Perspectives

Vers un recentrage des mesures de soutien ?

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Eco Perspectives // 4 trimestre 2020 (achevé de rédiger le 30 septembre 2020)  
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ESPAGNE  
VERS UN RECENTRAGE DES MESURES DE SOUTIEN ?  
L’Espagne a enregistré une chute record d’activité de 22,7% au premier semestre 2020. Alors que le déficit public  
pourrait atteindre plus de 10% du PIB cette année, des décisions délicates se posent désormais à l’exécutif espagnol,  
notamment concernant les conditions d’attribution du chômage partiel. Le rebond de l’activité industrielle depuis le  
déconfinement constitue un soutien à la reprise meilleur qu’attendu, mais il ne compense que faiblement les pertes  
dans les autres secteurs. À l’instar d’autres pays, le dernier trimestre 2020 sera une période charnière pour l’Espagne.  
Un soutien fort à l’emploi et à l’investissement (grâce au plan de relance présenté cet automne) sera nécessaire, avec  
un recentrage des aides sur les secteurs durablement impactés par la crise.  
L’Espagne a été l’économie la plus touchée par la Covid-19 au sein de  
la zone euro. Le PIB réel a ainsi plongé de 18,5% au deuxième trimestre.  
Les baisses ont été très marquées pour l’ensemble des composants  
de la demande (consommation, investissement et exportations). Nous  
prévoyons désormais une contraction du PIB de 13,0% en 2020, suivie  
d’un redressement de 5,0% en 2021.  
CROISSANCE ET INFLATION (%)  
Croissance du PIB  
Prévisions  
Inflation  
Prévisions  
1
0
5
0
Pour faire face à la recrudescence des cas de contamination dans le  
pays, de nouvelles restrictions ont été mises en place à l’échelle locale,  
et en particulier à Madrid. L’aggravation de l’épidémie pourrait freiner  
la reprise de l’activité économique dans les mois à venir, bien que la  
situation actuelle n’a, pour l’heure, rien de comparable avec celle de  
février-mars. L’indicateur de confiance des directeurs d’achat (PMI)  
a rebasculé en zone de contraction de l’activité en août (48,4 pour  
l’indice composite).  
5
.0  
2
.4  
2
.0  
1.7  
0.6  
-
0.3  
-0.3  
-5  
-10  
-
15  
-13.0  
2020  
L’INDUSTRIE «TIRE » LA REPRISE  
2018  
2019  
2021  
2018  
2019  
2020  
2021  
L’industrie a connu néanmoins une reprise vigoureuse au cours de l’été,  
portée par un rebond des biens de consommation et, notamment, des  
biens durables. En effet, les ventes d’automobiles sont repassées dès  
juillet au-dessus de leur niveau du début d’année, avant de fléchir en  
août. La mise en place en juin du dispositif gouvernemental « Renove  
GRAPHIQUE 1  
SOURCE : BNP PARIBAS GLOBAL MARKETS  
INDICE PMI ET EMPLOI  
2
020 », qui subventionne l’achat de véhicules plus propres, a stimulé  
la demande. Ainsi, la production industrielle n’était en juillet plus que  
,5% en dessous de son niveau d’avant-crise.  
3
Emploi*, changement annuel  
PMI composite emploi (éch.d.)  
60  
1
200  
Cette reprise de la demande en biens de consommation s’observe ail-  
leurs en Europe (France, Italie). Elle a permis à l’Espagne un redres-  
sement de ses exportations plus conséquent que celui de ses impor-  
tations. La balance commerciale s’est ainsi améliorée, enregistrant en  
juin un surplus (EUR 746,9 millions), ce qui n’était pas arrivé depuis  
55  
7
00  
00  
50  
2
45  
40  
1
le démarrage des statistiques actuelles. Cette hausse ne compense  
-
300  
800  
néanmoins que partiellement les pertes de revenus liées à l’activité  
touristique, qui ont fait plonger la balance des services. Le compte cou-  
rant s’est, en conséquence, détérioré cet été.  
