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Le voisinage européen : un relai de croissance important pour les exportations de l’Union européenne

11/03/2026
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Exportations de l'Union Européenne

Moins d’exportations vers la Chine... Le contexte actuel est difficile pour le grand export. Les débouchés vers la Chine se réduisent drastiquement en raison de la montée en gamme et de la politique de substitution aux importations menées par le pays. L’année 2025 aura marqué à ce titre une inflexion sans précédent : les exportations européennes vers la Chine ont chuté de 14% en nominal et de 10,2% en volume, et la part de la Chine dans les exportations totales de l’UE (7,5%) est désormais à son plus bas niveau en près de quinze ans.

… mais plus d’exportations entre partenaires et voisins européens. Les exportations européennes hors commerce intra-zone ont malgré tout progressé en 2025, affichant une hausse nominale de 2,0%, en parallèle d’un rebond du commerce intra-zone (de 2,5%). La forte demande dans le secteur pharmaceutique a entraîné un rebond des exportations vers la Suisse (+13,5%). Mais les exportateurs européens ont, en parallèle, développé d’autres débouchés dans leur voisinage immédiat depuis 2020, et l’accès accru à ces marchés est aujourd’hui opportun. Ainsi, la Turquie, le Maroc, l’Ukraine et les Balkans[1] captent une part croissante des exportations européennes. Un tournant a même été franchi en 2023, où le niveau combiné des exportations vers ces pays a dépassé celui vers la Chine[2]. Ce bloc représente désormais près de 10% (9,4% en 2025) des exportations totales de l’UE hors commerce intra-zone.

C’est le secteur des machines-équipements qui bénéficie le plus de ce mouvement (alors qu’il subit une baisse marquée de ses débouchés en Chine). Ces échanges accompagnent les investissements européens croissants dans ces pays, et qui sont à ce titre éligibles à des financements de l’UE (financements de la Banque européenne d’investissement notamment ou à venir au titre de Readiness 2030).

Un renforcement structurel appelé à s’amplifier. Ainsi, les liens économiques se renforcent entre l’UE et son voisinage : le poids des échanges de marchandises (exportations et importations combinés) a ainsi atteint 8,5% du total de l’UE hors commerce intra-zone. Cette réorientation des flux européens est structurelle et reflète la transformation industrielle de ces pays, qui sont de plus en plus intégrés à la chaîne de valeur européenne. La Turquie et le Maroc importent à ce titre davantage de biens intermédiaires en provenance de l’UE, et réexportent vers cette dernière davantage de biens finaux, notamment dans le secteur automobile. Pour l’Ukraine, la dynamique est différente, mais la demande actuelle en équipement, notamment militaire, ainsi que celle qui accompagnera la reconstruction, offrira un soutien aux exportations européennes. Les pays des Balkans, quant à eux, bénéficient du plan de croissance européen à hauteur de EUR 6 mds et d’une intégration plus poussée dans le marché unique de l’UE.

Ces relais de croissance pour les entreprises européennes sont voués à se renforcer dans les années à venir, avec les efforts de relocalisation d’une partie du tissu industriel proche géographiquement du marché européen (nearshoring). Cette dynamique devrait se développer de façon complémentaire avec le renforcement attendu des échanges intra-UE découlant d’efforts d’investissement accrus. Elle devrait aussi bénéficier, pour ceux qui réunissent les conditions d'accès, du développement des politiques de préférence européenne, au cœur de la loi sur l’accélération industrielle (Industrial Accelerator Act) présentée par la Commission européenne le 4 mars dernier.

[1] Regroupe la Serbie, l’Albanie, le Monténégro, la Bosnie-Herzégovine, la Macédoine du Nord et le Kosovo.

[2] Précisément, entre 2019 et 2025, les exportations de l’UE ont progressé de 68% vers la Turquie, 58% vers le Maroc, 92% vers l’Ukraine et 57% vers les Balkans.

LES ÉCONOMISTES AYANT PARTICIPÉ À CET ARTICLE