Conjoncture

La consommation des ménages français en 2019 : faible et forte à la fois

ECO CONJONCTURE  
N°7  
20 octobre 2020  
LA CONSOMMATION DES MÉNAGES FRANÇAIS EN 2019 : FAIBLE ET FORTE À LA FOIS  
Hélène Baudchon  
Le moteur de la croissance française, la consommation des ménages, serait-il grippé? Ou, au contraire, était-il en train de repartir? En 2019,  
elle a progressé de 1,5% en volume en moyenne annuelle, un rythme considéré comme décevant. Pour quelle(s) raison(s) ? Par rapport  
à quoi ? S’agit-il vraiment d’un rebond de faible ampleur ? Il n’est pas si facile d’en juger : tout dépend de la perspective retenue et du  
déterminant analysé. Cet article apporte des éléments de contextualisation et de réponses à ces questions. La première partie décrit le rôle  
de moteur de la consommation des ménages, sa dynamique de croissance, et sa composition. La seconde partie analyse le (manque de)  
dynamisme de la consommation depuis 2008 en général et en 2019 en particulier.  
2
7
TABLEAU DE BORD : POIDS,  
VITESSE, COMPOSITION DE  
LA CONSOMMATION  
UNE CONSOMMATION  
SOUS CONTRAINTES  
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LA CONSOMMATION DES MÉNAGES FRANÇAIS EN 2019: FAIBLE ET FORTE À LA FOIS  
2
Le moteur de la croissance française, la consommation des ménages, serait-il grippé ? Ou, au contraire, était-il en  
train de repartir ? En 2019, elle a progressé de 1,5% en volume en moyenne annuelle, un rythme considéré comme  
décevant. Pour quelle(s) raison(s) ? Par rapport à quoi ? S’agit-il vraiment d’un rebond de faible ampleur ? Il n’est  
pas si facile d’en juger : tout dépend de la perspective retenue et du déterminant analysé. Cet article apporte des  
éléments de contextualisation et de réponses à ces questions. La première partie décrit le rôle de moteur de la  
consommation des ménages, sa dynamique de croissance, et sa composition. La seconde partie analyse le (manque  
de) dynamisme de la consommation depuis 2008 en général et en 2019 en particulier.  
L’impression première de ménages français particulièrement Point intéressant : elle est talonnée par l’investissement. Sur les trois  
parcimonieux l’année passée n’est pas confirmée : il s’agit plus d’une années les plus récentes, de 2017 à 2019, la contribution annuelle  
performance « entre-deux », avec des aspects positifs et d’autres moyenne de l’investissement est même 0,2 point supérieure à celle  
négatifs. Plutôt que de moteur grippé, il faudrait parler de moteur de la consommation des ménages (respectivement, 0,9 et 0,7), ce  
«
bridé » de la consommation des ménages. En effet, il n’a pas manq qui est peu fréquent et participe au discours sur la faiblesse de la  
de carburants : hausse nette du pouvoir d’achat, baisse marquée consommation. On rappellera également, en complément de son rôle  
du taux de chômage, niveau extrêmement bas des taux d’intérêt, de moteur dans les phases de croissance, le rôle d’amortisseur de  
dynamisme du crédit, effets de richesse, redressement de la confiance. la consommation dans les récessions : ses baisses sont rares et ses  
Mais il a aussi été entravé par l’effet persistant de la faiblesse des fluctuations bien moins amples que celles de l’investissement ou des  
gains de pouvoir d’achat au cours de la décennie 2008-2018, des effets exportations.  
de composition de ces gains de pouvoir d’achat, le poids des dépenses  
pré-engagées, le niveau relativement bas de la confiance des ménages,  
l’articulation complexe des nombreuses et diverses mesures fiscales  
et budgétaires, les unes favorables au pouvoir d’achat, les autres En 2019, la consommation des ménages a progressé de 1,5% en volume  
défavorables. Il convient d’ajouter à cette liste le facteur temps : la en moyenne annuelle après 0,8% en 2018 . Le rebond est tangible : la  
L’importance du rebond de la consommation en 2019 :  
une question de perspective  
1
consommation ne réagit pas immédiatement à un surcroît de pouvoir consommation a progressé près de deux fois plus vite qu’en 2018. Il  
d’achat, aussi important soit-il. 2019 devait marquer l’essai et 2020 est pourtant plus souvent qualifié de « décevant » et de « rendez-vous  
le transformer. Mais on ne saura jamais si l’amplification attendue du manqué ». Quelle(s) en sont les raison(s) ? En premier lieu, il convient  
rebond aurait été au rendez-vous, la crise de la Covid-19 étant passée de considérer les gains de pouvoir d’achat en 2019 (cf. graphique 4) :  
par là.  
à côté de leur hausse, +2,1%, celle de la consommation fait pâle figure  
(point que nous aborderons plus en détails au début de la deuxième  
partie).  
LE MOTEUR DE LA CONSOMMATION: TABLEAU DE BORD  
Mis en perspective, un tel écart entre les deux variables n’a toutefois  
rien d’inhabituel, bien au contraire. De plus, en termes d’accélération,  
celle de la consommation entre 2018 et 2019 (+0,7 point) ne démérite  
pas par rapport à celle du pouvoir d’achat (+0,9 point). Mais il y a une  
part de trompe-l’œil dans cette accélération de la consommation : elle  
est facilitée par la faiblesse particulière de 2018. En outre, alors que  
(
POIDS, VITESSE, COMPOSITION)  
Quelques ordres de grandeur  
Rappelons pour commencer quelques ordres de grandeur et éléments  
de langage. Ainsi, pourquoi dit-on de la consommation des ménages  
qu’elle est le moteur de la croissance française ? C’est une question  
de poids et de vitesse. La consommation des ménages représente  
aujourd’hui un peu plus de 50% du PIB français (contre 60% il y a  
les conditions semblaient réunies pour un rebond important en 2019  
2
(
dissipation des facteurs ponctuels ayant pesé sur 2018 et vigueur  
des gains de pouvoir d’achat), la croissance de la consommation est  
seulement revenue - et encore, pas tout à fait - sur le rythme des trois  
années précédentes, exceptionnellement régulier par ailleurs (1,5% en  
6
0 ans), ce qui en fait, de loin, la composante la plus importante (cf.  
graphique 1). À titre de comparaison, la France n’est pas le pays où  
cette part est la plus élevée, le record étant détenu par les États-Unis  
2
015, 1,6% en 2016, 1,7% en 2017, soit 1,6% en moyenne).  
(
66%, cf. graphique 2).  
L’impression de faiblesse de la consommation vient également de la  
comparaison avec son rythme historique moyen de progression qui  
atteint 3,1% par an depuis 1950 : le graphique 5-A fait bien ressortir les  
phases de sur- et sous-performance de la consommation par rapport à  
sa tendance longue. La pertinence de cette comparaison pose toutefois  
question tant le monde a changé depuis : cette moyenne est, en effet,  
biaisée à la hausse par le rythme élevé des années 1950-1960 (5,1%)  
et 1970 (4,1%) (cf. graphique 5-B). Corrigés de la population, pour tenir  
compte des évolutions démographiques, ces taux de croissance moyens  
sont moins élevés (d’environ 1 point) mais restent dynamiques : 2,4%  
depuis 1950, 4,1% sur la période 1950-1960 et 3,5% dans les années  
Son poids important dans le PIB, combiné à son rythme de progression,  
fait de la consommation des ménages la composante qui contribue  
le plus à la croissance française (à hauteur d’un peu plus de la  
moitié en moyenne depuis 1950 contre environ un quart pour la  
consommation publique, l’investissement et les exportations). Cette  
contribution est toutefois variable dans le temps et au fil des cycles de  
croissance (cf. graphique 3) : elle a été particulièrement élevée dans  
la deuxième moitié des années 1970 (expliquant 60% de la croissance)  
et particulièrement faible pendant le mini-cycle de 2009-2011 (33%).  
Au cours du dernier cycle (2013-2019), elle a expliqué la moitié de la  
croissance, ce qui correspond à sa contribution historique moyenne.  
1
970.  
1
2
Toutes les données commentées dans cet article sont issues des comptes nationaux disponibles à la mi-juin 2020.  
Deux étaient prévisibles mais ont été très perturbants (les hausses d’impôts au premier trimestre, l’introduction de la nouvelle norme anti-pollution WLTP – Worldwide harmo-  
nized Light vehicles Test Procedures – au troisième) ; trois autres étaient imprévisibles (douceur hivernale et grèves dans les transports au deuxième trimestre, mouvement des  
«
gilets jaunes » au quatrième).  