35  
30  
25  
-
En effet, l’économie espagnole reste structurellement plus exposée à  
la crise actuelle que ses voisins européens, car elle repose davantage  
sur les services, des secteurs peu concurrentiels (commerce de détail,  
-1 300  
1 800  
* Nombre de travaileurs affiliés à la sécurité sociale  
-
20  
2
0 1 02 03 04 05 06 07 07 08 09 10 11 12 12 13 14 15 16 17 17 18 19 20  
construction, hôtellerie, restauration), et les petites entreprises. Ces  
activités sont les plus touchées par les restrictions sanitaires, ainsi que  
par la chute du tourisme. Ce dernier a eu, en effet, beaucoup de mal  
à se relever au cours de l’été. En juillet, le taux d’occupation hôtelier  
s’établissait ainsi à seulement 35,6%.  
GRAPHIQUE 2  
SOURCES : MARKIT, AGENCE ESPAGNOLE POUR L’EMPLOI,  
BNP PARIBAS  
Cependant, on observe une reprise progressive, bien que modérée, du  
Il est encore trop tôt pour juger de l’impact total de cette crise sur le retour à l’emploi depuis le déconfinement. Les indices PMI pointent  
marché du travail. Le taux de chômage est remonté à 15,8% en juillet par ailleurs vers une poursuite de cette tendance (cf. graphique 2). Ce  
et le niveau d’emploi restait, en août, bien en dessous de celui du début redressement reste bien entendu fragile et dépendra étroitement de  
3
d’année (-3,5% par rapport à février).  
l’évolution de l’épidémie dans les prochaines semaines et les prochains  
mois.  
1
2
3
Janvier 1985, données ajustées des variations saisonnières.  
Pour plus de détail, voir BNP Paribas Ecoflash « Zone Euro : À chaque pays, sa reprise économique », 20 mai 2020.  
Agence pour l’emploi espagnole (SEPE). Plus précisément, ce chiffre correspond au nombre de travailleurs affiliés à la sécurité sociale.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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Eco Perspectives // 4 trimestre 2020 (achevé de rédiger le 30 septembre 2020)  
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Les jeunes travailleurs ont néanmoins été frappés plus durement par  
la crise du fait de contrats souvent plus précaires (de courtes durées,  
saisonniers, intérimaires). Le taux de chômage pour les 15-24 ans a  
ÉVOLUTION DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION  
% 6  
Poids dans  
l'IPC  
100,00  
Glissement  
Contribution  
Contribution, % 6  
derniers mois  
IPC août 2020  
derniers  
mois  
ainsi augmenté de plus de 10 points cette année, jusqu’à atteindre  
1,7% en juillet. Même si ce taux reste près de quinze points inférieur  
annuel (g.a.) au g.a.  
4
IPC total  
-0,52  
-0,52  
-0,79  
-0,13  
-0,79  
4
au pic de 2013 , la réintégration de cette catégorie de travailleurs  
restera l’un des défis majeurs de l’exécutif espagnol pour les années  
à venir.  
IPC sous-jacent (hors produits frais &  
80,55  
0,43  
0,34  
-0,11  
énergie  
Alimentation & boissons non  
alcoolisées  
19,49  
2,20  
0,43  
0,81  
0,16  
CASSE-TÊTE BUDGÉTAIRE  
Boissons alcoolisées & tabac  
Habillement & chaussures  
2,85  
6,49  
0,50  
1,04  
0,01  
0,06  
0,23  
0,46  
0,01  
0,03  
-0,12  
Le gouvernement espagnol fait face, à l’instar d’autres pays, au casse-  
tête du recalibrage du dispositif de chômage partiel (ERTE). Le dispositif  
actuel, qui expirera pour l’heure le 30 septembre, sera certainement  
prolongé. Mais il devra devenir plus sélectif et se limiter aux secteurs  
les plus touchés par les restrictions sanitaires ou ceux faisant face aux  
périodes de récupération économique les plus longues (aéronautique,  
automobiles notamment). En contrepartie, le ministère du Travail a  
prolongé le durcissement des conditions de licenciement jusqu’en  
Loyer eau, électricité, gaz et fioul  
13,37  
-2,74  
-0,37  
-0,95  
Fournitures & équipements ménagers  
5,77  
0,44  
0,02  
0,39  
0,02  
Santé  
Transports  
3,89  
15,40  
3,81  
0,50  
-4,40  
-1,22  
-2,06  
0,02  
-0,71  
-0,05  
-0,17  
0,37  
-4,45  
-0,57  
-1,92  
0,01  
-0,72  
-0,02  
-0,15  
0,01  
-0,07  
0,05  
2
021, durcissement qui se traduit principalement par une hausse des  
Communications  
Loisirs & culture  
indemnités de licenciement. Selon le ministère, il y avait fin août près  
de 813 000 travailleurs au chômage partiel, contre environ 3,4 millions  
au plus fort du confinement en mai.  
