Emerging

Nouvelles turbulences

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Eco Emerging // 3 trimestre 2021  
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INDE  
NOUVELLES TURBULENCES  
La deuxième vague épidémique semble être passée, le point haut des contaminations ayant été atteint en mai. La  
contraction de l’activité devrait être moins forte qu’il y a un an et circonscrite au deuxième trimestre. Cependant,  
le coût de cette deuxième vague est estimé à plus de 2 points de pourcentage de PIB alors même que les ménages  
se remettent difficilement de l’impact de la première. En 2020, 75 millions d’Indiens sont passés sous le seuil de  
pauvreté. De plus, le rebond attendu pour l’année en cours pourrait être insuffisant pour stabiliser le ratio de la  
dette publique, ce qui pourrait provoquer une dégradation de la note souveraine par les agences de notation. Dans ce  
contexte très incertain, la roupie ne profite pas de la bonne tenue des comptes extérieurs.  
CONTRACTION DE L’ACTIVITÉ AU PREMIER TRIMESTRE DE  
PRÉVISIONS  
L’ANNÉE BUDGÉTAIRE 2021/2022  
2
019  
2020  
2021e  
2022e  
La deuxième vague épidémique qui a touché l’Inde à partir du mois de  
mars 2021 a généré une forte baisse d’activité.  
PIB réel(1), variation annuelle (%)  
Inflation moyenne(1) (CPI, %)  
4.2  
-7.2  
6.1  
8.4  
9.4  
4.8  
5.0  
5.0  
Tous les indicateurs (production industrielle, recettes de TVA, ventes  
automobiles et de tracteurs, trafic routier, taux d’emploi) font état  
d’un important recul de l’activité en avril qui s’est accentué en mai.  
L’épidémie n’a épargné aucune région mais les dix plus touchées par  
l’épidémie représentent à elles seules 60% du PIB indien.  
Solde budgétaire gouv et adm.(1) / PIB (%)  
Dette du gouv. et des adm. (1) / PIB (%)  
Solde courant(1) / PIB (%)  
-7.3  
72.2  
-0.9  
19.9  
457  
7.7  
-14.8  
89.8  
0.9  
-11.0  
90.0  
-0.6  
21.0  
590  
9.1  
-9.5  
91.5  
-1.7  
20.5  
620  
9.2  
Dette extérieure(1) / PIB (%)  
21.6  
542  
11.0  
Malgré son ampleur, la contraction de l’activité économique devrait  
être beaucoup moins importante qu’en 2020. Les confinements sont  
restés localisés et de nombreux États ont choisi de ne pas fermer les  
usines. On estime ainsi que la contraction de l’économie ne devrait  
pas excéder 10% au T1 de l’exercice budgétaire 2021/2022 par rapport  
au trimestre précédent (contre -25,9% à la même période l’année  
dernière). Par ailleurs, elle devrait rebondir graduellement dès le T2  
de l’exercice budgétaire 2021/2022 (à moins qu’une troisième vague  
touche le pays alors que moins de 4% de la population avait reçu deux  
doses de vaccin fin juin). Depuis la mi-juin, on observe un léger rebond  
d’activité conjointement à la levée des contraintes sanitaires. Le taux  
de chômage, qui avait atteint un point haut à 13% début juin (contre  
plus de 23% au plus fort de la crise en avril 2020), a reculé à 9,2%  
fin juin. De même, les indices de confiance des ménages (notamment  
celui des ménages ruraux) ont commencé à se redresser légèrement.  
La mousson, qui devrait être favorable, selon l’India Meteorological  
Department, soutiendra la reprise en zones rurales.  
