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Une période économique difficile s'annonce

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EcoEmerging // 2 trimestre 2020  
economic-research.bnpparibas.com  
Kenya  
Une période économique difficile s'annonce  
L’économie devrait être mise à rude épreuve en 2020 en raison des effets de l'épidémie de coronavirus, alors que la croissance réelle  
du PIB s’était déjà modérée l'an dernier. Le ralentissement de la croissance limitera davantage la marge de manœuvre budgétaire,  
d’autant plus que les recettes en devises vont également être grevées par des conditions climatiques défavorables. En outre, les  
rivalités politiques compliquent la mise en œuvre de la politique budgétaire. L'impossibilité de réduire les déficits dégradera la  
soutenabilité de la dette souveraine à moyen terme. De plus, l’assouplissement monétaire et les mesures d’urgence introduites dans  
le système bancaire pourraient remettre en cause les progrès liés à la récente abrogation de la loi sur le plafonnement des intérêts.  
Impact de la pandémie sur une croissance déjà  
ralentie  
1- Prévisions  
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018  
2019 2020e 2021e  
Le Kenya ressent les effets économiques du virus Covid-19. Selon  
l'enquête d'un groupe du secteur privé , plus de 60% des  
entreprises sont touchées par les mesures prises pour contenir la  
pandémie, notamment en raison des liens étroits avec la Chine  
1
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, moyenne annuelle, %  
Solde budgétaire % du PIB  
6.3  
5.5  
3.0  
5.2  
4.7  
5.6  
6.3  
5.2  
-6.9  
-7.3  
-7.6  
-5.2  
(
plus de 20% des importations du Kenya). En effet, avec la  
Balance courante, % du PIB  
-5.0  
-4.7  
-4.6  
-4.6  
réduction des importations, certains intrants industriels doivent être  
achetés ailleurs ou remplacés par une production locale. Certaines  
entreprises ont donc été contraintes de réduire leur production.  
e: Estimations et prévisions des Études économiques du groupe BNP Paribas  
2- Détérioration du secteur privé depuis le début de l'année  
Ensuite, les exportations vers d'autres marchés tels que le Moyen-  
Orient et l'Europe ont été affectées. Les exportations les plus  
touchées sont celles de produits horticoles, en particulier le thé et le  
café (respectivement 23% et 4% des exportations totales), dont les  
prix, qui avaient enregistré une légère hausse en 2019 de l’ordre de  
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0
Indice PMI global  
Nouvelles commandes  
Production  
Coût des intrants  
70  
60  
50  
40  
4
%, subissent des dynamiques divergentes depuis le début d’année  
(
-3% pour le thé et +5% pour le café).  
De plus, depuis décembre 2019, une invasion de criquets en  
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Afrique de l'Est a dévasté environ 13% des cultures kenyanes .  
30  
Ceci pourrait conduire à la montée de l’insécurité alimentaire,  
également aggravée par l’escalade des conflits dans la région de la  
vallée du Rift. Le Kenya devrait aussi faire face à une contraction  
des réserves de change en 2020 (à USD 8,9 milliards, ou 5,3 mois  
d'importations).  
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0
2
014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
2020  
Source : Institut national de statistiques  
À cause de cette dynamique, la croissance économique devrait se  
réduire de moitié en 2020, selon les dernières déclarations de la  
banque centrale. Ceci fait suite à une période de croissance déjà  
inférieure au potentiel en 2019.  
Les déséquilibres extérieurs du pays sont importants et vont le  
rester même si la baisse des importations de pétrole compense le  
déclin des exportations. Le marché du change a aussi connu des  
épisodes de volatilité accrue, et le shilling a perdu plus de 4%  
contre le dollar depuis le début de l’année.  
Bien que toujours dans la fourchette cible de 2,5% à 7,5% de la  
banque centrale, l'inflation IPC augmente progressivement et a  
atteint 6,37% en février 2020, en raison des effets de l'épidémie.  
Cette tendance constitue un risque additionnel qui pourrait réduire  
la marge de manœuvre de la banque centrale pour assouplir la  
politique monétaire afin de stimuler le crédit bancaire et la demande  
intérieure.  
3
Les compagnies aériennes et le tourisme seront pénalisés, sachant  
que le Kenya est la troisième destination touristique en Afrique Sub-  
Saharienne et que le tourisme contribue à plus de 8% du PIB,  
environ 15% des exportations et 8% des emplois du pays. La  
construction et l'immobilier souffrent également, car les projets de  
développement subissent des retards.  
1
La Kenya Private Sector Alliance (Kepsa)  
2
3% des zones de récolte de thé et 15% de la zone de récolte de café ont été  
envahis par les criquets.  
3
Avant même les restrictions sur les vols, la compagnie Kenyan Airways avait  
annoncé une perte d’USD 8 millions en fin d’année après la suspension des  
vols vers la Chine suite aux premiers cas de coronavirus.  
