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Vers une nouvelle crise à Dubaï ?

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EcoEmerging// 2 trimestre 2020  
economic-research.bnpparibas.com  
Émirats Arabes Unis  
Vers une nouvelle crise à Dubaï ?  
En tant qu’économie la plus diversifiée du Golfe et producteur de pétrole, les Émirats arabes unis sont doublement affectés par  
l’épidémie de Covid-19 et la chute des prix du pétrole. La crise risque de s’accélérer dans l’immobilier à Dubaï, en difficulté depuis  
plusieurs années, entraînant la dégradation de la situation financière des entreprises de la construction et des services. Cela devrait  
augmenter le risque de crédit et peser sur le secteur bancaire. Les finances publiques devraient pouvoir faire face à la baisse des  
revenus pétroliers, au prix d’une hausse de la dette. La solidité de la position extérieure garantit l’ancrage du dirham au dollar.  
Une économie doublement affectée  
Comme l’ensemble des pays du Golfe, l’économie des Émirats  
arabes unis (EAU) est actuellement confrontée à une double  
difficulté : l’épidémie de Covid-19 et la chute des prix du pétrole. La  
structure de cette économie la rend particulièrement sensible : Abu  
Dhabi est un important producteur de pétrole au sein de l’OPEP et  
Dubaï est particulièrement dépendante des secteurs du tourisme et  
de l’immobilier. Pour limiter l’expansion de l’épidémie, un certain  
nombre de restrictions a été imposé concernant les déplacements  
et les activités économiques non vitales.  
1- Prévisions  
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018 2019e 2020e 2021e  
PIB réel, variation annuelle (%)  
Inflation moyenne (IPC, %)  
Solde budgétaire / PIB (%)  
Solde courant/ PIB (%)  
1,7  
3,1  
1,9  
-1,9  
0,4  
-6,7  
0,2  
3,8  
1,8  
1,8  
-8,3  
-0,4  
-6,9  
1,0  
10,0  
7,3  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2
- Indice PMI du secteur privé non-pétrolier, nouvelles commandes  
Pour le moment, les mesures de soutien budgétaire à l’activité  
restent modérées (environ 2% du PIB). Elles consistent  
essentiellement en des réductions de taxes, une hausse des  
subventions sur l’eau et l’électricité, et le renforcement du  
70  
65  
1
programme Ghadan 21 à Abu Dhabi . La Banque centrale des EAU  
60  
(
BCEAU) a réduit son taux directeur de 125 points de base depuis  
2
55  
50  
le début de l’année et a annoncé un plan de soutien de  
USD 70 mds (17% du PIB) consistant en des avances de liquidité  
sans intérêt contre garanties pour les banques commerciales, le  
report de mensualités de prêts pour certaines entreprises, la baisse  
du coefficient de réserves obligatoires et le relâchement des normes  
prudentielles concernant les prêts aux PME et le plafond  
d’exposition des banques au secteur de l’immobilier. Certaines  
entreprises de secteurs particulièrement exposés, tel que le  
transport aérien, devraient bénéficier d’apport en capital de la part  
du gouvernement.  
4
5
0
4
35  
2018  
2019  
2020  
Source : Markit  
Facteur aggravant, le possible report d’une année de l’Exposition  
universelle prévue en octobre 2020 à Dubaï pourrait réduire tout  
espoir de reprise de l’activité dans la deuxième partie de l’année. À  
Abu Dhabi, les difficultés du secteur de l’immobilier pèsent aussi sur  
la croissance du PIB non pétrolier (inférieure à 1% depuis 2018). Au  
total, pour l’ensemble des EAU, nous estimons que le PIB hors  
pétrole devrait se replier de 5% en 2020 après seulement 1,1%  
estimé en 2019.  
Chute de l’activité hors pétrole  
La croissance de l’activité hors pétrole est en berne depuis 2017  
inférieure à 2%) en raison du ralentissement de l’activité à Dubaï.  
(
En effet, l’émirat le plus diversifié de la fédération (environ 30% du  
PIB total) fait face depuis 3 ans à un ralentissement prononcé du  
secteur de l’immobilier (15% du PIB) et à une baisse de la  
fréquentation touristique (un peu plus de 10% du PIB). Ce  
ralentissement structurel va se transformer en récession cette  
année avec le ralentissement des chantiers, l’arrêt temporaire de la  
fréquentation touristique et la baisse du commerce mondial.  
De même, le PIB pétrolier (environ 30% du PIB total des EAU)  
devrait enregistrer une baisse significative en 2020. L’ensemble des  
pays du groupe OPEC+ sont en effet parvenus à un accord de  
baisse de leur production totale de pétrole de 9,7 mb/j qui entre en  
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application à partir de mai 2020. Les UAE sont le 3 producteur de  
l’OPEP (11% du total avec 3,09 mb/j en moyenne en 2019) et leur  
engagement porte sur une baisse de production de 0,74 mb/j, ce qui  
pourrait réduire leur production d’environ 10% en moyenne en 2020.  
1
Ce programme de AED 50 mds (3,4% du PIB), débuté en 2019, vise à  
soutenir le développement des PME, notamment dans le secteur des nouvelles  
technologies.  
2
Cette baisse du taux directeur (sur les CD à une semaine) est liée à la  
nécessité pour la BCEAU de suivre les décisions de la Réserve fédérale  
américaine en raison de l’ancrage du dirham à l’USD. Ce n’est pas réellement  
une mesure de soutien à l’économie.  
