Emerging

Passage à vide

e
Eco Emerging // 3 trimestre 2022  
economic-research.bnpparibas.com  
3
CHINE  
PASSAGE À VIDE  
L’activité s’est contractée en avril et mai 2022 en raison des sévères restrictions à la mobilité imposées dans des  
régions industrielles comme Shanghai. Depuis fin mai, ces restrictions sont progressivement levées, et l’activité a  
commencé à rebondir. Les risques baissiers sur la croissance restent cependant élevés. Les autorités continuent  
donc d’assouplir –prudemment– leur politique économique. Sur le plan budgétaire, les mesures de soutien restent  
centrées sur les projets d’infrastructures et les aides aux entreprises. Sur le plan monétaire, les taux d’intérêt ont  
été réduits depuis le début de l’année, et les programmes de prêts ciblés étendus. L’efficacité de l’action de la banque  
centrale se heurte toutefois à la faiblesse de la demande de prêts. En outre, l’environnement international et les  
risques de sorties de capitaux pourraient limiter sa marge de manœuvre.  
L’activité économique s’est contractée en avril et mai 2022 en raison  
de la recrudescence de l’épidémie de Covid-19 et des sévères restric-  
PRÉVISIONS  
tions à la mobilité imposées dans d’importantes régions industrielles  
et portuaires telles que Shanghai. Depuis fin mai, ces restrictions ont  
2
019  
2020  
2021 2022e 2023e  
été progressivement (mais pas totalement) levées, et l’activité a com-  
mencé à se redresser. La production industrielle a rebondi (augmentant  
de 0,7% en g.a. au mois de mai), grâce notamment à la reprise des ex-  
portations. L’activité dans les services, qui a souffert plus durement et  
plus longtemps des confinements du printemps, s’est encore contrac-  
tée en mai (-5,1% en g.a.), pour le troisième mois consécutif (graphique  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, moyenne annuelle, %  
Solde budgétaire officiel, % du PIB  
Dette officielle du gouv. général, % du PIB  
Solde courant, % du PIB  
6,0  
2,9  
2,2  
2,5  
8,1  
0,9  
3,7  
2,3  
5,7  
2,7  
-2,8  
38,6  
0,7  
-3,7  
45,9  
1,7  
-3,1  
47,0  
1,8  
-2,8  
50,3  
0,8  
-3,0  
52,0  
0,9  
1
). Les volumes de ventes au détail ont également continué de chuter  
Dette externe, % du PIB  
14,5  
16,3  
3 217  
16,2  
15,5  
3 250  
12,6  
16,5  
3 220  
10,8  
15,8  
3 240  
10,0  
(
-9% en g.a. en mai). La croissance des investissements a en revanche  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
3 108  
14,9  
ré-accéléré, tirée par les projets d’infrastructures.  
E: ESTIMATIONS ET PRÉVISIONS  
FREINS MULTIPLES  
TABLEAU 1  
SOURCE : BNP PARIBAS RECHERCHE ECONOMIQUE GROUPE  
À court terme, la croissance devrait se raffermir, mais les risques  
baissiers restent élevés. D’abord, la situation sanitaire demeure  
incertaine et les autorités devraient maintenir une stratégie zéro Covid  
au moins jusqu’à la fin de l’année – des directives ont toutefois été  
envoyées aux collectivités locales début juin pour réduire le risque  
de restrictions excessivement sévères. La menace de nouveaux  
confinements devrait continuer de peser sur la confiance et la demande  
des ménages et des entreprises.  
CHINE : REDÉMARRAGE  
Production industrielle  
Production des services  
volume, g.a., %  
35  
30  
Ensuite, la consommation privée va souffrir de la dégradation du  
marché du travail. Le taux de chômage a grimpé de 5,1% fin 2021 à  
25  
20  
15  
10  
5
6
,1% en avril 2022, pour retomber à 5,9% en mai. Il est plus élevé pour  
les travailleurs migrants (6,2% en mai) ainsi que dans les 31 grandes  
villes du pays (6,9% en mai). Plus inquiétant, le taux de chômage des  
1
6-24 ans a atteint un niveau record en mai, à 18,4%, contre 14,3% en  
0
décembre 2021. La situation pourrait encore s’aggraver au cours de  
l’été, lorsque les nouveaux diplômés entreront sur le marché du travail.  
