Emerging

Résistante

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Eco Emerging // 4 trimestre 2020 (achevé de rédiger le 28 septembre 2020)  
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CORÉE DU SUD  
RÉSISTANTE  
Une fois encore, la Corée du Sud semble mieux résister à la crise que l’ensemble des pays développés. La gestion  
efficace de la crise sanitaire et le soutien massif des autorités ont permis une récession moins prononcée que dans  
les autres pays au premier semestre 2020. Toutefois, de nouvelles mesures de distanciation sociale imposées depuis  
fin août et la faiblesse prolongée des exportations pèseront sur la croissance dans les prochains mois. À court-moyen  
terme, les fondamentaux macroéconomiques devraient rester très solides : le déficit et la dette publics resteront  
modérés, l’inflation maîtrisée et la vulnérabilité externe très faible.  
RÉCESSION MOINS PRONONCÉE  
PRÉVISIONS  
Relativement aux autres pays développés, la récession attendue en  
Corée pour 2020 devrait être modérée. Le PIB devrait reculer de 1,3%  
en 2020, après avoir progressé de 2,0% en 2019 et 2,8% en moyenne au  
cours des cinq dernières années.  
2
018  
2019  
2020e 2021e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
Dette des adm. publiques, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
Dette externe, % du PIB  
2.7  
2.0  
-1.3  
0.4  
2.7  
D’une part, la gestion efficace de la crise sanitaire (avec, dès la fin  
du mois de janvier, une politique de dépistage de masse, de traçage  
des contacts et d’isolement des malades) a permis d’assouplir les  
restrictions sur les déplacements de la population et l’activité plus tôt  
que dans la plupart des autres pays, et d’éviter un confinement au  
niveau national.  
1.5  
0.4  
1.1  
1.4  
-0.6  
-4.4  
44.0  
1.0  
-4.3  
44.3  
2.5  
39.5  
4.8  
39.5  
3.6  
D’autre part, les solides fondamentaux macroéconomiques (au début  
de l’année 2020, le déficit et la dette publics étaient modérés, l’inflation  
était maîtrisée et la vulnérabilité externe très faible) ont permis aux  
autorités de soutenir l’économie : plusieurs plans (quatre à ce jour) ont  
été annoncés par le gouvernement depuis le début du mois de mars,  
incluant à la fois des mesures de court terme (destinées à soutenir  
les ménages et les PME les plus vulnérables) et des mesures de long  
terme. Les annonces du mois de juillet comprenaient notamment le  
Korean New Deal, un plan d’investissement sur 5 ans, dont l’objectif est  
de « digitaliser » l’économie, promouvoir des projets « écologiques et  
environnementaux », ainsi que d’améliorer la couverture sociale pour  
l’ensemble de la population. Au total, en incluant le soutien direct et  
indirect (tel que les extensions de garantie pour les entreprises et les  
reports de paiement des impôts et des cotisations de sécurité sociale),  
le montant des mesures se porte à près de 20% du PIB. Dans le même  
temps, la banque centrale a diminué son taux directeur de 75 points  
de base depuis le mois de mars (à 0,5%), annoncé plusieurs plans de  
soutien financier (aux entreprises les plus vulnérables notamment), et  
s’est engagée à fournir de larges montants de liquidités aux entreprises.  
Au total, le PIB n’a reculé « que » de 0,7% en g.a. au premier semestre  
et la demande privée s’est révélée plutôt résistante : la consommation  
privée a reculé de 4,5% en g.a. au premier semestre, et l’investissement  
progressait de 3,3% en g.a., illustrant la flexibilité de l’économie  
coréenne. Sans surprise cependant, les exportations ont lourdement  
chuté au deuxième trimestre (-13% en g.a. en termes réels), malgré  
le soutien apporté par la progression des exportations du secteur des  
semi-conducteurs - liée à la forte augmentation de la demande de  
puces, composants d’ordinateurs portables et périphériques réseaux,  
suite à la brusque augmentation du travail à distance.  
