Emerging

Poursuite de l’amélioration budgétaire

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Eco Emerging // 2 trimestre 2021  
economic-research.bnpparibas.com  
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ÉGYPTE  
POURSUITE DE L’AMÉLIORATION BUDGÉTAIRE  
L’économie égyptienne a bien résisté l’an dernier. L’activité est restée positive grâce au soutien budgétaire, et  
les principaux soldes macroéconomiques ne se sont pas dégradés significativement grâce, en partie, au soutien  
international. Les bons résultats des finances publiques sont notables et devraient maintenir l’attractivité de la  
dette égyptienne. Néanmoins, il convient de rester prudent. D’une part, le rythme de vaccination est faible dans un  
contexte de pandémie toujours active ; d’autre part, la vulnérabilité des comptes extérieurs est élevée, tandis que  
l’amélioration du solde extérieur énergétique, observée en 2020, pourrait ne pas se poursuivre à court terme  
RÉSISTANCE DE L’ACTIVITÉ ÉCONOMIQUE  
PRÉVISIONS  
Depuis un an, les conséquences de la pandémie sur l’économie ont été  
contenues et les mesures restrictives ont été relativement limitées.  
2
019  
2020e  
2021e  
2022e  
Selon les données officielles, le taux de mortalité dû au covid est assez  
bas par rapport au reste la région, mais le pays connaît actuellement  
une seconde vague de contamination, plus longue que la précédente,  
et qui semble plus difficile à infléchir. Pour le moment, la campagne de  
vaccination reste assez limitée. Environ 2 millions de doses de vaccin  
ont été réceptionnées (don de la Chine et programme Covax) pour un  
total de 8 millions attendu d’ici fin mai. Cela reste faible en regard de  
la population totale (100 millions, dont environ la moitié a plus de  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
5.6  
13.4  
-8.0  
84  
3.8  
5.6  
-8.0  
90  
3.1  
4.7  
-7.2  
94  
5.3  
6.8  
-7.0  
93  
Dette du gouv. central, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
Dette externe, % du PIB  
-3.6  
36  
-3.1  
34  
-3.9  
34  
-2.9  
33  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
45  
38  
42  
43  
2
4 ans). Par ailleurs, l’Égypte devrait être en mesure de fabriquer un  
8.0  
6.1  
6.9  
7.5  
vaccin dans les mois à venir. Dans ce contexte, la situation sanitaire  
reste un élément d’incertitude significatif qui pourrait continuer de  
peser sur l’économie égyptienne.  
1): Année budgétaire du 1er juillet de l’année t au 30 juin de l’année t+1  
(
e: ESTIMATIONS ET PRÉVISIONS  
Au cours des trois premiers trimestres de 2020, la croissance du PIB  
réel a été positive (+1,3% en moyenne en g.a.) grâce principalement  
à la consommation intérieure qui a bénéficié du soutien des dépenses  
publiques. D’un point de vue sectoriel, les principaux éléments de  
soutien à l’activité ont été sans surprise les secteurs de la construction,  
de l’immobilier et du commerce de détail. Ces secteurs bénéficient,  
d’une part, de la poursuite des grands chantiers d’infrastructure et  
d’urbanisme et, d’autre part, de la redistribution de pouvoir d’achat  
aux ménages par le gouvernement. Ces mêmes déterminants devraient  
permettre à la croissance de rester positive sur l’ensemble de l’année  
budgétaire 2020/21 (3,1%), bien qu’en retrait par rapport à 2019/20  
TABLEAU 1  
SOURCE : BNP PARIBAS RECHERCHE ECONOMIQUE GROUPE  
SOLDE BUDGÉTAIRE DU GOUVERNEMENT (% DU PIB)  
Solde budgétaire  
4
Solde budgétaire primaire  
60  
Service de la dette (% des revenus budgétaires totaux, é.d.)  
2
0
2
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6
8
5
0
-
-
-
-
40  
30  
20  
10  
0
(
3,8%), en raison notamment de la chute de la fréquentation touristique.  
