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Après l'inflation importée, l'inflation domestique ?

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Eco Perspectives // 3 trimestre 2022 - Achevé de rédiger le 20 juin 2022  
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ALLEMAGNE  
APRÈS L’INFLATION IMPORTÉE, L’INFLATION DOMESTIQUE ?  
L’Allemagne fait partie des pays de la zone euro les plus touchés par le conflit russo-ukrainien, ce qui se traduit par  
de faibles perspectives de croissance et une inflation élevée. Le PIB allemand progresserait d’à peine +1,3 % en 2022,  
contre +2,5 % pour la zone euro. En moyenne annuelle, le PIB resterait inférieur de 0,9 % à son niveau de fin 2019. En  
parallèle, l’inflation atteindrait +8,1 % en 2022, sous le poids des prix de l’énergie. Entre la hausse du salaire mini-  
mum promise par le gouvernement et les revalorisations attendues dans de nombreuses branches, la croissance des  
salaires devrait fortement accélérer en 2022, mais serait insuffisante pour compenser le choc inflationniste.  
L’Allemagne  
a sensiblement réduit ses importations d’énergie  
provenant de Russie (d’environ 35 % depuis le début du conflit), en  
augmentant les livraisons de gaz naturel venues de Norvège et des  
Pays-Bas, ainsi que les importations de gaz naturel liquéfié (GNL).  
Néanmoins, les difficultés d’approvisionnement et le contexte  
géopolitique pèsent lourdement sur son économie. Bien que le PIB  
ait enregistré une légère croissance (+0,2 % t/t) au T1 2022 tirée  
entièrement par l’investissement, la consommation des ménages et  
le solde commercial se sont repliés et portent tous deux les marques  
de la guerre en Ukraine. Les perspectives pour le T2 sont dégradées.  
La consommation a décroché en avril (-5,4 % m/m pour les ventes  
au détail) et le commerce extérieur s’enlise. L’indicateur avancé de  
l’institut de Kiel suggère que le solde commercial chuterait au T2 à un  
plus bas depuis deux décennies. Enfin, l’activité future attendue par les  
chefs d’entreprise est très faible : les dirigeants interrogés par l’IFO ou  
les analystes sondés par le ZEW sont clairement pessimistes (avec un  
solde d’opinions de, respectivement, -17,8 en mai et -27,6 en juin). Il en  
va de même des attentes des ménages (-9,3 en mai) (cf. graphique 2).  
CROISSANCE ET INFLATION  
Croissance du PIB, %  
Prévisions  
Inflation, %  
Prévisions  
8.1  
4
.6  
3.2  
2
.9  
2
.2  
2.3  
2.1  
1
.3  
2021  
2022  
2023  
2024  
2021  
2022  
2023  
2024  
GRAPHIQUE 1  
SOURCE : BNP PARIBAS GLOBAL MARKETS  
Le contexte géopolitique a fortement renchéri les prix de l’énergie et  
des matières premières. L’inflation s’est établie à +7,9 % a/a en mai, soit  
un plus haut historique depuis février 1952 en Allemagne de l’Ouest.  
Elle reste principalement portée par les prix de l’énergie (+38,3 % a/a  
en mai) mais l’inflation se propage aussi aux biens (+13,6 % a/a), de  
nombreuses entreprises ayant déjà répercuté une partie de la hausse  
de leurs coûts de production dans leurs prix de vente finaux. Si l’in-  
flation n’affecte pas encore les services (+2,9 % a/a), l’augmentation  
prévue du salaire minimum (de EUR 9,82 par heure actuellement à  
EUR 12 en octobre) pourrait changer la donne puisqu’elle va concer-  
ner de nombreuses branches (agence d’intérim, service de nettoyage,  
service de sécurité). Pour autant, il est peu probable qu’une boucle  
prix-salaires s’installe dans le pays. Malgré un contexte favorable aux  
renégociations avec un taux de chômage au plus bas (3% au sens du  
BIT en mai) et un taux d’emplois vacants à son plus haut historique  
ALLEMAGNE : PERSPECTIVES D’ACTIVITÉ  
GfK : perspectives économiques  
ZEW : perspectives d'activité  
PMI composite : activité future  
IFO : activité prévue  
soldes centrés-réduits  
2
1
0
1
2
3
4
-
-
-
-
(
4,1% au T1 2022), l’inflation évolue à des niveaux trop élevés pour que  
les salariés soient entièrement compensés. Les discussions ouvertes  
depuis le début de l’année entre les syndicats et le patronat semblent  
s’orienter vers des hausses de 4% en moyenne, complétées par des  
primes, mais qui ne suffiront pas à maintenir en moyenne le pouvoir  
d’achat des ménages en territoire positif.  
-5  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
2020  
2021  
2022  
GRAPHIQUE 2  
SOURCES : IFO, ZEW, GFK, S&P GLOBAL, BNP PARIBAS  
Face au choc inflationniste, le gouvernement ne soutient que faible-  
ment les ménages et les entreprises (les aides sont limitées et les cri-  
tères d’octroi stricts). Le déficit public atteindrait à peine 2,5 % du PIB  
cette année (contre -3,7 % en 2021). Le ministre des Finances, Christian  
Lindner, a pour objectif de respecter le dispositif constitutionnel qui  
cantonne le déficit structurel de l’État fédéral à -0,35 % du PIB. En  
outre, une forte réduction du ratio de dette publique (de l’ordre de  
Les seules marges de manœuvre pourraient venir de la création d’un  
fonds spécial hors bilan dont les dépenses n’apparaitraient pas dans le  
déficit public de l’administration fédérale, comme cela a été voté pour  
le plan d’investissement de EUR 100 mds dans la défense.  
3
points de PIB) s’amorcerait dès 2022.  
Anthony Morlet-Lavidalie  
anthony.morletlavidalie@bnpparibas.com  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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