25.6  
398  
7.2  
28.4  
30.1  
400  
30.4  
402  
Réserves de change, mds USD  
404  
S  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USDKWR (fin d'année)  
7.5  
7.5  
7.3  
118  
1 158 1 210  
1 210  
e: ESTIMATIONS ET PRÉVISIONS  
TABLEAU 1  
SOURCE : BNP PARIBAS RECHERCHE ECONOMIQUE GROUPE  
PIB (%, G.A.) ET SES COMPOSANTES (CONTRIBUTION EN PP)  
Consommation privée  
Consommation publique  
Exportations nettes  
PIB (g.a.)  
FBCF  
%
Stocks  
6
4
2
0
2
-
-4  
-
6
2
014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
2020  
GRAPHIQUE 1  
SOURCE : COMPTES NATIONAUX  
REPRISEGRADUELLEPLUTÔTQUEREBONDDECROISSANCE D’une part, le gouvernement a ré-instauré des mesures de distanciation  
sociale à la fin du mois d’août, après que le nombre de nouveaux  
cas confirmés a de nouveau progressé à plus de 400 par jour dans  
les derniers jours du mois, alors que la moyenne enregistrée entre le  
La reprise devrait être graduelle. L’indice de production industrielle  
et les ventes au détail se redressent continûment depuis avril, mais  
plusieurs facteurs devraient contraindre le rebond de l’activité à court  
terme. Nous attendons une croissance du PIB de 2,3% en 2021.  
1
5 mars et le 15 août était de 44. Lors de la première vague épidémique,  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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le pic avait été enregistré le 29 février, avec 909 nouveaux cas. Les  
restrictions ont été allégées dès la mi-septembre (le nombre quotidien  
de nouveaux cas s’était stabilisé autour de 100), mais restent au  
POSITION EXTÉRIEURE NETTE (% DU PIB) ET SES COMPOSANTES (USD MDS)  
Avoirs de réserve  
Dérivés financiers  
Investissement direct  
Autres investissements  
Investissement de portefeuilles  
PII (% du PIB, éch.d)  
«
niveau 2 » pour une durée indéterminée dans la région de Séoul (i.e.  
le recours au télétravail et l’enseignement à distance sont privilégiés,  
les rassemblements sont limités). Le gouvernement devrait présenter  
dans les prochains jours de nouvelles mesures au plan national afin  
d’établir « une stratégie prudente entre croissance économique et lutte  
contre le virus ». Ces mesures pèseront sur la consommation privée au  
dernier trimestre (notamment sur la demande de services) et au début  
de l’année 2021, mais probablement moins qu’au premier semestre.  
D’autre part, même si les exportations devraient pouvoir se redresser à  
très court terme, la demande mondiale restera durablement affaiblie,  
pénalisant d’autant le secteur exportateur coréen. Les tensions  
entre les États-Unis et la Chine pèseront particulièrement sur les  
exportations coréennes compte tenu, à la fois, de la forte intégration  
de la Corée dans les chaînes de valeur régionales et de l’importance  
des relations commerciales entre les deux pays (comme source de la  
demande finale). Signe de leur vulnérabilité, les exportations totales de  
la Corée ont chuté de 10% en g.a. (en dollars courants) en 2019 lorsque  
les tensions sino-américaines se sont intensifiées, alors que celles  
de Taiwan n’ont diminué que de 2% sur l’année (et les exportations  
chinoises n’ont que très légèrement baissé). De même, alors que les  
exportations chinoises et taiwanaises se sont redressées pendant  
l’été 2020, les ventes coréennes ont continué de chuter (-9% en g.a.  
en juillet-août). Les exportations coréennes à destination de la Chine  
ont diminué de 16% en 2019 et de 5% sur les 8 premiers mois de 2020.  
9
00  
00  
45  
25  
5
4
-
100  
-600  
-15  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
2020  
GRAPHIQUE 2  
SOURCE : BANQUE CENTRALE  
la redistribution, en augmentant les dépenses publiques. Le Korean  
New Deal présenté en juillet s’inscrit dans ce cadre. Au total, le déficit  
budgétaire devrait s’établir à 4,4% du PIB en 2020, contre 0,6% en 2019.  
