Emerging

Optimisme mesuré

er  
Eco Emerging // 1 trimestre 2021  
economic-research.bnpparibas.com  
2
ÉDITORIAL  
OPTIMISME MESURÉ  
En ce début d’année, les pays émergents bénéficient d’une conjonction d’éléments favorables à la poursuite de la  
reprise (rattrapage du commerce extérieur, dollar faible, prix des matières premières en hausse, coûts de financement  
domestiques plus bas qu’avant la crise). Cependant, de nombreuses incertitudes ou menaces demeurent : la rapidité de  
couverture des campagnes de vaccination contre la Covid-19, le risque de multiplication des cas d’insolvabilité des pays  
à faibles revenus, malgré le soutien financier des institutions internationales et des créanciers officiels, la montée des  
prêts non performants dans les systèmes bancaires dès 2021. À moyen terme, le risque principal est la concomitance  
d’une perte probable de croissance potentielle liée à la pandémie et d’un endettement record du secteur privé.  
L’éventualité d’une rechute de l’activité dans les pays émergents après  
MAIS L’HORIZON N’EST PAS TOTALEMENT DÉGAGÉ  
le rebond du 3e trimestre semble être écartée. On observe, en effet,  
une amélioration générale des indicateurs économiques et financiers  
au dernier trimestre.  
Globalement, les pays émergents bénéficient d’une conjonction  
d’éléments favorables à la poursuite de la reprise à court terme (dollar  
faible, prix des matières premières en hausse, coût de financement plus  
bas qu’avant la crise). Mais de nombreuses incertitudes ou menaces  
demeurent.  
LE CIEL S’ÉCLAIRCIT …  
Les indices PMI dans le secteur manufacturier ont continué de  
s’améliorer. Pour quelques pays (Chine, Brésil, Hongrie), ils se sont À court terme, les contraintes logistiques et la taille des populations  
dégradés en décembre mais à partir de niveaux supérieurs à 50. Seul font craindre une course de vitesse déséquilibrée entre les campagnes  
le Mexique affiche toujours un indice suggérant une poursuite de la de vaccination et l’extension de la contamination (notamment au  
récession industrielle. Pour la majorité des pays, l’évolution sur un an Brésil et en Russie), même si cette dernière ne se traduit pas forcément  
des exportations est redevenue positive au cours de l’été ou au début par une aggravation des taux de mortalité. La deuxième menace,  
de l’automne. En Asie, où les échanges extérieurs ont été les plus potentiellement de très court terme, est la multiplication des cas  
dynamiques grâce à la Chine, le rattrapage des exportations est achevé. l’insolvabilité des pays à faibles revenus malgré le soutien financier  
Il s’est intensifié en Europe centrale. En revanche, la reprise reste très des institutions financières internationales (IFI) et des créanciers  
fragile en Amérique latine (y compris pour les produits manufacturés) officiels via les fonds d’urgence ou les mécanismes de suspension  
et en Afrique et Moyen-Orient. Mais, ces derniers vont bénéficier de service de la dette (DSSI). Même étendue à 2021, l’initiative DSSI  
de la poursuite du redressement des prix des matières premières : n’allège que de 20% les besoins de financement des pays qui y sont  
consolidation de ceux des métaux et reprise plus franche des prix du éligibles. Enfin, les banques vont devoir absorber la montée des prêts  
pétrole, que l’annonce récente d’une réduction de la production de non performants. Dans ces trois cas, on peut espérer que les acteurs  
l’Arabie saoudite devrait consolider.  
L’amélioration des indicateurs financiers (flux d’investissements de  
portefeuille, taux de change, primes de risque) est plus spectaculaire.  
concernés (gouvernements, IFI, créanciers officiels bilatéraux voire  
créanciers privés, banques) sauront se mobiliser et/ou faire preuve de  
résilience pour gérer ces risques.  
D’après l’IIF, les investissements de portefeuille, encore hésitants Au-delà de 2021, l’érosion de la croissance potentielle consécutive à la  
durant l’été, ont atteint un record de près de USD 60 mds par mois en pandémie reste l’incertitude majeure. On pourrait considérer la crise  
moyenne (USD 42 mds hors Chine) au T4, effaçant très largement les sanitaire comme un choc transitoire, contrairement aux chocs générés  
sorties de début d’année. En cumul depuis le choc du printemps, les par une baisse structurelle des termes de l’échange (pour les pays pro-  
flux nets atteignent USD 250 bn alors que, sur le même intervalle de ducteurs de matières premières) ou une crise financière et/ou bancaire.  
temps après les chocs de la crise financière de 2008-2009 et du mini Cependant, la pandémie a été mondiale et non pas régionale comme  
krach boursier chinois en 2015, ils étaient simplement revenus à leur dans les cas précédents. Même dans un scénario de maîtrise de cette  
niveau de départ. Les émissions de dette obligataire n’ont connu qu’un pandémie grâce à la vaccination, la Banque mondiale évalue la perte  
trou d’air en mars et, au deuxième semestre, le rythme des émissions de croissance potentielle à 0,6 point de PIB par an pour l’ensemble des  
surpassait celui de 2019.  
pays émergents et en développement (Chine comprise) sur la période  
020-2029, croissance potentielle qui s’était déjà réduite de 1 point au  
2
À quelques rares exceptions, les taux de change se sont réappréciés  
contre dollar entre fin septembre et fin décembre (avec une médiane  
à 4% contre 2% au T3). Dans un contexte d’amélioration des comptes  
extérieurs, les devises émergentes ont également bénéficié de la  
faiblesse de la monnaie américaine. À quelques exceptions près  
également, les rendements sur la dette souveraine en monnaie locale  
et les primes de risque (spread CDS) se sont comprimés alors même  
que les baisses de taux d’intérêt directeurs ont été plus rares qu’au T3.  
Les pressions se sont atténuées, y compris pour les pays qui avaient  
montré une plus forte vulnérabilité au choc (Afrique du Sud, Brésil et  
Turquie mais, pour ce dernier, au prix d’un revirement de la politique  
monétaire).  
cours de la décennie passée. Cette perte supplémentaire proviendrait  
d’une moindre contribution des investissements. La Banque mondiale  
cite comme principales raisons l’incertitude, l’aversion au risque et la  
baisse des profits des entreprises. On peut y ajouter le fait que la dette  
du secteur privé atteint un record (y compris hors Chine) sachant que  
la relation de causalité entre croissance potentielle et endettement est  
à double sens.  
Achevé de rédiger le 11 janvier 2021  
François Faure  
francois.faure@bnpparibas.com  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2701 articles et 713 vidéos