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3
POIDS DES PRINCIPALES COMPOSANTES DU PIB FRANÇAIS  
(valeur, données annuelles)  
POIDS DE LA CONSOMMATION DES MÉNAGES DANS LE PIB EN 2018  
% (valeur, monnaie nationale)  
0
%
6
7
6
5
5
0
5
0
5
0
5
0
5
0
5
0
6
0
0
5
5
4
4
3
3
2
2
1
1
40  
Consommation des ménages  
Exportations  
Investissement  
30  
Consommation publique  
20  
10  
0
1
949 1956 1963 1970 1977 1984 1991 1998 2005 2012 2019  
GRAPHIQUE 1  
GRAPHIQUE 2  
SOURCE : INSEE  
SOURCE : OCDE  
La moyenne n’est plus que de 1,7% (1,2% pour la consommation par En résumé, la perte de dynamisme de la consommation des ménages  
tête) lorsqu’on la calcule sur une période plus contemporaine, à partir français au fil du temps est bien établie. Reste la question du  
de 1980. La performance de 2019 (1,5%, 1,4% par tête) est, à cette « dynamisme » de 2019 : comment le jauger ? La consommation a-t-  
aune, proche de la moyenne, et elle n’est donc pas particulièrement elle vraiment manqué d’allant ? Quel est le bon rythme de référence  
faible. Mais cette deuxième moyenne présente un autre défaut que la auquel comparer son taux de croissance en 2019 ? Celui de 2,1% de 1980  
première : elle est biaisée, à la baisse, par les rythmes de croissance à 2007, période plus stable avant le choc de la crise financière et de la  
de la consommation réduits depuis 2008. Cette année-là marque une Grande Récession de 2008-2009, auquel cas 2019 ressort comme une  
nouvelle cassure, après celle à la charnière des années 1970 et 1980. De année de sous-performance ? Ou celui de 1% de 2008 à 2019, période  
1
980 à 2007, le taux de croissance annuel moyen de la consommation plus perturbée, englobant deux crises, mais plus récente, auquel cas  
des ménages s’élève, en effet, à 2,1% (1,6% par tête), avant de baisser 2019 apparaît plutôt comme une bonne année, en tout cas une année  
à 1% sur la période 2008-2019 (0,5% par tête). Le graphique 5-C met de redressement ? La qualification de « faible, en sous-régime » de la  
également clairement en évidence la perte de vitesse, au fil des cycles, consommation en 2019 est toute relative, selon la perspective que l’on  
de la consommation des ménages.  
Autre illustration, plus nette, de la cassure en 2008-2009 : le graphique Notre point de vue est de considérer que la consommation des ménages  
-D est le même que le 5-A mais à partir de 1995. La quasi-stagnation s’inscrit, depuis 2008, dans un nouveau régime de croissance, plus bas,  
retient.  
5
de la consommation de 2008 à 2012 (+0,5% en moyenne par an) porte sur un rythme de progression moyen compris entre 1 et 2% par an.  
la trace du double choc de la Grande Récession puis de la crise des Ce 2%, qui était notre taux de croissance moyen de référence jusque-  
dettes souveraines européennes. À cet égard, cette quasi-stagnation là, serait dorénavant la fourchette haute. À cette aune, 2019 est une  
revêt un caractère positif, synonyme de résistance et non de faiblesse.  
Depuis 2013, la pente de la courbe s’est redressée bien que légèrement  
parfaite année entre-deux, forte et faible à la fois.  
Structure de la consommation : un redressement des  
dépenses autres que celles pré-engagées était en cours  
depuis 2014  
(
+1,2% en moyenne par an). 2019 s’inscrit dans cette tendance molle.  
Dernière touche au tableau : la comparaison avec la zone euro montre  
aussi que la France a perdu de sa supériorité avec une croissance de  
3
sa consommation privée inférieure à celle de la zone euro de 2014 à Notre analyse porte sur les dépenses de consommation finale des  
2
018 (écart négatif de 0,3 point en moyenne), alors que depuis 1998 ménages, celles que les ménages supportent directement, qui sont  
l’écart à l’avantage de la France atteignait 0,7 point en moyenne (cf. à leur charge. L’étude de la structure de la consommation amène à  
graphique 6). Cet écart au désavantage de la France n’est toutefois pas considérer un autre concept, celui de la consommation effective, plus  
seulement le signe d’une faiblesse relative de l’Hexagone : la moyenne élevée, car elle intègre les dépenses prises en charge par la collectivité  
de la zone euro est aussi tirée vers le haut par un effet rattrapage et qui bénéficient directement aux ménages (cf. graphique 7). La  
des pays ayant le plus souffert durant la crise des dettes souveraines consommation effective est la somme de la dépense de consommation  
européennes, à un moment où la consommation allemande se fait aussi finale des ménages et des dépenses dites « individualisables » des  
plus forte. Dans ces conditions, il est plus difficile pour la France de se administrations publiques (éducation, santé, action sociale et logement)  
maintenir au-dessus de la moyenne. 2019 ressort finalement, à cet et des institutions sans but lucratif au service des ménages (ISBLSM). Le  
égard, comme une « bonne » année, la France repassant, légèrement poids de cette dépense « socialisée » dans la consommation effective  
(
+0,2 point), au-dessus de la moyenne de la zone euro.  
s’est sensiblement accru au fil du temps (passant de 15% en 1959 à  
4
2
5% en 2019), reflet de l’extension de l’État-providence français .  
3
Exceptionnellement, nous utilisons ici les données de la consommation privée (ménages plus ISBLSM, institutions sans but lucratif au service des ménages) faute de disposer,  
pour la zone euro, de la seule consommation des ménages, le champ retenu dans cet article. En France, cela ne fait pas de différence au niveau des taux de croissance.  
4
Pour en savoir plus, cf. Joan Sanchez-Gonzalez (2016), En 2015, la collectivité prend en charge un quart de la consommation des ménages, INSEE Première, n°1618, septembre  
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4
DÉCOMPOSITION DE LA CROISSANCE FRANÇAISE AU COURS DES  
DIFFÉRENTS CYCLES, HORS RÉCESSIONS  
CONSOMMATION, POUVOIR D’ACHAT ET TAUX D’ÉPARGNE  
DES MÉNAGES FRANÇAIS  
Contribution trimestrielle moyenne à la croissance (non annualisée) de  
Taux de croissance , moyenne annuelle, %  
Niveau, %  
20  
chaque composante, points de %  
Consommation des ménages  
Consommation publique  
Investissement  
Variations de stocks  
Commerce extérieur  
Croissance  
0.9  
0.8  
0.7  
0.6  
0.5  
0.4  
0.3  
0.2  
0.1  
0.0  
Consommation (é.g.)  
Pouvoir d'achat (é.g.)  
Taux d'épargne (é.d.)  
