Emerging

D’une crise politique à l’autre

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Eco Emerging // 3 trimestre 2022  
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PÉROU  
D’UNE CRISE POLITIQUE À L’AUTRE  
Le PIB péruvien a retrouvé son niveau d’avant crise, grâce au fort sursaut d’activité enregistré en 2021. Mais les capa-  
cités de rebond sont limitées et les perspectives de croissance à court et moyen terme sont modérées. D’une part, les  
pressions inflationnistes pèsent sur la consommation et la désorganisation des chaînes de valeur entrave le secteur  
exportateur. D’autre part, la longue crise politique freine les perspectives d’investissement. Par ailleurs, les finances  
publiques se sont dégradées au cours des deux dernières années. Plus que le niveau de la dette, encore modéré, c’est  
la composition qui inquiète car elle rend le pays plus vulnérable au changement de sentiment des investisseurs.  
NET RALENTISSEMENT DE LA CROISSANCE  
Après un rebond de plus de 13% en 2021, un des taux de croissance  
PRÉVISIONS  
les plus élevés de la région, l’activité économique devrait très nette-  
ment ralentir en 2022 et 2023, autour de 3% en moyenne. Le retrait  
2
019  
2020  
2021 2022e 2023e  
progressif des mesures de soutien liées à la pandémie (monétaires et  
fiscales), les pressions inflationnistes et les mouvements sociaux pè-  
seront sur la demande interne. Dans le même temps, le ralentisse-  
ment de la demande mondiale, la dégradation des termes de l’échange  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, moyenne annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
2,2  
2,1  
-12,0  
1,8  
13,3  
4,0  
3,2  
7,0  
2,9  
3,5  
-3,0  
26,8  
-1,5  
34,7  
68,4  
19,4  
-8,3  
35,4  
0,7  
-2,8  
36,1  
-2,8  
41,2  
76,6  
16,2  
-2,6  
35,8  
-1,3  
42,4  
81,8  
15,6  
-2,6  
35,4  
-1,3  
41,7  
82,9  
15,8  
(
principalement à cause des chocs géopolitiques), les ruptures d’ap-  
Dette publique, % du PIB  
provisionnement et les dérèglements des chaînes de valeur freinent  
les exportations.  
Balance courante, % du PIB  
Dette externe, % du PIB  
44,7  
71,5  
25,1  
Parallèlement, les pressions inflationnistes se sont intensifiées depuis  
la mi-2021 et ont nettement accéléré depuis le début de l’année 2022  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
(
à 8,8% en g.a. en mai). Bien que les liens commerciaux avec l’Ukraine  
E: ESTIMATIONS ET PRÉVISIONS  
et la Russie soient très limités, les conséquences de la guerre sur les  
prix des matières premières sont significatives sur l’augmentation des  
prix au Pérou. La banque centrale a réagi rapidement. Elle a augmen-  
té son taux directeur de 525 points de base depuis le mois de juillet  
TABLEAU 1  
SOURCE : BNP PARIBAS RECHERCHE ECONOMIQUE GROUPE  
2
021 (à 5,5% en fin juin 2022). Les pressions inflationnistes devraient  
PÉROU : INDICE MENSUEL D’ACTIVITÉ  
perdurer au cours des prochains mois : la désorganisation des chaînes  
de valeur continuera, au moins à court terme, à exercer des pressions  
sur les prix, et surtout, les prix des matières premières devraient rester  
durablement élevés. En moyenne, l’inflation devrait atteindre 7% en  
déc. 2019 = 100, cvs  
105  
2
022 et nous anticipons de nouvelles hausses de taux à court terme.  
100  
95  
FAIBLESSES STRUCTURELLES  
90  
85  
L’activité a retrouvé son niveau de décembre 2019 (soit avant le début  
de l’épidémie de Covid-19) mais peine à le dépasser (graphique 1).  
