Eco Perspectives

Au bord de la récession ?

29/06/2022

L’inflation se poursuit, portée par les singularités de l’économie britannique. D’un côté, le marché du travail opère au plein emploi, ce qui favorise les hausses de salaires ; de l’autre, l’économie britannique, très exposée aux répercussions de l’invasion de l’Ukraine, subit une forte pression sur les prix de l’énergie. Malgré une remontée de son taux directeur précoce, alimentée ensuite par plusieurs hausses successives, la Banque d’Angleterre peine à enrayer la dynamique des prix. Le gouvernement n’a d’autre solution que de soutenir le pouvoir d’achat des ménages. Déjà à l’œuvre, le ralentissement de l’économie risque de s’aggraver.

L’inflation se poursuit depuis le début de l’année (+9,1% a/a en mai), portée par une forte augmentation des prix des biens (+12% a/a en avril) et des services (+5% a/a en avril). Malgré les hausses successives du taux directeur décidées par le Comité de politique monétaire (MPC), l’inflation sous-jacente poursuit sa hausse à un rythme soutenu (+6,2% a/a). Du côté des prix de l’énergie, la dynamique est sidérante. En avril, les prix des composantes énergétiques de l’indice des prix à la consommation ont fortement augmenté : +113% pour les hydrocarbures, +95% et +54% pour ceux du gaz et de l’électricité.

ROYAUME-UNI : HAUSSE DES PRIX DE L’ÉNERGIE
CROISSANCE ET INFLATION

Ces pressions inflationnistes frappent durement les ménages, dont la confiance en l’avenir s’effondre à des niveaux historiques. L’indice GfK recule à -40 points avec des anticipations très négatives sur les 12 prochains mois concernant la situation de l’économie (-56) et l’état de leurs finances (-25).

S’il n’a toujours pas retrouvé son niveau pré-pandémie, le marché du travail demeure pour autant résilient. Entre février et avril 2022, le taux d’emploi a continué d’augmenter pour s’établir à 75,6% mais il demeure inférieur de 0,9 point à son niveau d’avant-Covid. Porté par une dynamique salariale à la hausse, le taux d’activité augmente (79%), ce qui contribue à augmenter la quantité de main d’œuvre disponible. Le retour d’inactifs sur le marché du travail ne se traduit toutefois pas nécessairement par un retour à l’emploi. Le taux de chômage, bien qu’historiquement bas, repart ainsi à la hausse au mois d’avril (+0,1 point) par rapport à mars, mais reste très proche du plein emploi (3,8%).

Les tensions sur le marché du travail conduisent à une hausse significative des salaires nominaux. La croissance des salaires moyens (primes incluses) s’établit à 6,8% a/a, bénéficiant bien plus au secteur privé (+8%), notamment au secteur financier et des services aux entreprises (+10,6%), qu’au secteur public (+1,5%). Néanmoins, ce sont les versements de primes et de bonus, notamment dans le secteur de la finance et des services aux entreprises, qui permettent de rendre la croissance des salaires moyens réels positive (AWE) (+0,4%). Face à des dynamiques salariales encore trop timides et inégales selon les secteurs pour compenser la perte de pouvoir d’achat, le mécontentement social se fait sentir et les menaces de grèves se multiplient, notamment dans les secteurs des transports et de la santé.

Face à la montée de ces contestations, Rishi Sunak, le chancelier de l’Échiquier, a décidé de soutenir le pouvoir d’achat des ménages avec la mise en place d’un plan de soutien de GBP 15 mds. Plus important et ciblé qu’anticipé, il devrait soutenir la consommation, ou du moins limiter sa contraction cet automne. Cette mesure vient également contrebalancer l’augmentation attendue de la pression fiscale à laquelle font face les ménages depuis février 2020 (augmentation des cotisations sociales en avril 2022et nouvelle taxe pour financer les secteurs de la santé et de l’aide à la personne en avril 2023).

Dans un contexte aussi tendu économiquement que politiquement, les indicateurs négatifs sont nombreux. Alors que les mesures de soutien aux ménages ne devraient être en place que cet automne, l’inflation continue de croître et le ralentissement de la croissance est déjà perceptible. La contraction de la croissance s’accentue depuis plusieurs mois (-0,3% en avril m/m contre -0,1% en mars m/m). Au mois de mai, le ralentissement se confirme avec une contraction des ventes au détail (-4,7% a/a en mai). Du côté, des enquêtes de conjoncture (PMI Flash), les résultats ne sont pas bons non plus, l’indicateur PMI du secteur manufacturier est en baisse (53,4) et celui du secteur des services stagne à un faible niveau (53,4). La Banque d’Angleterre (BoE) poursuit donc son resserrement monétaire à un rythme jusqu’ici régulier et modéré de 25 points de base, mais sans réussir à ce stade à ralentir l’inflation. La nécessaire poursuite du resserrement monétaire ne devrait qu’affaiblir davantage la croissance avec le risque d’entraîner le Royaume-Uni dans une récession avant la fin de l’année.

Découvrir les autres articles de la publication

Global
Les inquiétudes sur les perspectives de croissance grandissent

Les inquiétudes sur les perspectives de croissance grandissent

Aux États-Unis comme dans la zone euro, le niveau d’activité est très élevé mais la croissance a déjà nettement marqué le pas. Elle devrait rester faible en glissement trimestriel jusqu’à la fin de l’année [...]

