Emerging

Nouveau coup de frein

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Eco Emerging // 2 trimestre 2022  
economic-research.bnpparibas.com  
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CHINE  
NOUVEAU COUP DE FREIN  
Après un bon début d’année 2022, la croissance économique chinoise a ralenti en mars. Les freins à la croissance  
vont persister à très court terme. D’abord, la forte hausse du nombre de cas de Covid-19 a conduit de nombreuses  
régions à imposer de sévères restrictions à la mobilité. Ensuite, la correction dans le secteur immobilier se poursuit.  
Enfin, les effets de la guerre en Ukraine sur les prix des matières premières et le commerce mondial vont pénaliser  
les producteurs et les exportations. Dans ce contexte, l’objectif de croissance fixé par Pékin à 5,5% pour 2022 semble  
très ambitieux. Les autorités accélèrent l’assouplissement de leurs politiques budgétaire et monétaire.  
Après une amélioration au cours des deux premiers mois de 2022, la  
croissance chinoise a de nouveau ralenti. Les indices des directeurs  
d’achat (PMI) publiés fin mars signalaient un affaiblissement de  
l’activité dans les secteurs manufacturier et non manufacturier et  
une détérioration des anticipations de la demande intérieure et  
internationale. Les indices et sous-indices correspondants ont tous  
chuté et sont passés sous la barre des 50. Ce ralentissement devrait  
se poursuivre à très court terme, en raison, sur le plan interne, de la  
nouvelle vague d’épidémie de Covid et de la correction dans le secteur  
immobilier et, sur le plan externe, des répercussions de la guerre en  
Ukraine sur les prix des matières premières et le commerce mondial.  
PRÉVISIONS  
2
019  
2020  
2021 2022e 2023e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, moyenne annuelle, %  
Solde budgétaire officiel, % du PIB  
Dette officielle du gouv. général, % du PIB  
Solde courant, % du PIB  
6.0  
2.9  
2.2  
2.5  
8.1  
0.9  
4.8  
2.4  
5.1  
2.7  
-2.8  
38.6  
0.7  
-3.7  
45.9  
1.9  
-3.1  
46.9  
1.8  
-2.8  
49.8  
0.5  
-3.0  
52.2  
0.8  
Dette externe, % du PIB  
14.5  
16.3  
3 217  
16.3  
15.5  
3 250  
12.6  
16.1  
3 210  
10.6  
16.3  
3 230  
10.0  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
3 108  
14.9  
RECRUDESCENCE DE L’ÉPIDÉMIE ET CONFINEMENTS  
Au début de l’année, l’activité dans les services avait commencé à se  
renforcer (+4,2% en glissement annuel en janvier-février contre +3,3%  
au T4 2021), de même que les volumes de ventes au détail (+4,9% en  
glissement annuel en janvier-février contre moins de 2% au T4). Mais  
cette reprise s’est brutalement interrompue en mars, avec une baisse  
de 0,9% en g.a. de la production de services et de près de 5% des vo-  
lumes de ventes au détail.  
E: ESTIMATIONS ET PRÉVISIONS  
TABLEAU 1  
SOURCE : BNP PARIBAS RECHERCHE ECONOMIQUE GROUPE  
CHINE : NOUVEAU RALENTISSEMENT DE LA CROISSANCE EN MARS  
PMI manufacturier  
PMI non-manufacturier  
Production industrielle (é.d.)  
PMI commandes à l'export.  
Production de services (é.d.)  
De nombreuses provinces ont en effet introduit des restrictions face  
à la forte hausse du nombre de cas de Covid-19, conformément à la  
stratégie zéro Covid et compte tenu de l’insuffisance de la couverture  
vaccinale des personnes âgées (86% de la population avait reçu deux  
doses de vaccin à fin mars, mais le taux tombe à 82% pour les 70-  
6
0
5
50  
volume, g.a., %  
40  
30  
20  
5
50  
45  
40  
7
2
9 ans et 51% pour les 80 ans et plus). La première semaine d’avril  
022, les villes et leurs régions concernées par un confinement total ou  
10  
0
très strict (notamment Shanghai et Jilin) représentaient environ 12%  
du PIB chinois et celles touchées par des restrictions moins sévères  
plus de 50% du PIB (contre 30% deux semaines auparavant). Bien que  
les autorités devraient tenter de limiter les effets des restrictions sur  
l’activité des usines, certains sites de production connaissent actuelle-  
ment d’importantes pertubations. Surtout, le transport des marchan-  
dises et de nombreux secteurs de services (loisirs, commerce de détail,  
mobilités, etc.) sont fortement pénalisés et pourraient le rester encore  
plusieurs semaines.  