80  
75  
La capacité de rebond est effectivement limitée. Les faiblesses struc-  
turelles du pays en termes de gouvernance se sont progressivement  
accentuées au cours du précédent mandat (2016-2021), comme l’ont  
illustré la défiance du Parlement vis-à-vis du gouvernement et la mul-  
tiplication du nombre de scandales de corruption. Au cours de ce man-  
dat, quatre présidents (trois en novembre 2020), deux parlements et  
un grand nombre de gouvernements se sont succédés. Le nombre de  
réformes économiques et sociales mises en place par le gouvernement  
a nettement diminué (en comparaison à la décennie précédente). Par  
ailleurs, la croissance du PIB (à peine 3% par an en moyenne entre  
70  
65  
60  
0
1/2019  
07/2019  
01/2020  
07/2020  
01/2021  
07/2021  
01/2022  
GRAPHIQUE 1  
SOURCES : BANQUE CENTRALE, BNP PARIBAS  
(
et les fermetures prolongées des écoles) auront des effets négatifs sur  
l’accumulation du capital humain, et donc sur la croissance potentielle.  
Le FMI estime à présent que la croissance potentielle péruvienne se  
situe autour de 3%, alors qu’elle était légèrement supérieure à 3,5%  
avant la crise.  
2
015 et 2019 contre 5% entre 2011 et 2015) et de l’investissement  
dont la part dans le PIB s’est réduite 21 % du PIB en 2016-2019 contre  
4,3 % du PIB en 2011-2015) ont nettement ralenti.  
(
2
En outre, le soutien massif des autorités, dès le début de la pandémie,  
n’a pas suffi à empêcher la dégradation de plusieurs indicateurs so-  
ciaux (le taux de pauvreté par exemple) et ceux du marché de l’emploi.  
D’après le FMI, les confinements très stricts imposés par les autorités  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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0
CRISE POLITIQUE : PAS D’ISSUE À COURT TERME  
PÉROU : DETTE PUBLIQUE  
À court terme, le climat politique pourrait se dégrader encore davan-  
tage. Le parti du président Castillo (élu en avril 2021) ne dispose que  
de 37 députés (sur 130) au Parlement, et les coalitions sont fragiles.  
En moins d’un an (le mandat a débuté fin juillet), les remaniements  
gouvernementaux ont été nombreux et le président a déjà évité deux  
procédures de destitution.  
externe  
domestique  
%
0
du PIB  
4
3
5
30  
Si Pedro Castillo termine son mandat (en 2026), les relations entre  
le Parlement et le gouvernement resteront tendues et le risque que  
les procédures de destitutions se multiplient est élevé. À l’inverse, si  
le président est destitué, ou s’il démissionnne, de nouvelles élections  
pourraient mener à une polarisation encore plus marquée de la vie po-  
litique. Il est probable que le Parlement reste fragmenté, sans majorité  
nette, ce qui n’améliorera pas la gouvernabilité du pays et la capacité  
à mener des réformes.  
Depuis le mois de janvier, les tensions se cristallisent autour du projet  
présidentiel de ré-écriture de la constitution (influencé par la procé-  
dure en cours au Chili). Après une première proposition, rejetée par le  
Parlement, le Congrès a promulgué une loi rendant nécessaire l’appro-  
bation des députés en cas de référendum public. Fin avril, le président  
a pourtant soumis au Parlement une nouvelle proposition de référen-  
dum (qui se tiendrait le 2 octobre prochain) concernant une nouvelle  
constitution. Même s’il a peu de chances d’être adopté, le projet est  
pour le moment en discussion au Parlement.  
2
5
0
2
15  
1
0
5
0
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
2020  
2021  
2022  
GRAPHIQUE 2  
SOURCES : BANQUE CENTRALE, BNP PARIBAS  
La dette est à présent libellée à 50% en devises, et détenue à 50% par  
des non-résidents (chacun des deux indicateurs représentait moins de  
3
0% du total en 2019), ce qui augmente la vulnérabilité du pays en cas  
de remous sur les marchés financiers. Moody’s et Fitch ont dégradé  
la note souveraine du pays en septembre-octobre 2021, et Fitch a de  
nouveau dégradé sa note en mars 2022.  
