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Eco Emerging // 3 trimestre 2022  
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TAIWAN  
SOLIDE  
L’économie taiwanaise a très bien résisté aux multiples chocs extérieurs des deux dernières années. Le secteur  
exportateur a largement tiré parti de la forte hausse de la demande mondiale de biens de haute technologie. En  
outre, la demande domestique a bénéficié du soutien budgétaire et de la politique monétaire accommodante. En  
2
022, de nombreux freins devraient contraindre la croissance économique (vague d‘Omicron du printemps, ruptures  
d’approvisionnement liées à la conjoncture chaotique en Chine, accélération de l’inflation et durcissement de la  
politique monétaire, environnement international moins favorable). Le ralentissement de la croissance n’entraînerait  
qu’une dégradation limitée de la qualité des prêts bancaires. Néanmoins, le secteur immobilier, après une forte hausse  
des prix depuis 2019, pourrait connaître une correction.  
L’économie taiwanaise a une nouvelle fois démontré sa capacité à  
résister aux chocs au cours des deux dernières années. En dépit de  
la pandémie de Covid-19, sa croissance a atteint 3,4% en 2020 puis  
rebondi à 6,6% en 2021. Les comptes externes, déjà très solides la  
veille de la crise sanitaire, se sont renforcés, et les finances publiques  
se sont à peine dégradées.  
En outre, les perspectives de croissance à moyen terme se sont  
améliorées par rapport à la fin des années 2010, grâce aux mesures  
du gouvernement visant à élever la compétitivité de l’économie, à  
l’augmentation du taux d’investissement, et à un solide potentiel  
d’expansion des exportations. Toutefois, en 2022, l’activité économique  
devrait pâtir des conséquences des nouvelles vagues de Covid-19 qui  
viennent de toucher l’île et les pays voisins, ainsi que de la dégradation  
de l’environnement international.  
PRÉVISIONS  
2
019  
2020  
2021 2022e 2023e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, moyenne annuelle, %  
Solde des adm. publiques, % du PIB  
Dette des adm. publiques, % du PIB  
Solde courant, % du PIB  
3,1  
0,6  
3,4  
-0,2  
-1,0  
32,3  
14,2  
28,4  
530  
6,6  
1,8  
3,5  
3,2  
3,0  
2,0  
0,1  
-0,2  
30,2  
14,8  
27,6  
548  
16,2  
-1,0  
29,3  
12,0  
26,6  
550  
13,9  
-1,0  
28,9  
13,0  
26,4  
570  
13,5  
32,7  
10,6  
30,2  
478  
17,4  
Dette externe, % du PIB  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
20,8  
E : ESTIMATIONS ET PRÉVISIONS  
TABLEAU 1  
SOURCE : BNP PARIBAS RECHERCHE ECONOMIQUE GROUPE  
SOLIDE REBOND EN 2021  
En 2021, la croissance économique taiwanaise a été tirée par la forte  
hausse de la production industrielle et des exportations, par des  
politiques monétaire et budgétaire accommodantes, et par l’expansion  
continue de l’investissement privé. Cette dernière a été généralisée,  
les nouveaux investissements profitant, en particulier, aux machines  
et équipements industriels, au développement du réseau 5G, et aux  
secteurs des transports et de l’énergie verte. L’investissement total a  
progressé de 15,4% en termes réels en 2021 et se situait, au T4 2021,  
TAIWAN : UNE CROISSANCE TIRÉE PAR LES EXPORTATIONS ET L’INVESTISSEMENT  
contributions, pp  
14  
12  
10  
8
6
4
1
9% au-dessus de son niveau d’avant-crise du T4 2019.  
2
Le secteur exportateur a largement bénéficié de la forte hausse de la  
demande mondiale de biens de haute technologie depuis deux ans. En  
particulier, les entreprises de semi-conducteurs (notamment Taiwan  
Semiconductor Manufacturing Co., le plus gros fabricant de puces  
électroniques au monde) ont pu augmenter leur production et leurs  
ventes dans un contexte de pénurie mondiale. En 2021, le commerce  
extérieur net a contribué pour environ un tiers à la croissance du  
PIB réel (graphique 1). Les recettes d’exportations totales en dollars  
ont rebondi de près de 30%, permettant à Taiwan de continuer de  
dégager d’importants excédents commerciaux (11,4% du PIB en 2021)  
et courants (14,8% du PIB).  