-
5
-
10  
La progression des revenus réels devrait souffrir des conditions  
dégradées du marché du travail. En revanche, les effets négatifs de la  
hausse des prix à la consommation sur le pouvoir d’achat des ménages  
devraient être modérés. L’IPC n’a augmenté que de 2,1% en g.a. en avril  
et mai. L’inflation sous-jacente est faible (0,9%) en raison de l’atonie de  
-15  
2017  
2018  
2019  
2020  
2021  
2022  
GRAPHIQUE 1  
SOURCES : NBS, BNP PARIBAS  
la demande intérieure, tandis que la hausse des prix alimentaires et de mois de 2022 par rapport à la même période en 2021. Des mesures  
l’énergie reste limitée en dépit des tensions au niveau mondial, du fait ont été introduites pour encourager les transactions et aider les  
de la baisse continue des prix de la viande et des contrôles partiels des promoteurs à finaliser les projets en cours. Les autorités maintiennent  
prix des céréales et de l’énergie.  
Par ailleurs, la crise du secteur immobilier et de la construction  
néanmoins leurs objectifs de modération des coûts du logement et de  
désendettement des promoteurs.  
perdure, freinant l’emploi, l’investissement et la consommation Enfin, les exportations ont rebondi en mai (+16,8% en g.a. contre 3,7%  
de biens durables. Ainsi, les projets nouvellement démarrés et les en avril) et devraient se renforcer à court terme grâce à la diminution  
transactions immobilières se sont effondrés, respectivement, de 40% des problèmes logistiques. Cependant, le secteur exportateur chinois  
et 32% en g.a. au mois de mai, et de 31% et 24% sur les cinq premiers  
ne devrait pas être un moteur de croissance aussi puissant en 2022  
La banque  
d’un monde  
qui change  
e
Eco Emerging // 3 trimestre 2022  
economic-research.bnpparibas.com  
4
qu’en 2021 compte tenu du ralentissement de la demande mondiale.  
Dans ses Perspectives de l’économie mondiale d’avril dernier, le FMI  
prévoyait une croissance du volume de commerce mondial à 5% en  
CHINE : AJUSTEMENT DU TAUX DE CHANGE  
2
022 et 4,4% en 2023, contre 10% en 2021.  
indice  
10  
Taux de change effectif nominal (indice CFETS)  
Taux de change USD/CNY (é.d.)  
1
1
1
5.5  
5.7  
UN SOUTIEN BUDGÉTAIRE CENTRÉ SUR LES ENTREPRISES  
05  
00  
5.9  
Pour contrer les multiples freins pesant sur la croissance, les autorités  
poursuivent l’assouplissement du policy mix. Elles ont maintenu une  
stratégie relativement prudente au cours des derniers mois, soutenant  
l’économie au travers d’un assouplissement graduel et d’actions ci-  
blées, plutôt que par de vastes plans de relance. Sur le plan budgétaire,  
les mesures de soutien ont été progressivement mises en œuvre depuis  
le dernier trimestre de 2021. Elles consistent essentiellement en de  
nouveaux investissements dans les projets d’infrastructures (le plus  
souvent pris en charge par les collectivités locales) ainsi qu’en des  
aides aux entreprises. Ces aides visent en particulier à soutenir les PME  
et le secteur manufacturier, via des baisses d’impôts, des subventions  
ou le paiement différé des cotisations de sécurité sociale.  
6.1  
95  
90  
85  
6
.3  
.5  
6
6.7  
6
.9  
.1  
80  
7
Appréciation  
2017  
75  
2016  
7.3  
2018  
SOURCES : CHINA FOREIGN EXCHANGE TRADING CENTER, CEIC  
2019  
2020  
2021  
2022  
GRAPHIQUE 2  
La diminution des taxes à l’achat de voitures particulières, qui figurait  
dans le nouveau dispositif de mesures annoncé fin mai, est l’une des  
rares mesures visant à encourager la consommation privée. Certaines  
provinces ont également procédé à des versements en espèces aux  
ménages (en e-yuans dans certains cas comme à Shenzhen), mais leur  
montant total reste faible.  
