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Une situation budgétaire fragile

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Eco Emerging // 2 trimestre 2022  
economic-research.bnpparibas.com  
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AFRIQUE DU SUD  
UNE SITUATION BUDGÉTAIRE FRAGILE  
Fin 2021, l’économie sud-africaine n’avait pas retrouvé son niveau d’activité d’avant-Covid. La hausse des prix des matières  
premières que le pays exporte représente une bouffée d’air à court terme, en attestent les dernières prévisions budgétaires  
plus optimistes que celles publiées fin 2021. Pour autant, les vulnérabilités structurelles, exacerbées pendant la crise,  
demeurent. Même si l’économie affiche peu de liens commerciaux avec l’Ukraine et la Russie, elle subit, comme les autres  
économies émergentes, une poussée inflationniste qui va peser sur la demande. L’augmentation de la masse salariale du  
secteur public et le soutien financier aux entreprises d’État freinent la baisse du déficit budgétaire. Quand bien même le  
solde primaire était ramené à l’équilibre à l’horizon 2023-2024, le ratio d’endettement continuerait de progresser. Cela  
pourrait, par effet d’éviction, pénaliser la croissance alors que l’économie était déjà en proie à la stagnation avant les deux  
chocs récessifs.  
Fin 2021, contrairement à la plupart des autres pays émergents,  
PRÉVISIONS  
l’économie sud-africaine n’avait pas retrouvé son niveau d’activité  
d’avant Covid-19. C’est donc dans un contexte de reprise inachevée  
et fragile que le pays doit faire face au choc du conflit en Ukraine. Ce  
dernier accroît l’incertitude bien que les liens économiques directs avec  
les deux pays belligérants soient limités. L’Afrique du Sud bénéficiera  
certes d’une légère hausse de ses revenus d’exportation, mais l’impact  
économique sera néanmoins négatif. La hausse des prix des matières  
premières, les ruptures dans les chaines de valeurs et l’incertitude  
accrue sont susceptibles d’infléchir les perspectives économiques du  
pays.  
2019  
2020  
2021 2022e 2023e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, moyenne annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
0.1  
4.1  
-6.4  
3.3  
4.6  
4.5  
1.3  
6.5  
1.2  
4.5  
-3.9  
51.5  
-2.6  
42.6  
55.1  
8.4  
-6.1  
57.4  
1.8  
-9.9  
70.7  
3.8  
-5.2  
72.4  
1.3  
-4.2  
78.4  
0.8  
Dette du gouv. central, % du PIB  
Solde courant, % du PIB  
Dette externe, % du PIB  
47.8  
55.5  
6.6  
55.8  
57.6  
5.9  
45.8  
58.0  
5.6  
40.8  
57.3  
5.2  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
LA FRAGILITÉ DE LA SITUATION BUDGÉTAIRE EXACERBÉE PAR LA  
PANDÉMIE  
E: ESTIMATIONS ET PRÉVISIONS  
TABLEAU 1  
SOURCE : BNP PARIBAS RECHERCHE ECONOMIQUE GROUPE  
IMPORTANT DÉFICIT BUDGÉTAIRE  
Les finances publiques de l’Afrique du Sud se sont très largement dégra-  
dées au cours des dernières années sur fond de croissance anémique,  
de baisse de la productivité et d’augmentation continue des dépenses  
publiques. Ces éléments ont creusé le déficit, passé de -4,1%% du PIB  
sur l’exercice 2014/15 à -6,1% en 2019/20. Les espoirs de redressement  
budgétaire en 2018, avec l’arrivée du gouvernement Ramaphosa, se  
sont rapidement dissipés. La situation n’a cessé de se dégrader avec  
notamment une progression continue du service de la dette (+12,5%  
par an) et des salaires du secteur public (+6,5% par an entre 2014/15  
et 2019/20).  
Balance budgétaire (é.d. inversée)  
Balance primaire (é.d. inversée)  
Recettes totales  
Dépenses totales  
Dépenses primaires  
% PIB  
mm12m  
%
PIB,  
4mm12m  
3
3
3
2
2
2
2
-12  
2
0
8
6
4
-10  
-8  
-6  
-4  
-2  
0
Le dérapage budgétaire s’est encore accéléré au cours des trois années  
passées. En 2019, le plan de soutien à Eskom, la société publique de  
fourniture d’électricité (près de ZAR 60 mds soit 1% du PIB), creuse  
davantage le déficit. En 2020, confrontées à une récession économique  
sans précédent, les autorités ont maintenu et accentué la politique  
expansionniste à travers un vaste plan de relance. Estimées à  
ZAR 500 milliards (USD 27 mds ou 10% du PIB), les mesures d’urgence  
ont augmenté considérablement les dépenses (+9% en moyenne annuel  
sur 2019/20 et 2020/21 par rapport à l’exercice fiscal précédent).  