La forte hausse des pressions inflationnistes pourrait toutefois peser  
sur la reprise. En mai, la hausse des prix a atteint 6,3% en glissement  
annuel (g.a.), reflet de la forte augmentation des prix alimentaires et de  
ceux de l’énergie et, dans une moindre mesure, des contraintes sur les  
chaînes logistiques, mais aussi de la hausse des prix de l’ensemble des  
biens de consommation (la hausse des prix hors énergie et alimentation  
a atteint 7,2% en mai en g.a., ce qui n’était pas arrivé depuis 2014). Lors  
du comité de politique monétaire du mois de juin, la banque centrale  
a maintenu son taux directeur à 4%, rappelant qu’elle continuerait à  
mener une politique monétaire accommodante tant que la reprise ne  
serait pas confirmée, et ce alors même que la hausse des prix a excédé  
la cible d’inflation de 4% +/- 2 points de pourcentage (pp). La Banque  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
(1): ANNÉE BUDGÉTAIRE DU 1ER AVRIL DE L’ANNÉE T AU 31 MARS DE L’ANNÉE T+1  
E: ESTIMATIONS ET PRÉVISIONS  
TABLEAU 1  
SOURCE : BNP PARIBAS RECHERCHE ECONOMIQUE GROUPE  
INDICATEURS D’ACTIVITÉ  
Recettes TVA (déc 2019=100)  
Ventes automobiles (déc 2019=100)  
180  
160  
25  
20  
Taux chômage (é.d., %)  
140  
120  
100  
1
5
8
0
0
10  
5
6
40  
20  
0
0
2016  
GRAPHIQUE 1  
2017  
2018  
2019  
2020  
2021  
SOURCES : RBI, CMIE  
HAUSSE DES RISQUES SOCIAUX  
centrale indienne pourrait donc maintenir ses taux inchangés jusqu’à Selon le Centre for Monitoring Indian Economy (CMIE), depuis le  
la fin de l’année.  
Sur l’ensemble de l’année 2021/2022, la fourchette des prévisions de  
croissance du consensus des économistes a été révisée à la baisse de  
plus de 2 pp entre 8% et 10% actuellement contre entre 11% et 12%  
auparavant. La Banque mondiale prévoit, pour sa part, une croissance  
de 8,3% pour l’année en cours et de 7,5% pour l’année 2022/2023.  
début de l’épidémie de Covid-19 en mars 2020, 97% des ménages ont  
enregistré une baisse de pouvoir d’achat, du fait de la perte de leur  
emploi accentuée par la hausse des prix à la consommation. L’institut  
Pew Research Center estime ainsi qu’en 2020, 75 millions d’Indiens  
sont passés sous le seuil de pauvreté (défini par un revenu quotidien  
inférieur à USD 2), portant leur nombre à 134 millions, alors qu’il avait  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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Eco Emerging // 3 trimestre 2021  
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6
fallu vingt ans pour extraire de la pauvreté 248 millions de personnes  
selon la Banque mondiale. Dans le même temps, la population vivant  
avec un revenu compris entre USD 2 et USD 10 par jour a augmenté  
pour s’élever à 1,13 milliard fin 2020.  
Le CMIE estime que la deuxième vague avait déjà entraîné, à la fin  
du mois de mai 2021, la perte de 25,3 millions d’emplois (dont 15  
millions pour le seul mois de mai), principalement des travailleurs  
journaliers qui ne bénéficient d’aucune protection sociale. Néanmoins,  
contrairement aux travailleurs « réguliers », ceux qui travaillent dans  
le secteur informel retrouveront plus rapidement un emploi dès lors  
que les mesures de confinement seront levées.  
BALANCE DES PAIEMENTS  
%
PIB  
IDE nets  
Inv. nets portefeuille  
Autres inv. nets  
Dérivés financiers nets  
Solde compte courant  
4
3
2
1
0
HAUSSE DES PRESSIONS SUR LES FINANCES PUBLIQUES  
-1  
-2  
Les finances publiques indiennes, déjà fragiles avant la crise de la  
Covid-19, se sont sensiblement fragilisées au cours de l’exercice  
-
3
0
2
020/2021 avec la forte hausse des dépenses publiques. Le déficit du  
3-16  
03-17  
03-18  
03-19  
03-20  
03-21  
gouvernement a atteint 9,2% du PIB et sa dette (hors dette des États) a  
augmenté de plus de 9 pp à 55,4% sur les trois premiers trimestres de  
l’exercice 2020/2021. On estime que le déficit et la dette de l’ensemble  
des administrations publiques pourraient avoir atteint respectivement  
GRAPHIQUE 2  
SOURCE : RBI  
1
4% du PIB et plus de 87% du PIB en 2020/2021.  
