Perspectives

Accélération de la normalisation monétaire

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Eco Perspectives // 3 trimestre 2022  
economic-research.bnpparibas.com  
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ÉTATS-UNIS  
ACCÉLÉRATION DE LA NORMALISATION MONÉTAIRE  
Le rebond inattendu de l’inflation en mai a contraint la Réserve fédérale des États-Unis (Fed) à accélérer la normalisation  
de sa politique monétaire. Mi-juin, le Comité fédéral d’open-market (FOMC) a décidé d’une hausse de 75 points de  
base (pb) de son principal taux directeur, tandis que la Fed démarre en parallèle son programme de réduction de bilan  
(
QT, quantitative tightening). Pour l’heure, l’économie américaine tient bon, portée par des fondamentaux robustes  
comme l’emploi. Toutefois, l’activité ralentit face au durcissement des conditions de crédit et à la détérioration des  
perspectives économiques mondiales. L’atterrissage à venir de l’économie américaine se fera sous tension.  
La hausse de l’inflation se poursuit avec une augmentation annuelle  
de l’indice des prix à la consommation (CPI) de 8,6% en mai,  
principalement due à la remontée des prix de l’énergie (+2,4 points  
de contribution) et de l’alimentation (+1,3 point). À l’inverse, l’inflation  
sous-jacente annuelle continue de décroître (6% contre 6,2% en avril  
et 6,5% en mars). En revanche, l’inflation sous-jacente en rythme  
mensuel reste forte (+0,6% m/m), portée par une demande agrégée  
robuste (comme en atteste la hausse du taux d’utilisation des capacités  
de production, à 78,9% en avril, bien au-dessus de son niveau d’avant-  
crise) et des tensions le long des chaînes d’approvisionnement plus  
fortes et durables que prévu. Et du côté des enquêtes de conjoncture, la  
poursuite de la hausse des prix des intrants depuis le début de 2022 (82  
en mai contre 73 en janvier selon l’indice ISM) pourrait bien continuer  
d’alimenter l’inflation au cours des prochains mois.  
CROISSANCE ET INFLATION  
Croissance du PIB, %  
Prévisions  
Inflation, %  
Prévisions  
7.5  
5.7  
4
.7  
3.9  
2
.6  
2.4  
1
.9  
1.7  
Dynamisées par un marché du travail au plein-emploi, avec un taux de  
chômage de 3,6% en mai, les augmentations de salaires, de caractère  
inflationniste, sont à surveiller de près. Les difficultés de recrutement  
poussent aussi les salaires horaires nominaux (AHE) à la hausse (+5,2%  
en glissement annuel en mai), notamment dans le secteur des loisirs et  
de l’hôtellerie (+10,2%), des services aux entreprises (+6,5%) ou encore  
de la santé (+5,7%). Cette hausse du coût du travail, associée à la baisse  
de la productivité (-0,6% entre le T1 2022 et le T1 2021), commence  
à peser sur les marges des entreprises. Ces augmentations de salaires  
favorisent néanmoins le retour des personnes sorties du marché du  
travail, notamment les inactifs néo-retraités, ce qui devrait atténuer  
quelque peu les tensions sur le marché du travail et le choc d’inflation  
sur le pouvoir d’achat. L’administration Biden entend également revoir  
la politique migratoire des États-Unis afin d’augmenter le nombre de  
visas de travail pour lutter contre les pénuries de main-d’œuvre.  
2
021  
2022  
2023  
2024  
2021  
2022  
2023  
2024  
GRAPHIQUE 1  
SOURCE : BNP PARIBAS GLOBAL MARKETS  
SALAIRES ET INFLATION  
Salaires horaires moyens (AHE)  
Inflation totale  
Inflation sous-jacente  
g.a., %  
9
.0  
7.5  
6
.0  
.5  
4
La conduite de la politique monétaire, pour faire atterrir en douceur  
l’économie, s’exerce sur le fil du rasoir. L’inflation demeure à un niveau  
encore bien trop élevé et les signes de ralentissement de l’économie  
font déjà craindre une récession, dont le timing et l’ampleur restent  
difficile à appréhender. Pour autant, la remontée des taux directeurs se  
fait à un rythme très soutenu. Lors de sa dernière réunion mi-juin, le  
FOMC a opté pour une hausse de 75 points de base (pb) et pourrait bien  
maintenir ce rythme lors de sa prochaine réunion en juillet. Au total,  
nous tablons sur 175 pb de hausses supplémentaires des Fed funds  
d’ici la fin de l’année. Leur fourchette haute atteindrait alors 3,5%, point  
final de ce cycle de resserrement. Le démarrage de la réduction de la  
taille de son bilan inquiète également quant à ses effets sur l’économie  
réelle et la stabilité financière. Entre juin et août, la Fed ne réinvestira  
plus les USD 47,5 mds d’actifs qui arriveront à échéance chaque mois.  
Et à partir de septembre, elle prévoit d’accélérer l’allègement de son  
bilan à hauteur de USD 95 mds par mois. Reste à savoir dans quelle  
mesure l’économie américaine pourra résister à une normalisation mo-  
nétaire aussi rapide.  
3.0  
1
.5  
.0  
0
-1.5  
3.0  
-
2008  
2010  
2012  
2014  
2016  
2018  
2020  
2022  
GRAPHIQUE 2  
SOURCES : BLS, BNP PARIBAS  
Achevé de rédiger le 17 juin 2022  
Félix Berte  
felix.berte@bnpparibas.com  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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