4
3
.0  
.5  
3.0  
18  
2.5  
2.0  
1.5  
1.0  
0.5  
0.0  
16  
14  
12  
-
-
-
0.5  
1.0  
1.5  
-
0.1  
cycle T1  
975 - T1  
980  
cycle T3  
1982 - T1  
1992  
cycle T1  
1993 - T1  
2001  
cycle T4  
2001 - T1  
2008  
cycle T2  
2009 - T3  
2011  
cycle T1  
2013 - T4  
2019  
10  
1
1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015 2017 2019  
1
GRAPHIQUE 3  
SOURCE : INSEE  
GRAPHIQUE 4  
SOURCE : INSEE  
TENDANCE LONGUE – CONSOMMATION DES MÉNAGES FRANÇAIS  
DEPUIS 1949  
50 ANS D’ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION DES MÉNAGES FRANÇAIS  
UN MOTEUR QUI TOURNE DE MOINS EN MOINS VITE  
Niveau, EUR mds, volume  
Glissement annuel sur données trimestrielles, volume, %  
3
00  
70  
40  
10  
80  
50  
20  
1
1
1
0
9
8
7
6
5
4
3
2
1
0
1
2
Moyenne 1950-1975  
Moyenne cycle 1975-1980  
Moyenne cycle 1982-1992  
Moyenne cycle 1993-2001  
Moyenne cycle 2001-2008  
Moyenne cycle 2009-2011  
Moyenne cycle 2013-2019  
Consommation par tête  
2
2
2
1
1
1
S1 2020 :  
choc de la  
Covid-19  
+
3,1% / an  
(1950-2019)  
9
6
3
0
0
0
-
-
1
950 1955 1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010 2015 2020  
1
949 1954 1959 1964 1969 1974 1979 1984 1989 1994 1999 2004 2009 2014 2019  
GRAPHIQUE 5-A  
GRAPHIQUE 5-B  
SOURCE : INSEE  
SOURCE : INSEE  
RUPTURES DE TENDANCE  
CONSOMMATION DES MÉNAGES FRANÇAIS, TRAJECTOIRE DE REPRISE  
T = creux de chaque cycle (données trimestrielles, volume)  
CONSOMMATION DES MÉNAGES FRANÇAIS DEPUIS 1995  
Niveau, EUR mds, volume  
1
25  
20  
15  
10  
05  
00  
350  
330  
310  
290  
270  
1
1
1
1
1
Cycle 1975-1980  
Cycle 1982-1992  
Cycle 1993-2001  
Cycle 2001-2008  
Cycle 2009-2011  
Cycle 2013-2019  
+
0,5% / an  
-0,0% / an / habitant  
(2008-2012)  
+
1,2% / an  
250  
+0,8% / an / habitant  
S1 2020 :  
choc de la  
Covid-19  
(
2013-2019)  
2
30  
10  
+
2,3% / an  
1,8% / an / habitant  
1995-2007)  
+
2
(
190  
1995  
T
T+4  
T+8 T+12 T+16 T+20 T+24 T+28 T+32 T+36 T+40  
1998  
GRAPHIQUE 5-D  
2001  
2004  
2007  
2010  
2013  
2016  
2019  
GRAPHIQUE 5-C  
SOURCE : INSEE  
SOURCE : INSEE  
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5
La structure de la consommation effective des ménages français a  
fortement évolué depuis 1960 (cf. graphique 8). Parmi les principaux  
changements, on retiendra : l’importante décrue du poids de  
l’alimentation et de l’habillement et l’importante montée du poids  
du logement (principal poste de consommation aujourd’hui, de loin),  
de la santé et, dans une moindre mesure, des communications. Les  
mouvements sont plus ou moins accentués selon que l’on regarde les  
données en valeur ou volume mais le message général ne s’en trouve  
LA CONSOMMATION PRIVÉE EN FRANCE ET DANS LA ZONE EURO  
Glissement annuel sur données trimestrielles, volume, %  
5
4
France  
Zone euro  
3
2
1
0
1
2
5
pas fondamentalement modifié .  
La déformation de la structure de la consommation qui nous intéresse  
le plus dans cet article distingue les dépenses selon qu’elles sont  
contraintes ou compressibles, et selon qu’elles sont plus ou moins  
arbitrables. Les dépenses contraintes englobent les dépenses dites  
pré-engagées et les dépenses peu compressibles. Les ménages ont peu  
ou pas de prise sur ces dépenses :  
-
-
Les dépenses pré-engagées sont définies par l’INSEE comme  
celles qui sont supposées réalisées dans le cadre d’un contrat  
96 97 98 99 00 01 02 03 04 05 06 07 08 09 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19  
«
GRAPHIQUE 6  
SOURCES : INSEE, EUROSTAT  
difficilement renégociable à court terme ». Elles comprennent :  
les dépenses liées au logement (y compris les loyers imputés  
et les dépenses relatives à l’eau, au gaz, à l’électricité et aux  
combustibles utilisés dans les habitations), les services de  
télécommunications, les frais de cantine, les services de télévision  
LES DIFFÉRENTES MESURES DE LA CONSOMMATION DES MÉNAGES  
Part dans le PIB (%, valeur, données annuelles)  
(
(
redevance, abonnement à des chaînes payantes), les assurances  
hors assurance-vie) et les services financiers.  
75  
Les dépenses peu compressibles répondent à des besoins  
essentiels et regroupent les produits alimentaires et les boissons  
non alcoolisées, la santé, les carburants et lubrifiants, les services  
de transport, l’éducation.  
7
0
65  
60  
55  
Les dépenses compressibles, que l’on peut associer à certains  
achats « plaisirs », incluent les postes les plus arbitrables :  
les articles d’habillement et chaussures ; les meubles, articles  
de ménage et entretien courant de l’habitation ; les loisirs et  
la culture (hors services de télévision) ; les hôtels, cafés et  
restaurants (hors cantines) ; les boissons alcoolisés et le tabac ;  
les biens et services divers (hors assurances, sauf assurances-  
vie, et services financiers) ; les produits de communication (hors  
services de télécommunication).  
Consommation effective des ménages  
Dépense de consommation finale privée (ménages + ISBLSM)  
Dépense de consommation finale des ménages  
50  
1959 1964 1969 1974 1979 1984 1989 1994 1999 2004 2009 2014 2019  
GRAPHIQUE 7  
SOURCE : INSEE  
Il y a 60 ans, en 1959, la dépense de consommation finale des ménages  
se répartissait à part quasi-égale entre les dépenses contraintes  
lisée à l’ensemble des principaux postes de dépenses (cf. tableau 1).  
(
49%) et les compressibles (51%). En 2019, la situation a nettement En termes de contribution, afin de tenir compte du poids des différents  
changé, le poids des premières atteignant 57% et les secondes 43% postes, ce sont les transports et les loisirs qui sont les principaux  
cf. graphique 9). On le verra plus bas, cette déformation est lourde de responsables du ralentissement (à hauteur d’un quartenviron), suivis  
(
conséquences. L’augmentation forte du poids des dépenses contraintes du logement (un peu plus de 15%) et de la santé et des autres biens et  
est due à celle des dépenses pré-engagées (+19 points) et surtout des services (environ 10%). Il faut voir la trace de la crise de 2008 dans le  
loyers imputés (+11 points). Le poids des dépenses peu compressibles tassement des achats de biens durables (automobiles, meubles), semi-  
a même davantage diminué que celui des dépenses compressibles durables (habillement) et les loisirs, qui entrent dans la catégorie des  
(
respectivement, -11 et -9 points).  
dépenses ne répondant pas à des besoins primaires ou pouvant être  
6
facilement réduites ou reportées .  
Il est à noter que la hausse de la part des dépenses pré-engagées s’est  
surtout faite sur la première moit de période, passant de 15% en 1959 La légère accélération de la consommation sur la période récente  
à 32% en 1993, avant de connaître un premier plateau pendant une 2013-2019 (+0,5 point) n’est pas généralisée mais elle est portée  
dizaine d’années puis de repartir, modérément et temporairement, à la par les postes qui avaient le plus freiné auparavant, à l’exception  
hausse (35% en 2013). Depuis 2013, cette part n’augmente plus, voire des communications (qui continuent de décélérer). Les dépenses  
elle s’inscrit très légèrement en baisse : en 2019, elle s’élève à 34%.  
d’éducation contribuent aussi au redressement, tandis que les autres  
postes continuent de ralentir (alimentation, boissons et tabac,  
logement, santé, autres biens et services).  
Si l’on en revient à la perte de vitesse de la consommation des ménages  
au fil du temps et plus particulièrement depuis 2008, elle est généra-  
5
6
2
Pour en savoir plus, Cinquante ans de consommation des ménages, collection INSEE Références, édition 2009  
Pour en savoir plus, Gaëlle Gateaud, Sylvain Heck, Brigitte Larochette, Nathalie Morer, Joan Sanchez-Gonzalez, Philippe Serre et Thomas Veaulin (2015), Depuis la crise de  
008, les ménages réduisent leurs achats de biens et services les plus faciles à couper ou reporter, in L’Economie française, édition 2015, INSEE Références.  