0
-2  
-4  
-6  
-8  
Exportations nettes  
FBCF  
Variation des stocks  
Dépenses publiques  
PIB réel, g.a. %  
-
-
-
10  
12  
14  
Consommation privée  
2007  
2009  
2011  
2013  
2015  
2017  
2019  
2021  
GRAPHIQUE 2  
SOURCES : DGBAS, CEIC  
Le redressement de la demande des ménages a été beaucoup  
plus poussif, en dépit des mesures de soutien du gouvernement. La  
consommation privée a chuté de 2,5% en 2020 et n’a pas progressé  
en 2021 (-0,3%). Elle est restée contrainte par les différentes vagues  
de Covid-19 et le maintien d’importantes restrictions à la mobilité  
MULTIPLES FREINS EN 2022  
les confinements les plus stricts ont eu lieu à l’été 2021), qui ont  
La courbe épidémique s’est de nouveau dégradée au printemps 2022.  
Le nombre de nouveaux cas de Covid-19 est monté en flèche en avril  
et mai, atteignant un pic de plus de 80 000 cas par jour la dernière se-  
maine de mai (pour une population totale de 24 millions d’habitants).  
Cette vague, liée au variant Omicron, a en partie résulté de l’abandon  
graduel de la stratégie zéro Covid par les autorités, qui ont pu s’appuyer  
(
durablement affaibli la confiance des ménages. L’absence de touristes  
a également pesé sur l’activité des secteurs de services depuis deux  
ans.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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0
sur l’amélioration de la couverture vaccinale de la population (passée  
de 68% fin 2021 à 82% début juillet, 73% ayant également reçu la dose  
de rappel). En dépit du changement de stratégie, les indicateurs de  
mobilité ont chuté en avril-mai, ce qui a pesé sur l’activité, les ventes  
au détail en particulier. Ils remontent progressivement depuis début  
juin, et la consommation privée devrait se renforcer pendant l’été.  
Cependant, d’autres freins pèsent sur la croissance économique, qui  
est attendue à 3,5% sur l’ensemble de 2022. La croissance du PIB réel  
a déjà marqué le pas au T1 2022 (+1,1% t/t contre 2,4% t/t au T4 2021),  
et pourrait être négative (en glissement trimestriel) au T2. Elle ne se  
redresserait que modérément au second semestre de l’année, dans un  
contexte de ralentissement de la demande mondiale, de montée des  
pressions inflationnistes et de resserrement monétaire. La politique  
budgétaire devrait en revanche rester un soutien à l’activité.  
L’industrie et les exportations taiwanaises ont été directement affec-  
tées par les conséquences des récents confinements à Shanghai et  
dans d’autres régions industrielles chinoises. Les perturbations dans le  
transport de marchandises, les ruptures d’approvisionnement dans les  
chaînes de valeur et la contraction de la demande chinoise ont conduit  
au ralentissement de la production manufacturière (+5,1% en g.a. en  
TAIWAN : RESSERREMENT DE LA POLITIQUE MONÉTAIRE  
Inflation, g.a.  
Taux directeur (taux d'escompte)  
Taux de base bancaire  
6 %  
5
4
3
2
1
0
1
2
-
-
2007  
2009  
2011  
2013  
2015  
2017  
2019  
2021  
GRAPHIQUE 2  
SOURCES : DGBAS, CBRC, CEIC  
mai 2022, contre 9,2% en décembre 2021) et des exportations (+12,5% décembre) et l’inflation IPC n’est pas excessive. Elle est toufefois à son  
en g.a. en mai contre 23,3% en décembre). La Chine absorbe environ niveau le plus élevé depuis 2008, et les anticipations d’inflation conti-  
3
0% des exportations de Taiwan (et Hong Kong 14%), et représente 22% nuent de se détériorer.  
de ses importations.  
