Perspectives

Derrière la croissance, la récession ?

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Eco Perspectives // 2 trimestre 2022  
economic-research.bnpparibas.com  
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ALLEMAGNE  
DERRIÈRE LA CROISSANCE, LA RÉCESSION ?  
Parmi les quatre plus grandes économies de la zone euro, l’Allemagne affiche les perspectives de croissance à  
l’horizon 2022 les moins bonnes. Selon nos prévisions, le PIB allemand augmenterait d’environ 2% quand la croissance  
avoisinerait 3% en France et en Italie et frôlerait 5% en Espagne. L’acquis de croissance au T4 2021 est moins élevé  
outre-Rhin, l’exposition aux répercussions économiques de la guerre en Ukraine est plus grande et elles s’ajoutent  
aux difficultés d’approvisionnement préexistantes de l’industrie. La chute de l’indice ifo en mars, en particulier des  
anticipations des entreprises, en atteste et alerte sur le risque de récession.  
L’Allemagne est, des quatre plus grandes économies de la zone euro, la  
plus exposée aux répercussions économiques de la guerre en Ukraine  
menée par la Russie depuis le 24 février dernier. Selon notre indicateur  
CROISSANCE ET INFLATION  
1
de dépendance , l’Allemagne occupe en effet la position moyenne de  
Croissance du PIB  
Inflation  
Prévisions  
6.6  
1
5,5 quand la France est à 11,7, l’Italie à 13,3 et l’Espagne à 12,1. À  
Prévisions  
8
6
4
2
0
2
titre de comparaison complémentaire, le pays le plus dépendant est la  
Lituanie (position moyenne de 20,2) et le moins dépendant, l’Irlande  
(
9). La position de l’Allemagne découle notamment du poids important  
3.6  
3
.4  
3.2  
2.9  
de la Russie dans ses importations de gaz. L’ouverture commerciale  
du pays le rend également plus vulnérable aux effets rétroactifs, sur  
ses exportations, des difficultés des pays les plus touchés et du choc  
récessif en Russie et en Ukraine. Le poids dans l’IPCH de la composante  
2.1  
0
.4  
-
«
énergie » est également relativement élevé (11,7% en 2019 contre  
1
0,5% pour l’UE, 9,2% en France comme en Italie, l’Espagne étant proche  
-4  
de l’Allemagne, à 11,6%). C’est un élément d’explication de l’inflation  
nettement plus élevée outre-Rhin (7,6% a/a en mars selon l’estimation  
préliminaire d’Eurostat) que de ce côté-ci (5,1%). Si la poussée à venir  
de l’inflation alimentaire est à surveiller également, l’Allemagne y  
apparaît en revanche moins exposée que la France, l’Italie ou l’Espagne  
-
6
-5.1  
020  
2
2021  
2022  
2023  
2020  
2021  
2022  
2023  
GRAPHIQUE 1  
SOURCE : BNP PARIBAS GLOBAL MARKETS  
(
poids respectif de l’alimentation dans l’IPCH : 9,8%, 14,6%, 15,9%, 17%).  
HORLOGE IFO DU CYCLE DES AFFAIRES DEPUIS 2017  
SOLDES DÉTRENDÉS, CVS)  
Le poids de la dépendance allemande est visible dans les dernières  
enquêtes sur le climat des affaires (s’y ajoute l’effet sectoriel du poids  
important de l’industrie, qui était déjà pénalisée par les difficultés  
d’approvisionnement préexistantes au conflit russo-ukrainien). L’indice  
ifo en particulier a fortement chuté en mars. Ainsi, selon l’ « horloge  
du cycle des affaires », la zone de récession se rapproche du fait de la  
détérioration des anticipations des entreprises (cf. graphique 2).  
(
2017  2018  2019  2020  2021  2022  
6
5
4
30  
20  
0
0
0
Reprise  
Expansion  
10  
Il est possible que cette détérioration importante du climat des affaires  
envoie un signal exagérément pessimiste. Le marché du travail n’est  
pas touché pour le moment, ce qui est rassurant (les difficultés de  
recrutement restent fortes et les intentions d’embauche élevées). La  
politique budgétaire fournit également une protection significative  
0
-
-
-
-
-
10  
20  
30  
40  
50  
Jan. 21  
Déc.  
21  
Mars 22  
contre le choc de la guerre. La revalorisation importante du Smic au  
er  
Crise  
Ralentissement  
1
octobre (à 12 EUR l’heure, +22%) arrive tardivement par rapport au  
-60  
choc inflationniste actuel mais amortit tout de même ce choc sur le  
pouvoir d’achat des ménages.  
-60 -50 -40 -30 -20 -10  
0
10  
20  
30  
40  
50  
60  
Jugement des entreprises sur la situation actuelle  
Le risque de récession apparaît plus élevé en Allemagne qu’en France,  
compte tenu notamment de la dépendance plus importante sus-  
mentionnée et parce que la croissance allemande était déjà dans  
le rouge au T4 2021 (-0,3% t/t). Si récession il y avait, elle pourrait  
cependant n’être que « technique » (deux à trois trimestres consécutifs  
de contraction du PIB) et ne pas s’inscrire dans la durée. C’est tout  
ce que l’on peut espérer dans le contexte actuel mais le risque est à  
surveiller de près.  
GRAPHIQUE 2  
SOURCES : IFO, BNP PARIBAS  
Espagne. À titre de comparaison, notre prévision pour l’Allemagne est  
inférieure à celle du scénario central de l’ifo (3,1%) mais comparable à  
celle de leur scénario alternatif (2,2%) et à celle du Conseil des sages  
1,8%). L’importance de l’effet d’acquis rend toutefois plus difficile que  
d’habitude la comparaison des chiffres de croissance des différentes  
économies, y compris en 2023 où la croissance allemande reprendrait  
(
Autre point négatif pour l’Allemagne : l’acquis de croissance au T4 2021 en apparence de la vigueur (3,4%) et dépasserait celle des trois autres  
y est nettement moins favorable qu’en France, en Italie ou en Espagne pays, qui continuerait de ralentir pour se situer, d’après nos prévisions,  
(
respectivement 1,1%, 2,4%, 2,3%, 3,2%), ce qui pèse mécaniquement dans une fourchette comprise entre 2 et 3%.  
sur la croissance en 2022 en moyenne annuelle. Au final, nous  
prévoyons une croissance allemande autour de 2% cette année  
quand elle avoisinerait 3% en France et en Italie et frôlerait 5% en  
Achevé de rédiger le 11 avril 2022  
Hélène Baudchon  
helene.baudchon@bnpparibas.com  
1
Plus le chiffre est élevé, plus la dépendance est grande. Cet indicateur fait la moyenne des positions d’un pays donné pour chacune des 23 variables considérées dans notre cartographie (cf. EcoFlash 22-07).  
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