Par ailleurs, les autorités ont largement recours à des instruments de  
politique de crédit tels que les quotas de prêts alloués aux banques et  
les programmes de prêts ciblés. Ceux-ci visent notamment à soutenir  
les PME, les zones rurales et les secteurs les plus fragilisés par la crise  
du Covid-19. Les conditions de prêts hypothécaires et de financements  
à court terme des promoteurs immobiliers ont également été légère-  
ment assouplies.  
Cependant, l’efficacité de la politique monétaire et de crédit se heurte  
à la faiblesse de la demande de prêts dans un environnement écono-  
mique incertain. La croissance du total des crédits à l’économie (social  
financing) s’est, de fait, à peine redressée au cours des six derniers  
mois. Elle est passée de 10,3% en g.a. en termes nominaux en dé-  
cembre 2021 à 10,5% en mai, principalement tirée par l’accélération  
des émissions obligataires.  
Les collectivités locales pourraient connaître des difficultés croissantes  
pour financer les mesures de relance. Elles font face, depuis le début  
de 2022, à une baisse de leurs recettes fiscales et des revenus prove-  
nant de ventes de terrains. Pourtant, le gouvernement central n’a pas,  
pour l’instant, augmenté leur quota d’émissions d’obligations autorisé  
1
pour l’année 2022 . Pékin semble au contraire faire pression sur les  
collectivités pour qu’elles contiennent la hausse de leur endettement  
en améliorant la gestion de leurs comptes et en réduisant certaines  
dépenses courantes.  
La dette « directe » des collectivités locales (i.e. explicitement bud-  
gétée) est déjà passée de 21,6% du PIB fin 2019 à 27,6% à la fin du  
T1 2022, alors que la dette du gouvernement central atteint tout juste  
Achevé de rédiger le 27 juin 2022  
2
0% du PIB. En outre, à cette dette directe s’ajoute la dette indirecte  
liée aux engagements des véhicules de financement des collectivités,  
estimée à environ 45% du PIB par le FMI. La fragilité des finances des  
collectivités locales explique la prudence de la politique de soutien  
budgétaire.  
Christine PELTIER  
christine.peltier@bnpparibas.com  
LA DEMANDE DE CRÉDIT RESTE FAIBLE  
Les taux d’intérêt sur les prêts et les taux monétaires ont diminué de-  
2
puis décembre 2021 . Cependant, la marge de manœuvre de la banque  
centrale pour les réduire davantage se restreint dans l’environnement  
international actuel, non pas tant à cause des pressions inflationnistes  
qu’à cause des risques de sorties de capitaux. De fait, en mars 2022, la  
Chine a subi un épisode de forte perte de confiance des investisseurs et  
d’importantes sorties d’investissements de portefeuille. Cela a contri-  
bué à un ajustement du taux de change du yuan après plus de 18 mois  
d’appréciation (graphique 2). À court terme, la banque centrale devrait  
chercher à éviter la répétition de tels épisodes d’instabilité et à encou-  
rager les entrées de capitaux étrangers en dépit du durcissement de la  
politique de la Réserve fédérale américaine.  
1
Dans le budget pour 2022, le ministère des Finances autorise les collectivités locales à émettre RMB 3650 mds de nouvelles obligations « spéciales » et RMB 720 mds de nouvelles  
obligations « générales ». Le montant total de nouvelle dette obligataire prévue pour 2022 est donc estimé à 3,6% du PIB, soit un niveau inférieur à celui enregistré en 2021 (3,8% du PIB)  
et surtout à celui de 2020 (4,5%).  
2 Depuis décembre 2021, le taux préférentiel sur les prêts à 1 an est passé de 3,85% à 3,7% ; le taux préférentiel sur les prêts à 5 ans de 4,65% à 4,45%, et le taux MLF à 1 an de 2,95% à  
,85%. Le taux repo à 7 jours est passé d’une moyenne mensuelle de 2,16% en décembre à 2,09% en mars 2022 et 1,64% en juin.  
2
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 1811 articles et 362 vidéos