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Mesures de relance monétaires et fiscales  
3- Dépréciation du change et pressions inflationnistes  
Malgré la réponse rapide du gouvernement avec des mesures  
strictes sur les déplacements et les rassemblements pour freiner la  
diffusion du virus , les principales inquiétudes restent le système de  
santé fragile et les pertes d’emplois. La Banque mondiale donnerait  
USD 60 millions au secteur sanitaire pour faire face à la pandémie.  
Le pays cherche aussi une aide d’urgence du FMI jusqu’à  
USD 350 millions. Entre temps, des mesures monétaires et fiscales  
ont été prises par les autorités locales.  
Taux de change Shilling/Dollar (g.a.)  
Taux directeur  
IPC (g.a.)  
1
5%  
4
10%  
5
%
Cible d'inflation de la Banque centrale  
0%  
5%  
-
Faisant écho aux décisions d’assouplissement d’autres banques  
centrales africaines, le dernier Comité de Politique Monétaire du 23  
mars a abaissé le taux directeur de 100 points de base pour la  
troisième fois consécutive, malgré les pressions inflationnistes. Il a  
réduit le coefficient de réserves obligatoires pour les banques  
commerciales (de 5,25% à 4,25%), libérant KSH 32.2 mds pour  
permettre aux banques d’accorder des prêts aux particuliers ou aux  
petites entreprises qui rencontrent des problèmes de trésorerie.  
-
-
10%  
15%  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
2020  
Source : Institut national de statistiques, Banque centrale  
budgétaire a ralenti depuis la nomination d'Ukur Kanacho au poste  
de ministre des Finances, en remplacement d'Henry Rotich .  
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En outre, le 18 mars, la banque centrale a publié une série de  
mesures d'urgence applicables au système bancaire. Il s'agit  
d’allonger les durées de remboursement des prêts personnels  
jusqu'à 12 mois ainsi que de restructurer les prêts aux entreprises ;  
de supprimer les frais sur les transactions via téléphone mobile  
jusqu'à fin juin ; et de tripler la durée des transactions repo avec les  
banques (de 28 à 90 jours) pour assurer une liquidité suffisante  
dans le système bancaire.  
De plus, de nombreux projets d'infrastructure sont au point mort ou  
génèrent des rendements insuffisants pour rembourser la dette  
empruntée. Le service de la dette pèse de plus en plus lourd : le  
ratio des intérêts sur les recettes a doublé sur les trois dernières  
années (31% en 2019 contre 16% en 2016).  
Par rapport aux effets du Covid-19, le gouvernement s’attend, d’ici  
la fin de l’année budgétaire, à une chute additionnelle des recettes  
fiscales de KSH 70 millions. Le déficit budgétaire devrait atteindre  
7,6% du PIB en 2020. Le gouvernement est contraint d'avoir  
Le gouvernement a annoncé des mesures fiscales effectives au 1er  
avril, comportant des allégements fiscaux pour les faibles revenus,  
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des réductions d’impôts pour les personnes et les entreprises et un  
recours aux marchés internationaux et d’obtenir une facilité de  
abaissement du taux de la TVA. Il a aussi été prévu de libérer  
KSH 49 mds (USD 460 millions) pour couvrir les factures non  
payées aux fournisseurs ainsi que KSH 10 mds pour des  
remboursements de TVA aux entreprises. Une dotation d’environ  
KSH 10 mds est prévue, sous forme d’allocations mensuelles, pour  
les personnes les plus vulnérables.  
crédit de USD 1,5 md sur trois ans du FMI. La première grosse  
échéance (USD 2 mds) n’est qu’en 2024.  
Les mesures d’urgence introduites par la banque centrale  
pourraient aussi dégrader les perspectives du secteur bancaire, qui  
s’étaient améliorées après l’abrogation de la loi controversée  
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Banking Amendment en novembre 2019.  
Finances publiques sous pression et reprise du  
système bancaire retardée  
Les finances publiques vont se dégrader en raison du  
ralentissement économique et des mesures de soutien qui viennent  
d’être introduites par le gouvernement. Elles restent également  
menacées par plusieurs autres éléments. D’abord, les rivalités  
persistent au sein du parti au pouvoir ; elles entravent la bonne  
conduite de la politique budgétaire, et le rythme de la consolidation  
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Le 22 juillet, le président Kenyatta a ordonné l'arrestation du ministre des  
Finances Henry Rotich pour corruption liée aux projets hydroélectriques  
Kimwarer et Arror.  
Le gouvernement a besoin de USD 6,4 mds et a annoncé le 4 mars une  
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Annulation des vols internationaux, sauf avions cargo, fermeture des bars et  
7
restaurants, interdiction de tous les rassemblements religieux et funérailles  
limitées à 15 personnes.  
Réductions des taux de retenue à la source pour les salariés de 30% à 25%,  
ainsi que pour les sociétés, et réduction du taux d’imposition sur le chiffre  
d’affaires des petites et moyennes entreprises de 3% à 1%.  
émission d'obligations de USD 1,5 md d'ici juin, avec sans doute une deuxième  
émission au S2 2020.  
Adoptée en septembre 2016, la loi plafonnait les taux d'intérêt des banques  
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commerciales à quatre points au-dessus du taux directeur de la banque centrale.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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