DÉGRADATION DES FINANCES PUBLIQUES  
L’économie ne montre pas de signe de déséquilibre majeur et les ré-  
formes les plus radicales (et les plus coûteuses) envisagées par le gou-  
vernement n’ont pas pu être mises en place. Mais il est probable que  
la prolongation de la crise politique continue de peser sur les pers-  
pectives d’investissement (domestique et étranger). Surtout, il est peu  
probable que le président parvienne à introduire la vaste réforme fis-  
cale qu’il s’était engagé à mettre en place.  
.
Achevé de rédiger le 1er juillet 2022  
Hélène DROUOT  
helene.drouot@bnpparibas.com  
De nouvelles mesures populistes sont à craindre, ce qui repousserait  
la consolidation des finances publiques. Les pressions inflationnistes et  
de nombreux mouvements sociaux en avril ont déjà conduit le Congrès  
et le gouvernement à prendre de nouvelles mesures de soutien. Le  
Congrès avait ainsi autorisé les salariés à puiser dans leur épargne  
retraite. Le président a annoncé en avril une augmentation de 10% du  
salaire minimum, ainsi que plusieurs mesures de soutien destinées à  
compenser les effets de l’inflation : augmentation des subventions sur  
le prix du fuel et exonération de certaines taxes concernant les biens  
de première nécessité, pour un montant de 0,3% du PIB. Après une forte  
réduction en 2021, le déficit devrait se réduire très légèrement en 2022  
(
la hausse du prix du cuivre, et donc des revenus gouvernementaux,  
compensera celle des dépenses associées aux mesures de soutien).  
Le risque d’un dérapage des finances publiques a augmenté depuis  
2
021. Bien qu’à un niveau encore modéré, la dette a fortement aug-  
menté au cours des deux dernières années, de 27% du PIB fin 2019 à  
6% du PIB fin 2021.  
3
Mais plus que le niveau de la dette, c’est la détérioration de son profil  
qui inquiète : l’augmentation du déficit et l’autorisation donnée aux  
salariés de puiser dans leur épargne retraite se sont traduites par un  
recours accru au financement extérieur.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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ARABIE SAOUDITE  
RÉFORME BUDGÉTAIRE EN COURS  
La reprise économique devrait être soutenue en 2022 grâce à la forte hausse de la production d’hydrocarbures  
décidée par l’OPEP+ et à l’accélération de la consommation des ménages. La conjoncture pétrolière est favorable aux  
finances publiques. Pourtant, le gouvernement devrait poursuivre sa politique de consolidation et de diversification  
de ses revenus. Celle-ci a déjà permis une réduction significative du prix d’équilibre du budget, et donc une moindre  
exposition à la volatilité des marchés pétroliers. Parallèlement à cette dynamique positive, des tensions sont  
apparues sur le marché interbancaire et ont nécessité l’injection de liquidité de la part de la banque centrale. Avec  
le gonflement du crédit bancaire et une gestion moins pro-cyclique des excédents budgétaires, les banques ont dû  
recourir à des ressources extérieures et réduire leur actif extérieur net afin de financer leur activité.  