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6
POIDS DES PRINCIPAUX POSTES DE CONSOMMATION  
Logement  
Logement  
Autres  
En % de la consommation effective (valeur)  
En % de la consommation effective (volume)  
30  
25  
20  
15  
10  
5
0
30  
25  
20  
15  
10  
5
Autres  
Loisirs et culture  
Santé  
Santé  
Loisirs et culture  
Alimentation,  
boissons et tabac  
Transports  
Alimentation,  
boissons et tabac  
Transports  
Education  
Education  
Ameublement  
Habillement  
Communications  
Ameublement  
Habillement  
Communications  
0
60 65 70 75 80 85 90 95 00 05 10 15 20  
60  
65 70 75 80 85 90 95 00 05 10 15 20  
GRAPHIQUE 8  
SOURCE : INSEE  
CONTRIBUTIONS À LA CROISSANCE ANNUELLE DE LA CONSOMMATION EFFECTIVE ET CROISSANCE MOYENNE DE CHAQUE POSTE  
VOLUMES CHAÎNÉS ; ENTRE PARENTHÈSES, POIDS DE CHAQUE POSTE DANS LA CONSOMMATION)  
(
Contributions (en point de %) Croissance moyenne du poste  
1
2
980- 2008-  
007 2012  
Écart de  
2013- Écart de  
1980- 2008-  
2012  
Delta de  
2013- Delta de  
2
019  
2019  
contribution 2019 contribution  
2007  
2,3  
1,4  
0,0  
0,6  
2,2  
1,3  
3,9  
1,7  
2,7  
9,3  
0,8  
2,3  
croissance  
2019 croissance  
Total  
2,3  
0,8  
0,1  
-1,5  
-0,1  
-0,0  
-0,1  
-0,2  
-0,0  
-0,1  
-0,3  
-0,3  
-0,1  
-0,0  
-0,2  
1,2  
0,0  
-0,0  
0,0  
0,2  
0,0  
0,4  
0,2  
0,2  
0,1  
0,0  
0,1  
0,4  
-0,0  
-0,0  
0,1  
1,3  
0,8  
-1,5  
-0,6  
-0,1  
-2,6  
-1,1  
-1,6  
-1,1  
-3,1  
-2,2  
-3,5  
-0,7  
-1,0  
1,2  
0,5  
-1,3  
0,0  
0,8  
1,0  
2,7  
1,6  
1,6  
4,5  
0,7  
0,9  
0,4  
-0,3  
-1,2  
2,1  
1,3  
Alimentation et boissons  
non alcoolisées (10%)  
0
,1  
,0  
-0,1  
-0,1  
0,0  
0,3  
0,0  
0,4  
0,2  
0,4  
0,1  
0,0  
0,0  
0,8  
-0,1  
-2,0  
1,1  
-0,8  
-3,3  
0,4  
1,5  
1,6  
3,1  
2,0  
2,8  
2,8  
0,5  
0,2  
Boissons alcoolisées et  
tabac (3%)  
0
-0,0  
-0,1  
0,2  
Habillement (3%)  
Logement (21%)  
Ameublement (3%)  
Santé (13%)  
0,0  
0,5  
0,0  
0,5  
0,2  
0,4  
0,2  
0,1  
0,3  
-0,1  
0,0  
-0,4  
1,3  
-0,0  
0,4  
-0,3  
2,8  
-0,0  
0,3  
-0,1  
3,1  
Transports (11%)  
Loisirs et culture (14%)  
Communications (2%)  
Éducation (7%)  
-0,2  
0,1  
-1,5  
0,4  
0,2  
1,2  
0,1  
-0,0  
0,0  
5,8  
-1,3  
0,6  
0,0  
0,1  
Autres (15%)  
0,2  
-0,0  
1,3  
-0,3  
TABLE AU 1  
SOURCES : INSEE, BNP PARIBAS  
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Si l’on regarde, enfin, la seule année 2019, la hausse de la consommation Si l’on regarde maintenant les choses sous l’angle des dépenses  
est quasi-généralisée, à l’exception de l’alimentation, des boissons et contraintes et compressibles (cf. graphique 10-A), on voit également,  
du tabac (ce que l’on peut mettre sur le compte, s’agissant du tabac, clairement, les effets de la crise de 2008 sur la baisse des dépenses  
des hausses importantes de prix décidées par le ministère de la Santé compressibles. Le graphique 10-B renforce le trait de leur caractère  
pour lutter contre le tabagisme).  
ajustable : ces dépenses subissent des fluctuations nettement plus  
importantes que les deux autres catégories, elles sont donc plus  
cycliques. La bonne nouvelle est leur regain de vigueur depuis 2014,  
signe d’une consommation moins contrainte. Quant à savoir si 2019  
est une année de croissance forte ou faible de la consommation des  
ménages, la balance penche ici en faveur de la première interprétation.  
STRUCTURE DE LA DÉPENSE DE CONSOMMATION FINALE DES MÉNAGES  
En % de la dépense de consommation finale (valeur)  
Dépenses compressibles  
Dépenses peu compressibles  
Dépenses pré-engagées - loyers imputés  
Dépenses pré-engagées hors loyers imputés  
UNE CONSOMMATION SOUS CONTRAINTES  
1
00%  
9
8
7
6
5
4
3
2
1
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
L’analyse descriptive précédente conclut à une croissance de la  
consommation des ménages français en 2019 finalement correcte,  
pas si faible que cela, au regard de ses tendances récentes et de sa  
composition. Au regard de ses déterminants, il est plus difficile de juger  
si la progression de la consommation a été ou non en ligne, du fait d’un  
enchevêtrement d’effets positifs et négatifs, de facteurs de soutien et  
de freins. Une modélisation économétrique permettrait de quantifier le  
résidu et de savoir si la part inexpliquée est importante ou non. Faute  
d’en disposer, nous passons ici en revue un certain nombre de ces  
déterminants, au regard de la faiblesse des gains de pouvoir d’achat  
de la décennie 2008-2018, du poids des dépenses pré-engagées, de la  
composition des gains de pouvoir d’achat, de l’apparente insensibilité  
énigmatique à la baisse du taux de chômage, de l’existence d’effets  
ricardiens, de la faiblesse relative de la confiance, de celle des taux  
d’intérêt et des effets de richesse.  
0
%
59  
63 67 71 75 79 83 87 91 95 99 03 07 11 15 19  
SOURCE : INSEE  
GRAPHIQUE 9  
TAUX DE CROISSANCE DES DÉPENSES PRÉ-ENGAGÉES,  
PEU COMPRESSIBLES ET COMPRESSIBLES  
Avant d’aller plus loin, il convient de garder à l’esprit que la  
consommation des ménages peut aussi subir d’importantes variations  
d’un trimestre à l’autre sans lien aucun avec ses déterminants, sous  
l’effet de chocs exogènes tels qu’une météo inhabituellement rude ou  
douce (qui vient augmenter ou réduire les dépenses énergétiques),  
l’introduction de « primes à la casse », les variations de TVA, les grèves,  
les grands évènements sportifs. Ces perturbations infra-annuelles se  
répercutent sur le taux de croissance en moyenne annuelle, le tirant  
artificiellement à la baisse ou à la hausse. Cela vient brouiller l’analyse  
fondamentale, en ajoutant de la faiblesse ou de la force là où il n’y en  
a pas forcément.  
Taux de croissance annuel moyen, % , volume  
(
part dans la dépense de consommation finale entre parenthèses)  
2
2
1
1
0
0
.5  
.0  
.5  
.0  
.5  
.0  
1980-2007  
2008-2012  
2013-2019  
2019  
-
-
0.5  
1.0  
Faiblesse des gains de pouvoir d’achat : 2008-2018, la  
décennie perdue  
Total  
Dépenses pré-  
engagées (34%)  
Dépenses peu  
compressibles  
Dépenses  
compressibles  
(43%)  
(
24%)  
La principale explication de la perte de vitesse de la consommation  
des ménages depuis 2008 est à chercher du côté de l’évolution de leur  
pouvoir d’achat. Mais qu’entend-on par pouvoir d’achat ? Le terme est  
largement employé or, il n’a pas le même sens pour tous. Il recouvre  
des situations individuelles très différentes et éloignées de l’indicateur  
macroéconomique de référence défini par la comptabilité nationale.  
Cela contribue au décalage, parfois important, entre le vécu et le  
ressenti de chacun et les chiffres agrégés, ce qui peut interférer sur les  
comportements.  
Taux de croissance en moyenne annuellle, % , volume  
Total consommation finale  
Dépenses pré-engagées  
Dépenses peu compressibles  
Dépenses compressibles  
1
0
9
8
7
6
5
4
3
2
1
0
1
2
3
4
Au sens de la comptabilité nationale, le pouvoir d’achat mesure le  
revenu disponible brut (RDB) réel :  
-
-
-
-
Le revenu est « disponible » car c’est la part qui reste à la  
disposition des ménages après le paiement de leurs impôts et  
cotisations (dont le poids dans le RDB avoisine 30%).  
6
1 63 65 67 69 71 73 75 77 79 81 83 85 87 89 91 93 95 97 99 01 03 05 07 09 11 13 15 17 19  
Le revenu avant impôts (RAI) est constitué pour l’essentiel  
des revenus d’activité (salaires et revenus des entrepreneurs  
individuels), qui en représentent 57% en 2019 (72% du RDB). S’y  
GRAPHIQUES 10-A  
ET 10-B  
SOURCE : INSEE  
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8
ajoutent les prestations sociales (27% du RAI, 35% du RDB) et les ont évol l’un par rapport à l’autre. En l’occurrence, le grand écart, en  
revenus du capital (15% du RAI, 19% du RDB).  
2009, entre le rebond du pouvoir d’achat (dû à la baisse des prix cette  
année-là) et le tassement de la consommation est frappant.  
Le graphique 11 donne un aperçu de l’évolution sur longue période  
de la composition du RDB, en particulier de sa « socialisation »  
croissante (et, partant, celle de la consommation des ménages)  
au travers de la hausse tendancielle du poids des prestations et  
des prélèvements.  
