Conjoncture

Europe du Sud : pourquoi une croissance potentielle si faible ?

Eco Conjoncture n°9 // 30 Novembre 2020  
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2
EUROPE DU SUD : POURQUOI UNE CROISSANCE POTENTIELLE SI FAIBLE?  
L’Espagne, la Grèce, l’Italie et le Portugal ont été durement frappés sur le plan économique par l’épidémie de Covid-19.  
Ces pays pâtissent, en outre, depuis de longues années d’une croissance potentielle en berne, parmi les plus basses  
d’Europe. Les principaux facteurs de ralentissement à l’œuvre sont les mêmes : un faible niveau d’investissement  
et de productivité, et une démographie qui ralentit - voire qui décline - et qui pèse sur la force de travail. Quelle est  
l’évolution de ces différents facteurs ? Quel peut être l’impact de la crise économique actuelle sur cette croissance  
structurelle? Quels leviers actionner ?  
La croissance potentielle désigne la croissance qu’une économie peut Deux principaux facteurs expliquent cette baisse relative de la  
maintenir sur le long terme sans générer de tensions inflationnistes. productivité dans ces quatre pays par rapport aux autres économies  
Elle exclut les effets de court terme liés à un écart entre la demande européennes. En premier lieu, et bien que dans une moindre mesure  
et le niveau potentiel de l’offre. En d’autres termes, plus une économie en Italie, c’est la spécialisation de plus en plus forte de ces économies  
parvient à accroître sa croissance potentielle, plus elle sera à même dans les services au détriment du secteur de l’industrie, dont le poids a  
d’augmenter fortement son PIB de façon soutenable dans le temps. baissé significativement depuis la fin des années 1990 (cf. graphique 4).  
Cette croissance dépend principalement de trois facteurs : le travail, le Ainsi, en Italie et en Espagne, la part de l’industrie (hors construction)  
capital et la productivité (ou la productivité globale des facteurs, PGF). dans la valeur ajoutée a chuté d’un niveau supérieur à 20% à la fin des  
Cette mesure est théorique ; elle n’est pas observée mais estimée à années 1990 à, respectivement, 17,5% et 14,5% à la fin 2019. Cette part  
l’aide de modèles économétriques.  
a certes augmenté en Grèce au cours des dix dernières années, mais  
sa contribution à la valeur ajoutée du pays (13,4%) reste la plus basse  
d’Europe.  
Plusieurs organisations réalisent une estimation de la croissance  
potentielle des pays. Même s’il peut différer sur certains aspects, le  
constat est néanmoins clair : cette croissance en Espagne, en Grèce,  
en Italie et au Portugal est l’une des plus basses en Europe. C’est ce  
qui apparaît notamment dans les résultats de l’OCDE (cf. graphique 1)  
et de la Commission européenne (cf. graphique 2). Si on se base sur  
les chiffres de l’OCDE, la croissance potentielle réelle n’a augmenté,  
entre 2014 et 2019, que de 1,09% au Portugal, 0,57% en Espagne, 0,1%  
VALEUR AJOUTÉE PAR SECTEUR (% V.A. TOTALE)  
T1 2020  
Grèce  
Italie  
Portugal Espagne  
UE 28*  
1
en Italie, tandis qu’elle s’est réduite de 0,40% en Grèce. En comparant  
Agriculture, pêche &  
sylviculture  
4
.2  
2.2  
2.4  
3.0  
1.5  
ces chiffres avec le reste de l’Europe, on observe un écart de l’ordre de  
deux points avec la plupart des pays d’Europe de l’Est et un déficit d’un  
point avec les pays scandinaves.  
Industries (hors  
construction)  
14.7  
10.9  
3.6  
18.8  
15.9  
4.4  
17.7  
13.9  
4.7  
15.5  
11.8  
6.0  
18.9  
15.7  
5.4  
Les prévisions pour 2020 et 2021 ne montrent pas de réelle inversion  
de la tendance (cf. graphique 1b et graphique 2b). Notons toutefois que  
ces projections n’ont, pour l’heure, pas été mises à jour et ne tiennent  
donc pas compte des conséquences de la crise du coronavirus ; Or,  
l’épidémie aura, sans nul doute, un impact baissier sur la croissance  
potentielle de chaque pays.  
Manufacture  
Construction  
2
Ventes de gros et de  
détail & transport  
2
3.3  
20.4  
24.6  
22.2  
19.1  
Un problème persistant qui s’accentue  
Information & com‑  
munication  
Les écarts de productivité avec le reste de l’Europe se  
creusent  
3
.4  
.3  
3.9  
5.5  
3.7  
5.1  
4.1  
4.4  
5.6  
5.1  
La croissance potentielle des pays du sud de l’Europe est d’abord  
freinée par un niveau de productivité peu élevé. Les données d’Eurostat  
montrent en effet un écart important de la productivité par heure  
Activités de finance &  
assurance  
3
3
travaillée avec le reste de l’Europe. Ce niveau qui, excepté en Italie, était  
Activités immobilières  
17.8  
5.4  
14.3  
12.3  
12.2  
11.1  
comparativement bas au début des années 2000, a ensuite augmenté  
moins vite que la moyenne européenne, notamment au cours des cinq  
dernières années (cf. graphique 3). Par ailleurs, le cas de l’Italie est  
particulièrement frappant : alors que la productivité du pays dépassait  
de près de 9% la moyenne européenne en 2005, cet écart n’a cessé  
de se réduire au cours des quinze dernières années, alors même que  
le processus de désindustrialisation ralentissait (cf. graphique 4). Par  
ailleurs, le niveau de productivité reste historiquement bas en Grèce  
et au Portugal, tandis qu’il s’est dégradé plus récemment en Espagne.  
Activités profession‑  
nelles, scientifiques &  
techniques  
9.8  
7.7  
9.2  
11.7  
Administration  
publique, défense,  
éducation  
20.0  
16.5  
4.1  
19.1  
2.7  
18.8  
4.5  
18.2  
3.3  
Arts, loisir et autres  
activités de services  
3
.8  
1
2
OECD Economic Outlook, novembre 2019.  
