Emerging

Une situation économique préoccupante

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Eco Emerging // 4 trimestre 2020 (achevé de rédiger le 28 septembre 2020)  
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ANGOLA  
UNE SITUATION ÉCONOMIQUE PRÉOCCUPANTE  
Alors que le pays est en récession pour la cinquième année consécutive, avec 4 % prévu en 2020 selon les dernières  
estimations, la crise actuelle agit comme un catalyseur des vulnérabilités préexistantes et assombrit les perspectives  
économiques du pays. La baisse du cours du pétrole et de sa production, conjuguée à la dépréciation de la devise,  
intensifie la pression sur ses capacités de financements extérieurs et la soutenabilité de sa dette. L’Angola a enre-  
gistré une chute importante du niveau de ses réserves en devises qui pourraient devenir insuffisantes à mesure que  
le déficit de financement augmente. En cours de négociations, le soutien attendu des créanciers bilatéraux (et en  
particulier la Chine) devient vital.  
DÉPRESSION DE L’ÉCONOMIE ANGOLAISE  
PRÉVISIONS  
Les conséquences de la crise actuelle sont considérables, alors que  
l’Angola enregistre une croissance négative depuis le choc pétrolier de  
2018  
-1.2  
19.6  
2.2  
2019  
0.9  
2020e 2021e  
2
014-2016 : en moyenne, la croissance a été de -1,4 % entre 2016  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
Dette des adm. publiques, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
Dette externe, % du PIB  
-4.0  
21.0  
-2.8  
3.2  
et 2019. Malgré le programme de réformes du président Lourenço, le  
choc actuel accentue les vulnérabilités structurelles de l’économie, à  
savoir l’absence de diversification et la dépendance financière vis-à-vis  
de la Chine. En effet, l’importance du secteur des hydrocarbures rend  
l’Angola particulièrement vulnérable à la chute des cours du pétrole et  
au manque d’investissements dans le secteur. Ces derniers ont entraîné  
une baisse constante de la production depuis 2016 (de 1,72 million b/j  
à 1,38 million b/j estimés en 2019, soit une baisse de 20%).  
17.1  
0.8  
20.6  
-0.1  
107.5  
0.1  
89.0  
6.9  
109.2 120.3  
5.7  
-1.3  
94.0  
15.5  
56.8  
15.4  
7.4  
76.2  
17.3  
12.4  
89.1  
16.9  
Malgré un ralentissement contenu au T1 2020, l’impact de la crise  
apparaît de manière plus marquée au T2 2020. Au total, l’activité a  
enregistré un recul de -6,1% en glissement annuel (contre -1,8%  
au T1 2020). Bien que la production ait légèrement repris depuis le  
Réserves de change, mds USD  
S  
Réserves de change, en mois d'imports  
9.9  
10.2  
1
début de l’année , le secteur pétrolier contribue négativement à la  
croissance du PIB. Qui plus est, la production en valeur enregistre un  
recul plus important encore du fait de la baisse des prix. La contraction  
des revenus pétroliers se répercute à l’ensemble des secteurs de  
l’économie. Par ailleurs, le commerce a particulièrement pâti de l’état  
d’urgence et des restrictions globales.  
Taux de change USDAOA (fin d'année)  
252.9 343.9 407.3  
437.4  
e: ESTIMATIONS ET PRÉVISIONS  
TABLEAU 1  
SOURCE : BNP PARIBAS RECHERCHE ECONOMIQUE GROUPE  
CROISSANCE ANGOLAISE EN BERNE  
La contraction de l’activité devrait se poursuivre au regard des indica-  
teurs avancés. L’indice de confiance des entreprises continue de baisser  
Variation de la production de pétrole nationale (éch.d.)  