COMPOSITION DU RDB  
%
7
6
5
0
0
0
Le revenu est « brut » car non corrigé de la consommation de  
capital fixe liée aux activités des entrepreneurs individuels et à la  
détention d’un logement.  
Salaires  
EBE des EI  
Le revenu est dit « réel » une fois corrigé des prix.  
Prestations et transferts sociaux  
Revenus financiers nets  
Autres revenus  
Les gains de pouvoir d’achat se mesurent par la différence entre  
le taux de croissance du RDB nominal et l’inflation . D’après cette  
40  
7
Prélèvements fiscaux et sociaux  
3
0
0
mesure, les baisses de pouvoir d’achat au niveau macroéconomique  
sont rarissimes et de faible ampleur (cf. graphique 12). La dernière  
en date est récente et a porté sur deux années, 2012 et 2013  
2
(
-0,4% et -1,2%, respectivement), marquant les esprits.  
10  
0
Le graphique 12 permet également de voir les facteurs du dynamisme  
des gains de pouvoir d’achat ou, pour ce qui nous intéresse, de leur  
faiblesse depuis 2008. Les deux évolutions frappantes à nos yeux  
sont la nette baisse de l’inflation, qui est un point positif, et la nette  
baisse de la croissance des revenus d’activité, reflet des conditions  
difficiles du marché du travail, qui constitue clairement un point noir.  
Depuis 2008, le pouvoir d’achat progresse à un rythme annuel moyen  
de seulement 0,9%, à comparer avec une tendance de 2,4% depuis le  
milieu des années 1980 et de 3,3% si l’on remonte aux années 1960.  
1949 1956 1963 1970 1977 1984 1991 1998 2005 2012 2019  
GRAPHIQUE 11  
SOURCE : INSEE  
ÉVOLUTION SUR LONGUE PÉRIODE DU POUVOIR D’ACHAT, DE LA  
CONTRIBUTION À SA VARIATION ANNUELLE DE SES PRINCIPALES  
COMPOSANTES ET DE LA CONSOMMATION DES MÉNAGES  
22%  
8%  
14%  
0%  
Revenus d'activité  
Prestations sociales  
Revenus du capital  
Prélèvements  
1
La faiblesse de sa progression depuis 2008 est l’une des raisons pour  
lesquelles le pouvoir d’achat est si souvent au cœur des débats. On  
comprend qu’il fasse l’objet d’une attention plus grande encore  
aujourd’hui dès lors que l’on raisonne en unité de consommation (UC),  
c’est-à-dire lorsque l’on tient compte des évolutions démographiques  
Inflation  
Pouvoir d'achat  
Consommation  
1
6
%
%
2
(
nombre et composition des ménages) pour mieux rendre compte de  
-2%  
6%  
la perception individuelle de chacun de l’évolution de son pouvoir  
d’achat. Ainsi mesurées par UC, les baisses de pouvoir d’achat sont  
plus fréquentes. Et depuis 2008, sa hausse est réduite à 0,3% par an  
en moyenne. En 2018, le pouvoir d’achat par UC se situait à peine au-  
dessus de son niveau de 2008 (cf. graphique 13). D’où l’expression de  
-
-
-
10%  
14%  
-18%  
1959 1964 1969 1974 1979 1984 1989 1994 1999 2004 2009 2014 2019  
«
décennie perdue ». L’indicateur de revenu disponible arbitrable, qui  
déduit du revenu disponible les dépenses pré-engagées, permet de  
se rapprocher plus encore du ressenti que les ménages ont de leur  
aisance financière. C’est en effet avec ce revenu, réellement disponible,  
que les ménages composent pour régler leurs autres dépenses. L’effet  
de la montée des dépenses pré-engagées dans le budget des ménages  
est visible dans le léger décrochage, entre la fin des années 1970 et la  
première moitié des années 1980, du pouvoir d’achat arbitrable par UC  
par rapport au pouvoir d’achat par UC. Mais l’écart n’a pas continué à  
se creuser par la suite : depuis 1986, les deux indicateurs évoluent, à  
peu près, en parallèle, au rythme moyen de 1,2% par an.  
GRAPHIQUE 12  
SOURCE : INSEE  
ÉVOLUTION SUR LONGUE PÉRIODE DU POUVOIR D’ACHAT :  
ILLUSTRATION DE LA DÉCENNIE PERDUE 2008-2018  
600  
550  
500  
Niveau, 1959 = 100  
Pouvoir d'achat des ménages  
Pouvoir d'achat par UC  
450  
Pouvoir d'achat du RDB arbitrable par UC  
400  
350  
300  
250  
Les ménages auraient pu atténuer l’impact de la faiblesse des gains  
de pouvoir d’achat en puisant dans leur épargne pour maintenir le  
rythme de hausse de leur consommation d’avant-2008 ou, au moins,  
en limiter le ralentissement. Or, la croissance de leur consommation a  
fléchi autant que leurs gains de pouvoir d’achat, voire très légèrement  
plus (cf. graphique 14). Sur le graphique 14, les deux années de crise,  
200  
1
50  
00  
2
008 et 2009, sont distinguées afin de montrer dans quelle ampleur la  
consommation et le pouvoir d’achat ont été impactés et comment ils  
1
59 62 65 68 71 74 77 80 83 86 89 92 95 98 01 04 07 10 13 16 19  
7
Mesurée par la variation du déflateur de la consommation, proche de celle de  
GRAPHIQUE 13  
SOURCE : INSEE  
l’indice des prix à la consommation.  
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9
TAUX DE CROISSANCE ANNUEL ET MOYEN DU POUVOIR D’ACHAT ET DE LA CONSOMMATION DES MÉNAGES FRANÇAIS, TOTAL ET PAR UC  
2.5  
2.0  
1.5  
1.0  
0.5  
0.0  
2.5  
2.0  
Taux de croissance annuel moyen (%)  
Consommation par UC Pouvoir d'achat par UC  
Taux de croissance annuel moyen (%)  
Consommation Pouvoir d'achat  
1.5  
1.0  
0.5  
0.0  
-
-
0.5  
1.0  
-0.5  
-1.0  
1
980-20072008-2019 2008  
2009 2008-20122013-2019 2019  
Pouvoir d'achat  
1980-2007 2008-2019 2008  
2009 2008-2012 2013-2019 2019  
Taux de croissance annuel (%)  
Pouvoir d'achat par UC  
2.5  
2.0  
1.5  
1.0  
0.5  
Taux de croissance annuel (%)  
Consommation  
2
2
1
1
0
0
.5  
.0  
.5  
.0  
.5  
.0  
Consommation par UC  
0.0  
-0.5  
-1.0  
-1.5  
-
-
-
-
0.5  
1.0  
1.5  
2.0  
-
2.0  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
GRAPHIQUE 14  
SOURCE : INSEE  
On rappellera aussi à quel point la période 2008-2012 est particulière, Mais ce sentiment doit prendre en compte, entre autres choses, le  
marquée par deux crises et une mini-reprise avortée dans l’intervalle. facteur temps : la consommation ne réagit pas instantanément et  
Ces années difficiles exacerbent la faiblesse de la consommation intégralement aux évolutions du pouvoir d’achat. 2009 et 2013 en  
et des gains de pouvoir d’achat ; elles ne sont pas représentatives. sont une bonne illustration. Selon les estimations courantes, une  
On retiendra toutefois que, pendant ces années, la croissance de la hausse de 1% du pouvoir d’achat entraîne, à terme, une hausse de 1%  
consommation des ménages a été en retrait par rapport aux gains de la consommation mais, à court terme, ce supplément de revenu  
de pouvoir d’achat (un effet de 2009), une situation qui s’est inversée est pour moitié consommé, pour moitié épargné. À cette aune, il n’y  
ensuite, la première dépassant légèrement les seconds sur la période pas lieu d’être déçu par la progression de la consommation en 2019.  
2
013-2019. Une fois encore, la moyenne est trompeuse. Cet écart Elle a correctement réagi aux gains de pouvoir d’achat. La dissipation  
positif ne s’observe que sur trois des sept années de la période (2013, attendue de ce facteur temps amenait à anticiper 2020 comme l’année  
015 et 2016) et il est biaisé par l’année 2013 au cours de laquelle du « vrai » rebond de la consommation, ce que l’on ne pourra vérifier,  
le pouvoir d’achat a nettement baissé mais pas la consommation. En la crise de la Covid-19 étant passée par là.  
2
2
014, 2017, 2018 et 2019, la progression de cette dernière a été en  
Le poids des dépenses pré-engagées  
retrait par rapport à celle du pouvoir d’achat : le cas de 2019 relève  
moins de l’exception que de la règle.  