Les prévisions de l’OCDE datent de novembre 2019 tandis que celles de la Commission  
*
Donné esp o urT42 019
européenne datent de mai 2020.  
3
Mesurer la productivité par heure travaillée plutôt que par employé permet d’évaluer la  
TABLE AU 1  
productivité plus précise, car cela écarte les distorsions possibles entre les travailleurs à  
temps plein et ceux à temps partiel.  
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ESTIMATION DE LA CROISSANCE POTENTIELLE (OCDE)  
Croissance potentielle moyenne sur la période 2014-2019  
Croissance potentielle, prévision pour 2020 et 2021  
%
1
1
1
.80  
.60  
.40  
8 %  
7
2020  
2021  
6
5
1.20  
1.00  
4
3
0
0
0
0
0
.80  
.60  
.40  
.20  
.00  
2
1
0
-
1
Portugal  
Espagne  
Italie  
Grèce  
GRAPHIQUES 1A ET 1B  
SOURCES : OCDE ECONOMIC OUTLOOK (NOVEMBRE 2019), BNP PARIBAS  
ESTIMATION DE LA CROISSANCE POTENTIELLE (COMMISSION EUROPÉENNE)  
Croissance potentielle, prévision pour 2020 et 2021  
Croissance potentielle moyenne sur la période 2014-2019  
%
%
1
0
8
6
4
2
0
2
2.0  
1.5  
2
020  
2021  
1
0
0
.0  
.5  
.0  
-
-
0.5  
1.0  
-
Grèce  
Espagne  
Italie  
Portugal  
SOURCES : AMECO, BNP PARIBAS  
GRAPHIQUES 2A ET 2B  
PRODUCTIVITÉ NOMINALE DU TRAVAIL (HEURE TRAVAILLÉE)  
105  
1
1
1
1
1
1
10  
08  
06  
04  
02  
00  
UE 27  
Portugal  
Grèce  
UE 27  
Espagne  
Italie  
100  
95  
90  
85  
80  
75  
70  
65  
9
9
9
8
6
4
60  
2
00520062007200820092010201120122013201420152016201720182019  
200520062007200820092010201120122013201420152016201720182019  
GRAPHIQUES 3A ET 3B  
SOURCES : EUROSTAT, BNP PARIBAS  
Note : la moyenne européenne est standardisée à 100.  
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Bien que dans une moindre mesure en Italie, le renforcement de Le poids relativement plus important des activités de services dans  
l’activité touristique, comme moteur de la croissance économique, l’économie n’explique cependant pas, à lui seul, ces écarts de produc‑  
a joué un rôle important dans cette spécialisation accrue dans les tivité, puisqu’une forte hétérogénéité existe à l’intérieur même de ce  
services. En effet, il a entraîné le développement de secteurs tels que la secteur. Le secteur de l’information et de la communication et celui  
restauration, l’hôtellerie, le transport ou encore l’activité immobilière. des activités professionnelles, scientifiques et techniques affichent un  
La part de ces activités dans la valeur ajoutée totale reste en effet plus niveau de productivité moyen plus élevé que les autres secteurs où le  
élevée que la moyenne européenne (cf. tableau 1). Or, la productivité contenu en emploi est plus fort (cf. tableau 2). Or, c’est sur ces autres  
des services est en moyenne inférieure à celle de l’industrie. C’est secteurs que les pays du sud de l’Europe restent le plus fortement  
ce qui ressort notamment d’une étude de Sorbe et al. (2018) sur la adossés (cf. tableau 1), ce qui constitue un frein, certes modéré, mais  
productivité moyenne des services marchands au sein de l’OCDE. Les persistant à la croissance de leur productivité.5  
auteurs estiment que dans ces secteurs la productivité est, en moyenne,  
Rappelons cependant que ces pays ont bénéficié d’un certain regain  
4
inférieure de 40% à celle dans l’industrie manufacturière.  
de compétitivité au cours des dernières années, regain attribuable en  
Quatre raisons principales expliquent cela :  
partie à des baisses des coûts de main‑d’œuvre et principalement des  
salaires ; une baisse qui, hormis en Italie, a été encore plus marquée  
que la contraction du PIB (voir encadré 1, page 10). Les problèmes  
de compétitivité auxquels sont confrontés les pays d’Europe du Sud  
aujourd’hui affectent donc moins les prix (c’est‑à‑dire le coût du  
travail) que par le passé, et davantage la productivité.  
Des économies d’échelle moindres que dans le secteur  
manufacturier ;  
Une automatisation des activités plus difficile que dans l’industrie ;  
Des coûts de transaction plus élevés ;  
Une concurrence moins forte, principalement en raison d’une  
forte proportion d’activités non échangeables.  
PRODUCTIVITÉ APPARENTE DU TRAVAIL*  
2018, EN MILLIERS D’EUROS PAR EMPLOYÉ)  
(
Secteur  
Grèce  
Espagne  
Italie  
Portugal  
Manufacturier  
33  
59,8  
60,8  
65,3  
74,6  
30,5  
45,3  
Approvisionnement en eau; activités d'assainissement et de  
gestion des déchets  
3
9,4  
Construction  
11,8  
15,8  
29,4  
7
35,9  
35,3  
53,3  
22,6  
73  
38  
20  
Ventes de détail et grossiste, réparation automobile  
Transport et stockage  
40,8  
54,8  
22,3  
85,7  
61,6  
46,3  
32,6  
23,7  
43,2  
16,7  
53,6  
34,3  
24,2  
13,5  
Hébergements et restaurant  
Information and communication  
Activités immobilières  
44,7  
31,6  
16  
53,1  
40,5  
26,1  
Activités professionnelles, scientifiques et techniques  
Activité administratives et de support  
15,2  
*
Définie comme le ratio entre la valeur ajoutée du secteur et le nombre d’employés dans ce secteur  
TABLE AU 2  
SOURCE : EUROSTAT  
4
5
Sorbe et al. (2018), Can productivity still grow in services-based economies? Literature overview and preliminary evidence from OECD countries, OECD working paper.  
