Emerging

Pas d’exception

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Eco Emerging // 1 trimestre 2021  
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PÉROU  
PAS D’EXCEPTION  
Le Pérou figure parmi les pays d’Amérique latine les plus touchés par l’épidémie de Covid. Après avoir lourdement  
chuté au T2 2020, le rebond de croissance entamé au T3 se poursuit. Cela dit, le niveau d’activité pré-Covid ne sera pas  
retrouvé avant la fin 2022. La contraction économique et le plan de relance massif mis en place par le gouvernement  
ont pesé sur les finances publiques, mais la dégradation devrait rester gérable, au moins à court terme. En revanche,  
la dégradation du climat politique observée au cours des dernières années pèse sur les perspectives économiques de  
moyen terme.  
RÉCESSION TRÈS SÉVÈRE  
PRÉVISIONS  
Le Pérou est un des pays les plus durement touchés par la Covid-19.  
Les mesures de confinement très strictes adoptées dès mi-mars 2020  
n’ont pas suffi à limiter la contagion ni à compenser les capacités  
limitées du système de santé. Au total, le pays a recensé plus d’un  
million de cas depuis début 2020 (pour 32 millions d’habitants), et le  
taux de mortalité figure parmi les plus élevés (au sixième rang d’après  
la Banque mondiale). Après avoir atteint un pic en août dernier (près de  
2019  
2020e  
2021e  
2022e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
2.2  
2.1  
-12.0  
1.8  
8.0  
2.1  
3.5  
1.9  
-3.0  
26.8  
-1.5  
34.7  
68.4  
19.4  
3.3  
-7.5  
35.4  
0.7  
-7.5  
37.1  
1.7  
-3.5  
36.8  
1.5  
Dette publique, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
Dette externe, % du PIB  
8
000 nouveaux cas par jour en moyenne), le nombre de nouveaux cas  
quotidiens a décru depuis début septembre pour se stabiliser autour  
de 1 600 en décembre. Le nombre de cas augmente de nouveau depuis  
début janvier, à 2 300 nouveaux cas en moyenne sur les dix premiers  
jours du mois.  
44.7  
71.5  
25.1  
3.6  
42.2  
70.0  
18.5  
3.7  
41.7  
72.0  
18.0  
3.6  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USDPEN (fin d'année)  
e: ESTIMATIONS ET PRÉVISIONS  
SOURCE : BNP PARIBAS RECHERCHE ECONOMIQUE GROUPE  
Sur le plan économique, la récession en 2020 a été très sévère. Le PIB  
devrait reculer de 12%, après avoir progressé de 2,2% en 2019 et 3,2%  
au cours des cinq dernières années. À titre de comparaison, le FMI  
estime une récession de 8% en moyenne pour la région en 2020.  
TABLEAU 1  
PIB RÉEL  
Le PIB réel a très lourdement chuté au deuxième trimestre, -30% en  
glissement annuel, consécutivement à la mise en place des mesures  
de confinement, de mi-mars à la fin du mois de juin. Pour le seul  
mois d’avril, le PIB mensuel et l’indice de production industrielle  
ont respectivement chuté de 40% et 53% en g.a. Tous les secteurs, y  
compris le secteur minier, n’ont repris leur activité que de manière très  
progressive à la fin du mois de mai.  
Base 100 = déc. 2019  
1
10  
100  
9
0
0
8
Les bons fondamentaux ont permis l’intervention massive des autorités,  
afin d’éviter une chute du PIB plus spectaculaire encore, et soutenir le  
rebond de croissance entamé dès le T3. Au début de l’année 2020,  
les dettes externe et publique étaient en effet modérées (représentant  
environ 35% et 27% du PIB respectivement), le déficit courant était très  
modéré et largement financé par des entrées d’investissements directs  
étrangers et le niveau de réserves était très confortable (plus de 15  
mois d’importations en décembre 2019).  
70  
60  
50  
40  
12/2019  
02/2020  
04/2020  
06/2020  
08/2020  
10/2020  
GRAPHIQUE 1  
SOURCE : COMPTES NATIONAUX  
La banque centrale a baissé son taux directeur de 200 points de base  
(
à 0,25%) et s’est engagée à fournir un large montant de liquidités.  
Dans le même temps, un plan de relance massif a été mis en place par  
le gouvernement, comprenant à la fois des mesures de court terme  
(
représentant environ 8% du PIB), principalement destinées, outre Enfin, pour soutenir le rebond de la consommation des ménages, le  
l’augmentation des dépenses de santé, aux ménages et entreprises les Congrès a approuvé en mai dernier une loi autorisant les affiliés à  
plus vulnérables, et des mesures à plus long terme (pour un montant retirer jusqu’à 25% du montant de leurs actifs détenus par des fonds  
de près de 4% du PIB), afin de soutenir la croissance. Le gouvernement de pension privés. Après un débat houleux au parlement, de nouveaux  
a également mis en place un programme de crédits aux entreprises retraits ont été autorisés fin novembre, concernant les affiliés atteints  
«
Reactiva Peru », financé par la banque centrale, pour un montant de certaines maladies, ou qui n’ont pas cotisé au cours des 12 derniers  
total de 8% du PIB.  
mois.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
er  
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1
4
Par ailleurs, le FMI a approuvé à la fin du mois de juin une ligne de crédit  
flexible, facilité de financement (d’un montant de USD 11 milliards pour  
une durée de deux ans) destinée à prévenir les crises (le Pérou pourra  
activer cette ligne de crédit si sa situation économique et financière  
se dégradait de manière significative) et réservée aux pays dont les  
DÉFICIT BUDGÉTAIRE ET DETTE PUBLIQUE  
3
5
% du PIB  
1
30  
Dette externe  
Dette domestique  
Déficit  
fondamentaux macroéconomiques sont particulièrement solides .  
