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Sénégal : Une année charnière

02/05/2024
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Au moment où le Sénégal s’apprête à lancer sa production de gaz et de pétrole, la reconfiguration du paysage politique soulève un immense espoir auprès de la population. Porté par un projet de rupture, le candidat de l’opposition, Bassirou Diomaye Faye, a remporté les élections présidentielles dès le premier tour. Mais les défis qui l’attendent sont d’envergure, en particulier sur le front de l’emploi. Malgré une décennie de croissance robuste, l’économie s’est, en effet, peu transformée et souffre de faibles gains de productivité que l’effort soutenu d’investissement pourra difficilement continuer de masquer, en raison du niveau désormais élevé de l’endettement.

Contexte politique : entre soulagement et prudence

PRÉVISIONS

La prestation de serment du nouveau président Bassirou Diomaye Faye, le 2 avril dernier, clôt une séquence électorale inédite à plus d’un titre. À 44 ans, il est le plus jeune président élu à la tête du pays. Pour la première fois également, le président sortant, Macky Sall, n’était pas candidat à sa succession. Jamais non plus depuis l’indépendance du pays, un opposant n’avait réussi à se faire élire au premier tour. Avec 54% des voix contre 36% pour Amadou Ba, le candidat du pouvoir, M. Diomaye Faye obtient donc un mandat solide même si l’absence de majorité à l’Assemblée nationale devrait le pousser à chercher des alliances avant une éventuelle dissolution.

Peu connu, sans mandat électif et encore en prison deux semaines avant l’élection, M. Diomaye Faye doit son ascension fulgurante à son mentor, Ousmane Sonko. Ce dernier, écarté de la présidence en raison d’une condamnation judiciaire, lui a ouvert la voie. Sa victoire traduit aussi une adhésion de la population à un programme de rupture caractérisé, entre autre, par un renforcement de souveraineté économique. Il envisage des mesures fortes telles que la réforme du franc CFA, voire son abandon, ou la renégociation des contrats d’exploitation de pétrole et de gaz dont la production est censée démarrer cette année.

L’élection était suivie de près par la communauté internationale. Après des semaines de crise politique déclenchée par la décision du président sortant de reporter les élections, dans une région marquée par une succession de coups d’État depuis trois ans, la solidité des institutions démocratiques du Sénégal a une nouvelle fois rassuré ses principaux partenaires. La baisse de 80 points de base (pb) des primes de couverture de risque à 5 ans sur les obligations souveraines internationales depuis l’annonce des résultats atteste également d’un soulagement du côté des investisseurs. En plus de la décrispation du contexte politique, le fléchissement du discours de M. Diomaye Faye et de son mouvement à l’approche du scrutin laisse présager d’un assouplissement de la politique économique, en particulier sur la quest