Un tel délai de réaction aux évolutions du pouvoir d’achat s’explique,  
notamment par le temps nécessaire aux ménages pour ressentir  
l’amélioration de la situation, son ampleur, et qu’ils soient (r)assurés  
de sa pérennité. Ce délai de réaction peut aussi varier en fonction de  
la confiance de chacun, des contraintes de revenus, de la structure de  
la consommation.  
2
019 se démarque cependant des autres années. En effet, la base  
des gains de pouvoir d’achat enregistrés cette année-là était plus  
large, soutenue par une amélioration d’un plus grand nombre de ses  
composantes (hausse des revenus d’activité grâce à l’amélioration de  
la situation sur le marché du travail, des prestations sociales, baisse  
de la pression fiscale suite aux mesures gouvernementales et moindre  
inflation). Ce large gain nourrissait les attentes d’une croissance de la  
consommation au diapason de celle du pouvoir d’achat, c’est-à-dire  
proche de 2%. Or, le fait que cette croissance se soit limitée à 1,5%  
génère de la déception.  
Ce dernier point fait l’objet d’une attention grandissante du fait du poids  
important des dépenses contraintes (cf. supra). Ce poids contribue,  
d’une part, à alimenter le ressenti négatif concernant les conditions  
de vie en France, le décalage entre les statistiques de pouvoir d’achat  
(
rarement négatives) et les sondages auprès des Français (qui font  
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1
0
état d’une perception contraire), reflétant la réduction de la marge de Les dépenses les plus sensibles à un surcroît de pouvoir d’achat sont  
manœuvre financière due aux dépenses contraintes. Ce ressenti négatif les dépenses compressibles. D’un côté, ces dépenses représentent  
peut contribuer, à son tour, à ce que des gains de pouvoir d’achat une part importante de la consommation des ménages les plus aisés,  
macro-économiquement importants ne soutiennent pas plus que cela dont la propension à consommer est la plus faible. Mais de l’autre,  
la confiance et la consommation des ménages. Au niveau agrégé, la pour ces dépenses compressibles, voire peu compressibles, le surcroît  
contrainte de revenu paraît desserrée contrairement à sa perception de revenu sera plus fortement consommé pour les catégories des  
au niveau individuel ou pas suffisamment.  
ménages les plus modestes. Le tout est de nature à rallonger les délais  
de transmission d’une hausse du pouvoir d’achat des ménages à leur  
consommation.  
Dautre part, Beatriz, Laboureau et Billot (2019) 8 montrent que ces  
dépenses contraintes sont peu sensibles, voire insensibles, à court  
terme, à un surcroît de pouvoir d’achat, résultat qu’ils croisent avec le Les estimations d’élasticité-revenu par produits de Faure, Soual et  
9
niveau de vie des ménages sachant que les plus modestes font face à Kerdrain (2012) apportent une information chiffrée complémentaire  
plus de dépenses peu arbitrables (cf. graphiques 15 et 16).  
à l’analyse de sensibilité ci-dessus : plus l’élasticité-revenu est faible,  
plus la dépense est contrainte. On retrouve bien dans ces catégories  
les dépenses peu compressibles, de même que les achats les moins  
contraints (élasticité-revenu élevée) correspondent bien aux dépenses  
compressibles (cf. tableau 2). D’une façon générale, les dépenses en  
biens apparaissent moins sensibles au revenu que celles en services,  
tandis que les deux types de dépenses montrent une sensibilité  
analogue aux prix. Pourtant, les premières ont autant ralenti que les  
secondes depuis 2008 (et non moins), un résultat paradoxal à mettre  
sur le compte de l’évolution relativement plus rapide du prix des biens  
par rapport à ceux des services (configuration inverse à celle prévalant  
avant 2008).  
L’étude de Lelièvre et Rémila (2018)10 sur le poids des dépenses pré-  
engagées apporte, quant à elle, une information supplémentaire sur  
l’usage d’une rentrée d’argent imprévue, selon le niveau de vie, le  
type de dépense considérée couvrant un champ plus large, incluant  
l’épargne ou un remboursement d’emprunt (cf. tableau 3). De manière  
intéressante, la proportion de ménages qui utiliseraient, à ces fins,  
un hypothétique surplus de ressources ne dépend pas du niveau de  
vie : environ 20% des ménages épargneraient ce surplus et environ 10%  
s’en serviraient pour un remboursement d’emprunt. Cette proportion  
n’est pas négligeable et constitue, dans les deux cas, un facteur  
négatif de plus pour la consommation. La différence de niveau de vie  
a un impact sur l’alimentation, l’habillement et la santé (proportion  
décroissante avec le niveau de vie) ainsi que sur le logement, les loisirs  
et l’aide à des proches (proportion croissante).  
STRUCTURE DE LA CONSOMMATION PAR QUINTILE  
DE NIVEAU DE VIE EN 2017  
100%  
Alimentaire  
Alcools et tabac  
Habillement  
9
8
7
6
5
4
3
2
1
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
Loyers et charges  
Ameublement  
Santé  
Transports  
Communications  
Loisirs et culture  
Éducation  
Hôtels, cafés, restaurants  
Ensemble Autres biens et services  
0
%
Q1  
Q2  
Q3  
Q4  
Q5  
SOURCES : ACCARDO ET BILLOT (2020), INSEE,  
ENQUÊTE BUDGET DE FAMILLE 2017, BNP PARIBAS  
GRAPHIQUE 15  
STRUCTURE DE LA CONSOMMATION (HORS LOYERS IMPUTÉS)  
DES MÉNAGES ORDINAIRES PAR QUINTILE DE NIVEAU DE VIE EN 2017  
Dépenses compressibles  
Dépenses  
peu compressibles  
Dépenses  
pré-engagées  
100%  
9
8
7
6
5
4
3
2
1
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
Effet de composition du revenu  
3
5
37  
40  
43  
4
3
5
4
5
0
La composition du revenu et la nature des gains de pouvoir  
d’achat importent également dans la sensibilité de la réaction des  
consommateurs à ces gains. La propension à consommer n’est, en  
effet, pas la même selon le type de revenu car la composition de celui-  
ci, d’une part, et la propension à consommer, d’autre part, diffèrent  
3
3
4
2
3
4
3
2
5
5
33  
24  
3
1
1
9
selon le niveau de vie (cf. tableau 4)11 12  
.
29  
Q2  
Bardaji, Lequien et Poissonnier (2014)13 ne parviennent toutefois pas  
à mettre en exergue cet effet de composition dans la faiblesse de la  
progression de la consommation de 2008 à 2013. Pour les auteurs,  
les résultats obtenus « reflètent en partie l’hétérogénéité des agents,  
22  
Q4  
0
%
Q1  
Q3  
Q5  
Ensemble  
des ménages  
GRAPHIQUE 16  
SOURCES : ACCARDO ET BILLOT (2020)*, INSEE, davantage que des propensions à consommer différentes selon le type  
ENQUÊTE BUDGET DE FAMILLE 2017, BNP PARIBAS  
Jérôme Accardo et Sylvain Billot (2020), Plus d’épargne chez les plus aisés, plus de dépenses  
de revenu ».  
*
contraintes chez les plus modestes, INSEE Première n°1815, septembre  
8
Mikael Beatriz, Thomas Laboureau et Sylvain Billot, 2019, Quel lien entre pouvoir d’achat et consommation des ménages en France aujourd’hui ? Une analyse par catégorie de  
ménages et par fonction de consommation, note de conjoncture INSEE, juin.  
9
1
1
1
1
Marie-Emmanuelle Faure, Hélène Soual et Clovis Kerdrain (2012), La consommation des ménages dans la crise, Note de conjoncture INSEE, juin.  
0 Michèle Lelièvre et Nathan Rémila (2018), Dépenses pré-engagées : quel poids dans le budget des ménages ?, Dossiers de la DREES, n°25, mars.  
1 On rappellera, s’il le faut, que la propension à consommer est décroissante avec le niveau de vie.  
2 Cf. les travaux de Xavier Bonnet et Hélène Poncet (2004), Structures de revenus et propensions différentes à consommer, Document de travail, INSEE, décembre.  
3 José Bardaji, Matthieu Lequien, Aurélien Poissonnier (2014), La consommation des ménages français depuis 2009 : rôle du système fiscalo-social, in L’économie française,  
édition 2014, INSEE Références.  
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1
1
ÉLASTICITÉ REVENU ET ÉLASTICITÉ PRIX PAR PRODUITS  
Non significativement  
différente de zéro  
Élasticité-revenu  
Faible (< 0,5)  
Proche de 1 mais < 1  
Forte (> 1)  
Élasticité-prix  
Faible (< 0,5) ou non significative-  
ment différente de zéro  
Produits alimentaires, Énergie,  
services aux ménages  
Matériels de transport,  
services financiers  
Textile-cuir  
Transport  
Commerce  
Biens d’équipement,  
Information-communication  
Importante (> 0,5 et < 1)  
Forte (> 1)  
Autres produits industriels  
Hébergement-restauration  
TABLE AU 2  
Note de lecture : pour les produits en italique, les résultats économétriques sont fragiles.  
