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EcoEmerging// 2 trimestre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
Pologne  
Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel  
Au plus haut depuis la crise financière mondiale, la croissance économique a atteint 5,1% en 2018 mais montre peu de signes de  
surchauffe. En 2019-2020, léconomie polonaise devrait pâtir d’une conjoncture moins favorable en zone euro et des tensions  
commerciales internationales. Toutefois, les tensions sur le marché du travail, qui alimentent la hausse des salaires, devraient  
continuer de soutenir la demande intérieure, tout comme les mesures de relance budgétaire annoncées en février à l’approche des  
élections européennes (mai) et législatives (octobre). Dans ce contexte, l’inflation devrait accélérer et les déficits jumeaux se  
creuser sans compromettre néanmoins la stabilité macroéconomique du pays.  
Le meilleur est passé  
1- Prévisions  
Le bilan macroéconomique de l’année 2018 est impressionnant :  
croissance du PIB record depuis 2007, taux de chômage  
historiquement bas, inflation contrôlée, déficits budgétaire et de la  
balance des paiements courants modérés et monnaie stable.  
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017 2018 2019e 2020e  
PIB réel, variation annuelle (%)  
Inflation moyenne (IPC, %)  
4,6  
2,0  
5,1  
1,7  
4,0  
1,9  
3,5  
2,4  
Solde budgétaire / PIB (%)  
-1,4  
-0,9  
-1,8  
-2,4  
Malgré l’essoufflement de la croissance économique en zone euro  
Dette publique / PIB (%)  
50,6 48,7 47,3 46,7  
0,2 -0,7 -1,5 -2,5  
(
notamment en Allemagne) qui absorbe 58% des exportations  
Solde courant / PIB (%)  
polonaises, le PIB a continué de croître au rythme de 5% en  
glissement annuel (g.a.) au second semestre 2018, après 5,2% au  
premier semestre. Cette désynchronisation vis-à-vis du cycle  
européen s’explique par le renforcement de la demande intérieure  
Dette extérieure / PIB (%)  
72,2 61,3 58,9 57,5  
94,5 102,3 103,8 105,2  
Réserves de change, mds EUR  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change EURPLN (fin d'année)  
4,8  
4,2  
4,8  
4,3  
4,5  
4,3  
4,3  
4,3  
(
+5,5% en 2018 après +4,9% en 2017), la contribution du  
commerce extérieur à la croissance du PIB demeurant négative  
compte tenu d’une accélération des importations (+7%) supérieure  
à celle des exportations (+6,2%).  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2- Croissance du PIB  
Solide moteur de la croissance économique, la consommation des  
ménages (+4,6% en 2018) a légèrement ralenti au S2 (+4,4% g.a.).  
Les tensions sur le marché du travail et les subséquentes fortes  
hausses de salaires (cf. infra) ont soutenu la confiance des  
ménages, malgré un léger fléchissement au cours des derniers  
mois. Dans le même temps, le crédit aux ménages a accéléré  
continûment durant l’année (+7% g.a. en 2018, après +2% en 2017).  
%, g.a.  
%, t/t, cvs-cjo  
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6
5
4
3
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1
0
L’investissement a bondi de 7,3% en 2018 grâce à un bon second  
semestre (+9,9% g.a. au T3 et +6,7% au T4). Selon l’institut  
statistique national (GUS), l’investissement des entreprises a été  
dynamique dans l’ensemble des secteurs d’activité et quelle que  
soit la taille des entreprises. Il a néanmoins légèrement ralenti en fin  
d’année notamment du côté des filiales de firmes étrangères dans  
un contexte européen plus incertain. Parallèlement, la progression  
rapide de l’investissement résidentiel a été moins vigoureuse au  
S2 2018. Le secteur souffre de contraintes d’offre liées notamment  
au manque de main d’œuvre et aux hausses de salaires dans la  
construction. Depuis deux ans, les prix de l’immobilier neuf ont  
progressé de 15% en moyenne dans les dix principales villes  
polonaises. Enfin, l’investissement public a continué de bénéficier  
pleinement des co-financements de l’UE (fonds structurels).  
-1  
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008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018  
Source : GUS  
des capacités de production (82%) a baissé et les exportations ont  
ralenti, notamment en biens intermédiaires. Cela concerne le  
secteur automobile perturbé par l’introduction des nouvelles normes  
anti-pollution. Autre facteur pesant sur la compétitivité des  
exportations, le zloty (PLN) est désormais considéré comme  
surévalué par de nombreux industriels polonais.  
Corollaire du dynamisme de la demande intérieure, les services ont  
progressé fortement jusqu’au T3 2018, avant de fléchir. La  
production industrielle a été tirée par la construction (+17% en  
mais les perspectives restent positives  
La dégradation des conditions extérieures pèsera sur la croissance  
polonaise en 2019-2020. Toutefois, la bonne tenue de la demande  
intérieure, soutenue par les mesures de relance budgétaire  
annoncées le 23 février, et une politique monétaire plutôt  
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018) et le secteur manufacturier (+5,2% en 2018 et +6,1% g.a. sur  
les deux premiers mois de 2019). Mais l’indice PMI manufacturier  
est passé sous le seuil de 50 depuis novembre. Le taux d’utilisation  
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accommodante devraient amortir le retournement conjoncturel. La  
détérioration des fondamentaux macroéconomiques serait limitée.  
3- Marché du travail  
Salaires nominaux (%, g.a.)  Coûts salariaux unitaires (%, g.a.)  