Par ailleurs, de nombreuses études ont été publiées afin d’améliorer la fiabilité des statistiques de productivité, en particulier dans les activités de services. L’intégration  
croissante de technologies rend en effet difficile la mesure réelle du niveau de production et, par extension, de la productivité. Pour une étude récente, voir Abdirahman, M., Coyle,  
D., Heys, R. & Stewart, W. (2020). Une comparaison de déflateurs pour les services de télécommunications, économie et statistiques / Economics and Statistics, 517‑518‑519,  
1
03–122. Voir aussi Byrne, Oliner et Sichel (2017), Prices of high-tech products, mismeasurement and pace of innovation, NBER working paper series, ou Feldstein (2017) Un-  
derestimating the real growth of GDP, personal income, and productivity, Journal of Economic Perspectives. Cette réflexion dépasse le cadre de cet EcoConjoncture. Cependant,  
il est peu probable que cela change les conclusions de cette étude : les difficultés de la mesure de la productivité s’accentuent à mesure que l’investissement dans les nouvelles  
technologies et que les créations d’emplois dans ces secteurs augmentent, ce qui n’est pas le cas des pays d’Europe du Sud. Une meilleure mesure de la productivité aurait, à  
l’inverse, toutes les chances de montrer un écart de productivité encore plus grand entre ces pays et ceux ayant un secteur technologique plus développé.  
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PART DE L’INDUSTRIE (HORS CONSTRUCTION)  
DANS LA VALEUR AJOUTÉE DE CHAQUE PAYS  
FORMATION BRUTE DE CAPITAL FIXE,  
HORS CONSTRUCTION (EN % DU PIB)  
3 %  
13  
Greece  
EU 27  
Spain  
Italy  
Portugal  
Espagne  
Italie  
Portugal  
Grèce  
2
2
1
1
1
1
1
1
1
1
2
1
0
9
8
7
6
5
1
9
7
5
3
1
9
95 96 97 98 99 00 01 02 03 04 05 06 07 08 09 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20  
95  
97  
99  
01  
03  
05  
07  
09  
11  
13  
15  
17  
19  
GRAPHIQUE 4  
SOURCES : EUROSTAT, BNP PARIBAS  
GRAPHIQUE 5  
SOURCES : EUROSTAT, BNP PARIBAS  
Selon la Banque mondiale, la part du PIB consacrée à la R&D était en  
Un niveau d’investissement insuffisant  
Le manque d’accumulation de capital constitue le second frein à la  
croissance potentielle de ces pays. La formation brute de capital fixe  
2
1
018 (données les plus récentes) de 1,18% en Grèce, 1,24% en Espagne,  
,37% au Portugal, et 1,40% en Italie. Ce sont, encore une fois, des  
niveaux bien en deçà de la moyenne européenne qui s’établissait en  
2018 à 2,18% du PIB.  
(
FBCF) représentait moins de 20% du PIB au T4 2019. Ce ratio a chuté à  
6
partir de 2012 sous la moyenne européenne. En Grèce, en particulier,  
la part de l’investissement dans le PIB a baissé de plus de moitié en Le frein démographique  
l’espace de dix ans, atteignant un creux à 9,7% au T4 2018, avant de se  
Les pays d’Europe du Sud font également tous face à une baisse  
redresser quelque peu (11,1% au T1 2020). C’est néanmoins de loin la  
démographique importante qui a des répercussions sur le niveau de  
la population active. La population (hors solde migratoire) en Grèce,  
Espagne et au Portugal a commencé à diminuer en 2010, tandis que  
l’inflexion en Italie s’est faite en 2014. Le déclin de la population  
italienne n’en est pas moins conséquent à l’heure actuelle. Selon les  
7
part la plus faible en Europe. Une partie de cette baisse, notamment  
en Espagne et au Portugal, tient à la réduction drastique des  
investissements dans les secteurs de la construction et de l’immobilier  
qui résulte, au cours de la décennie passée, du « dégonflement » des  
8
bulles spéculatives immobilières dans ces deux pays.  
10  
chiffres de l’Istat , la population italienne a chuté de 0,9% (‑551 000)  
Cependant, cela n’explique pas tout. Si on exclut l’investissement dans entre 2014 et 2019. En cause, principalement le taux de natalité qui a  
la construction (cf. graphique 4), le ratio sur PIB reste en dessous enregistré, en 2019, son niveau le plus bas jamais observé depuis plus  
de 10%, ce qui constitue un niveau encore inférieur à la moyenne d’un siècle.11 Cette tendance devrait se poursuivre dans les prochaines  
européenne (11,3%). De fait, les pays d’Europe du Sud investissent années. Selon Eurostat, la population italienne, hors solde migratoire,  
comparativement peu dans des équipements capables de générer pourrait se réduire de 2,6 millions d’ici à 2030, soit une baisse de 4,4%  
d’importants gains de productivité. Les investissements consacrés durant la décennie en cours (cf. graphique 6). Dans le même temps, et  
aux biens d’équipement (machines et transport) et aux actifs dits toujours en excluant le solde migratoire, la population en Grèce et au  
1
2
«
intangibles » (classés « produits de la propriété intellectuelle ») Portugal se contracterait respectivement de 4,6% et 3,6%. L’Espagne  
figurent en effet parmi les plus faibles d’Europe. Ce retard est visible enregistrerait une baisse de 2,6% d’ici à 2030.13 Bien que ce ne soit pas  
dans les dépenses en recherche et développement (R&D) qui sont le seul facteur en jeu (le taux d’activité a notamment diminué), cette  
comptabilisées comme investissements de propriété intellectuelle. baisse de la population aboutit à une stagnation (Espagne, Italie), voire  
Or, la R&D est essentielle pour développer l’innovation et faire le lien une chute (Grèce, Portugal) de la population active (cf. graphique 7).  
entre recherche fondamentale et procédés de commercialisation, et Dans ce contexte de baisse tendancielle du facteur travail, la nécessité  
9
permettre ainsi des gains de productivité sur le long terme.  
de générer des gains de productivité, pour soutenir la croissance  
économique, sera de plus en plus importante.  
