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Les chaînes d’approvisionnement après le Covid-19

ECO FLASH  
N°20-14  
8 juillet 2020  
ALLEMAGNE : LES CHAÎNES D ’A PPROVISIONNEMENT APRÈS LE COVID-19  
Raymond Van Der Putten  
ALLEMAGNE : IMPORTATIONS DES INTRANTS INTERMÉDIAIRES DU SECTEUR MANUFACTURIER  
Au cours des dernières décennies, les  
entreprises allemandes ont délocalisé leurs  
activités, en particulier au profit de l’Europe  
centrale et orientale et de la Chine.  
%
du total des intrants intermédiaires  
4
3
3
2
2
1
1
0
5
0
5
0
5
0
5
0
Malgré le ralentissement de la mondialisation  
ces dernières années, l’industrie allemande  
continue de perdre du terrain dans le textile,  
la chimie et la pharmacie, l’informatique,  
l’électronique et les équipements électriques.  
En dépit de la place prédominante de la Chine  
dans la production manufacturière mondiale,  
l’Allemagne reste un important acteur au plan  
mondial et régional.  
Autres pays à bas salaires  
Asie de l'Est et du Sud-Est  
Pays à hauts salaires  
Economies de l'EU en transition  
1
992 1994 1996 1998 2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018  
GRAPHIQUE 1  
SOURCES : OCDE, BNP PARIBAS  
Devant la rupture des chaînes  
d’approvisionnement, liée à l’épidémie de  
Covid-19, des appels de plus en plus nombreux  
se sont fait entendre en faveur d’un réexamen  
de la situation. Cependant, une modification  
significative des circuits d’approvisionnement dépendance vis-à-vis de la Chine et d’autres pays asiatiques pour des produits tels que les  
mondiaux est peu probable.  
L’épidémie de Covid-19 a eu des effets perturbateurs sur les chaînes d’approvisionnement. En  
Allemagne, même si les entreprises manufacturières n’ont pas été directement affectées par  
les restrictions dues au confinement, les chaînes de production ont dû être mises à l’arrêt en  
raison de la pénurie de composants essentiels, fournis par la Chine. Compte tenu du rôle central  
que jouent les entreprises manufacturières allemandes en Europe, cette situation a également  
conduit à des fermetures dans d’autres pays. L’Allemagne a, par ailleurs, découvert sa forte  
médicaments, les respirateurs et les équipements de protection individuelle.  
Ces événements vont probablement nous amener à repenser notre modèle de production,  
caractérisé par l’éclatement des processus de production, la gestion des stocks en flux tendus  
Ce n’est qu’en cas de défaillance du marché,  
comme cela a été observé dans le domaine des  
produits pharmaceutiques, que des politiques  
devraient être élaborées pour y remédier.  
et l’approche reposant sur un fournisseur unique. La crise du Covid-19 pose des questions  
d’une importance cruciale concernant, en particulier, le risque de rupture des chaînes  
d’approvisionnement : a-t-il été suffisamment pris en compte ? Comment rendre les chaînes  
d’approvisionnement plus résilientes? Enfin, la mise en place des chaînes d’approvisionnement  
est, en grande partie, le résultat d’une analyse des coûts et des bénéfices. D’autres inquiétudes,  
comme les questions environnementales et les considérations de stratégie politique, sont  
souvent totalement absentes des décisions de délocalisation. Les politiques économiques  
peuvent-elles corriger les défaillances possibles du marché? Ce débat dépasse quelque peu le  
cadre cette étude.  
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2
QUATRE DÉCENNIES DE MONDIALISATION  
VALEUR AJOUTÉE DANS LE SECTEUR MANUFACTURIER  
(PAYS D’ORIGINE DE LA V.A. EN % DE LA DEMANDE FINALE)  
Au cours des dernières décennies, les entreprises allemandes ont  
délocalisé leurs activités au profit de pays à bas salaires pour une  
meilleure rentabilité économique. Plusieurs événements ont contribué  
à une telle évolution, comme la chute du rideau de fer, le développement  
des porte-conteneurs et l’adhésion de la Chine à l’OMC.  
2
005  
2010  
2015  
D10T33 : Manufacturier  
Allemagne  
66,7  
3,7  
59,5  
4,5  
14,7  
3,3  
59,5  
5,3  
14,6  
3,5  
9,7  
7,4  
Europe de l'Est  
Autres pays de l'UE  
Alena  
Le développement de chaînes de valeur mondiales  
a
accru  
15,6  
3,0  
l’interconnexion entre les secteurs manufacturiers des différents pays.  