FORT REBOND DE L’ACTIVITÉ  
PRÉVISIONS  
La croissance économique devrait atteindre 7,4% en 2022, grâce  
principalement à l’augmentation de la production pétrolière. Après  
2
019  
2020  
2021 2022e 2023e  
une année de quasi stabilité en 2021 (+0,2%), la hausse graduelle des  
quotas de production décidée par l’OPEP+ (pays membres de l’OPEP et  
Russie) devrait faire rebondir le PIB pétrolier (environ 40% du PIB total)  
de 14% en 2022. Cette hausse de la production d’hydrocarbures est par  
ailleurs soutenue par la nécessité de compenser au moins partiellement  
la réduction de la production russe. En tant que producteur disposant  
de l’essentiel des capacités de production inutilisées au sein du cartel,  
l’Arabie saoudite est le principal contributeur à la hausse des quotas  
de production.  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, moyenne annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
0,4  
-1,2  
-4,5  
23  
-4,1  
3,4  
3,3  
3,1  
-0,8  
30  
7,4  
2,7  
3,3  
1,7  
8,5  
24  
-11,2  
32  
10,8  
25  
Dette du gouv. central, % du PIB  
Solde courant, % du PIB  
4,8  
24  
-3,2  
30  
6,8  
37  
14,3  
30  
9,2  
31  
Dette externe, % du PIB  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
500  
27  
454  
30  
456  
27  
539  
26  
582  
26  
Le PIB non pétrolier devrait croître d’environ 3,7% en 2022, soutenu  
essentiellement par la consommation des ménages. Celle-ci bénéficie  
à la fois de l’amélioration du marché du travail et de la modération des  
pressions inflationnistes. Le taux de chômage est en baisse régulière  
depuis 2020 et a atteint 10,1% de la population active en T1 2022. La  
hausse de l’emploi des femmes est significative depuis la mise en place  
de politiques favorisant leur embauche. Leur taux de participation au  
marché de l’emploi est ainsi passé de 19% en 2017 à 36% en 2021. Par  
ailleurs, la fin des restrictions aux déplacements liées à la pandémie de  
Covid-19 et la reprise économique dans les secteurs hors pétrole de-  
vraient encourager le retour des expatriés (dont le nombre avait baissé  
de 4,6% en 2021). La progression du crédit aux ménages (+17% a/a en  
décembre 2021) soutient également la consommation privée.  
Le rôle des dépenses publiques dans la croissance évolue. Le gouver-  
nement souhaite réduire leur caractère très pro-cyclique, qui a eu ten-  
dance à favoriser la surchauffe de l’économie durant les périodes de  
revenus pétroliers élevés. Ainsi, malgré la bonne conjoncture pétro-  
lière, et donc des revenus budgétaires en hausse, les dépenses budgé-  
taires ne devraient progresser que modérément.  
E: ESTIMATIONS ET PRÉVISIONS  
TABLEAU 1  
SOURCE : BNP PARIBAS RECHERCHE ECONOMIQUE GROUPE  
ARABIE SAOUDITE : SOLDE BUDGÉTAIRE  
Revenus pét roliers  
% des  
Autres revenus  
revenus totaux  
%
PIB  
Dépenses totales  
35  
5
0
Solde budgét aire  
Taxe sur les B&S (é.d.)  
40  
30  
3
0
25  
20  
15  
10  
5
20  
1
0
0
10  
20  
-
-
0
D’un point de vue sectoriel, les services (notamment les loisirs au sens  
large) et la construction devraient soutenir l’activité, favorisés par le  
programme de développement « Vision 2030 » qui vise à diversifier  
l’économie et à développer les infrastructures.  
2016  
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2018  
2019  
2020  
2021e  
GRAPHIQUE 1  
SOURCES : MINISTÈRE DES FINANCES, BNP PARIBAS  
En 2023, la croissance devrait atteindre 3.3% étant donné la faible  
progression de la production pétrolière (+2.2%). La croissance hors  
hydrocarbures devrait se renforcer et atteindre 4,1%.  
alimentaires sont le principal moteur de l’inflation (+4,6% en mai), tan-  
dis que les prix de l’énergie sont quasiment stables (+0,15%) grâce au  
maintien de subventions gouvernementales. En juin 2021, le gouverne-  
ment a introduit une limite à la hausse des prix de l’essence et com-  
pense tout effet de la hausse des cours mondiaux du pétrole survenue  
depuis lors (le prix du Brent a augmenté de 45% environ pendant cette  
période). Les loyers (21% de l’indice des prix) sont en hausse depuis  
mars, mais de manière très modérée (+0,5% en mai). Plus générale-  
INFLATION MODÉRÉE  
À l’instar de la majorité des pays du Golfe, les pressions inflationnistes  
devraient rester modérées en 2022. L’inflation des prix à la consom-  
mation s’est stabilisée à 2,2% en rythme annuel en mai 2022. Les prix  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
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