. La hausse des cours  
ne bénéficie donc qu’aux 40% de la production destinée au marché  
libre. En outre, les capacités de raffinage demeurent très limitées et la  
hausse du Brent renchérit la facture des importations.  
Deuxièmement, les réformes entreprises depuis 2018 dans le cadre du  
programme FMI, pour réduire la vulnérabilité de l’économie angolaise  
aux variations des prix du pétrole, restent insuffisantes. Réduire la  
nature procyclique de l’activité requiert d’augmenter l’investissement  
dans les secteurs hors hydrocarbures, moins volatils. Les réformes  
visant à promouvoir l’ouverture du pays aux investisseurs privés vont  
dans ce sens, avec la volonté de bénéficier du relais financier du secteur  
privé pour promouvoir un modèle de croissance plus soutenable. Le  
taux d’exécution du programme de privatisation atteint 67% en juin  
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022. Néanmoins, le pays souffre toujours d’un manque d’attractivité  
pour attirer les flux d’investissement étrangers, qui demeurent négatifs  
en termes nets (-6,4% du PIB en 2021). Ceux-ci restent concentrés dans  
le secteur des hydrocarbures, et reflètent le rapatriement des recettes  
des compagnies pétrolières.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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