Lors du budget 2021/2022, présenté en février 2021, le gouvernement  
avait pris la décision de soutenir la reprise au risque de détériorer  
encore davantage ses finances publiques. Il prévoyait en effet un déficit  
de 6,8% du PIB contre 3,8% du PIB en moyenne au cours des cinq années  
qui ont précédé la crise de la Covid-19. Bien qu’en baisse de plus de 2 pp  
par rapport à l’année 2020/2021, les dépenses prévues dans le budget  
(
contre 1,8% du PIB en moyenne au cours des cinq dernières années).  
Selon l’UNCTAD, l’Inde a été le cinquième récipiendaire d’IDE en  
020. Cet afflux s’est fait principalement sous la forme de fusions  
2
et d’acquisitions, concentrées principalement dans le secteur des  
technologies de l’information et de la communication, la santé, les  
infrastructures et l’énergie.  
(
15,6% du PIB) restent bien supérieures au niveau enregistré avant la  
crise sanitaire. Le gouvernement prévoit ainsi un déficit primaire de Les investissements de portefeuille, bien qu’en baisse par rapport  
3
,1% du PIB, soit un niveau très supérieur à ce qui prévalait avant la à 2019, en raison notamment d’importantes sorties de capitaux  
au premier trimestre 2020, ont fortement accéléré aux troisième et  
quatrième trimestres 2020. Sur l’ensemble de 2020, ils affichaient ainsi  
un solde excédentaire de 0,6% du PIB.  
crise (0,7% du PIB au cours des cinq années précédentes).  
Avec la deuxième vague épidémique, les appels pour un soutien  
budgétaire de plus grande envergure commencent à se faire entendre  
alors même que les recettes budgétaires se sont fortement réduites en Globalement, la balance des paiements (hors variations des réserves  
avril 2021, conjointement à la mise en place de nouvelles mesures de de change) a ainsi affiché un excédent de 3,9% du PIB en 2020 (contre  
confinement et à la contraction de l’activité économique. Or, les marges 2% en 2019).  
de manœuvre du gouvernement sont étroites. La note souveraine  
Sur les cinq premiers mois de l’année calendaire, le déficit commercial a  
indienne a été mise en perspective négative par les agences de notation  
augmenté sensiblement par rapport à la même époque l’année dernière  
et une nouvelle dégradation du ratio de la dette rapportée au PIB  
mais cela reflète davantage une normalisation de la situation qu’une  
pourrait faire passer la note de l’Inde en catégorie « non-investment  
réelle dégradation. Par ailleurs, les investissements directs étrangers  
sont restés solides (sur les quatre premiers mois). En revanche, les  
grade ». Or, selon nos projections, si la croissance était inférieure à  
9
% pour l’année budgétaire en cours, le ratio de dette ne serait pas  
investissements de portefeuille ont affiché un déficit au mois d’avril,  
de même ampleur que celui enregistré un an plus tôt (en raison, une  
fois encore, de la propagation de l’épidémie et de la contraction de  
l’activité), provoquant des tensions à la baisse sur la roupie.  
Néanmoins, la position extérieure de l’Inde reste solide. Les réserves  
de change, qui ont atteint un point haut de USD 564 mds mi-juin 2021,  
soit l’équivalent de 10,6 mois d’importations, couvraient 1,8 fois les  
besoins de financement à court terme du pays. La dette extérieure  
restait contenue sous le seuil de 22% du PIB.  
stabilisé.  
LES COMPTES EXTÉRIEURS RESTENT SOLIDES  
Les comptes extérieurs de l’Inde se sont consolidés en 2020. En dépit  
d’un environnement domestique et international défavorable, l’Inde  
est restée attractive pour les investissements étrangers.  
Sur l’ensemble de l’année calendaire 2020, le solde courant a  
enregistré un excédent de 1,3% du PIB, ce qui n’était jamais arrivé. Cette  
consolidation résulte notamment de la baisse du déficit commercial de  
près de 2 pp. La forte contraction des importations induite par la baisse  
de la demande intérieure a été plus que suffisante pour compenser la  
diminution des exportations.  
Achevé de rédiger le 5 juillet 2021  
Johanna MELKA  
johanna.melka@bnpparibas.com  
Dans le même temps, les flux d’investissements directs étrangers (IDE)  
ont augmenté de plus de 27% pour atteindre le niveau de 2,5% du PIB  
La banque  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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