Dans le même temps, les revenus ont marqué un recul moyen de -4%,  
alimentant les inquiétudes sur le dérapage budgétaire et la dynamique  
de la dette.  
Le déficit a atteint -9,9% du PIB en 2020/21 dont la dette publique  
représente près de 71%. Le soutien accru des créanciers officiels via  
des lignes de créances à taux d’intérêt faible et le recours accru à  
l’émission de bons du Trésor sur le marché domestique ont permis  
de financer le déficit à un coût encore raisonnable. En 2021, dans un  
2
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
2020  
2021  
GRAPHIQUE 1  
SOURCES : STATISTIQUES AFRIQUE DU SUD, BNP PARIBAS  
DES PRÉVISIONS BUDGÉTAIRES OPTIMISTES, À MODÉRER  
Pour l’année fiscale à venir, le gouvernement a publié fin février des  
perspectives sensiblement plus favorables que celles de fin 2021.  
Néanmoins, l’optimisme est alimenté principalement par des facteurs  
cycliques et les fragilités structurelles demeurent.  
contexte de reprise, le déficit a pu se réduire légèrement mais le ratio Le déficit pour l’année fiscale 2021/2022 a été révisé à la baisse grâce  
de dette publique a lui continué d’augmenter.  
à une croissance plus rapide que prévu des recettes fiscales, tirée par  
le cycle haussier des prix du secteur minier.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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Pour l’année fiscale 2022/23, les prix élevés des principales exporta-  
tions (aluminium, or et diamants) devraient continuer d’accroître les  
retombées fiscales. En revanche, et de manière inédite, les taxes sur le  
carburant ne devraient pas être augmentées, le gouvernement veillant  
à contenir les prix à la pompe.  
Du côté des dépenses, le projet de maîtrise des dépenses courantes  
est maintenu avec une hausse de 4% par rapport à 2021. Cette aug-  
mentation est en ligne avec la hausse des programmes sociaux, et  
notamment l’extension de l’allocation sociale exceptionnelle mise  
en place pendant la pandémie. La subvention de 350 ZAR a été pro-  
longée jusqu’à mars 2023, pour un coût total estimé à ZAR 44 mds,  
soit 0,7 % du PIB. La stratégie de consolidation des dépenses repose  
principalement sur la maîtrise des salaires dans la fonction publique  
TRAJECTOIRE PÉRILLEUSE DE LA DETTE  
Dette publique (é.d.)  
%
% PIB  
90  
Taux d'intérêt réel sur la dette  
Croissance réelle du PIB  
8
6
4
2
0
2
projections  
75  
60  
45  
30  
15  
0
-
(
près de 35% des dépenses courantes totales) et l’absence de soutiens  
-4  
supplémentaires aux entreprises publiques. Le coût du service de la  
dette reste le poste de dépenses qui augmente le plus (+12% par an  
en moyenne sur 2022/23 et 2023/24), soit un rythme bien supérieur  
à la croissance nominale anticipée. Ainsi, le budget se base sur des  
projections optimistes de croissance du PIB en termes réels de 1,9% sur  
-
6
-8  
2
014/15  
2016/17  
2018/19  
2020/21  
2022/23  
GRAPHIQUE 2  
SOURCES : TRÉSOR NATIONAL, BNP PARIBAS  
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022/23 et 1,7% sur 2023/24. Or, le budget ayant été élaboré avant le  
début du conflit en Ukraine, on estime que la croissance réalisée sera  
plus faible (respectivement +1,5% et +1% en 2022/23 et 2023/24 selon  
nos prévisions) principalement à cause d’une baisse de la demande  
intérieure.  
riquement élevé (plus de 35% fin 2021), il est possible que la subven-  
tion exceptionnelle versée aux ménages devienne permanente et que  
d’autres subventions soient mises en place. Pour l’instant, seule une  
baisse de la taxe sur le carburant (-40%) a été décidée. Son effet sur  
le budget devrait être nul car cela repose sur la vente de réserves de  
pétroles stratégiques.  