2
2
1
1
5
0
5
0
5
0
5
L’indicateur mensuel d’activité rebondit continument depuis le mois  
de juillet, mais il restait, en octobre, 11% sous le niveau enregistré  
en décembre 2019 (voir graphique 1). Soutenu par la remontée des  
prix des métaux (or et cuivre principalement, ce dernier représentant  
toujours près du tiers des exportations), les perspectives favorables  
de croissance en Chine (principale destination des exportations depuis  
2
014) et le plan de relance gouvernemental, le rebond d’activité devrait  
se poursuivre tout au long de 2021 et 2022. Le PIB devrait progresser  
de 8% et 3,5% respectivement. À ce rythme, le niveau d’activité pré-  
Covid19 ne devrait pas être atteint avant fin 2022.  
-
-10  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
2020  
DÉGRADATION DU CLIMAT POLITIQUE  
GRAPHIQUE 2  
SOURCE : MINISTÈRE DES FINANCES  
Les risques sont orientés à la baisse. La dégradation du climat politique,  
observée depuis plusieurs années, en particulier s’est accélérée à la fin À cette date, compte tenu du nombre important de candidats, il est  
de l’année 2020 et pèsera sur les perspectives de croissance à court difficile de dégager le potentiel vainqueur des prochaines élections,  
terme, et probablement sur les fondamentaux économiques à moyen et la majorité du prochain parlement. Cependant, l’ensemble des  
terme.  
candidats semble s’accorder sur une certaine continuité des politiques  
économiques, concernant par exemple le respect de la discipline  
budgétaire observée depuis plusieurs mandats. Entre 2015 et 2019 par  
exemple, le déficit public est resté contenu à 2,2% du PIB en moyenne,  
en dépit de la chute du prix du cuivre et de plusieurs catastrophes  
naturelles.  
D’une part, le manque de clarté concernant l’approvisionnement en  
vaccins et le début effectif de la campagne de vaccination limite les  
perspectives de croissance pour 2021. Le ministère de la Santé avait  
initialement annoncé être en capacité de débuter la campagne de  
vaccination au cours du premier trimestre 2021. D’après la presse  
locale, il semblerait cependant que la crise politique des mois Il est toutefois probable que les relations entre le gouvernement et le  
d’octobre et novembre ait non seulement retardé sa mise en œuvre, parlement restent difficiles au cours du prochain mandat. Les objectifs  
mais également empêc la finalisation des commandes de vaccins. Le budgétaires à court terme (mesures de relance en 2021, consolidation  
début des vaccinations pourrait finalement être repoussé au début du dès 2022) et moyen terme (augmentation des revenus via une réforme  
deuxième semestre.  
du système de collecte), ainsi que les réformes destinées à relever  
la croissance potentielle péruvienne (réforme du marché du travail,  
diminution de l’économie informelle) pourraient être de nouveau  
repoussées. À terme, l’instabilité politique et l’absence de réformes  
pourraient peser sur la croissance potentielle et l’attractivité du pays  
aux yeux des investisseurs étrangers.  
D’autre part, les faiblesses structurelles en termes de gouvernance ont  
été exacerbées au cours du dernier mandat (depuis 2016), en particulier  
la défiance du parlement vis-à-vis du gouvernement et la multiplication  
des scandales de corruption. Le mandat s’est ainsi caractérisé par la  
succession de quatre présidents (dont trois en novembre 2020), qui ont  
été destitués ou poussés à la démission suite à leur mise en cause dans  
des scandales de corruption, de deux parlements et par une très forte  
rotation ministérielle. Cependant, d’après la constitution péruvienne,  
la durée des mandats présidentiel et parlementaire reste fixe. Les  
L’AUGMENTATION DE LA DETTE PUBLIQUE À COURT TERME N’EST  
PAS INQUIÉTANTE  
du PIB en 2020 (contre 1,6% en 2019), le déficit public devrait baisser à  
6,5% en 2021, nous tablons plutôt sur un déficit public autour de 7,5%  
les deux années. Les tensions entre le parlement et le gouvernement  
ont empêché la mise en œuvre de certaines mesures du plan de  
relance – dont plusieurs projets d’investissement public – qui seront  
repoussées à 2021. Le déficit devrait ensuite progressivement se  
réduire. Logiquement, la dette publique devrait augmenter, de 27% du  
PIB en 2019 à 35% en 2020 et 37% en 2021. Elle restera donc modérée.  
prochaines élections générales (présidentielle et législative) auront Alors que le gouvernement estime, qu’après une augmentation à 8,5%  
donc lieu comme prévu, à l’issue du mandat initial.  
Mi-novembre, le parlement a élu Francisco Sagasti, député et fondateur  
du parti centriste Morado. Il devrait rester président intérimaire jusqu’à  
la tenue des élections. Celui-ci s’est engagé à respecter le calendrier  
électoral, et donc à maintenir le premier tour des élections le 11 avril  
prochain, et à quitter le pouvoir le 28 juillet, date de début du prochain  
mandat présidentiel. Le climat politique n’est pas apaisé pour autant.  
Les relations entre le parlement et le gouvernement intérimaire  
devraient rester extrêmement tendues, d’autant plus si le pays devait  
faire face à une nouvelle vague de contaminations.  
Achevé de rédiger le 11 janvier 2021  
Hélène DROUOT  
helene.drouot@bnpparibas.com  
1
À ce jour, seuls cinq pays bénéficient de cette assurance : le Chili, la Colombie, le Mexique, le Pérou et la Pologne.  
La banque  
d’un monde  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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