Entre 1991 et 2018, les importations d’intrants intermédiaires du  
secteur manufacturier allemand ont progressé d’environ 5 % par an  
Asie Est et Sud-Est  
Autres  
5,5  
5,6  
11,2  
6,9  
(
graphique 1). En particulier, le commerce avec les pays à bas salaires  
s’est rapidement développé : de 3 % seulement au début des années  
990, les importations de biens intermédiaires en provenance de  
D13T15 : Textile, habillement, cuir  
Allemagne  
39,5  
7,9  
30,2  
7,2  
15,6  
0,8  
24,2  
6,2  
14,9  
0,7  
31,8  
22,2  
1
Europe de l'Est  
Autres pays de l'UE  
Alena  
ces pays s’établissaient à près de 15 % en 2018. Ce sont surtout les  
importations en provenance des économies européennes en transition  
qui se sont développées, s’inscrivant à 8 % en 2018, soit plus de huit  
fois leur niveau du début des années 2000 (cf. Stéphane Colliac (2020)).  
De plus, les importations en provenance des pays à bas salaires du  
Sud et de l’Est asiatique ont rapidement augmenté : elles s’élevaient  
à 4,5 % en 2018.  
20,3  
0,9  
Asie Est et Sud-Est  
Autres  
14,2  
17,1  
27,1  
19,1  
D20T21 : Produits chimiques et pharmaceutiques  
Allemagne  
57,7  
1,8  
48,7  
2,3  
44,3  
3,0  
24,9  
6,9  
10,2  
10,7  
Europe de l'Est  
Autres pays de l'UE  
Alena  
La question reste posée de savoir dans quelle mesure la mondialisation  
s’est poursuivie au cours des dernières années. À l’aide des tableaux des  
entrées et des sorties entre pays de l’OCDE, Baldwin et Freeman (2020b)  
montrent que l’exposition totale des pays (c’est-à-dire leur exposition  
directe et indirecte), entre eux ne cesse de progresser. En revanche,  
Kilic et Marin (2020) soutiennent que l’ère de l’hyper-mondialisation a  
pris fin après la crise financière mondiale de 2008/2009 en raison de  
l’augmentation de l’incertitude qui a suivi.  
24,7  
4,5  
24,6  
6,2  
Asie Est et Sud-Est  
Autres  
4,9  
6,5  
9,2  
9,0  
D26T27 : Informatique, électronique et équipement électrique  
Allemagne  
70,4  
2,8  
51,8  
4,5  
51,3  
4,8  
9,6  
5,8  
23,3  
5,3  
Europe de l'Est  
Autres pays de l'UE  
Alena  
9,1  
3,3  
10,2  
5,4  
La base de données TiVA (OCDE/OMC) fait également ressortir une  
stabilisation de la part de la valeur ajoutée de l’Allemagne dans la  
demande finale au niveau macro-économique (cf. tableau 1). Entre 2005  
Asie Est et Sud-Est  
Autres  
11,4  
3,1  
23,4  
4,7  
(
début de la série) et 2010, la part de l’Allemagne dans la demande  
D28: Machines et équipements  
finale a reculé, passant de 66,7 à 59,5. Elle s’est maintenue autour de  
ce niveau jusqu’en 2015, année des dernières données disponibles. Au  
cours de la période 2010-2015, la part des économies en transition  
d’Europe centrale et orientale a augmenté au détriment du reste de  
l’UE et des pays de l’Est et du Sud-est asiatique. Cela pourrait signifier  
que les entreprises ont raccourci leurs chaînes d’approvisionnement,  
comme le soulignent Kilic et Marin.  
Germany  
Eastern Europe  
Other EU  
72,6  
2,8  
69,6  
3,7  
11,7  
2,9  
71,1  
3,6  
11,7  
2,6  
6,8  
4,2  
12,7  
3,3  
NAFTA  
East and South-East Asia  
Other  
4,4  
4,2  
8,1  
4,1  
D29T30: Equipements de transport  
Cependant, cette évolution est plus probablement le résultat de  
tendances divergentes au niveau sectoriel. Dans les secteurs du textile  
Germany  
Eastern Europe  
Other EU  
65,5  
5,7  
62,7  
5,7  
14,0  
3,4  
70,2  
7,1  
16,1  
5,2  
13,3  
3,7  
3,5  
(
D13-15), de la chimie et de la pharmacie (D20-21), de l’informatique,  
NAFTA  
de l’électronique et des équipements électriques (D26-27), la part de  
l’industrie allemande s’est progressivement contractée, tandis que  
les pays de l’Est et du Sud-est asiatiques ont renforcé leur position.  