6
7
8
La moyenne européenne était de 21,3% au T4 2019 (source: Eurostat).  
Seul le Luxembourg (11,4%) a un niveau plus bas que l’Italie, l’Espagne et le Portugal.  
En part du PIB, l’investissement en construction a chuté en Espagne d’un point haut de 20,8% au T3 2006 à 9,9% au T4 2019. Au Portugal, cette part est passée de 13,5% à 9,5%  
au cours de la même période.  
9
Selon la définition d’Eurostat (ESA 2010), les investissements en propriété intellectuelle incluent les investissements en logiciels, recherche et développement, droits artis‑  
tiques et littéraires, et explorations minières. Les données d’Eurostat ne fournissent pas une décomposition de l’investissement pour chacun de ces composants. Cependant, en  
se basant sur les chiffres d’autres pays, et notamment les États‑Unis, il est vraisemblable que les investissements en logiciel et R&D constituent la majeure partie des investis‑  
sements en IPP en Europe. Aux États‑Unis, l’investissement en R&D et en logiciels représentait en 2019 91,9% de l’investissement total en produit de la propriété intellectuelle  
(
données du Bureau of Economic Analysis).  
1
1
1
1
0 https://www.istat.it/it/files//2020/07/Statistica‑report_Bilancio‑demografico_anno‑2019‑EN.pdf  
1 Une légère baisse du solde migratoire depuis 2017 a également contribué à la baisse de la population.  
2 Pour stimuler les naissances, le gouvernement grec a, par exemple, mis en place au début de l’année 2020 une prime de naissance de 2 000 euros.  
3 La croissance naturelle (c’est‑à‑dire le solde entre naissances et décès) de la population en Espagne est en chute constante depuis plus de 10 ans et enregistre depuis 2017  
un solde négatif, qui ne cesse de s’accroître. Voir le rapport de l’INE : https://ine.es/en/prensa/mnp_2019_p_en.pdf  
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6
PROJECTIONS DE POPULATION, HORS SOLDE MIGRATOIRE  
1
1.3  
10.7  
Grèce (é.d.)  
Portugal (é.g.)  
Italie (é.g.)  
Espagne (é.d.)  
62  
61  
60  
59  
58  
57  
56  
49  
11.1  
10.6  
1
0.5  
0.4  
1
1
1
0.9  
0.7  
0.5  
4
4
4
4
3
3
7
5
3
1
9
7
1
10.3  
10.2  
10.3  
0.1  
10.1  
1
10  
9
.9  
.7  
9.9  
9
9.8  
9.7  
35  
9.5  
1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010 2015 2020 2025 2030  
1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010 2015 2020 2025 2030  
GRAPHIQUES 6A ET 6B  
SOURCES : EUROSTAT, BNP PARIBAS  
POPULATION ACTIVE (15-64 ANS), EN MILLIERS  
5300  
26000  
25000  
24000  
23000  
22000  
21000  
20000  
19000  
18000  
17000  
Italie  
Espagne  
Portugal  
Grèce  
5200  
5100  
5000  
4900  
4800  
4700  
4600  
4500  
4400  
99  
01  
03  
05  
07  
09  
11  
13  
15  
17  
19  
99  
01  
03  
05  
07  
09  
11  
13  
15  
17  
19  
GRAPHIQUES 7A ET 7B  
SOURCE : OCDE  
Effets de la pandémie de Covid-19 sur la croissance  
potentielle: quelques pistes de réflexion  
La crise de la Covid‑19 va‑t‑elle réduire davantage la croissance  
potentielle de ces pays ? Il n’y pas de réponse simple à cette  
question car les facteurs à prendre en considération sont multiples.  
Rappelons tout d’abord les principaux canaux par lesquels un choc  
Une baisse prolongée de la profitabilité va également peser sur la  
formation de capital des entreprises.  
1
4
Le chômage structurel (qui s’apparente plus ou moins au NAIRU )  
peut augmenter, notamment si le chômage de longue durée réduit  
les possibilités pour les demandeurs d’emploi de retrouver un  
travail (pertes de compétences par exemple).  
Comment une période de récession affecte-t-elle la  
croissance de long terme ?  
Un taux de participation à la population active en déclin,  
notamment si de nombreux chercheurs d’emploi se découragent  
et sortent de la population active.  
économique se répercute sur les capacités productives de moyen et Si l’impact d’une crise économique sur ces facteurs semblent peu  
long terme (cf. tableau 3) :  
discutable – baisse de l’investissement, hausse du chômage structurel  
et baisse du taux de participation – son effet sur la productivité globale  
des facteurs est plus nuancé. D’un côté, une crise économique affectera  
la PGF si l’investissement dans l’innovation, et notamment la recherche  
et développement, chute. Mais à l’inverse, cela peut encourager les  
entreprises à accroître leur efficacité productive.  
L’investissement en capital productif, peut se réduire si les  
entreprises font face notamment à un accès au crédit plus difficile  
(
du fait notamment d’une hausse de l’endettement) ou à une plus  
grande incertitude sur leur retour sur investissement.  