La dette publique devrait atteindre 44% du PIB en 2020, contre 39,5% en  
019. Si le gouvernement applique effectivement les plans annoncés,  
on s’attend, pour les prochaines années, à une stabilisation du déficit  
et de la dette autour de ces niveaux.  
2
Le profil de la dette publique est favorable : la maturité des bons du  
Trésor est longue (plus de 10 ans), la base d’investisseurs est diversifiée,  
à la fois au plan domestique et international. Par ailleurs, la part  
d’investisseurs étrangers détenteurs de bons du Trésor a légèrement  
augmenté récemment, mais reste modérée (à 17% en juillet 2020, après  
avoir été stable autour de 15% depuis 2015). Enfin, la dette contingente  
liée aux entreprises publiques reste importante (estimée à 26% du PIB  
à fin-2019), mais décroit continûment depuis la mise en place du plan  
de restructuration instauré en 2013 (la dette contingente représentait  
alors plus de 35% du PIB).  
Enfin, le système bancaire dans son ensemble est solide et capable  
d’absorber une dégradation temporaire de la qualité des actifs. La  
rentabilité des banques va diminuer au cours des prochains trimestres,  
mais les mesures de soutien mises en place par le gouvernement et  
la banque centrale aideront à absorber le choc. Cela dit, quelques  
fragilités sont à surveiller : la vulnérabilité de plusieurs banques  
régionales a augmenté (pour les régions dans lesquelles les mesures de  
distanciation sociale ont été les plus strictes), ainsi que pour certaines  
branches du secteur exportateur (automobile et naval notamment).  
Par ailleurs, bien que le risque associé soit considéré comme modéré à  
court terme, la dette des ménages est élevée (103% du PIB à la fin du  
T1 2020). Les mesures macroprudentielles mises en place depuis 2017  
ont permis de ralentir la progression du crédit aux ménages, mais le  
profil de la dette reste source de vulnérabilité, notamment parce que  
Les revenus liés au tourisme devraient également rester faibles au  
cours des prochains trimestres, mais l’effet sur la croissance ne sera  
pas aussi important que pour d’autres pays de la région. Au sens strict,  
les recettes du tourisme représentent 2% du PIB en Corée, contre près  
de 12% en Thaïlande par exemple.  
Enfin, en l’absence de nouvelles mesures de soutien à l’activité, la  
contribution de la consommation publique à la croissance devrait se  
réduire. Dans sa proposition de budget (présentée mi-septembre), le  
gouvernement ne prévoit une augmentation des dépenses que de 1%  
en 2021 relativement au montant total de 2020 (qui avait augmenté de  
près de 15% par rapport à 2019, après inclusion des quatre plans de  
relance successifs).  
DE SOLIDES FONDAMENTAUX MACROÉCONOMIQUES  
AIDENT À ABSORBER LA DÉGRADATION ACTUELLE  
Les fondamentaux macroéconomiques coréens devraient rester solides  
à court terme. D’une part, la vulnérabilité externe reste particulièrement  
faible. Le compte courant devrait se dégrader mais rester excédentaire  
(
avec un excédent attendu à 1%, du PIB après 3,6% en 2019). En outre, la  
position financière extérieure se renforce continument depuis 2010 et  
était proche de 36% du PIB à la fin du T2 (alors qu’elle était légèrement  
inférieure à 30% à la fin du T4 2019), constituant une solide protection  
contre les épisodes de fuites de capitaux.  
5
0% du total de cette dette est toujours liée à des emprunts à taux  
D’autre part, la dégradation des finances publiques, consécutive aux  
quatre plans de relance annoncés cette année, s’inscrit dans une  
situation très confortable et devrait être modérée. Tout d’abord parce  
que le secteur privé (y compris les institutions financières) contribuera  
largement au soutien financier apporté aux entreprises. Ensuite, dès le  
budget 2019, le gouvernement avait proposé une politique économique  
de « croissance tirée par les revenus », dont l’objectif était d’améliorer  
variables.  
helene.drouot@bnpparibas.com  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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