En revanche, les fabricants de machines et équipements (D28)  
ont conservé leur place alors que les producteurs d’équipements  
de transport (D29-30) ont renforcé encore davantage leur part de  
marché. Dans ce dernier secteur, les entreprises ont, de toute évidence,  
relocalisé une partie de leurs activités en Allemagne et dans les  
économies européennes en transition. La part des pays de l’Est et du  
Sud-Est asiatique, qui atteignait près de 12 % en 2010, ne représentait  
plus que 3,5 % en 2015. Cela s’explique probablement par la rupture des  
chaînes d’approvisionnement, sous l’effet de catastrophes naturelles,  
mais aussi par la hausse des coûts de production en Asie.  
East and South-East Asia  
Other  
5,2  
2,2  
11,8  
2,4  
2,3  
SOURCE : TIVA (OCDE/OMC), BNP PARIBAS  
TABLEAU 1  
MONDIALISATION OU RÉGIONALISATION  
Sur le tableau 2, nous avons cartographié l’interconnexion des secteurs  
manufacturiers entre grands pays et zones géographiques sur la base  
des contributions à la valeur ajoutée en 2005 et 2015 . Les chiffres  
correspondent à la part des pays de la colonne dans le contenu en  
valeur ajoutée de la demande finale des pays disposés aux lignes.  
1
1
Freeman et Baldwin (2020a) ont fait des calculs similaires à l’aide des tableaux des entrées et sorties de l’OCDE.  
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3
CONTRIBUTIONS EN VALEUR AJOUTÉE PAR LES PAYS DE LA COLONNE À LA PRODUCTION FINALE  
DU SECTEUR MANUFACTURIER DES PAYS DU RESTE DU MONDE  
2005  
2015  
CAN MEX USA  
5,1  
1,4 27,2  
60,9 18,8  
1,5 69,9  
FRA  
DEU  
ITA  
ESP  
0,7  
GBR CHN  
JPN  
KOR  
CAN MEX USA  
FRA  
DEU  
ITA  
ESP  
0,6  
GBR CHN  
JPN  
KOR  
CAN  
MEX  
USA  
FRA  
DEU  
ITA  
CAN  
MEX  
USA  
FRA  
DEU  
ITA  
42,0  
0,9  
4
1,0  
0,7  
0,8  
50,3  
3,0  
4,1  
5,9  
4,0  
0,6  
2,3  
2,1  
2,2  
9,4  
66,7  
7,7  
7,2  
7,3  
2,0  
0,8  
1,9  
0,9  
0,8  
0,9  
4,6  
2,4  
61,4  
4,2  
2,7  
0,5  
1,4  
0,5  
1,1  
3,0  
1,8  
1,9  
2,7  
49,8  
5,2  
2,8  
4,7  
2,8  
1,8  
2,1  
2,5  
3,3  
74,8  
3,8  
5,6  
4,0  
3,1  
4,1  
2,3  
1,6  
1,3  
1,9  
2,6  
5,6  
84,1  
8,7  
1,7  
1,4  
1,5  
1,1  
0,9  
1,0  
1,2  
1,1  
3,4  
1,1  
66,4  
2,2  
24,7  
0,8  
0,6  
0,7  
2,6  
2,5  
2,6  
1,0  
0,9  
0,8  
4,0  
2,2  
57,2  
3,2  
2,4  
1,1  
11,0  
9,9  
2,4  
2,6  
2,8  
1,5  
1,3  
0,8  
1,0  
1,5  
2,4  
75,0  
5,0  
1,8  
2,2  
1,9  
1,0  
0,8  
1,0  
0,9  
1,4  
2,4  
1,4  
62,0  
1
,1  
,3  
50,9 19,7  
3
2,2  
2,5  
66,4  
4,9  
3,2  
2,3  
3,3  
5,4  
2,5  
3,1  
4,9  
0,9  
2,5  
9,0  
3
2
2
2
,9  
,7  
,2  
,3  
3,5  
1,2  
42,7 10,8  
3,3  
1,2  
7,1  
2,7  
3,2  
4,6  
3,2  
59,5  
7,7  
7,8  
9,7  
1,8  
1,2  
2,7  
1,7  
5,7  
1,8  
2,0  
1,6  
5,4  
ESP  
GBR  
CHN  
JPN  
ESP  
GBR  
CHN  
JPN  
55,8  
2,1  
50,2  
2,1  
2,3  
7,0  
0
,6  
5,3  
43,0  
8,5  
2
2
5
,8  
,8  
,2  
82,1  
9,1  
0,5  
0,8  
KOR  
KOR  
0,6  
0,7  
0,6  
0,8  
0,6  
11,5  
Amérique du Nord  
Europe  
Asie  
SOURCES : TIVA (OCDE/OMC), BNP PARIBAS,  
TABLEAU 2  
Les calculs se fondent sur les données TiVA (OCDE-OMC). Par exemple, machines ont procédé à des ajustements de capacités en recourant  
en 2015, l’Allemagne a contribué pour 59,5 % à la demande finale de principalement au compte de temps de travail et au chômage partiel.  
