Perspectives

Aux prises avec la deuxième vague

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Eco Perspectives // 1 trimestre 2021  
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ITALIE  
AUX PRISES AVEC LA DEUXIÈME VAGUE  
Après la chute impressionnante enregistrée au premier semestre 2020, l’économie italienne a rebondi durant l’été.  
La valeur ajoutée s’est fortement redressée dans le secteur de la construction et dans l’industrie manufacturière  
alors que la reprise a été plus modérée dans les services. Les prix de l’immobilier envoient également des signaux  
positifs, rendant improbable la réalisation du scénario le plus pessimiste évoqué au début de la pandémie. Pour  
endiguer la deuxième vague de contamination, le gouvernement italien a pris de sévères mesures restrictives aux  
effets préjudiciables sur l’activité. L’économie devrait ainsi accuser un nouveau repli au T4. La contraction devrait  
être plus modérée qu’au premier semestre ; c’est à peine si elle aura un léger impact sur la croissance en 2020, tandis  
que le report sur 2021 devrait être plus significatif.  
REPRISE ÉCONOMIQUE GÉNÉRALE PENDANT L’ÉTÉ  
CROISSANCE ET INFLATION (%)  
Après l’effondrement impressionnant du premier semestre 2020  
(
-5,5% au T1 et -13 % au T2), l’économie italienne a enregistré un  
Croissance du PIB  
Prévisions  
.0  
Inflation  
rebond pendant l’été. Au T3, le PIB réel a grimpé de 15,9 % (t/t), tout  
en se maintenant à cinq points de pourcentage en dessous du niveau  
du T4 2019. La contribution des exportations nettes a été positive  
Prévisions  
6
7
5
3
1
1
3
5
7
9
3.4  
(
+4%), les exportations ayant progressé de 30,7 % et les importations  
1.3  
de 15,9%, alors que la demande intérieure a ajouté treize points de  
pourcentage à la croissance globale, à la faveur du rebond significatif de  
l’investissement, qui a augmenté de 31,3% (t/t), compensant largement  
les replis antérieurs (-7,6% au T1 et -17% au T2).  
0.6  
0.5  
0
.3  
-
-
-
-
-
-0.2  
Entre juillet et septembre, les dépenses en capital ont grimpé  
d’environ EUR 20 mds par rapport au T2, entraînant une progression  
de 5,3 % de la croissance globale au T3. La reprise a été générale : les  
investissements dans le bâtiment (logements et autres constructions)  
ont augmenté d’environ 45%, soit plus que dans les machines-outils  
et les équipements (+34%). Les dépenses en produits de propriété  
intellectuelle, restées quasiment inchangées depuis le début de  
l’épidémie de coronavirus, ont progressé de moins de 1%.  
Avec la fin du confinement et l’assouplissement des mesures de  
distanciation sociale, la consommation privée a fait un bond de 12,4%  
au T3, après -6,8% au T1 et -11,5 % au T2, soit une contribution positive  
de 7,5% à la croissance du PIB. Pour autant, la consommation se  
maintient à environ 7 % en dessous de son niveau du T4 2019. Les  
ménages italiens ont augmenté leurs dépenses de EUR 27 mds, après  
une baisse de EUR 47 mds au cours des deux trimestres précédents.  
Au T3, les achats de biens durables se sont envolés de plus de 45%,  
dépassant le niveau de 2019, tandis que les achats de services (environ  
la moitié de la consommation totale), malgré une hausse de 16,4%,  
restent inférieurs de plus de 10 % aux chiffres enregistrés avant  
l’épidémie de coronavirus.  
-9.1  
-
11  
2019  
2020  
2021  
2022  
2019  
2020  
2021  
2022  
GRAPHIQUE 1  
SOURCE : BNP PARIBAS GLOBAL MARKETS  
PIB RÉEL ET COMPOSANTES (VARIATION T3/T2, EN %)  
5
4
3
0
0
0
20  
10  
0
REDRESSEMENT DE L’INDUSTRIE MANUFACTURIÈRE  
Au T3, la reprise économique a été générale. Dans l’industrie manu-  
facturière, la valeur ajoutée a augmenté de 35% (t/t). La production a  
rebondi dans les secteurs qui avaient accusé la plus forte contraction  
SOURCES : BNL, CALCULS DE L’INSTITUT ÉCONOMIQUE ITALIEN  
GRAPHIQUE 2  
au cours des trimestres précédents, comme celui du textile, de l’ha- grimpé de plus de 160%, tout en restant inférieur de vingt-cinq points  
billement et de la chaussure ou celui des moyens de transport. Mal- de pourcentage à celui du T4 2019. Au T3, les dépenses touristiques des  
gré l’embellie estivale, l’industrie manufacturière accuse toujours une non-résidents ont été multipliées par cinq en glissement trimestriel.  