SOURCES : FAURE ET ALII (2012), BNP PARIBAS  
TYPE DE DÉPENSE À LAQUELLE SERAIT AFFECTÉ UN HYPOTHÉTIQUE SURPLUS DE RESSOURCES, SELON LE NIVEAU DE VIE  
Si vos ressources augmentaient, que feriez-vous avec  
cet argent supplémentaire ?  
Modestes non  
pauvres  
Pauvres  
Classes moyennes  
Aisés  
Ensemble  
Dépenser plus pour votre alimentation  
Dépenser plus pour votre habillement  
18%  
4%  
11%  
5%  
5%  
3%  
2%  
1%  
7%  
3%  
Dépenser plus pour votre logement, votre résidence  
secondaire  
7
%
7%  
9%  
11%  
9%  
Dépenser plus pour l’équipement de votre logement  
Dépenser plus pour votre santé  
8%  
6%  
8%  
5%  
10%  
3%  
10%  
2%  
9%  
4%  
Dépenser plus pour vos transports (achat automobile…)  
Dépenser plus pour vos loisirs ou vos vacances  
3%  
3%  
3%  
2%  
3%  
16%  
17%  
23%  
26%  
21%  
Dépenser plus pour votre culture, pour l’éducation  
de vos enfants  
4
%
2%  
2%  
2%  
2%  
En faire profiter vos proches  
5%  
8%  
9%  
10%  
21%  
2%  
8%  
9%  
11%  
9%  
9%  
9%  
Rembourser vos crédits ou vos dettes  
Épargner  
Autre  
18%  
3%  
23%  
2%  
22%  
2%  
21%  
2%  
Ensemble  
100%  
100%  
100%  
100%  
100%  
TABLE AU 3  
SOURCES : LELIÈVRE ET RÉMILA (2018), INSEE, ENQUÊTE BUDGET DE FAMILLE 2011, BNP PARIBAS  
STRUCTURE DU RDB DES MÉNAGES PAR QUINTILE DE NIVEAU DE VIE EN 2017 (EN % DU RDB)  
Ensemble des  
ménages  
Q1  
Q2  
Q3  
Q4  
Q5  
Revenus nets d’activité  
35  
54  
60  
66  
69  
62  
Salaires nets  
34  
53  
59  
64  
56  
56  
Revenus primaires des entrepreneurs  
indépendants nets  
1
1
1
2
14  
76  
Revenus du patrimoine  
Revenus financiers  
Revenus du logement  
Transferts nets reçus  
Prestations  
8
1
11  
1
16  
2
19  
3
27  
11  
16  
4
19  
6
7
10  
35  
42  
-6  
14  
24  
35  
-9  
16  
16  
31  
-15  
-1  
14  
19  
35  
-16  
0
57  
63  
-3  
-3  
100  
28  
-27  
3
Impôts  
Autres transferts  
RDB  
-2  
-1  
100  
100  
100  
100  
100  
En 2017, pour les 20% des ménages les plus modestes au sens du niveau de vie (Q1), les revenus nets d’activité représentent en moyenne 35% de leur RDB,  
TABLE AU 4  
dont 34% de salaires nets et 1% de revenus primaires des entrepreneurs indépendants nets.  
SOURCE : ACCARDO ET BILLOT (2020)  
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2
En revanche, pour la Banque de France (2018, 2020) 14, la prise en  
compte, dans la fonction de consommation, de termes liés à la com-  
position du RDB, en améliore bien la qualité : les évolutions du taux  
d’épargne depuis 2005 sont plus fidèlement reproduites. Les résultats  
obtenus sont les suivants :  
Taux de chômage, taux d’épargne : à front renversé  
En théorie, l’effet du chômage sur la consommation est sans ambiguïté :  
lorsqu’il apparaît de manière significative dans les équations, son effet  
est négatif (positif si la variable expliquée est le taux d’épargne). Au-  
delà de son effet direct sur le revenu courant (capté par la variable  
de revenu ou de pouvoir d’achat), le chômage influe aussi sur les  
anticipations de revenu et les incertitudes entourant celui-ci : une  
hausse du chômage réduit les premières et augmente les secondes,  
« un choc sur les revenus salariaux ou les prestations, les autres  
revenus étant fixés, est consommé presque intégralement et le  
taux d’épargne est quasi inchangé » ;  
1
6
« une baisse de prélèvements obligatoires est pour moitié conduisant à la constitution d’une épargne de précaution .  
consommée et pour moitié épargnée » ;  
« pour les revenus financiers nets, les estimations suggèrent aboutit à un diagnostic opposé : la relation censément positive entre le  
une propension à consommer proche de zéro, les chocs sur ces taux de chômage et le taux d’épargne des ménages ne saute pas aux  
De manière contre-intuitive, l’observation des graphiques 17 et 18  
revenus affectant uniquement l’épargne ».  
La Banque de France attire l’attention sur le fait que ces résultats  
en moyenne » peuvent être affectés par la distribution des baisses  
d’impôts selon les niveaux de revenus . Ainsi, la suppression de la  
taxe d’habitation pour les ménages les plus modestes (en trois  
yeux. Ils semblent au contraire évoluer à front renversé. En niveau, on a  
bien un taux d’épargne structurellement élevé coïncidant avec un taux  
de chômage structurellement élevé. Mais, en variation, la corrélation  
entre les deux indicateurs apparaît plutôt négative : quand le taux de  
chômage monte, le taux d’épargne baisse.  
«
1
5
étapes : 2018, 2019 et 2020) ou la revalorisation de la prime d’activité Plus précisément, la relation est inconstante : il arrive que le taux  
en 2019 devraient bénéficier d’une propension plus forte à être de chômage et le taux d’épargne augmentent, comme attendu, de  
consommées. A contrario, les baisses de prélèvements sur les revenus conserve (comme en 2009 en particulier) mais une telle évolution  
du capital intervenues en 2018 devraient se traduire par une épargne conjointe, à la hausse ou à la baisse, n’est pas systématique. Cela peut  
durablement plus élevée.  
être juste une question de décalage temporel et d’avance de l’un ou  
de retard de l’autre. Une causalité à double sens existe en effet entre  
les deux variables : la causalité habituelle allant de la hausse du taux  
de chômage à celle du taux d’épargne (phénomène de l’épargne de  
précaution) et la causalité inverse où la hausse du taux d’épargne  
est un signal avancé d’un retournement de la conjoncture et précède  
la hausse du taux de chômage. En pratique, la relation entre taux  
de chômage et taux d’épargne est plus complexe que simple et plus  
équivoque que l’énoncé théorique.  
Sous cet angle, on comprend mieux la hausse du taux d’épargne en  
2
018 et 2019, et pourquoi et comment une partie des mesures de  
soutien au pouvoir d’achat a été épargnée. Suivant la même logique, on  
pouvait raisonnablement attendre, en 2020, un effet positif important  
sur la consommation après la baisse, en janvier, de l’impôt sur le  
revenu, ciblée sur les classes moyennes, potentiel effet annihilé par la  
crise de la Covid-19.  
TAUX DE CHÔMAGE ET TAUX D’ÉPARGNE SUR LONGUE PÉRIODE ET ZOOM DEPUIS 2007  
%
Taux de chômage (é.g.)  
Taux d'épargne (é.d.)  
%
22  
%
Taux de chômage (é.g.)  
Taux d'épargne (é.d.)  
%
1
2
0
8
6
4
2
1
0.5  
16.5  
20  
18  
16  
14  
12  
10.0  
1
16.0  
9
.5  
.0  
?
1
1
1
5.5  
5.0  
4.5  
9
8.5  
?
8
.0  
.5  
14.0  
7
10  
7.0  
13.5  
7
5 77 79 81 83 85 87 89 91 93 95 97 99 01 03 05 07 09 11 13 15 17 19  
2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019  
GRAPHIQUE 17  
SOURCE : INSEE  
GRAPHIQUE 18  
SOURCE : INSEE  
1
4 Banque de France (2018), Projections macroéconomiques pour la France, encadré « Composition du revenu, taux d’épargne et consommation des ménages », septembre, et  
article complet de Jean-François Ouvrard et Camille Thubin (2020), « La composition du revenu aide à comprendre l’évolution du taux d’épargne des ménages en France », bulle-  
tin de la Banque de France, n°227/9, janvier-février.  