Taux de chômage (% de la population active)  
La croissance du PIB ralentirait à 4% cette année et 3,5% en 2020  
mais elle resterait au-dessus de la moyenne des autres pays  
d’Europe centrale (~3%). Le stimulus budgétaire, estimé entre 1,5%  
et 2% du PIB sur deux ans (PLN 40 mds par an), devrait soutenir la  
consommation à travers trois mesures phares : 1/ l’extension du  
programme « Famille 500+ » (PLN 500 soit environ EUR 116 pour  
chaque enfant à partir du second) dès le premier enfant et sans  
conditions de revenus ; 2/ l’octroi aux retraités d’une prime de  
PLN 1100 (environ EUR 256); 3/ des baisses d’impôt sur le revenu  
et une exemption pour les jeunes de moins de 26 ans.  
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1
0
8
6
4
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0
La politique budgétaire expansionniste devrait se traduire par un  
creusement du déficit du gouvernement général. Face aux  
inquiétudes de dérapage des finances publiques, le gouvernement  
a réitéré son engagement à maintenir le déficit sous la barre de 3%  
du PIB et pourrait freiner les dépenses en investissement public. La  
trajectoire favorable de la dette publique devrait ainsi se poursuivre  
en 2019-2020. Dans la perspective des échéances électorales  
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2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018  
Sources : Eurostat, Commission européenne  
significativement en termes nominaux et réels. L’inflation globale et  
sous-jacente convergeant vers la cible de 2,5% en 2020, la banque  
centrale (NBP) pourrait alors amorcer une hausse modérée de son  
taux directeur fixé à 1,5% depuis mars 2015. Le gouverneur Adam  
Glapinski a toutefois indiqué début avril ne pas anticiper de  
changement de taux d’intérêt d’ici la fin du mandat de l’actuel  
conseil de politique monétaire en 2022.  
(
européennes et législatives), le gouvernement semble avoir arbitré  
en faveur des dépenses sociales dont les bénéfices politiques à  
court terme dépassent ceux des dépenses d’investissement public,  
qui ont pourtant théoriquement un effet multiplicateur sur la  
croissance économique plus élevé. La manne résiduelle des fonds  
structurels européens pour les deux dernières années du  
programme 2014-2020 (estimée à plus de EUR 36 mds) pourrait  
ainsi n’être que partiellement absorbée. Au final, l’investissement  
total devrait donc ralentir même si l’investissement des entreprises  
reste dynamique.  
Démographie, offre de travail, salaires, productivité :  
la quadrature du cercle  
Le taux de chômage a baissé de 9% en 2014 à 3,8% en 2018  
données Eurostat). Cette situation de plein emploi se traduit par  
(
des pénuries de main-d’œuvre contraignant les capacités de  
production, notamment dans la construction et l’industrie. Toutefois,  
la progression de la productivité et l’afflux de travailleurs étrangers,  
notamment ukrainiens (environ 1 million depuis 2014 grâce aux  
procédures simplifiées d’obtention d’un permis de travail pour  
6 pays hors UE), a permis de limiter la hausse des coûts salariaux  
unitaires et de réduire le NAWRU. En termes réels, les salaires ont  
accéléré de +2,5% par an entre 2010 et 2016 à +5,5% en 2018.  
Dans le même temps, la croissance de la productivité du travail a  
fait de même, passant de 4,5% par an en 2010-2016 à 6,5% en  
2018 (FMI, Country Report 19/38, Selected issues, février 2019).  
Cependant, le retard de comptabilisation des travailleurs étrangers  
dans les statistiques officielles d’emploi (12 mois) tendrait à minorer  
la progression de la productivité au cours des dernières années.  
Déséquilibres extérieurs et tensions inflationnistes  
limités  
Les comptes extérieurs de la Pologne ne suscitent pas d’inquiétude  
particulière, même si le surplus de la balance des paiements  
courants a disparu au S2 2018 et que le déficit devrait se creuser en  
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019-2020. Le déficit de la balance commerciale restera modéré et  
la balance des services dégagera encore des surplus importants.  
De plus, sous l’hypothèse de moindres profits générés par les  
investissements directs étrangers en Pologne, le large déficit de la  
balance des revenus diminuerait légèrement. Les réserves de  
change constituent un matelas de protection confortable : elles  
couvrent près de cinq mois d’importations et l’intégralité de la dette  
à court terme. Dans un contexte de politiques monétaires toujours  
accommodantes en Europe et aux Etats-Unis, la Pologne devrait  
demeurer attractive pour les investisseurs étrangers et le taux de  
change relativement stable en dépit de certains risques  
Alors que la concurrence européenne, surtout allemande, pour  
attirer des travailleurs qualifiés pourrait s’intensifier au cours des  
prochaines années, l’innovation et l’automatisation sont des  
réponses aux pénuries d’offre de travail et à la recherche de gains  
de productivité. Mais endiguer le lent déclin démographique à  
l’œuvre depuis deux décennies à travers des politiques familiales et  
migratoire (incitations au retour des polonais émigrés) volontaristes  
demeure crucial pour soutenir la croissance potentielle et les  
perspectives macroéconomiques du pays à moyen et long terme.  
(
géo)politiques.  
Contenue au-dessous de 2% en 2017-2018 grâce à la baisse du  
NAWRU (le taux de chômage n’accélérant pas les pressions à la  
hausse sur les salaires, cf. infra) et au recul des prix des matières  
premières fin 2018, l’inflation devrait accélérer graduellement.  
L’output gap (écart entre croissance observée, estimée à 3,5%, et  
croissance potentielle) restera positif au cours des prochains  
trimestres, et les salaires devraient continuer de progresser  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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