perte de 4% par rapport au T4 2019, certains secteurs se situant bien  
en deçà des niveaux d’avant-crise.  
La reprise a été plus modérée dans les services, seul secteur à avoir  
renoué, avant l’épidémie, avec ses niveaux de 2008. La croissance de  
la valeur ajoutée a été de près de 12 %, après -4,6% au T1 et -11,4% au  
T2. Grâce à une légère reprise dans le secteur du tourisme, le chiffre  
d’affaires des activités de service dans l’hôtellerie-restauration a  
IMMOBILIER : UN SCÉNARIO MOINS SOMBRE  
Le secteur de la construction a enregistré, au T3, un fort rebond :  
la croissance de la valeur ajoutée (+46%, t/t) a, en effet, largement  
compensé la baisse du trimestre précédent. Les prix de l’immobilier  
envoient aussi des signaux positifs. En fait, la hausse étonnamment  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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Eco Perspectives // 1 trimestre 2021  
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soutenue des six premiers mois de l’année rend très improbable  
la réalisation du scénario le plus pessimiste évoqué au début de la  
pandémie (-10% en g.a. pour les prix des logements en 2020). Selon les  
données de l’Istat, entre avril et juin, les prix de l’immobilier résidentiel  
ont augmenté de 3,1% (t/t) et de 3,4% en g.a. - la plus forte progression  
jamais enregistrée depuis le début de cette série de données en 2010  
PRIX DE L’IMMOBILIER  
Total  
Logements neufs  
Logements existants  
2
015=100  
130  
-
une performance concernant aussi bien le neuf (+2,7%) que l’ancien  
1
25  
(
+3,7%). Les données du deuxième trimestre suivent la tendance  
positive déjà observée au premier trimestre 2020 (+1,7% en g.a., +0,9%,  
t/t) alors que la pandémie n’en était qu’à ses débuts, la plupart des  
transactions immobilières concernant des contrats conclus avant le  
confinement.  
120  
1
15  
10  
1
Dans l’hypothèse d’une stabilisation des prix au second semestre, le  
taux de croissance des prix de l’immobilier en 2020 serait de +3,2%, un  
taux inédit depuis le début de la publication de ces données en 2010  
105  
100  
(
fait d’autant plus curieux que la pandémie fera chuter, cette année,  
95  
2
010  
2012  
2014  
2016  
2018  
2020  
le PIB italien à un niveau historiquement bas). Les prix ont connu une  
augmentation assez homogène dans l’ensemble du pays : dans les  
régions du nord-ouest, ils ont augmenté de 5,5% en g.a., principalement  
portés par les bonnes performances enregistrées à Milan. Dans ces  
régions, ils ont progressé pendant dix-neuf trimestres d’affilée et,  
de manière très inattendue, se sont inscrits en hausse de +13,5% et  
GRAPHIQUE 3  
SOURCES : BNL, CALCULS DE L’INSTITUT ÉCONOMIQUE ITALIEN  
pourra être élaboré avant plusieurs mois, le temps d’évaluer l’ampleur  
de l’impact de cette longue crise sanitaire sur l’économie italienne et  
de vérifier si, et dans quelle mesure, cette nouvelle organisation du  
travail va ou non s’inscrire dans la durée.  