Croissance du PIB  
Variation du cours du pétrole  
Variation,  
g.a %  
Variation,  
g.a %  
(
-21 points en moyenne mobile au T2 2020 contre -15 au T1 2020) et  
illustre à la fois les contraintes opérationnelles à la reprise de l’activité  
ruptures dans les chaînes de production domestiques et extérieures)  
12  
60  
40  
20  
0
(
10  
8
et l’inquiétude vis-à-vis d’une baisse durable de la demande. La forte  
baisse de la confiance dans le secteur manufacturier (-36 points) et  
celui du commerce (-43 points) illustre cette double problématique.  
En effet, malgré l’allègement des mesures sanitaires, la faiblesse de  
la consommation privée se conjugue à la reprise timide de la demande  
extérieure.  
6
4
2
0
-2  
-4  
-20  
-40  
-
-
6
8
Le FMI a d’ailleurs révisé ses prévisions et éliminé tout espoir d’une  
reprise de l’activité en 2020, avec une contraction inédite de -4%  
attendue en 2020 (contre -1,3% prévu initialement). De plus, le  
FMI anticipe un rebond modéré pour 2021 (+3,2% selon les mêmes  
estimations, contre +2,6% au préalable) qui résulterait d’un important  
effet de base.  
-10  
-12  
-60  
Q1  
2020  
Q1  
016  
Q3  
2016  
Q1  
2017  
Q3  
2017  
Q1  
2018  
Q3  
2018  
Q1  
2019  
Q3  
2019  
2
GRAPHIQUE 1  
SOURCES : FMI, JODI, AUTORITÉS NATIONALES ANGOLAISES  
La demande domestique (près de 50 % de la valeur ajoutée) est,  
par ailleurs, contrainte par l’importante augmentation des prix. La  
contraction de l’activité et l’effondrement du baril de brut ont affaibli accentuant les pressions inflationnistes. L’augmentation des prix  
2
la devise locale, le kwanza (-20 % par rapport au USD depuis fin 2019), (déjà soutenue par la libéralisation de la devise et l’introduction de  
la TVA en octobre 2019) a atteint 13,1 % en g.a. au T2 2020 et devrait  
1
2
L’Angola n’ayant pas respecté les quotas de production fixés par l’OPEP.  
En octobre 2019, la Banque nationale d’Angola (BNA) a supprimé la limite de +/- de 2% de fluctuations du kwanza afin de libéraliser le taux de change et réduire l’écart entre les  
taux officiel et parallèle.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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largement sortir de la bande cible d’inflation de la banque centrale  
DÉGRADATION DE LA POSITION EXTÉRIEURE  
(
BNA), comprise entre 7% et 9 %, sur l’année pour atteindre 21 % en g.a  
3
en moyenne en 2020, puis 20,6 % en 2021 suite à l’ajustement des prix  
réglementés et la dépréciation rapide du kwanza.  
Réserves en devises (éch.d.)  
Dette extérieure  
Balance courante  
% PIB  
100  
USD mds  
Outre l’augmentation des créances douteuses, l’effet conjugué de l’in-  
flation et de la dépréciation du kwanza représente un risque pour le  
secteur bancaire. En effet, le nombre de défauts est susceptible de  
bondir (alors que 28 % du crédit est libellé en dollar US). Par ailleurs,  
la dépréciation du change alourdit le service de la dette et la position  
extérieure débitrice du pays. De plus, elle accentue le risque de finan-  
cement si elle se traduit par une pression croissante sur les réserves  
de change.  
30  
27  
24  
21  
18  
15  
12  
9
90  
80  
70  
60  
50  
40  
30  
2
1
0
0
0
6
3
0
PRESSION ACCRUE SUR LES CAPACITÉS DE FINANCEMENT  
La crise actuelle affaiblit considérablement les perspectives financières  
du pays, déjà entamées par le choc de 2014-2016. Au regard des condi-  
tions actuelles, le FMI a revu sa prévision du ratio de dette publique à  
-
10  
-3  
2
014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019e 2020e 2021e  
1
20,3 % pour 2020. Cette révision s’explique largement par la déprécia-  
GRAPHIQUE 2  
SOURCES : FMI, BNP PARIBAS  
tion du kwanza, 70 % de l’encours étant libellé en devises.  