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Hausse attendue du risque de crédit  
3- Bilan simplifié des banques commerciales  
Au total, la croissance devrait se replier de 6,7% en 2020. La chute  
de l’activité hors pétrole qui affectera prioritairement Dubaï,  
conduira à une hausse significative du risque de crédit. Les  
conglomérats quasi-publics qui participent au développement à  
Dubaï subissent depuis plusieurs années le ralentissement du  
secteur de l’immobilier. Ces entreprises principalement actives dans  
Dépots  
Créances sur les secteur privé  
Actif extérieur net (é.d.)  
g.a.,%  
30  
Créance sur le secteur public  
Mds USD  
30  
2
2
1
1
5
0
5
0
5
0
5
20  
3
10  
0
la construction et l’immobilier sont fortement endettées et vont  
rapidement faire face à des problèmes de liquidité.  
-
10  
La baisse des prix depuis 2018 (-30% environ pour l’immobilier  
résidentiel) n’a pas fait ralentir la croissance de l’offre dans un  
marché pourtant en surcapacité. Selon S&P, à Dubaï, l’année 2019  
a été une année record dans la livraison d’habitat résidentiel, et  
-20  
-30  
-
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
2020 pourrait battre ce record. La possible annulation de  
Source : FMI  
l’Exposition universelle devrait accélérer la baisse de la demande et  
la chute des prix. Déjà, certains conglomérats ont approché leurs  
principaux créanciers en vue de renégocier leur dette, tandis que  
d’autres ont vu leur note de solvabilité dégradée par les agences de  
rating. La capacité de Dubaï à soutenir les conglomérats en  
difficulté est contrainte par des ressources budgétaires limitées.  
Pas de problème de financement du déficit  
budgétaire  
Avec la chute des revenus budgétaires pétroliers (environ 50% des  
revenus totaux) et les mesures de soutien à l’activité, le solde  
budgétaire devrait être significativement en déficit en 2020. La  
baisse attendue de la production de pétrole se cumulera à la baisse  
de 40% en moyenne des prix du pétrole au cours de cette année.  
Pour compenser une partie de la baisse de revenu, le  
gouvernement pourrait avoir recours aux revenus des fonds  
souverains. Au total, nous prévoyons un déficit équivalent à 8,3%  
du PIB en 2020 (soit USD 35 mds) et 6,9% du PIB en 2021.  
Un secteur bancaire en première ligne  
Dans ce contexte de possible accélération de la dégradation du  
secteur immobilier, la qualité des actifs bancaires va se détériorer.  
Le ratio de créances douteuses est en augmentation régulière  
depuis 2017. Selon le FMI, il a atteint 6,5% fin 2019. L’exposition de  
l’ensemble des banques aux secteurs de la construction et de  
l’immobilier est équivalente à environ ¼ des crédits au secteur privé.  
Le gouvernement dispose de plusieurs solutions afin de financer ce  
déficit. L’émission obligataire internationale de 2019 (USD 10 mds)  
lui a procuré des liquidités et une nouvelle émission de USD 7 mds  
a eu lieu ce mois d’avril 2020. Enfin, les avoirs gouvernementaux  
placés dans différents fonds souverains s’élèvent à plus de  
USD 800 mds (200% du PIB en 2019) et peuvent être une source  
de financement supplémentaire. La dette du gouvernement est  
modérée et devrait atteindre 28% du PIB en 2020.  
Depuis l’éclatement de la bulle immobilière de 2008, la solidité des  
banques a été renforcée, les dettes des conglomérats ont été  
rééchelonnées et la spéculation immobilière a été réduite. Le risque  
que fait peser l’immobilier sur le secteur financier et donc sur le  
reste de l’économie, n’est plus de nature systémique. Néanmoins,  
les récentes mesures de la CBEAU vont dans le sens d’un  
relâchement des normes prudentielles pour les banques afin de  
soutenir le crédit aux PME. Le crédit bancaire au secteur du  
commerce est équivalent à 11% du crédit au secteur privé, tandis  
que le crédit à la consommation en représente 25%.  
Solidité du peg  
Les comptes extérieurs sont solides et les excédents du compte  
courant sont récurrents. Cependant, avec la baisse du prix du  
pétrole et le repli du commerce mondial, les comptes courants  
devraient enregistrer un léger déficit de 0,4% du PIB en 2020  
Du côté des ressources, la dégradation des finances publiques  
pourrait peser sur les dépôts du gouvernement qui représentaient  
18% des dépôts totaux fin 2019. Néanmoins, à court terme, la  
(
(
USD 1,8 mds). Selon l’IIF, l’amortissement de la dette extérieure  
prêts et obligations) s’élève à USD 60 mds en 2020. Les réserves  
liquidité des banques émiraties reste satisfaisante. Les dépôts, qui  
sont la principale ressource des banques, augmentaient de 7% en  
rythme annuel en décembre 2019, tandis que les crédits au secteur  
privé (67% du total des crédits) stagnaient (+0,7%). Par ailleurs,  
signe de l’absence de tensions sur la liquidité, la position extérieure  
nette des banques étaient en excédent de USD 24 mds (5,9% du  
PIB) en décembre 2019, soit le niveau le plus élevé depuis quinze  
ans.  
de change de la banque centrale s’élevaient à USD 107 mds en  
019 (soit 7,5 mois d’importations de biens et services). Dans cette  
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situation, et en prenant en compte les avoirs extérieurs du  
gouvernement, l’ancrage du dirham au dollar n’est pas à risque.  
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La dette totale du gouvernement de Dubaï et des conglomérats quasi-public  
en dépendant est supérieure à 100% du PIB de Dubaï.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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