En conséquence, à l’instar de nombreuses autres banques centrales,  
Les problèmes d’approvisionnement dans l’industrie ont commencé à les autorités monétaires taiwanaises ont entamé un cycle de resser-  
s’atténuer avec la levée (partielle) des restrictions à la mobilité en rement. Le principal taux directeur, qui avait été maintenu à un niveau  
Chine, mais le secteur exportateur taiwanais restera pénalisé à court bas historique de 1,125% depuis le choc de la Covid-19 début 2020, a  
terme par l’affaiblissement de la demande mondiale. L’indice PMI du été relevé à 1,375% en mars et à 1,5% en juin. D’autres hausses sont  
secteur manufacturier est d’ailleurs passé sous la barre des 50 au mois attendues aux comités de politique monétaire des deux prochains tri-  
de juin 2022 (à 49,8), pour la première fois depuis juin 2020. Il est mestres.  
notamment affecté par la baisse de la sous-composante « nouvelles  
commandes à l’exportation » (à 47,9).  
La hausse du taux directeur s’est répercutée sur les taux débiteurs  
(
graphique 2), et la croissance du crédit bancaire devrait ralentir à  
De fait, étant donné son degré élevé d’ouverture commerciale et sa court terme. Le crédit bancaire au secteur privé s’est progressivement  
dépendance aux exportations, l’économie taiwanaise se trouve exposée renforcé depuis 2016, y compris au cours des deux dernières années  
aux répercussions indirectes de la guerre en Ukraine via ses effets sur (sa hausse réelle a atteint 5,9% en g.a. en avril-mai 2022, contre 3,9%  
le commerce mondial, les chaînes de valeur ainsi que sur les prix des en 2019). Il représentait près de 160% du PIB en 2021, soit un niveau  
matières premières. Les conséquences directes du conflit sont quant relativement élevé, également réparti entre les secteurs des entre-  
à elles infimes, les échanges commerciaux de l’île avec la Russie et prises et des ménages. Le durcissement des conditions de crédit et le  
l’Ukraine étant extrêmement réduits.  
ralentissement de l’activité pourraient conduire à une dégradation de  
la qualité du portefeuille de prêts du secteur bancaire. En particulier,  
l’importante exposition des banques au secteur immobilier (environ  
Enfin, Taiwan a fait face à d’importantes sorties de capitaux depuis le  
début de l’année : en plus du mouvement de retrait des investisse-  
ments de portefeuille qu’ont subi une majorité de marchés émergents,  
Taiwan a souffert d’un regain d’inquiétudes au sujet des tensions qui  
règnent dans le détroit de Formose. Les conséquences sur les variables  
financières ont été significatives (le dollar taiwanais a ainsi perdu plus  
de 7% de sa valeur face au dollar américain au cours du S1 2022, et  
l’indice principal de la Bourse de Taipei a chuté de près de 20%), mais  
la position de liquidité extérieure de Taiwan est restée intacte, et ex-  
trêmement solide.  
4
0% du total des prêts) est une source de vulnérabilité, d’autant que les  
prix, qui ont fortement progressé entre le T4 2019 et le T1 2022 (+27%),  
pourraient connaître une correction. Néanmoins, les risques de crédit  
devraient rester largement sous contrôle. D’abord, le secteur bancaire  
dans son ensemble est solide, bien capitalisé et liquide. Ensuite, la  
qualité moyenne des prêts bancaires est très bonne, résultat de po-  
litiques prudentes de gestion du risque (le ratio moyen de créances  
douteuses est très bas, inférieur à 0,2% depuis août 2021). Enfin, les  
autorités ont introduit des mesures macro-prudentielles depuis la fin  
2
020, qui ont notamment permis de limiter les transactions spécula-  
RESSERREMENT MONÉTAIRE EN COURS  
tives sur le marché immobilier et de contenir la charge du service de la  
L’inflation des prix à la consommation (IPC) accélère depuis plusieurs dette hypothécaire des ménages.  
mois (+3,4% en g.a. en mai 2022 contre 2,6% en décembre 2021), prin-  
cipalement tirée par la hausse des prix des denrées alimentaires –  
qui constituent 24,8% du panier de consommation des ménages et ont  
augmenté de 7,4% en g.a. en mai (contre 4,2% en décembre). L’inflation  
sous-jacente n’accélère guère (+1,7% en g.a. en mai contre 1,6% en  
Achevé de rédiger le 5 juillet 2022  
Christine PELTIER  
christine.peltier@bnpparibas.com  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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