-10  
-
-
-
20  
30  
40  
35  
30  
-50  
2018  
2019  
2020  
2021  
2022  
GRAPHIQUE 1  
SOURCE : NBS  
de la demande mondiale provoqués par la guerre en Ukraine. Après  
leur performance extrêmement solide en 2020 et 2021, les exporta-  
tions vont ralentir fortement en 2022. Les prix élevés des matières  
premières alourdiront la facture des importations, et les excédents  
commerciaux et courants de la Chine devraient donc se réduire assez  
rapidement.  
La situation sanitaire n’aide pas le marché immobilier. Sa correction  
s’était un peu atténuée en janvier-février avec le léger assouplissement  
des conditions de financement, mais elle prend à nouveau de l’ampleur.  
Le prix moyen des logements baisse lentement (-2% environ depuis  
juillet 2021 pour les 70 principales villes) et le volume de transactions  
continue de chuter (-17% en g.a. en mars après -10% en janvier-février),  
aggravant les difficultés des promoteurs immobiliers.  
RÉPERCUSSIONS DE LA GUERRE EN UKRAINE  
La croissance industrielle, qui avait réaccéléré depuis octobre (+7,5%  
en g.a. en janvier-février contre 3,9% au T4 2021), a marqué le pas  
Les répercussions directes de la guerre en Ukraine sur l’activité  
en Chine devraient être limitées. D’une part, les exportations de la  
Chine vers la Russie et l’Ukraine représentent seulement 2,3% de ses  
exportations totales, et ses achats en provenance de ces deux pays  
(
+5% en mars). Elle devrait rester freinée par les mesures anti-Covid et  
la faiblesse de la demande intérieure, ainsi que par les nouvelles per-  
turbations dans les chaines d’approvisionnement et le ralentissement  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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Eco Emerging // 2 trimestre 2022  
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seulement 3% de ses importations. Les liens commerciaux et financiers  
entre la Russie et la Chine ont augmenté au cours de la dernière  
décennie dans un contexte de sanctions américaines et européennes  
contre Moscou. En 2020, près de 20% de leurs échanges commerciaux  
étaient réglés en RMB. Ces liens sont actuellement maintenus, mais  
il est peu probable qu’ils se renforcent beaucoup à court terme. La  
capacité de la Chine à accroître ses importations de biens russes est  
limitée, d’abord par son ralentissement économique en cours, ensuite  
par des contraintes logistiques (manque de pipelines, coût du transport  
des marchandises). Par ailleurs, les institutions chinoises devraient  
respecter les sanctions internationales contre Moscou, en dépit des  
discours officiels les dénonçant, par crainte de sanctions secondaires  
de la part de ses principaux partenaires commerciaux (les États-Unis  
et l’UE absorbent 33% des exportations chinoises).  
CHINE : LÉGER ASSOUPLISSEMENT DES CONDITIONS DE CRÉDIT  
Total des crédits ('social financing'), g.a. (é.d.)  
Taux moyen pondéré sur les prêts  
Taux sur les facilités de financement (MLF) à 1 an  
Taux repo à 7 jours  
%
7 %  
6
18  
15  
12  
9
5
4
3
6
D’autre part, l’effet à court terme de la flambée des cours mondiaux  
des matières premières sur l’indice des prix à la consommation (IPC)  
et le pouvoir d’achat des ménages devrait être modéré, notamment  
du fait de l’existence de contrôles partiels sur les prix de l’énergie et  
des céréales. La Chine peut également puiser dans ses réserves de  
céréales, jugés très confortables (à fin 2021, il était estimé que les  
stocks de blé couvraient au moins un an de consommation locale). Par  
ailleurs, la baisse des prix de la viande entretient depuis environ une  
année des pressions déflationnistes sur les prix alimentaires (-3,1% en  
g.a. au T1 2022). L’inflation IPC s’est établie à seulement 1,5% en mars  
2
3
1
0
2017  
2018  
2019  
2020  
2021  
2022  
GRAPHIQUE 2  
SOURCE : PBOC  
Dans son rapport sur le budget 2022, le ministre des Finances table  
sur un déficit général de 4,7% du PIB (contre un déficit réalisé en 2021  
de 3,8%), un déficit des fonds gouvernementaux de 3,4% (contre 1,4%  
en 2021), et un déficit consolidé de l’ensemble des administrations  
publiques de 7,3% (contre 4,4% en 2021). Ces chiffres donnent une  
idée plus exacte (mais toujours incomplète ) de l’ampleur considérable  
de la relance envisagée en 2022. Les principales mesures consisteront  
en de nouveaux investissements publics dans les infrastructures (en  
particulier dans les transports, la conservation de l’eau, l’irrigation et  
le numérique) et d’importantes aides et réductions d’impôts visant no-  
tamment à soutenir les petites et moyennes entreprises et l’industrie  
manufacturière. Des mesures d’aide aux ménages sont également évo-  
quées dans le rapport sur le budget.  
