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Au bord de la récession ?

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Eco Perspectives // 3 trimestre 2022  
economic-research.bnpparibas.com  
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ROYAUME-UNI  
AU BORD DE LA RÉCESSION ?  
L’inflation se poursuit, portée par les singularités de l’économie britannique. D’un côté, le marché du travail opère  
au plein emploi, ce qui favorise les hausses de salaires ; de l’autre, l’économie britannique, très exposée aux réper-  
cussions de l’invasion de l’Ukraine, subit une forte pression sur les prix de l’énergie. Malgré une remontée de son  
taux directeur précoce, alimentée ensuite par plusieurs hausses successives, la Banque d’Angleterre peine à enrayer  
la dynamique des prix. Le gouvernement n’a d’autre solution que de soutenir le pouvoir d’achat les ménages. Déjà à  
l’œuvre, le ralentissement de l’économie risque de s’aggraver.  
L’inflation se poursuit depuis le début de l’année (+9,1% a/a en mai),  
portée par une forte augmentation des prix des biens (+12% a/a en avril)  
et des services (+5% a/a en avril). Malgré les hausses successives du taux  
CROISSANCE ET INFLATION  
directeur décidées par le Comité de politique monétaire (MPC), l’inflation  
sous-jacente poursuit sa hausse à un rythme soutenu (+6,2% a/a). Du côté  
des prix de l’énergie, la dynamique est sidérante. En avril, les prix des  
composantes énergétiques de l’indice des prix à la consommation ont  
fortement augmenté : +113% pour les hydrocarbures, +95% et +54% pour  
ceux du gaz et de l’électricité.  
Croissance du PIB, %  
Inflation, %  
Prévisions  
Prévisions  
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.0  
7.4  
Ces pressions inflationnistes frappent durement les ménages, dont  
la confiance en l’avenir s’effondre à des niveaux historiques. L’indice  
GfK recule à -40 points avec des anticipations très négatives sur les  
4
.4  
3.6  
2
.6  
1
2 prochains mois concernant la situation de l’économie (-56) et l’état de  
2
.1  
leurs finances (-25).  
1.5  
1.6  
S’il n’a toujours pas retrouvé son niveau pré-pandémie, le marché du  
travail demeure pour autant résilient. Entre février et avril 2022, le taux  
d’emploi a continué d’augmenter pour s’établir à 75,6% mais il demeure  
inférieur de 0,9 point à son niveau d’avant-Covid. Porté par une dynamique  
salariale à la hausse, le taux d’activité augmente (79%), ce qui contribue  
à augmenter la quantité de main d’œuvre disponible. Le retour d’inactifs  
sur le marché du travail ne se traduit toutefois pas nécessairement par un  
retour à l’emploi. Le taux de chômage, bien qu’historiquement bas, repart  
ainsi à la hausse au mois d’avril (+0,1 point) par rapport à mars, mais reste  
très proche du plein emploi (3,8%).  
Les tensions sur le marché du travail conduisent à une hausse significative  
des salaires nominaux. La croissance des salaires moyens (primes  
incluses) s’établit à 6,8% a/a, bénéficiant bien plus au secteur privé (+8%),  
notamment au secteur financier et des services aux entreprises (+10,6%),  
qu’au secteur public (+1,5%). Néanmoins, ce sont les versements de primes  
et de bonus, notamment dans le secteur de la finance et des services aux  
entreprises, qui permettent de rendre la croissance des salaires moyens  
réels positive (AWE) (+0,4%). Face à des dynamiques salariales encore trop  
timides et inégales selon les secteurs pour compenser la perte de pouvoir  
d’achat, le mécontentement social se fait sentir et les menaces de grèves  
se multiplient, notamment dans les secteurs des transports et de la santé.  
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GRAPHIQUE 1  
SOURCE : BNP PARIBAS GLOBAL MARKETS  
ROYAUME-UNI : HAUSSE DES PRIX DE L’ÉNERGIE  
Inflation totale  
Electricité (é.d.)  
Hydrocarbures (é.d.)  
Inflation sous-jacente  
g.a., %  
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g.a., %  
Gaz (é.d.)  
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-50  
Face à la montée de ces contestations, Rishi Sunak, le Chancelier de l’Échi-  
quier, a décidé de soutenir le pouvoir d’achat des ménages avec la mise  
en place d’un plan de soutien de GBP 15 mds. Plus important et ciblé  
qu’anticipé, il devrait soutenir la consommation, ou du moins limiter sa  
déc.-19  
juin-20  
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juin-22  
GRAPHIQUE 2  
SOURCES : ONS, BNP PARIBAS  
contraction cet automne. Cette mesure vient également contrebalancer se confirme avec une contraction des ventes au détail (-4,7% a/a en mai).  
l’augmentation attendue de la pression fiscale à laquelle font face les mé- Du côté, des enquêtes de conjoncture (PMI Flash), les résultats ne sont  
nages depuis février 2020 (augmentation des cotisations sociales en avril pas bons non plus, l’indicateur PMI du secteur manufacturier est en baisse  
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022 et nouvelle taxe pour financer les secteurs de la santé et de l’aide à (53,4) et celui du secteur des services stagne à un faible niveau (53,4). La  
Banque d ’A ngleterre (BoE) poursuit donc son resserrement monétaire à un  
rythme jusqu’ici régulier et modéré de 25 points de base, mais sans réussir  
à ce stade à ralentir l’inflation. La nécessaire poursuite du resserrement  
monétaire ne devrait qu’affaiblir davantage la croissance avec le risque  
d’entraîner le Royaume-Uni dans une récession avant la fin de l’année.  
la personne en avril 2023).  
Dans un contexte aussi tendu économiquement que politiquement, les  
indicateurs négatifs sont nombreux. Alors que les mesures de soutien  
aux ménages ne devraient être en place cet automne, l’inflation continue  
de croître et le ralentissement de la croissance est déjà perceptible. La  
contraction de la croissance s’accentue depuis plusieurs mois (-0,3% en  
avril m/m contre -0,1% en mars m/m). Au mois de mai, le ralentissement  
Achevé de rédiger le 17 juin 2022  
Félix Berte felix.berte@bnpparibas.com  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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