1
4 Non-Accelerating Inflation Rate of Unemployment  
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7
CANAUX PAR LESQUELS UNE RECESSION AFFECTE LA CROISSANCE POTENTIELLE  
Principaux canaux  
Causes  
Effet sur la croissance potentielle  
Investissement  
Accès au crédit plus difficile  
Négatif  
Négatif  
Incertitude sur la rentabilité des investissements  
Baisse prolongée de la profitabilité  
Perte de compétence des demandeurs d'emploi  
Découragement des demandeurs d'emploi  
Négatif  
Négatif  
Négatif  
Négatif  
Chômage structurel  
Taux de participation à la population active  
"
Réorientation" (reprise d'études, retraites)  
Baisse des dépenses en innovation, R&D  
Productivité globale des facteurs  
Négatif  
Positif  
Accroissement de l'efficacité productif  
SOURCE : BNP PARIBAS  
TABLE AU 3  
Quel a été l’impact de la crise financière de 2008-2009 En effet, et même s’il est encore trop tôt pour évaluer l’impact de la  
crise actuelle sur la croissance potentielle, force est de constater que le  
sur la croissance de long-terme ?  
choc récessif observé au premier semestre 2020 a été particulièrement  
Les études s’accordent pour établir, de façon générale, une relation  
sévère pour les pays d’Europe du Sud.  
positive entre une chute du PIB et une baisse de la croissance  
potentielle. Ball (2014)15 estime que, durant la crise de 2008‑2009,  
les pertes de PIB potentiel, par rapport au niveau qui aurait dû être  
observé si la crise n’était pas intervenue, se sont élevées à plus de  
0% pour la Grèce et l’Espagne. Ces deux pays ont été parmi les plus  
CROISSANCE POTENTIELLE, AVANT ET APRÈS LA CRISE DE 2008-2009  
.5  
2
touchés en Europe par la crise financière de 2008 et celle de la dette  
souveraine européenne en 2011. La croissance potentielle au sortir  
de la crise a en effet chuté significativement, et a même été négative  
dans le cas de la Grèce (cf. graphique 8). Cela signifie que la perte  
de PIB potentiel vis‑à‑vis de la tendance d’avant‑crise s’accroît au fil  
4
3
3
.96  
Avant crise  
4
.5  
3
3
.47  
2014-2015 (après crise)  
1
6
du temps. L’étude de Ollivaud & Turner (2015) corrobore Ball, avec  
des chutes de PIB potentiel importantes, et en particulier en Grèce  
2.5  
2
17  
cf. graphique 9). Haltmaier (2012) utilise un panel de récession plus  
1.83  
(
large dans le temps et aboutit également à des pertes de capacité  
productive au sortir d’une période de récession. En résumé, ces études  
font état d’un effet d’hystérèse, c’est‑à‑dire d’un impact persistant, du  
choc économique de 2008‑2009 sur la croissance potentielle.  
1.34  
1.5  
1
0.83  
0.49  
0.5  
0
0.11  
-0.15  
L’étude de Haltmaier (2012) indique également que la magnitude du  
1
8
-0.5  
choc récessif a, pour les pays développés , un impact significatif sur  
les pertes de PIB potentiel. Autrement dit, plus la récession est sévère,  
Espagne  
Grèce  
Italie  
Portugal  
1
9
plus les pertes de PIB potentiel sont importantes. Ce dernier point, s’il  
se vérifie dans le contexte économique actuel, est important.  
GRAPHIQUE 8  
SOURCE : BALL (2014)  
1
1
1
1
1
5 Laurence Ball (2014), Long-term damage form the Great Recession in OECD countries, European Journal of Economics and Economic Policies.  
6 Ollivaud & Turner (2015), The effect of the global financial crisis on OECD potential output. OECD Economic Journal.  
7 Jane Haltmaier, Do recessions affect potential output? US Federal Reserve International Finance Discussion Papers, Décembre 2012  
8 Son résultat n’est pas significatif dans le cas des pays émergents.  
9 Pour une étude récente et exhaustive de l’impact des récessions sur le PIB potentiel, voir Cera et al., Hysterisis and Business Cycles, IMF working paper, mai 2020.  
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8
Le PIB réel s’est contracté au cours de cette période entre 14,6%  
(
Grèce) et 22,1% (Espagne). Seules la Belgique et la France ont connu  
CONTRACTION DE LA FBCF AU S1 2020  
des pertes d’activité aussi significatives (cf. graphique 10). Si on se  
penche plus particulièrement sur l’investissement (cf. graphique 11),  
on observe que l’Espagne et l’Italie ont connu des chutes conséquentes,  
dépassant les 20%, tandis que le Portugal et la Grèce ont enregistré des  
baisses de l’ordre de 10%, ce qui reste des contractions importantes.  
RÉDUCTION DU PIB POTENTIELLE À LA SUITE DE LA CRISE DE 2008-2009  
0
-
5
-
-
-
-
10  
15  
20  
25  
GRAPHIQUE 11  
SOURCES : EUROSTAT, BNP PARIBAS  
Le secteur du numérique, un levier de croissance à  
exploiter  
SOURCE : OLLIVAUD & TURNER (2015)  
Espagne  
Grèce  
Italie  
Portugal  
Les gains de productivité liés aux technologies numériques apparaissent  
élevés aujourd’hui, faisant de ce secteur un axe d’investissement  
majeur. Les technologies numériques génèrent, de fait, des effets  
d’entraînement (ou de complémentarité) entre de nombreux pans du  
processus de production. Ainsi, le numérique permet d’améliorer la  
relation entre la gestion du capital et des compétences au sein d’une  
GRAPHIQUE 9  
CONTRACTION DU PIB AU S1 2020  
2
0
entreprise , ou encore entre les chaînes de valeur et la gestion des  
clients.21 Il existe également des effets d’entraînement entre différentes  
technologies, telles que le développement concomitant de l’internet à  
très haut débit et le cloud.22  
L’impact positif de la transition numérique sur la productivité  
des entreprises et des services publics est par ailleurs largement  
documenté. Rivares et al. (2019)23 s’intéressent tout particulièrement  
à celui des plateformes en ligne sur la productivité des services.  
L’analyse couvre 10 pays de l’OCDE et utilise les données de Google  
2
4
Trends comme proxy pour le niveau d’utilisation d’une plateforme.  