son secteur manufacturier et pour 9,7 % à celle du Royaume-Uni. Pour En mars, l’Allemagne a, à son tour, adopté des mesures de confinement.  
plus de clarté, nous avons suppri toutes les contributions inférieures Les usines du secteur manufacturier ont pu rester opérationnelles,  
à 0,5 %.  
mais la production a été sérieusement pénalisée par l’introduction des  
règles de distanciation sociale et par la chute brutale de la demande,  
les entreprises ayant revu à la baisse leurs plans d’investissement.  
Devant l’effondrement des ventes, les constructeurs automobiles ont  
mis à l’arrêt leurs lignes de production, ce qui a eu des répercussions  
majeures sur les sous-traitants en Allemagne, mais aussi dans les pays  
voisins.  
Lorsque l’on compare les deux tableaux, la première chose qui saute  
aux yeux est la baisse de la contribution de chaque pays à sa propre  
demande finale (diagonale du tableau) à l’exception de la Chine, et  
de l’importance croissante de cette dernière dans la production  
manufacturière. En 2005, la Chine contribuait à hauteur de 1,8 %  
au contenu en valeur ajoutée de la demande finale des produits  
manufacturés allemands. En 2015, ce chiffre est passé à près de 6 %,  
en grande partie au détriment de l’industrie allemande.  
DANS QUELLE MESURE LA CRISE DU COVID-19 PEUT-ELLE  
AFFECTER LES CHAÎNES DE VALEUR MONDIALES ?  
L’autre aspect qui se dégage est que les chaînes d’approvisionnement  
sont restées plutôt régionales. Seuls les États-Unis, l’Allemagne,  
la Chine, le Japon et la Corée contribuent de manière significative à L’épidémie de Covid-19 a relancé le débat sur l’importance des chaînes  
la demande finale de tous les pays. Les secteurs manufacturiers de valeur mondiales et les limites de la mondialisation. Les appels en  
canadien et mexicain sont très dépendants à l’égard des États-Unis, faveur de chaînes de valeur plus résilientes se sont de nouveau fait  
leur contribution à la valeur ajoutée de ce dernier pays s’établissant, entendre. Il faudrait, pour ce faire, accroître les stocks et réduire la  
respectivement, à 24,7 % et 19,7 %. L’Allemagne joue aussi, mais dépendance à l’égard de la Chine ou diversifier la base de fournisseurs  
dans une moindre mesure, un rôle important pour les entreprises et rapatrier une partie de l’activité. Dans une enquête réalisée en  
manufacturières des pays voisins.  
Allemagne auprès d’économistes, 38 % des personnes interrogées se  
disent favorables à une relocalisation de la fabrication des produits  
de santé publique, tandis que 27 % sont plutôt en faveur du maintien  
du statu quo (Blum 2020). Ceux qui souhaiteraient une plus large  
diversification internationale dans ce domaine ne représentent que  
Durant la crise du Covid-19, le secteur manufacturier allemand a été  
immédiatement frappé par la fermeture de l’appareil industriel chinois  
en vue d’enrayer l’épidémie. En mars, 60 % des entreprises du secteur  
allemand de l’ingénierie mécanique indiquaient faire face à des rup-  
1
9 %.  
tures d’approvisionnement dues aux confinements mis en œuvre en  
2
Chine et en Italie . Seuls 10 % des producteurs étaient en mesure de La crise du Covid-19 n’est pas la première à avoir fortement perturber  
faire appel à d’autres fournisseurs. Plus de 45 % des fabricants de  
les chaînes d’approvisionnement mondiales. Parmi les précédents  
2
VMDA, 2. Blitzumfrage zum Coronavirus 2020, 25-27 mars 2020.  