Pour l’année 2021/22, bien que l’incertitude soit forte, nous anticipons  
un rebond significatif de l’activité (5,3%). En plus des traditionnels  
supports que sont le secteur de la construction et la consommation des  
ménages, trois facteurs devraient soutenir ce scénario : 1/ un projet de  
budget favorable à la demande intérieure, tout en mettant l’accent sur  
les dépenses structurelles ; 2/ la reprise de la production de gaz grâce  
au retour de la croissance en Asie, qui devrait soutenir les prix du gaz  
naturel liquéfié (GNL) ; 3/ une reprise très graduelle de la fréquentation  
touristique.  
-
-
-
10  
12  
14  
GRAPHIQUE 1  
SOURCES : MINISTÈRE DES FINANCES, BNP PARIBAS  
fonctionnaires et des catégories de la population les plus défavorisées,  
et la hausse des dépenses de santé. Par ailleurs, le service de la dette  
amorce une légère baisse, conséquence du cycle de baisse des taux  
d’intérêt initié en 2018/19. Après un plus haut de 11,4% en 2019, le taux  
d’intérêt apparent de la dette totale du gouvernement central était de  
L’AMÉLIORATION GRADUELLE DES FINANCES PUBLIQUES  
DEVRAIT SE POURSUIVRE  
La situation des finances continue de s’améliorer même si le coût de la  
dette reste une contrainte budgétaire majeure. Dans un environnement  
économique défavorable, le déficit budgétaire est resté quasi-stable  
en 2019/20 (8% du PIB). Depuis un an, la politique budgétaire a pour  
priorité le soutien au pouvoir d’achat des ménages, notamment des  
1
0,9% en 2019/20.  
D’une manière générale, la hausse des recettes devrait permettre la  
poursuite de l’amélioration des finances publiques en 2020/21 malgré  
les mesures de soutien à l’économie. Au cours de la première moitié de  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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Eco Emerging // 2 trimestre 2021  
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0
2
020/21, les performances budgétaires ont été en amélioration avec  
une hausse des recettes de plus de 16% par rapport à la même période  
de l’année précédente (grâce notamment à une taxe exceptionnelle sur  
les salaires les plus élevés), tandis que les dépenses n’augmentaient  
que de 9,6%. Cette tendance s’est poursuivie durant T3 2020/21 selon  
le ministre des Finances. Par conséquent, en 2020/21 le gouvernement  
devrait à nouveau dégager un excédent primaire (équivalant à environ  
RÉSERVES EN DEVISES DE LA BANQUE CENTRALE (USD MDS)  
6
0
9
8
7
6
5
4
3
2
1
0
Réserves officielles  
Réserves Tier 2  
50  
40  
Réserves officielles en mois  
d'imporations de biens et services (é.d.)  
1
,6% du PIB) et le déficit budgétaire se réduire à 7,2% du PIB. Néanmoins,  
même si le service de la dette se réduit en valeur, il reste très élevé  
en pourcentage des revenus du gouvernement (48% en 2019/20),  
ce qui limite fortement les marges de manœuvre budgétaires. Si ce  
ratio devrait poursuivre sa baisse (42% prévu en 2021/22), il restera  
élevé à moyen terme. En effet, le rythme de baisse des taux d’intérêt  
devrait ralentir, tandis que la proportion de financement de nature  
concessionnel provenant du FMI devrait se réduire à partir de 2021/22.  
Du côté des revenus, leur progression devrait rester modérée à moyen  
terme. Selon le FMI, ils atteindraient 22% du PIB en 2024/25 (19% en  
3
2
1
0
0
0
0
2
011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021  
2
018/19). Au total le service de la dette devrait encore représenter  
environ un tiers des revenus totaux à moyen terme.  
GRAPHIQUE 2  
SOURCES : BANQUE CENTRALE, BNP PARIBAS  
Le budget pour l’année 2021/22 est actuellement en cours d’examen  
à l’assemblée nationale. L’objectif budgétaire du gouvernement (un  
déficit équivalant à 6,6% du PIB) est étroitement dépendant de la reprise  
de l’activité économique, et souffre pour le moment de l’absence de  
nouvelles recettes clairement identifiées. Deux éléments pourraient  
empêcher la réduction espérée du déficit : la hausse de l’ensemble  
des salaires de la fonction publique et la fin de la taxe exceptionnelle  
sur les salaires. Nous tablons sur un déficit équivalant à 7% du PIB en  
USD 14,2 mds en 2020/21). Par ailleurs, l’évolution des flux de capitaux  
internationaux pourrait être moins favorable aux pays émergents étant  
donné la remontée des taux observée aux États-Unis. Néanmoins, le  
ralentissement attendu du cycle de baisse des taux en Égypte, le risque  
de change limité et les bonnes performances budgétaires devraient  
maintenir l’attractivité des titres de dette publique égyptiens.  