+
2
15,9% en g.a., respectivement, au premier et au deuxième trimestre  
020. Compte tenu de l’incertitude entourant toujours l’évolution de  
la pandémie, il est difficile de prévoir la tendance future des prix. Les  
données semblent indiquer que l’augmentation du temps passé par LES EFFETS DE LA DEUXIÈME VAGUE SUR L’ÉCONOMIE  
les ménages à leur domicile (suite aux périodes de confinement et à la  
ITALIENNE  
diffusion du télétravail) a peut-être contribué à accroître la demande  
de logements plus grands et plus chers. Le plus probable est qu’en  
raison du confinement et de la faiblesse de l’activité économique  
Après avoir reculé d’avril à juin, le nombre de nouveaux cas quotidiens  
de COVID-19 a de nouveau augmenté depuis le mois d’août, s’accélérant  
qui a suivi, seules quelques opérations entre des parties résolues à  
fortement en octobre pour atteindre un pic à la mi-novembre. Pour  
faire l’acquisition d’un logement (ou engagées par un contrat conclu  
contenir la deuxième vague de contamination, le gouvernement italien  
avant la pandémie) ont pu être réalisées. Ces hypothèses semblent  
a adopté plusieurs mesures restrictives, dont un confinement partiel,  
être corroborées par la chute sévère des transactions immobilières  
aux effets préjudiciables sur l’activité économique, dans certaines  
au cours des six premiers mois de 2020. D’après l’Agence du territoire  
régions. En septembre, la production a baissé de près de 6% m/m ; elle  
italienne, après avoir baissé de 15,5 % entre janvier et mars, les ventes  
a chuté d’un quart dans le textile, l’habillement et la chaussure et de  
de logements ont plongé de 27,2 % entre avril et juin (43 000 ventes  
plus de 10% dans les moyens de transport. Avec la détérioration du  
réalisées, soit moins qu’au cours de la même période de 2019). La  
scénario global, les exportations italiennes dans les pays non membres  
baisse a été générale sur l’ensemble du territoire, les chiffres les plus  
de l’UE ont reculé de 2,6% en octobre et la confiance des entreprises  
bas ayant été atteints dans les régions du sud (-33,4 %) et dans les îles  
s’est de nouveau dégradée. De surcroît, les conditions du marché du  
(
-34,2%).  
travail restent incertaines, entraînant des effets négatifs sur l’évolution  
L’effondrement des transactions immobilières a frappé les principales du revenu des ménages. Le nombre de personnes ayant un emploi n’a  
villes de manière assez homogène, dont Milan, Rome et Turin, où enregistré qu’un redressement partiel ; le nombre d’actifs occupés  
les ventes de logements ont diminué de 26,5%, 23,4% et 27,5%, se situe toujours à plus de 420 000 en dessous de celui du début  
respectivement, au deuxième trimestre 2020.  
de l’année. Le recours aux dispositifs de protection sociale a permis  
d’atténuer les effets de la crise sur le taux de chômage, qui est resté  
légèrement inférieur à 10%. Malgré plusieurs mesures adoptées par  
le gouvernement italien pour soutenir le revenu des ménages et des  
entreprises (en particulier dans les secteurs les plus affectés par la  
crise), l’activité économique devrait accuser une nouvelle baisse au  
T4. La contraction devrait être plus modérée qu’au cours du premier  
semestre de l’année ; c’est à peine si elle aura un léger impact sur la  
croissance en 2020, tandis que les effets sur 2021 pourraient être plus  
importants.  
Les enquêtes ad hoc, réalisées par des cabinets spécialisés, font  
ressortir une stagnation de la demande pour les mois à venir,  
principalement due au souhait d’adapter les logements aux nouvelles  
habitudes. Les nécessités du télétravail et de l’apprentissage scolaire  
et universitaire à domicile pourraient entraîner, de la part de bon  
nombre de familles, un accroissement de la demande de surfaces plus  
grandes avec des pièces et espaces extérieurs bien séparés. Cependant,  
les incertitudes du scénario macroéconomique et la baisse de la  
rentabilité locative (principalement due à l’effondrement des loyers  
à court terme) pourraient peser sur la demande d’investissement,  
qui a soutenu le secteur immobilier dans les mois ayant précédé  
l’apparition de l’épidémie. La baisse des revenus et des loyers, ainsi  
que la dépendance d’une partie de la demande à l’égard du crédit  
bancaire sont des éléments susceptibles d’engendrer une contraction.  
En revanche, le nouvel usage que les familles feront de leur espace de  
vie pourrait représenter un facteur porteur. Un scénario plus précis ne  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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