Or, la capacité du pays à répondre à ses besoins de financement  
extérieurs s’est fortement réduite. En effet, suite au choc de 2014-  
2
016, l’Angola n’est parvenu à financer un déficit courant qu’au prix  
le cadre de l’ISSD, initiative conjointe du pays du G20 et du Club de  
Paris : les économies réalisées seraient de l’ordre de USD 30 millions  
d’ici à fin 2020. Néanmoins, cela ne concerne pas l’encours contracté  
auprès de la Chine avec laquelle l’issue des négociations sera décisive,  
bien que perçue comme positive. Cela étant, ces mesures n’incluent pas  
la dette détenue par le secteur privé.  
d’une ponction significative de ses réserves de change (passées de  
USD 32,2 mds en 2013 à USD 17,3 mds fin 2019). En outre, la dette  
extérieure du pays a plus que doublé en pourcentage du PIB, passant  
de 20,6 % en 2013 à 76.2% fin 2019, et notamment l’endettement non  
concessionnel favorisé par un environnement de taux faible.  
Dans l’environnement actuel, cette détérioration à la fois de la liquidité  
et de la solvabilité extérieure du pays conduit à un renchérissement du  
coût de financement extérieur difficilement soutenable. Cela s’illustre  
notamment par l’augmentation de la prime de risque sur la dette  
souveraine en devises, qui dépasse les 500 points de base (pb) depuis  
début 2020, à 1 063 pb en août contre 557 fin décembre 2019. Cela  
s’explique, d’abord, par le niveau de réserve historiquement faible et  
le financement extérieur très largement dépendant des exportations  
de pétrole (95 % des recettes totales en devises du pays). Or, la baisse  
des recettes en devises résultant de la chute des prix du pétrole  
est aggravée par une baisse structurelle de la production. En 2020,  
le besoin de financement extérieur est estimé à plus de USD 5 mds  
En l’absence d’accord et/ou si les montants concernés demeurent  
insuffisants, un rééchelonnement de la dette pourrait être nécessaire  
pour rendre la dette soutenable. Aussi, à plus moyen terme, la  
reconstruction des amortisseurs financiers extérieurs, conditionnée  
par la hausse significative du prix du pétrole brut et la diversification  
substantielle de l’économie, est vitale.  
Perrine GUÉRIN  
perrine.guerin@bnpparibas.com  
(
près de 89 % du PIB) et les capacités du pays pour y répondre sont  
limitées. Les recettes fiscales de l’État tirées des revenus pétroliers  
ne représentant pas la totalité des recettes fiscales, la dépréciation  
du kwanza rend les remboursements de plus en plus coûteux. Les  
capacités de financement du pays reposent particulièrement sur ses  
accords de prêts bilatéraux libellés en devises, en particulier avec la  
Chine (plus de la moitié de l’encours de la dette en 2019).  
À très court terme, un défaut sur la dette extérieure devrait pouvoir  
être évité avec un service de la dette estimé autour de 36 % des revenus  
en 2020 (dont USD 3,3 mds d’acquittement de dette et USD 1,2 mds  
d’intérêts à rembourser).  
À ce jour, le pays est momentanément soulagé par le soutien financier  
du FMI, dont le déboursement de la 4e tranche de facilité (USD 1 md)  
et l’accord de financement additionnel (USD 767 millions), dans le  
cadre du programme de facilité élargie de crédit accordé en 2018, vient  
d’être conclue. L’Angola est aussi parvenu à négocier un moratoire sur  
le service de sa dette auprès des créanciers bilatéraux et officiels dans  
3
D’après le FMI qui a révisé ses estimations pré-Covid (octobre 2019) : la prévision d’inflation était initialement de 15 % en 2020 (contre plus de 17% observé en 2019).  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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