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4
épisodes, figurent les catastrophes naturelles comme l’ouragan Katrina une plus grande fiabilité de la production. Dans leurs conclusions, les  
qui a frappé les États du sud des États-Unis, en août 2005, ainsi que auteurs ne cachent pas leur pessimisme, craignant que l’impact des  
le tsunami et l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima en pénuries de médicaments ait été sous-estimé. La crise du Covid-19  
mars 2011. La rupture des chaînes d’approvisionnement peut, par aura peut-être fait pencher la balance en faveur d’une politique de prix  
ailleurs, être provoquée par des événements géopolitiques comme le plus rémunérateurs pour une production locale des médicaments.  
conflit commercial sino-américain et le Brexit. Néanmoins, dans ces  
cas les perturbations ne sont souvent pas aussi brutales que lors de  
Raymond Van der Putten  
raymond.vanderputten@bnpparibas.com  
pandémies et de catastrophes naturelles. Par ailleurs, des ruptures  
d’approvisionnement peuvent aussi être causées par des cyber-  
attaques, mais elles sont en général très brèves.  
Avec la montée de l’incertitude, les entreprises pourraient envisager,  
dans une logique intuitive, le raccourcissement des chaînes  
d’approvisionnement en rapatriant certaines de leurs activités (cf.  
Kilic et Marin 2020). Cependant, comme nous l’avons indiqué plus  
haut, cela ne semble pas être le cas au vu de la situation au niveau  
sectoriel. Cela peut s’expliquer par le fait que les changements  
d’approvisionnement sont longs à mettre en œuvre et peuvent  
générer de nombreuses perturbations, ce qui rend leur préparation  
difficile. Enfin, la diversification pourrait renforcer les chaînes  
d’approvisionnement. De ce point de vue, la concentration de l’activité  
dans un seul pays, par le rapatriement, ne permet pas de sécuriser la  
chaîne d’approvisionnement.  
La relocalisation a également ses limites en raison d’une âpre  
concurrence sur les prix qui oblige les entreprises à comprimer les  
coûts de production. Il n’est pas possible de produire en Allemagne  
et de verser au personnel allemand les salaires pratiqués en Chine.  
L’accroissement de la robotisation pourrait représenter une partie de la  
solution. Or, l’Allemagne est déjà un leader dans ce domaine. L’industrie  
manufacturière allemande compte 309 robots installés pour 10 000  
salariés, contre 189 aux États-Unis, 132 en France et 79 au Royaume-  
3
Uni . Baldwin et Freeman (2020b) soutiennent tout simplement que si  
les chaînes d’approvisionnement sont comme elles sont aujourd’hui,  
c’est pour de très bonnes raisons, à savoir : les frais de transport et  
les coûts de production, les progrès technologiques en matière de  
communications et de transports, les réglementations relatives au  
marché du travail et à l’environnement et la suppression des barrières  
commerciales.  
Références  
Baldwin Richard and Rebecca Freeman, 2020a, The Covid concussion  
and supply-chain contagion, Voxeu.org, 1er avril 2020.  
De plus, on peut se demander si la relocalisation aurait permis de  
réduire les perturbations sur les chaînes d’approvisionnement pendant  
la crise du Covid-19. En réalité, le rapatriement des activités n’aurait  
pas été une si bonne idée, dans la mesure où les pays européens sont  
entrés en confinement un mois à peine après la Chine.  
Baldwin Richard and Rebecca Freeman, 2020b, Trade conflict in the  
age of Covid-19, Voxeu.org, 22 mai 2020.  
Il n’en reste pas moins que le marché connaît des défaillances et que  
des politiques doivent, par conséquent, être élaborées pour y remédier. Blum, J., M. Mosler, N. Potrafke and F. Ruthardt, 2020, Bewertung der  
Pendant la crise du Covid-19, de nombreux pays occidentaux ont eu wirtschaftspolitischen Reaktionen auf die Coronakrise, ifo Schnell-  
beaucoup de mal à trouver le matériel médical nécessaire, comme dienst 73(4) 48-51(en allemand).  
les respirateurs, les équipements de protection individuelle et les  
médicaments. Avant ces événements déjà, certains observateurs  
Colliac, Stéphane, 2020, L’Europe centrale devrait rester le poumon in-  
avaient soulevé la question de la position dominante de l’Inde et de  
dustriel de l’Europe, BNP Paribas EcoFlash 29 juin 2020.  
la Chine dans ce domaine. Ainsi, en 2019, l’Agence américaine de  
l’alimentation et des médicaments (FDA) a tiré la sonnette d’alarme  
4
dans une étude consacrée à ce sujet . Attribuant la pénurie à l’absence Kilic, Kemal and Dalia Marin, 2020, How COVID-19 is transforming the  
d’incitations financières pour produire des médicaments moins world economy, Voxeu.org, 10 mai 2020  
rentables, elle recommandait de mieux rémunérer les entreprises pour  
3
4
D’après les Statistiques mondiales 2017 sur les robots, publiées par la Fédération internationale de la robotique (IFR).  
FDA, 2019, Drug shortages: root causes and potential solutions.  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2569 articles et 664 vidéos