2
021/22.  
L’AMÉLIORATION DU SOLDE ÉNERGÉTIQUE POURRAIT  
La dette du gouvernement va rester élevée à moyen terme étant donné  
la persistance du déficit budgétaire et des taux d’intérêt réels devenus N’ÊTRE QUE TEMPORAIRE  
positifs depuis 2020. Elle devrait atteindre un maximum de 94% du  
Le solde énergétique s’est sensiblement amélioré en 2020 à la faveur  
PIB à la fin de l’année budgétaire en cours avant de graduellement se  
réduire à 89% du PIB d’ici 2023/24.  
d’une baisse de la demande intérieure et d’une hausse de la demande  
asiatique en fin d’année. À court terme, l’évolution du solde énergétique  
est assez incertaine et l’excédent constaté en 2020 risque de ne pas se  
reproduire. Sur le marché intérieur, la demande de produits pétroliers  
PERSISTANCE DE LA VULNÉRABILITÉ EXTÉRIEURE  
(
brut et raffiné) est en baisse régulière depuis environ cinq ans en raison  
Si les finances publiques ont continué de s’améliorer malgré un  
environnement économique difficile, la situation des comptes externes  
reste un facteur de vulnérabilité. En effet, en 2020, l’effondrement  
du tourisme et une volatilité accrue sur le marché international des  
capitaux de court terme ont pesé sur la liquidité en devises du pays. Ce  
sont le soutien financier international, le niveau élevé des transferts  
des Égyptiens à l’étranger et la baisse des importations qui ont permis  
la stabilité de la position extérieure en devises du système bancaire  
dans son ensemble. Les réserves de change brutes de la banque  
centrale s’élevaient à USD 40,3 mds en mars 2021 (contre USD 45 mds  
un an auparavant), auxquelles on peut ajouter USD 8,6 mds de réserves  
de change tier II, tandis que la position extérieure nette des banques  
commerciales a retrouvé son niveau de pré-crise à USD 7 mds. Les  
banques publiques (plus de 50% de l’actif bancaire total) participent  
activement à la politique de change des autorités monétaires. Le  
déficit courant devrait s’accroître et atteindre 3,9% du PIB en 2020/21  
en raison principalement de la chute des revenus du tourisme (-40%  
attendu).  
notamment de la réduction des subventions. En 2020, la demande a  
baissé d’environ 13% avec le ralentissement de l’activité. Du côté de  
l’offre, la production de pétrole brut poursuit son déclin (-6% en 2020),  
en raison notamment du manque d’investissements dans de nouvelles  
capacités de production. Parallèlement, la production et l’exportation  
de produits raffinés continuent de croître grâce au développement des  
capacités de production. En volume, le solde extérieur des produits  
raffinés a été positif pour la première fois en 2020 (17 000 b/j), mais le  
solde pétrolier total (brut inclus) reste largement négatif (-101 000 b/j).  
En valeur, selon les données disponibles, un surplus symbolique a été  
enregistré au T3 2020 (USD 54 m). De leur côté, les exportations de  
GNL ont repris fin 2020 à la faveur de la hausse de la demande et  
des prix en Asie. Sur l’ensemble de l’année budgétaire 2020/21 ces  
exportations devraient atteindre USD 1 à 2 mds. Les perspectives  
d’exportations de LNG restent incertaines à court terme. Celles-ci sont  
commercialisées sur le marché spot dont les prix connaissent une  
volatilité très importante et peuvent se situer en-dessous du prix de  
revient égyptien, contraignant les exportations.  
Le montant élevé des flux de portefeuille et les déboursements du FMI  
assurent un niveau de liquidité en devises satisfaisant à court terme.  
Les perspectives sont plus incertaines en 2021/22. Nous prévoyons  
une légère baisse du déficit courant en valeur (USD 14,7 mds), mais  
un amortissement de la dette extérieure beaucoup plus élevé qu’en  
Achevé de rédiger le 9 avril 2021  
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020/21. Selon le FMI, celui-ci devrait s’élever à USD 17,5 mds (contre  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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