En moyenne, l’utilisation plus forte des plateformes numériques  
accroît la productivité d’environ 2,5%. Le développement du numérique  
permet, en premier lieu, de réduire les asymétries d’information entre  
consommateurs et fournisseurs, renforçant ainsi la concurrence. Il  
permet également d’allouer plus efficacement les travailleurs aux  
2
5
entreprises les plus productives dans ces secteurs. Sorbe et al. (2019)  
estiment les gains de productivité générés plus spécifiquement par  
l’expansion de l’internet àtrèshautdébit etdu cloud. Ilsestiment qu’une  
hausse de 10% de l’utilisation du haut débit accroît progressivement  
GRAPHIQUE 10  
SOURCES : EUROSTAT, BNP PARIBAS  
2
0 Voir par exemple Brynjolfsson et Hitt (2000), Beyond computation : information technology, organisational transformation and business performance, Journal of Economic  
Perspectives pp 23‑48.  
1 Voir par exemple Bartel, Ichniowski et Shaw (2007). How does information technology affect productivity? Plant-level comparisons of product innovations, process improve-  
ment, and workers skills. The Quarterly Journal of Economics.  
2 Pour une étude de cas pour le Royaume‑Uni, voir De Stefano, Kneller & Timmis (2014), The (Fuzzy) Digital Divide: The Effect of Broadband Internet Use on UK Firm Perfor-  
2
2
mance, University of Nottingham discussion paper.  
2
2
2
3 Rivares et al. (2019), Like it or not ? The impact of online platforms on the productivity of incumbent service providers, OECD Working papers No 1548.  
4 L’hypothèse étant que plus une plateforme numérique est utilisée, plus elle est recherchée sur Google.  
5 Sorbe et al. (2019), Digital Dividend : policies to harness the productivity potential of digital technologies, OECD Economic paper.  
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9
e
L’Espagne se classe mieux (11 ), même si la formation des citoyens  
28  
au numérique reste également insuffisante .  
la productivité au fil du temps, allant de +1,4% lors de la première  
année à +3,9% après trois ans. Les gains de productivité liés au cloud  
s’accentuent également, passant de +0,9% la première année à +2,3% à  
la fin de la troisième année.  
Des politiques ont cependant déjà été mises en place afin d’accélérer la  
transition numérique, avec un ciblage particulier sur l’administration  
La transition numérique est l’un des domaines où les pays d’Europe et les services publics (voir encadré 2, page 10).  
du sud accusent un retard significatif. Le Digital Economy and Society  
Index (indice DESI) de la Commission européenne, relatif à l’économie  
Conclusion  
et à la société numérique2 traduit bien ce déficit (tableau 4) :  
6
Au cours des dernières années, la croissance structurelle de l’Italie,  
e
La Grèce occupe l’avant‑dernière place (27 ) du classement,  
l’Espagne, la Grèce et le Portugal a été freinée par plusieurs facteurs:  
la tertiarisation de l’économie et l’importance des services à plus  
faible valeur ajoutée, la chute de la démographie ou encore un  
manque d’investissement dans des équipements permettant des gains  
de productivité solides. La crise de la Covid‑19 pourrait exacerber  
certains de ces problèmes, chroniques. Une nouvelle baisse de la  
croissance potentielle accentuerait également les difficultés que ces  
e
et se place dernière en termes de connectivité, 25 pour les  
compétences des citoyens dans le numérique et l’usage des  
«
services internet ». Ce retard se traduit en termes d’emplois :  
selon le rapport de la Commission européenne, la part des  
emplois dans le secteur des technologies de l’information et de  
la communication ne représentait en 2017 que 1,5% de l’emploi  
2
7
total, le niveau le plus bas dans l’UE.  
pays rencontrent pour réduire leurs ratios de dette publique sur PIB qui  
e
29  
L’Italie est également au bas de l’échelle (25 ) et dernière pour les sont amenés à s’accroitre de façon spectaculaire en 2020 . De plus,  
«
4
compétences des citoyens ». Le rapport souligne que seulement le secteur bancaire pourrait être fragilisé davantage, en particulier en  
5% de la population possède les compétences basiques pour Grèce et en Italie où le niveau des prêts non performants restait élevé  
l’utilisation de logiciels, ce qui est bien inférieur à la moyenne avant la crise du coronavirus.30  
européenne (60%), et loin derrière les Pays‑Bas (80%).  
La situation actuelle pourrait néanmoins encourager la mise en oeuvre  
e
Le Portugal se classe 19 , souffrant d’un manque de formation de réformes structurelles cruciales, telles que l’accélération de la  
de la population et d’un taux d’utilisation des services internet transition numérique et écologique qui pourrait constituer un levier  
comparativement bas. Le rapport souligne, entre autres, la faible important de productivité et d’emploi dans le moyen et le long terme.  
part de diplômés dans les technologies de l’information et de  
la communication (1,9% du nombre total de nouveaux diplômés  
contre une moyenne européenne de 3,6% en 2017).  
Guillaume Derrien  
guillaume.a.derrien@bnpparibas.com  
INDICE DESI ET SES COMPOSANTS (2020)  
Italie  
25  
Espagne  
Portugal  
19  
Grèce  
27  
Indices DESI  
11  
Connectivité  
17  
5
12  
28  
Compétences des citoyens dans  
numérique  
2
8
16  
21  
25  
Usage des services internet  
Numérisation des entreprises  
26  
22  
11  
13  
24  
16  
25  
24  
Numérisation des services publics  
19  
2
13  
27  
Note : le tableau montre le classement 2020 sur les cinq critères qui composent le DESI à savoir i) connectivité, ii) compétences des citoyens dans le numérique, iii)  
usage des services internet, iv) numérisation des entreprises et v) numérisation des services publics.  
SOURCE : EUROSTAT  
TABLE AU 4  
2
2
2
2
2
6 https://ec.europa.eu/digital‑single‑market/en/desi  
7 Ces chiffres corroborent ceux plus récents d’Eurostat. L’emploi en Grèce dans le secteur de l’information et de la communication représentait 2,1% de l’emploi total au T4  
019, soit le niveau le plus bas en Europe.  
