Perspectives

Continuité des politiques économiques

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Eco Perspectives // 4 trimestre 2020 (achevé de rédiger le 30 septembre 2020)  
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JAPON  
CONTINUITÉ DES POLITIQUES ÉCONOMIQUES  
Le choc économique provoqué par la pandémie de Covid-19 sera long à effacer. Malgré des mesures sanitaires moins  
restrictives qu’ailleurs, la chute du PIB japonais en 2020 sera historique. Le rebond attendu pourrait être limité.  
En effet, la confiance des consommateurs et les indicateurs d’activité des entreprises stagnent, ce qui envoie des  
signaux mitigés du côté de la demande interne. Cette crise pourrait intensifier les faiblesses de l’économie japonaise :  
croissance faible, inflation basse et niveau d’endettement public au plus haut. Les politiques économiques resteront  
expansionnistes, et la démission du Premier ministre Shinzo Abe ne devrait pas conduire à des changements majeurs.  
L’économie japonaise a connu un recul historique de son PIB au T2  
2
020 (-7,9%, t/t) ; il s’agit de la troisième contraction consécutive du  
CROISSANCE ET INFLATION (%)  
PIB nippon (-0,6% au T1 2020 et -1,8% au T4 2019). À l’horizon de notre  
prévision, le retard enregistré lors de la crise de la Covid-19 ne serait  
pas encore rattrapé.  
Croissance du PIB  
Prévisions  
Inflation  
Prévisions  
3
2
1
0
1
2
3
4
5
6
1.2  
UNE NOUVELLE ANNÉE DIFFICILE SUR LE FRONT ÉCONOMIQUE  
1.0  
0
.7  
0
.5  
0.3  
0
.0  
Malgré des mesures de confinement moins strictes que dans d’autres  
régions du monde, notamment en Europe, le choc de la Covid-19 n’a  
pas épargné l’économie japonaise. Le PIB réel du pays a retrouvé, du  
moins temporairement, son niveau de mi-2011, soit avant le lancement  
des Abenomics par le Premier ministre Shinzo Abe, dont la récente  
démission ne devrait pas modifier sensiblement la trajectoire des  
politiques économiques (voir plus bas). La croissance du PIB au T2 2020,  
lourdement pénalisée par la consommation privée et l’investissement  
des entreprises, s’est établie à -7,9% (t/t). Le rattrapage attendu au T3  
-
-
-
-
-
-
-0.3  
-5.4  
2018  
2019  
2020  
2021  
2018  
2019  
2020  
2021  
GRAPHIQUE 1  
SOURCE : BNP PARIBAS GLOBAL MARKETS  
2
020 et au-delà devrait être relativement limité.  
En effet, les derniers indicateurs conjoncturels font état d’une perte de  
vigueur de la reprise économique. L’indicateur TANKAN de la Banque du  
Japon indiquait au T2 2020 (l’indicateur pour le T3 n’était pas disponible  
au moment de la rédaction de cette note) une forte dégradation de  
l’activité des entreprises dans le secteur manufacturier et non-  
manufacturier. Plus récemment, après un rebond notable, l’indice des  
directeurs d’achats1 (Purchasing Managers Index, PMI) composite  
pour le mois d’août s’est stabilisé à 45,2, soit un niveau nettement  
inférieur au seuil de 50 séparant les phases d’expansion de l’activité  
de celles de contraction. Si l’amélioration se poursuit dans le secteur  
manufacturier (le PMI de ce secteur a atteint 47,2 en août après 45,2  
en juillet), secteur qui représente plus de 20 % du PIB, l’activité dans  
le secteur des services marque le pas. Ce dernier est toujours pénalisé  
par le manque de dynamisme de la consommation des ménages. Les  
ventes au détail restent à ce titre mal orientées (-1,9 % en août en  
glissement annuel, après -2,9 % en juillet). L’inquiétude sur le front de  
la consommation privée n’est pas atténuée par les dernières données  
relatives à la confiance des ménages. Celle-ci, après s’être redressée,  
semble stagner à un niveau inférieur à celui du début d’année. Par  
ailleurs, les exportations japonaises, traditionnellement dominées par  
des produits à forte valeur ajoutée, pourraient rester pénalisées par  
PIB TRIMESTRIEL RÉEL (MDS YEN, ANNUALISÉ)  
5
50000  
30000  
5
510000  
4
90000  
70000  
4
450000  
430000  
410000  
390000  
370000  
90 92 94 96 98 00 00 02 06 08 10 12 14 16 18 20  
GRAPHIQUE 2  
SOURCE : MINISTÈRE  
une demande externe peu dynamique, en particulier sur le segment des Selon les premiers éléments dont nous disposons, M. Suga s’inscrirait  
machines et des équipements de transports. Enfin, le typhon Haishen dans la continuité de M. Abe concernant les Abenomics et les trois  
qui a traver le pays début septembre constituerait un nouveau frein à « flèches » qui composent le programme : politique monétaire très  
la demande, notamment à l’investissement des entreprises.  
accommodante, forte mobilisation des dépenses publiques et réformes  
structurelles. Le nouveau Premier ministre a souligné que le soutien  
budgétaire était plus que jamais nécessaire en ces temps de crise pour  
redresser l’économie nippone. La maîtrise de la dette publique - qui,  
PAS DE CHANGEMENTS MAJEURS SUITE À LA DÉMISSION DE  
2
SHINZO ABE  
selon les projections, dépasserait 250% du PIB en 2020 - ne semble  
pas être la priorité.  
La désignation de M. Yoshihide Suga au poste de Premier ministre, en  
remplacement de M. Shinzo Abe, ne devrait pas entraîner de modifica-  
tions majeures de la politique économique.  
1
Cette enquête, réalisée auprès de chefs d’entreprises, offre une image fidèle de la santé économique des différents secteurs d’activité  
2
Fiscal monitor: Chapter 1 – Policies to support people during the Covid-19 pandemic, FMI, Avril 2020  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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