Deuxièmement, le contexte pourrait amener le gouvernement à revoir  
à la baisse son ambition de maîtriser la masse salariale du secteur  
public. Les syndicats ont soumis au gouvernement une proposition de  
hausse nominale annuelle du salaire de près de 8% (correspondant au  
taux d’inflation augmenté de 2 points de pourcentage) contre un peu  
plus de 2,6% prévu dans le budget pour 2022/23. Bien que le gouverne-  
ment dispose d’une certaine flexibilité pour accorder une augmentation  
nominale légèrement supérieure, la hausse souhaitée par les syndicats  
nécessiterait des mesures supplémentaires pour contenir les dépenses  
et/ou des réductions d’effectifs. Les négociations en cours seront déci-  
sives.  
Enfin, la situation financière dégradée et les mauvaises performances  
des entreprises publiques pourraient nécessiter de nouveaux renfloue-  
ments de la part de l’État. Le passif des entreprises publiques pèse sur  
le budget, les garanties accordées représentant plus de 9% du PIB. À  
titre d’illustration, la potentielle reprise de la dette d’Eskom représente  
ZAR 329 mds (USD 25,8 mds). Les décisions concernant sa restructu-  
ration ne cessent d’être retardées et l’augmentation tarifaire de 9,6%  
en 2022/23 (bien en deçà 20,5% demandés) continuera de peser sur les  
difficultés financières de l’entreprise.  
L’escalade du conflit en Ukraine risque en effet d’accroître l’inflation,  
ce qui pénaliserait la demande intérieure. L’Afrique du Sud a noué peu  
de liens directs avec l’Ukraine et la Russie (0,8% des importations to-  
tales en 2020) mais son statut d’importateur net d’hydrocarbures et de  
céréales l’expose à l’augmentation générale des prix et aux ruptures  
dans les chaînes d’approvisionnement. Déjà constatées sous l’effet de  
la reprise mondiale, via la hausse du prix de l’énergie, les tensions sur  
les prix commencent à se propager à d’autres postes tels que l’alimen-  
tation. En conséquence, nous avons révisé drastiquement notre prévi-  
sion d’inflation. Elle devrait atteindre +6,5% sur l’année civile 2022 et  
4
,5% en 2023.  
Malgré l’accélération de l’inflation, le ratio d’endettement atteindrait  
plus de 72% du PIB selon nos estimations. Un tel niveau d’endettement  
rend difficile sa stabilisation même si le déficit budgétaire hors intérêts  
est modéré et que les prévisions tablent sur un retour à l’équilibre en  
2
023/2024 ; l’écart significatif entre taux d’intérêt réel et croissance du  
PIB nourrit un effet boule de neige (cf. Graphique 2). Ainsi, le service de  
la dette représente près de 15% des dépenses totales (plus de 4% du  
PIB). De plus, le coût d’emprunt pour l’État pourrait augmenter dans un  
contexte de resserrement monétaire.  
Pour l’instant, la structure de la dette (une maturité moyenne de 12  
ans dont seulement 10% libellé en devise étrangère et une part des  
non- résidents sur la dette en monnaie locale réduite de 37% à 28%  
depuis 2019) amortit l’impact de la hausse des taux et la dépréciation  
du change, et limite le risque de refinancement. Néanmoins, l’envi-  
ronnement international ne peut qu’accroître l’aversion au risque et  
contraindre le gouvernement de se refinancer à court terme.  
En sortie de crise, les perspectives budgétaires de l’Afrique du Sud  
demeurent donc extrêmement fragiles. À court terme, la hausse  
temporaire des revenus pourrait être contrecarrée par une croissance  
plus faible qu’anticipé et des ajustements budgétaires qui creuseront le  
déficit. À moyen terme, l’effet d’éviction des déséquilibres budgétaires  
sur les dépenses d’investissement pourrait donc persister et continuer  
de peser sur la croissance. Dans ce contexte, les perspectives  
économiques de l’Afrique du Sud semblent structurellement orientées  
à la baisse.  
LES DÉFIS  
Outre les répercussions diverses du conflit en Ukraine, trois sources de  
pressions peuvent contrecarrer les plans d’assainissement budgétaire.  
Achevé de rédiger le 11/04/2022  
Premièrement, l’insatisfaction croissante de la population face à la  
hausse des prix dans un contexte social déjà tendu. Compte tenu des  
pressions exercées par des inégalités de revenus et un chômage histo-  
Perrine GUERIN  
perrine.guerin@bnpparibas.com  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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