8 Pour plus de détail sur l’Espagne, voir BNP Paribas Ecoflash Espagne : l’espoir d’une relance verte, 9 juin 2020.  
9 Selon les prévisions de la Commission européenne (novembre 2020), le ratio de dette publique sur PIB atteindrait, à la fin de 2020, 207,1% en Grèce, 159,6% en Italie, 135,1%  
au Portugal et 120,3% en Espagne.  
3
0 Selon les données du FMI, le ratio de prêts non performants s’établissait au T1 2020 à 35,29% en Grèce et 8,09% en Italie (T2 2020).  
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economic-research.bnpparibas.com  
1
0
ÉVOLUTION DE LA PART DES SALAIRES DANS LE PIB  
Espagne  
Portugal  
Italie  
Grèce  
%
%
39  
38  
37  
36  
35  
34  
33  
30  
29  
28  
27  
26  
25  
24  
23  
22  
95  
97  
99  
01  
03  
05  
07  
09  
11  
13  
15  
17  
19  
95  
97  
99  
01  
03  
05  
07  
09  
11  
13  
15  
17  
19  
GRAPHIQUE 12A  
GRAPHIQUE 12B  
SOURCE : EUROSTAT  
Le coût unitaire du travail (CUT) correspond au ratio du coût du travail sur la productivité. Toutes choses égales par ailleurs, le CUT augmente soit par une  
hausse du coût du travail, soit par une baisse de la productivité. Les gains de productivité ayant été assez faibles au cours des années, l’ajustement de ce  
CUT s’est principalement porté sur une baisse des salaires, dont la part dans le PIB, hormis en Italie, a chuté fortement dans les années qui ont suivi la  
crise européenne (cf. graphique ci‑dessus).  
En Grèce, la part des salaires, qui certes avait augmenté dans la première décennie (pour atteindre un pic à 28,7% au T4 2009), a chuté fortement par la  
suite, reflétant les politiques d’austérité mises en place dans le pays. Cette part a cependant commencé à remonter, atteignant 26,5% au T4 2019.  
Au Portugal, cette part atteint un plus bas au 33,9% au T4 2013, avant de d’établir à 36,2% au T1 2020.  
En Espagne, la part des salaires dans le PIB atteint un nouveau bas historique au T3 2018 (35,1%) progresse par la suite à 37,2% au T1 2020.  
La part des salaires dans le PIB est restée relativement stable en Italie (28/29%), bien qu’elle soit à un niveau inférieur à l’Espagne et le Portugal.  
N.B.  
1
. Le coût du travail correspond aux compensations salariales moyennes payées par un employeur pour un employé donné ou une heure travaillée. Le coût du travail par heure  
travaillée correspond donc au ratio des compensations aux employés par le nombre d’heures travaillées.  
2
. La compensation des employés, dans sa classification large et définie par l’Organisation mondiale du travail, inclut plusieurs composants : i) les salaires et rémunérations di‑  
rectes ; ii) les bonus ; iii) les rémunérations pour temps de « non travail » : congés payés, jours fériés, indemnité de fin de contrat, etc. ; iv) les cotisations sociales employeurs ;  
v) les coûts de formation des employés.  
ENCADRÉ 1  
SOURCE : BNP PARIBAS  
QUELLES POLITIQUES ONT ÉTÉ MISES EN PLACE POUR LA TRANSITION NUMÉRIQUE?  
1
L‘Italie a lancé, en décembre 2019, le programme intergouvernemental « Italia 2025 » , destiné à stimuler l’innovation et à accélérer la  
transformation digitale du pays. Ce programme repgroupe vingt mesures avec divers objectifs tels que la création d’une application et  
d’une identité numérique unique pour l’accès à tous les services publics, ou le déploiement plus massif de l’intelligence artificielle pour  
les procédures administratives et judiciaires.  
2
Le gouvernement portugais a de son côté lancé, le 21 avril dernier, le « Plan d’action pour la transition numérique » . Il vise lui aussi  
la mise en place d’une identité digitale pour chaque citoyen et la numérisation complète des activités des 25 services publics les plus  
utilisés.  
En Grèce, un ministère de la Gouvernance digitale a été créé en juillet 2019 avec pour principale fonction de piloter un grand programme  
de numérisation des services publics.  
Enfin, l’Espagne a déjà annoncé un grand programme d’investissement dans le numérique, « España digital 2025 », à hauteur de 70 mds  
3
d’euros pour la période 2020‑2022 . Ce plan, mené conjointement par les secteurs public et privé, s’appuiera en grande partie sur les  
4
fonds alloués par le plan de relance européen. Il se compose de 50 mesures, avec comme objectifs principaux d’accroître sensiblement la  
formation aux technologies numériques, le déploiement de la 5G, ou encore la numérisation des activités du secteur public ou des PME.  
1
2
3
4
. https://innovazione.gov.it/it/cosa‑facciamo/italia‑2025/  
. https://eportugal.gov.pt/en/noticias/governo‑lanca‑plano‑de‑acao‑para‑a‑transicao‑digital  
. https://www.lamoncloa.gob.es/lang/en/presidente/news/Paginas/2020/20200723digital‑spain.aspx.  
. 15 mds d’euros d’investissements publics pour la période 2020‑2022 proviendront des sommes allouées par le fonds de relance européen.  
SOURCE : BNP PARIBAS  
ENCADRÉ 2  
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+
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ECONOMIES AVANCEES ET STATISTIQUES  
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France - Marché du travail  
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Responsable - Etats-Unis  
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+
+
33 1 58 16 73 32  
33 1 58 16 03 63  
33 1 57 43 02 91  
33 1 43 16 95 52  
33 1 43 16 95 52  
33 1 55 77 71 89  
33 1 42 98 53 99  
33 1 43 16 95 56  
jeanluc.proutat@bnpparibas.com  
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vigueur, d’avoir agi sur la foi de, ou d’avoir utilisé les informations contenues dans les présentes,  
ou les travaux derecherche ou d’analyses sur le fondement desquels elles sont communiquées,  
et ce préalablement à la publication de ce document. BNP Paribas est susceptible d’obtenir une  
rémunération ou de chercher à être rémunéré au titre de services d’investissement fournis à  
l’une quelconque des personnes mentionnées dans ce document dans les trois mois suivant sa  
publication. Toute personne mentionnée aux présentes est susceptible d’avoir reçu des extraits  
du présent document préalablement à sa publication afin de vérifier l’exactitude des faits sur le  
fondement desquelles il a été élaboré.  