3
(
contre 0,9% en janvier et février) et restera inférieure à 3% en moyenne  
4
en 2022.  
5
En revanche, l’inflation des prix à la production devrait rester élevée  
(
elle s’est établie à 8,7% en g.a. au T1), ce qui pésera sur l’activité in-  
dustrielle. Certains secteurs pourraient également faire face à des pro-  
blèmes d’approvisionnement, en provenance d’Ukraine tout au moins.  
La Chine est surtout dépendante de ce pays pour son approvisionne-  
ment en maïs (plus de 50% de ses importations totales de maïs), orge  
(
26%) et huile de tournesol (59%). Les importations venant de Russie  
devraient quant à elles continuer plus normalement. Environ la moitié  
est constituée de pétrole (soit 14% des importations totales de pétrole  
de la Chine en 2020). La Chine dépend également de la Russie pour son  
approvisionnement en bois (19% de ses importations totales de bois),  
fertilisants (22%) et métaux industriels (environ 7%).  
La politique monétaire et les conditions de crédit ont été assouplies  
progressivement depuis le T4 2021, via des mesures ciblées  
(
programmes de prêts pour soutenir les PME, le monde rural ou  
l’innovation), la réduction des coefficients de réserves obligatoires  
passés en décembre de 12% à 11,5% pour les grandes banques) et  
(
la baisse des taux d’intérêt. Les conditions de prêts hypothécaires et  
d’accès des promoteurs immobiliers aux financements de court terme  
ont également été légèrement assouplies. Le but principal est d’aider  
les promoteurs à achever les chantiers en cours et de rassurer les  
ménages envisageant des achats résidentiels afin de contenir la crise  
du secteur. De nouvelles baisses de taux sont attendues au T2 2022.  
La croissance du total des financements à l’économie, qui avait ralenti  
au cours des trois premiers trimestres 2021, s’est à peine redressée  
depuis octobre.  
Enfin, après des mois de resserrement réglementaire dans le secteur  
des services numériques, les autorités ont annoncé mi-mars des ajus-  
tements. Cela a rassuré les investisseurs et pourrait permettre de lever  
certains des freins qui avaient pesé sur la croissance en 2021.  
SOUTIEN IMMÉDIAT À LA CROISSANCE  
Les autorités ont défini leurs objectifs macroéconomiques pour 2022  
lors de la session annuelle du Parlement début mars. La cible de crois-  
sance, fixée à 5,5%, semble très ambitieuse dans le contexte actuel et  
après un premier trimestre 2022 mitigé (le PIB réel a progressé de 4,8%  
en g.a., résultat de deux premier mois solides suivis du coup de frein  
en mars). L’assouplissement du policy mix, en cours depuis le dernier  
trimestre 2021, devrait accélérer dans les prochaines semaines.  
Pékin a établi son objectif de « décit budgétaire ofciel »1 à 2,8% du  
PIB pour 2022, contre 3,1% en 2021. Cette réduction n’annonce pas  
pour autant un resserrement budgétaire, mais peut être davantage  
considérée comme un signal de prudence de la part des autorités, qui  
souhaitent contenir le dérapage des comptes publics. En fait, d’impor-  
tantes mesures sont envisagées pour soutenir l’activité. Elles seront  
notamment financées grâce au report de ressources budgétées mais  
non utilisées en 2021 et, comme souvent en Chine, par les « fonds  
Achevé de rédiger le 19 avril 2022  
Christine PELTIER  
christine.peltier@bnpparibas.com  
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gouvernementaux » et d’autres entités quasi- et extra-budgétaires.  
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Pour une définition des soldes budgétaires, voir « Chine : le maquis des finances publiques », Eco Conjoncture, BNP Paribas, Sept. 2021.  
Ces fonds sont gérés hors du budget « général », essentiellement par les collectivités locales, et principalement financés par les recettes foncières et l’émission d’obligations spéciales.  
Déficit du gouvernement général (gouvernement central + collectivités locales), avant transferts d’autres comptes publics.  
Gouvernement général + fonds gouvernementaux + fonds financé par des versements de bénéfices des sociétés publiques + caisses de sécurité sociale.  
Les chiffres du rapport sur le budget ne tiennent pas compte des opérations extrabudgétaires notamment prises en charge par les véhicules de financement des collectivités locales.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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