8,41  
Education  
1,64  
12,05  
6,82  
0,82  
0,47  
1,51  
0,01  
0,06  
0,10  
0,39  
-0,59  
0,70  
Restaurants & hôtels  
Autres biens et services  
Cet ajustement des mesures de soutien à l’emploi s’exerce, bien  
entendu, dans un contexte de forte dégradation des finances publiques.  
La Banque d’Espagne, dans ses dernières projections de septembre,  
prévoit désormais un déficit budgétaire compris entre 10,8% et 12,1%  
TABLEAU  
SOURCES : OFFICE DES STATISTIQUES ESPAGNOL (INE), BNP PARIBAS  
5
du PIB suivant le scénario envisagé. Le ratio de dette sur PIB augmente,  
dans les deux scénarios, de plus de 20 points (entre 116,8% et 120,6%).  
Les sommes allouées à l’Espagne par le Fonds de relance européen  
depuis le début des statistiques actuelles (janvier 2002). Au cours des  
six derniers mois, les prix ont chuté dans les loisirs, l’événementiel, la  
restauration et l’hôtellerie, venant s’ajouter à la baisse des prix dans  
les transports, ceux du gaz et de l’électricité (cf. tableau).  
(
Next Generation EU) devraient néanmoins permettre au gouvernement  
de Pedro Sanchez la mise en place d’un plan de relance conséquent.  
Selon les termes de l’accord obtenu le 21 juillet, l’Espagne obtiendrait  
EUR 72,7 mds de subventions, une somme étalée jusqu’en 2026, qui  
équivaut à 5,8% du PIB national.  
L’impact baissier est également visible sur le marché immobilier  
6
malgré des taux d’emprunt historiquement bas. Les prix immobiliers  
Pour percevoir ces fonds, le plan de relance national devra recevoir  
l’aval de la Commission européenne. Le gouvernement a d’ores et déjà  
dévoilé un grand programme d’investissement dans le secteur du nu-  
mérique (España 2025). Ce programme, mené conjointement par le  
secteur public et le secteur privé, s’étalera jusqu’en 2025, et mobilisera  
au total EUR 140 mds, dont EUR 70 mds seront alloués entre 2020 et  
7
ont ainsi chuté de 2,3% entre août et mai (indice TINSA) . Malgré cela,  
l’inflation pourrait remonter en 2021, à mesure que l’effet de la chute  
des prix de l’énergie, observée au début de l’année 2020, s’atténue.  
2
023. Après des mesures d’urgence prises cet été, notamment pour  
soutenir le secteur automobile et le tourisme, le gouvernement tracera  
dans les prochains mois une feuille de route, qui sera centrée davan-  
tage sur la compétitivité et la transformation économique du pays.  
VERS UNE DÉFLATION DANS LES SERVICES ?  
La chute d’activité du premier semestre a un effet baissier de plus  
en plus notable sur les prix à la consommation. L’indice des prix à la  
consommation (IPC) enregistrait une baisse de 0,52% en glissement  
annuel (g.a.) en août. L’IPC sous-jacent (hors énergie et aliments  
périssables) n’a grimpé que de 0,43% (g.a.) en août, soit la plus faible  
hausse depuis avril 2015. Cela est en partie dû aux prix des services,  
secteur dont l’activité a été affectée bien plus fortement de d’autres  
par les mesures de restriction. En effet, la baisse de l’IPC des services  
(
hors loyers), au cours des six derniers mois, était la plus marquée  
4
5
6
7
55,9% en juillet 2013  
https://www.bde.es/bde/en/secciones/informes/boletines/relac/Boletin_Economic/Informes_de_proy/  
Selon la Banque d’Espagne, le taux d’emprunt immobilier moyen s’établissait à 1,92% en juillet.  
Le prix moyen du mètre carré de terrain a chuté de 15,2% (g.a.) au T2, sous l’effet du confinement. Voir El Economista « El precio del suelo urbano se hunde un 15% y cae por debajo de  
los minimos de 2013 », 16 septembre 2020.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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