LIRE L'ARTICLE
États-Unis
Accélération de la normalisation monétaire

Accélération de la normalisation monétaire

Le rebond inattendu de l’inflation en mai a contraint la Réserve fédérale des États-Unis (Fed) à accélérer la normalisation de sa politique monétaire [...]

LIRE L'ARTICLE
Chine
Dégradation des perspectives de croissance

Dégradation des perspectives de croissance

L’activité s’est contractée en avril et mai 2022 en raison de sévères restrictions à la mobilité imposées dans des régions industrielles comme Shanghai [...]

LIRE L'ARTICLE
Japon
Une singularité assumée, mais jusqu'à quand ?

Une singularité assumée, mais jusqu'à quand ?

Depuis le début de l’année 2022, le Japon fait face à une remontée de l’inflation, certes modérée, mais inédite depuis 2014, tandis que sa croissance a reculé au T1 [...]

LIRE L'ARTICLE
Zone euro
Plus d’inflation que de croissance

Plus d’inflation que de croissance

Jusqu’ici relativement résistante aux chocs, la croissance de la zone euro devrait plus nettement ralentir dans les prochains mois [...]

LIRE L'ARTICLE
Allemagne
Après l'inflation importée, l'inflation domestique ?

Après l'inflation importée, l'inflation domestique ?

L’Allemagne fait partie des pays de la zone euro les plus touchés par le conflit russo-ukrainien, ce qui se traduit par de faibles perspectives de croissance et une inflation élevée [...]

LIRE L'ARTICLE
France
Un choc de pouvoir d’achat dilué, mais bien présent

Un choc de pouvoir d’achat dilué, mais bien présent

L’économie française est prise en étau entre trois évolutions aux effets divergents : un choc inflationniste qui pèse sur la consommation des ménages, un choc d’offre négatif (contraintes d’approvisionnement dans l’industrie) et la levée des restrictions sanitaires (qui bénéficie à la croissance à partir du 2e trimestre, après avoir pesé au 1er). Les mesures gouvernementales, qui ont limité l’inflation, n’ont pas empêché une croissance négative au 1er trimestre. Toutefois, l’impact positif de la levée des restrictions sanitaires et un rebond du pouvoir d’achat devraient permettre le retour à une croissance positive au 3e trimestre (+0,3% t/t).

LIRE L'ARTICLE
Italie
Une reprise de meilleure qualité dans un monde plus complexe

Une reprise de meilleure qualité dans un monde plus complexe

À la différence des précédentes récessions, l’économie italienne a déjà rattrapé le terrain perdu en 2020. L’acquis de croissance pour 2022 s’élève à 2,6 % après que le PIB ait progressé de 0,1% au T1 2022 [...]

LIRE L'ARTICLE
Espagne
Bonne résistance aux chocs

Bonne résistance aux chocs

Après un rebond d’activité en 2021 plus faible que ses voisins européens, l’Espagne devrait connaitre un taux de croissance soutenu en 2022, supérieur à 4% [...]

LIRE L'ARTICLE
Pays-Bas
De l'inflation au-delà des prix à la consommation

De l'inflation au-delà des prix à la consommation

Avec un mix énergétique composé à près de 90% d’énergies fossiles, les Pays-Bas sont touchés de plein fouet par la forte hausse des prix du gaz et du pétrole depuis le début du conflit russo-ukrainien [...]

LIRE L'ARTICLE
Belgique
En attendant le rebond

En attendant le rebond

Le PIB belge a progressé de 0,5% au premier trimestre 2022, tandis que l’inflation continue de battre des records. La confiance des ménages a été mise à mal au début de l’invasion russe en Ukraine, ce qui pourrait plomber la croissance du PIB belge [...]

LIRE L'ARTICLE
Grèce
Des perspectives toujours encourageantes

Des perspectives toujours encourageantes

À plus de 10% au printemps, l’inflation constituera le principal frein à l’activité en Grèce en 2022. L’économie a néanmoins bien résisté jusqu’à présent [...]

LIRE L'ARTICLE
Danemark
Souveraineté industrielle : du rêve à la réalité

Souveraineté industrielle : du rêve à la réalité

Le Danemark se singularise par une reprise économique bien plus forte que dans les autres pays européens. L’économie danoise a ainsi retrouvé très vite son niveau d’avant-crise, et même dépassé sa trajectoire de croissance pré-pandémie [...]

LIRE L'ARTICLE
Norvège
En réponse à l'inflation, un resserrement monétaire et budgétaire coordonné

En réponse à l'inflation, un resserrement monétaire et budgétaire coordonné

Après avoir été pénalisée par le variant Omicron, l’activité économique est repartie à la hausse dès le mois de février et devrait continuer de progresser, permettant à la croissance d’atteindre 4% en 2022 [...]

LIRE L'ARTICLE
LES ÉCONOMISTES EXPERTS AYANT PARTICIPÉ À CET ARTICLE
William DE VIJLDER
Equipe : Etudes économiques
Félix  BERTE
Equipe : Economies OCDE
Christine PELTIER
Equipe : Risque pays
Guillaume DERRIEN
Equipe : Economies OCDE
Hélène BAUDCHON
Equipe : Economies OCDE
Anthony Morlet-Lavidalie
Equipe : Economies OCDE
Stéphane Colliac
Equipe : Economies OCDE
Paolo CIOCCA
Equipe : Economies OCDE
Simona COSTAGLI
Equipe : Economies OCDE