CONJONCTURE  
Analyse approfondie de sujets structurels ou  
d’actualité  
EMERGING  
Analyses et prévisions sur une sélection  
d’économies émergentes  
PERSPECTIVES  
Analyses et prévisions des principaux pays,  
développés et émergents  
ECOFLASH  
Un indicateur, un évènement économique  
majeur. Le détail …  
ECOWEEK  
L’actualité économique de la semaine et plus…  
ECOTV  
Tous les mois, nos économistes décryptent  
l’actualité économique, en images  
BNP Paribas est en France constituée en société anonyme. Son siège est situé au 16 boulevard  
des Italiens 75009 Paris. Ce document est élaboré par une société du Groupe BNP Paribas. Il est  
conçu à l’intention exclusive des destinataires qui en sont bénéficiaires et ne saurait en aucune  
façon être reproduit (en tout ou partie) ou même transmis à toute autre personne ou entité sans  
le consentement préalable écrit de BNP Paribas. En recevant ce document, vous acceptez d’être  
engagés par les termes des restrictions ci-dessus.  
ECOTV WEEK  
Pour certains pays de l’Espace Economique Européen :  
Quel est l’évènement de la semaine ?  
Le présent document a été approuvé en vue de sa publication au Royaume-Uni par BNP Pari-  
bas Succursale de Londres. BNP Paribas Succursale de Londres est autorisée et supervisée par  
l’Autorité de Contrôle Prudentiel et autorisée et soumise à une réglementation limitée par la  
Financial Services Authority. Nous pouvons fournir sur demande les détails de l’autorisation et  
de la réglementation par la Financial Services Authority.  
Le présent document a été approuvé pour publication en France par BNP Paribas SA, constituée  
en France en société anonyme et autorisée par l’Autorité de Contrôle Prudentiel (ACP) et régle-  
mentée par l’Autorité des Marchés Financiers (AMF). Le siège social de BNP Paribas est situé au  
16, boulevard des Italiens, 75009, Paris, France.  
Le présent document est distribué en Allemagne par BNP Paribas Succursale de Londres ou  
par BNP Paribas Niederlassung Francfort sur le Main, une succursale de BNP Paribas S.A. dont  
le siège est situé à Paris, France. BNP Paribas S.A Niederlassung Francfort sur le Main, Europa  
Allee 12, 60327 Francfort, est autorisée et supervisée par l’Autorité de Contrôle Prudentiel et est  
autorisée et soumise à une réglementation limitée par le Bundesanstalt für Finanzdienstleis-  
tungsaufsicht (BaFin).  
Etats-Unis : le présent document est distribué par BNP Paribas Securities Corp., ou par une  
succursale ou une filiale de BNP Paribas ne bénéficiant pas du statut de broker-dealer au sens  
de la réglementation américaine. BNP Paribas Securities Corp., filiale de BNP Paribas, est un  
broker-dealer enregistré auprès de la Securities and Exchange Commission et est membre de la  
Financial Industry Regulatory Authority et d’autres bourses principales. BNP Paribas Securities  
Corp. n’accepte la responsabilité du contenu d’un document préparé par une entité non amé-  
ricaine du groupe BNP Paribas que lorsqu’il a été distribué à des investisseurs américains par  
BNP Paribas Securities Corp.  
Japon : le présent document est distribué au Japon par BNP Paribas Securities (Japan) Limited,  
ou par une succursale ou une entité du groupe BNP Paribas qui n’est pas enregistrée comme  
une maison de titres au Japon, à certaines institutions financières définies par l’article 17-3  
alinéa 1 du décret d’application de la Loi japonaise sur les instruments et marchés financiers.  
BNP Paribas Securities (Japan) Limited, est une maison de titres enregistrée conformément à  
la Loi japonaise sur les instruments et marchés financiers et est membre de la Japan Securities  
Dealers Association ainsi que de la Financial Futures Association du Japon. BNP Paribas Securi-  
ties (Japan) Limited, Succursale de Tokyo, n’accepte la responsabilité du contenu du document  
préparé par une entité non japonaise membre du groupe BNP Paribas que lorsqu’il fait l’objet  
d’une distribution par BNP Paribas Securities (Japan) Limited à des entreprises basées au Japon.  
Certains des titres étrangers mentionnés dans le présent document ne sont pas divulgués au  
sens de la Loi japonaise sur les instruments et marchés financiers.  
La réponse dans vos deux minutes d’économie  
EN ÉCO DANS LE TEXTE  
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Hong-Kong : le présent document est distribué à Hong Kong par BNP Paribas Hong Kong Branch,  
filiale de BNP Paribas dont le siège social est situé à Paris, France. BNP Paribas Hong Kong  
Branch exerce sous licence bancaire octroyée en vertu de la Banking Ordinance et est régle-  
mentée par l’Autorité Monétaire de Hong Kong. BNP Paribas Hong Kong Branch est aussi une  
institution agréé réglementée par la Securities and Futures Commission pour l’exercice des acti-  
vités réglementées de types 1, 4 et 6 [Regulated Activity Types 1, 4 et 6] en vertu de la Securities  
and Futures Ordinance.  
Bulletin édité par les Etudes Economiques – BNP PARIBAS  
Les informations contenues dans le présent document peuvent, en tout ou partie, avoir déjà été  
publiées sur le site  
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Directeur de la publication : Jean Lemierre / Rédacteur en chef : William De Vijlder  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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