Graphiques de la semaine

Zone euro : six graphiques pour comparer l’impact du choc énergétique de 2026 avec celui de 2022

01/04/2026
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Les mêmes causes produiront-elles les mêmes effets ? Autrement dit, est-ce que le déclenchement de la guerre en Iran et la flambée associée des prix du pétrole (+44% à ce jour) et du gaz (+64%) entraîneront un choc inflationniste[1] comparable à celui de 2022 ? Leurs effets négatifs sur la croissance[2] seront-ils les mêmes que ceux de la guerre en Ukraine et du choc énergétique qui s’est ensuivi (+30% environ sur le prix du pétrole entre le 23 février et son pic début juin 2022[3], +210% environ pour le gaz entre le 23 février et le pic de fin août 2022) ? Le risque ne peut pas être écarté. En effet, des similitudes existent et les incertitudes sont nombreuses.

Zone euro : impacts de la guerre au Moyen-Orient et du conflit en Ukraine sur l’inflation et la confiance des entreprises et des consommateurs

Un choc a priori moins inflationniste qu’en 2022

Il est clair, en revanche, que le contexte économique dans lequel intervient ce nouveau choc énergétique est moins inflationniste qu’en 2022. À l’époque, l’activité bénéficiait encore du rebond post-Covid. Le dynamisme de la demande s’accompagnait de nombreuses contraintes d’offre dues aux fortes perturbations et aux tensions sur les chaînes de valeur. En outre, l’inflation énergétique se doublait d’une inflation alimentaire. Aujourd’hui, la poussée de l’inflation devrait être moins forte : la demande est moins dynamique et l’offre moins contrainte. Les conditions ne semblent donc pas réunies pour une propagation importante de la hausse des prix de l’énergie. Mais cela devra être surveillé de près.

En outre, les banques centrales ont tiré les leçons du choc inflationniste de 2021-2023. Elles sont prêtes à réagir plus vite pour contrer tout mouvement de propagation, tout effet d’entraînement de second tour et toute spirale entre hausse des prix, anticipations d’inflation et salaires.

Un impact pour l’heure contenu dans la sphère financière comme dans la sphère réelle

La réaction limitée et surprenante des marchés financiers pose question. Elle constitue néanmoins un facteur atténuant appréciable et évite, pour l’heure, une amplification du choc énergétique par un choc financier[4]. Quant aux premiers indicateurs macroéconomiques disponibles pour le mois de mars (données d’enquête et estimation flash de l’inflation), leur réaction est aussi, dans l’ensemble, limitée. C’est une bonne nouvelle mais cela ne préjuge aucunement de la suite. Il est très probable que la détérioration observée se poursuive : la question qui se pose est celle de son ampleur.

Pour suivre les effets de ce nouveau choc énergétique sur l’activité et les prix dans la zone euro, mais aussi voir à quel point la situation actuelle se rapproche de celle de 2022, nous avons sélectionné deux mesures de l’inflation (avec et sans énergie) et six données d’enquête :

- La confiance des entreprises au travers des indices PMI du climat des affaires dans le secteur manufacturier et celui des services ;

- Les composantes « prix des intrants » et « prix de vente » de l’indice PMI composite (pour identifier les pressions inflationnistes directes) ;

- La composante « délais de livraison » du PMI manufacturier (indicateur direct d’éventuelles difficultés d’approvisionnement et du déséquilibre offre-demande et donc, indirectement, des pressions inflationnistes potentiellement à l’œuvre) ;

- La confiance des ménages au travers de sa composante « appréciation de la situation financière » (pour capter l’effet sur le pouvoir d’achat).

L’évolution de chacun de ces indicateurs est observée par rapport au mois m=0 de déclenchement du conflit, peu ou prou pendant l’année qui suit et celle qui précède. Nous nous intéressons à l’évolution de chacun d’entre eux ainsi qu’à la tendance dans laquelle elle s’inscrit.

Des évolutions moins défavorables en mars 2026 qu’en mars 2022

Les graphiques sont parlants : hors énergie, l’inflation n’a pas (encore) bougé, et, en mars dernier, les enquêtes ont évolué différemment qu’en mars 2022, ce qui va dans le bon sens. L’amélioration du PMI manufacturier en mars 2026 fait partie des éléments positifs, de même que l’absence de hausse de la composante « prix de vente », ou encore la détérioration plus limitée qu’en mars 2022 du sentiment des ménages sur leur situation financière. La détente des délais de livraison constitue également un signal positif, mais ces derniers devraient se tendre à leur tour en raison des difficultés d’approvisionnement croissantes liées à la fermeture du détroit d’Ormuz. La détérioration du PMI services est un point noir au tableau, de même que la hausse des prix des intrants, d’ampleur similaire en mars 2026 à celle de mars 2022. Le niveau de départ est toutefois bien moins élevé. De plus, ce qui importe le plus, c’est l’absence de transmission - ou une transmission limitée - aux prix de vente.

[1] L’inflation totale en zone euro s’est envolée de 11 points de pourcentage (pp) entre son creux de décembre 2020 (-0,3% a/a) et son pic d’octobre 2022 (10,6% a/a). Le choc énergétique dû au déclenchement de la guerre en Ukraine est venu amplifier une poussée inflationniste déjà enclenchée : entre février et octobre 2022, la hausse de l’inflation totale a atteint près de 5 pp.

[2] Illustrés par le coup d’arrêt porté à la croissance dans la zone euro fin 2022-début 2023. Sur un rythme trimestriel moyen proche de 1% (à la faveur du rebond post-Covid) au premier semestre 2022, la croissance a décéléré de moitié au T3 2022 (+0,5%), avant de faire du sur-place au T4 2022 et au T1 2023. S’en est suivi un an de croissance molle (+0,15% t/t en moyenne par trimestre entre le T2 2023 et le T2 2024).

[3] La hausse du prix du pétrole avait débuté en avril 2020 et elle était substancielle. Le 21 avril, le Brent tombait au niveau exceptionnellement bas de USD 10/baril, ce qui signifie qu’entre ce creux et le pic d’environ USD 120/b atteint début juin 2022, son prix a été multiplié par 12.

[4] Voir pour plus de détails, l’édito d’Isabelle Mateos y Lago dans Ecoweek, Guerre du Golfe : les marchés financiers sont-ils somnambules ?, 30 mars 2026.

LES ÉCONOMISTES AYANT PARTICIPÉ À CET ARTICLE