1
5 Banque de France (2019), Projections macroéconomiques pour la France, encadré « Des gains de pouvoir d’achat initialement affectés à l’épargne et une accélération de la  
consommation progressive dans le temps », juin.  
1
6 Pour ne citer que trois références parmi une littérature abondante, cf. : Faure et alii (2012), déjà cité dans la note de bas de page n°9 ; Céline Antonin, Mathieu Plane, Raul  
Sampognaro (2017), Les comportements de consommation des ménages ont-ils été affectés par la crise de 2008 ? Une analyse économétrique de cinq grands pays développés,  
Revue de l’OFCE, n°151 ; Ashoka Mody, Franziska Ohnsorge et Damiano Sandri (2012), Precautionary Savings in the Great Recession, IMF Working Paper n°12/42, février.  
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3
2
013 est un premier contre-exemple récent d’évolution en sens oppo L’analyse se complique toutefois encore par le fait que, sur la période, il  
du taux de chômage (à la hausse) et du taux d’épargne (à la baisse). n’y pas eu que des mesures favorables au pouvoir d’achat : on compte  
Cette année-là, face au choc subi sur leur pouvoir d’achat, les ménages aussi des mesures de financement. Que dire alors de leur effet sur la  
ont puisé, par choix ou par contrainte, dans leur épargne pour lisser et consommation : lequel l’emporte, le positif de l’hypothèse ricardienne  
maintenir leur consommation.  
ou le négatif de l’hypothèse keynésienne ? Au regard de l’évolution de  
la confiance et de la consommation des ménages en 2018 notamment,  
il semblerait que la réaction ait été plutôt keynésienne. Ce qui suggère  
une asymétrie dans la réaction des ménages, qui réagiraient plus  
négativement à une évolution défavorable de leur pouvoir d’achat que  
positivement à une évolution favorable.  
En 2018 et 2019, la configuration est inverse à celle de 2013 : le  
taux d’épargne est orienté à la hausse alors que le taux de chômage  
est orienté à la baisse, et ce depuis la mi-2015. Il est possible que  
l’effet baissier du taux de chômage sur le taux d’épargne ait été plus  
que contrebalancé par les facteurs de hausse du taux d’épargne  
également à l’œuvre. Une autre interprétation, complémentaire, de Les effets positifs attendus sur la consommation de la politique  
cette insensibilité énigmatique du taux d’épargne à la baisse du taux budgétaire menée ces deux dernières années ont aussi pu être  
de chômage est que celui-ci ne constitue pas en toutes circonstances atténués par l’incertitude et la confusion engendrées par le calendrier,  
une bonne mesure de l’incertitude sur le revenu. Celle-ci a pu être le nombre, la diversité et le mélange des mesures. La lisibilité et la  
alimentée par d’autres sources, plus diffuses comme le mal-être social compréhension de la politique budgétaire s’en sont trouvées réduites,  
qui s’est manifesté dans la crise des « gilets jaunes » à la charnière de et peut-être aussi sa crédibilité et donc son efficacité. La combinaison  
2
018 et 2019. Les grèves contre la réforme systémique des retraites à de mesures de rigueur et de relance, stratégie adoptée depuis 2014  
la charnière de 2019 et 2020 en sont aussi une expression. Le climat d’ailleurs, se traduit par une réduction certaine du déficit budgétaire  
général d’incertitude, prégnant depuis quelques années, est également mais à pas comptés. Si effet ricardien il y a, il s’en trouve limité, dans  
à prendre en compte.  
un sens comme dans l’autre. Surtout, malgré les efforts et la réalité  
des chiffres, la réduction du déficit reste sujette à caution, ce qui n’est  
pas facteur de confiance faute d’une plus grande visibilité. De même, la  
Les ménages français seraient-ils ricardiens ?  
La politique budgétaire de ces dernières années a aussi pu pousser réponse aux questions « Vais-je bénéficier d’une baisse d’impôt ? Si oui,  
à la hausse le taux d’épargne des ménages français. C’est, en effet, de quelle ampleur ? Quand ? Est-elle pérenne ? » n’est pas évidente.  
une source à la fois d’incertitudes et de comportements possiblement La difficulté à s’y retrouver et à y croire, le manque de certitude et de  
ricardiens. De manière simplifiée, un ménage est dit ricardien (par clarté, de confiance une fois encore, ont pu jouer contre une réaction  
opposition à keynésien) si, face à une baisse d’impôts permanente, plus positive de la consommation des ménages aux différentes mesures  
il augmente son épargne (et non sa consommation) au motif que de soutien à leur pouvoir d’achat.  
la baisse d’aujourd’hui augmente implicitement les impôts dont il  
devra s’acquitter demain. Comme face au chômage, c’est une forme  
L’importance de la confiance  
d’épargne de précaution, en prévision de la hausse future des impôts. La confiance est un élément déterminant de l’arbitrage entre consom-  
L’effet positif attendu sur la croissance d’un stimulus budgétaire s’en mation et épargne des ménages face aux variations de leur pouvoir  
trouve donc atténué voire annulé. À l’inverse, l’équivalence ricardienne d’achat. Elle renseigne « sur l’état d’esprit des ménages et leur envie  
1
7
a du bon face aux effets négatifs d’une consolidation budgétaire .  
de consommer » et permet de capter la part des anticipations non  
21  
contenue dans les autres déterminants de la consommation .  
Parmi ceux que nous avons lus, les travaux basés sur des données  
françaises aboutissent à des résultats contrastés : l’existence d’un effet Lorsqu’on la regarde sur longue période, telle que mesurée par l’INSEE,  
1
8
ricardien est parfois rejetée, en tout cas avant la crise de 2008-2009 , une rupture de niveau est visible en 2008-2009 (cf. graphique 19), et  
1
9
et parfois mise en évidence ; il est alors estimé de faible ampleur, coïncide avec la rupture de tendance observée pour la consommation et  
jouant uniquement à court terme et se montrant sensible à la période les gains de pouvoir d’achat. La confiance des ménages est nettement  
2
0
d’estimation . Pour Bardaji et alii (2014), le comportement ricardien remontée entre 2012 et 2017, en restant toutefois à un niveau  
des ménages dépendrait aussi de l’ampleur des variations du solde relativement bas par rapport à ses précédents points hauts. On peut  
budgétaire : leur estimation suggère la présence de non-linéarités et relier cette évolution de la confiance à celle du regard des Français  
une « réaction des ménages plus forte lorsque l’épargne publique sur leur propre niveau de vie, tel qu’issu de l’enquête Conditions de  
connaît des variations importantes » et non significative dans le cas vie et aspirations du Crédoc. D’après cette enquête, les Français sont  
contraire.  
effectivement, en 2019, nettement plus pessimistes qu’en 1979 : en  
979, ils étaient 46% à estimer que leur niveau de vie personnel s’était  
amélioré « depuis une dizaine d’années » ; en 2019, ce pourcentage  
1
Sur la base de ces résultats, il apparaît possible de considérer que, pour  
un motif ricardien, une partie des baisses d’impôts et autres mesures  
fiscalo-sociales de soutien au pouvoir d’achat de 2018-2019 ne soit pas  
venue en soutien de la consommation mais de l’épargne.  
2
2
est tombé à 24% . Ce « ressenti » suit globalement les évolutions  
du pouvoir d’achat par UC et, résultat encourageant, il était en voie  
d’amélioration depuis 2017 (cf. graphique 20).  
1
7 Avec un multiplicateur négatif et beaucoup de confiance, l’austérité peut même être expansionniste (théoriquement et sous de multiples conditions ; empiriquement, c’est  
nettement plus compliqué à prouver).  
1
1
8 Antonin et alii (2017), déjà cité dans la note de bas de page n°16.  
9 Mody et alii (2012), déjà cité dans la note de bas de page n°16 ; Karine Berger et Aurélien Daubaire (2003), L’évolution du taux d’épargne des ménages dans quelques pays de  
l’OCDE : une interprétation basée sur les déterminants de moyen terme, Revue d’économie politique, vol. 113, novembre-décembre.  
2
0 Henri Fraisse (2004), Du nouveau sur le taux d’épargne des ménages français ?, Bulletin de la Banque de France, n°130, octobre ; Bardaji et alii (2014), déjà cité dans la note  
de bas de page n°13.  
2
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1 Termes repris de Bardaji et alii (2014), op. cit..  
2 Lucie Brice Mansencal, Patricia Croutte, Sandra Hoibian, avec la collaboration de Victor Prieur (2019), En quarante ans : plus de liberté, mais aussi plus d’inquiétudes, in  
France, portrait social, édition 2019, INSEE Références.  
La banque  
d’un monde  
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