Eco Perspectives

Un choc de pouvoir d’achat dilué, mais bien présent

29/06/2022

L’économie française est prise en étau entre trois évolutions aux effets divergents : un choc inflationniste qui pèse sur la consommation des ménages, un choc d’offre négatif (contraintes d’approvisionnement dans l’industrie) et la levée des restrictions sanitaires (qui bénéficie à la croissance à partir du 2e trimestre, après avoir pesé au 1er). Les mesures gouvernementales, qui ont limité l’inflation, n’ont pas empêché une croissance négative au 1er trimestre. Toutefois, l’impact positif de la levée des restrictions sanitaires et un rebond du pouvoir d’achat devraient permettre le retour à une croissance positive au 3e trimestre (+0,3% t/t).

La France a subi une contraction du PIB au 1er trimestre (-0,2% t/t), qui s’explique largement par le repli de 1,5% t/t de la consommation des ménages. Selon nos calculs, près des deux tiers de ce repli de la consommation s’expliqueraient par l’accélération de l’inflation (5,2% a/a en mai selon l’indice Insee, 5,8% a/a selon l’indice harmonisé), un tiers correspondant à des « occasions perdues » de consommation (impact des restrictions sanitaires liées à la vague Omicron en début d’année sur l’hébergement-restauration et les transports, contraintes d’offre qui ont limité les ventes d’automobiles et de textile).

L’inflation se diffuse de plus en plus

Le choc inflationniste que la France a subi sur l’année écoulée tire sa source des prix de l’énergie (+28% a/a à fin mai). D’ici à la fin de cette année, nous anticipons que les prix de l’énergie devraient se stabiliser au niveau élevé actuel. A contrario, tous les autres prix devraient continuer d’augmenter. Selon nos calculs, les hausses à venir sur l’alimentation (+4,2%) et les services (+2,2%) sont équivalentes à celles déjà enregistrées sur les cinq premiers mois de 2022 et supérieures concernant les biens manufacturés (+2,9% contre 1,9%). Par conséquent, le pic d’inflation n’est pas encore atteint et devrait se rapprocher de 6,5% a/a au mois de septembre.

CROISSANCE ET INFLATION

Cette dynamique inflationniste pèse sur le pouvoir d’achat des ménages (-1,8% t/t au 1er trimestre selon l’Insee) et leur consommation (-1,5% t/t). La baisse du pouvoir d’achat a été limitée par les mesures adoptées par le gouvernement mais non évitée. Le gel du tarif réglementé du gaz au niveau d’octobre 2021, la hausse plafonnée à 4% de celui de l’électricité en février 2022 et la ristourne de 18 centimes par litre sur le carburant (jusqu’en juillet 2022, et probablement prorogée) ont évité deux points d’inflation (selon nos estimations et celles de l’Insee). Toutefois, ce n’est qu’à partir du 3e trimestre qu’un rebond du pouvoir d’achat devrait survenir (+0,9% t/t selon nos prévisions). Un nouveau paquet de mesures est attendu dans les prochaines semaines, dont la hausse du traitement des fonctionnaires et celle des retraites (coûts respectifs de EUR 4 mds et EUR 5 mds en 2022 avec une hypothèse à +4% d’augmentation) et la perspective d’un chèque alimentation ponctuel en septembre (que nous estimons à EUR 1,2 md). En définitive, la perte de pouvoir d’achat atteindrait 0,8% en 2022 selon nos estimations, un chiffre légèrement moindre qu’en 2013 (-1,1%), le pire de l’histoire, mais avec une cause différente, puisque c’est l’accroissement de la fiscalité qui l’avait à l’époque pénalisé. En 2022, selon nos calculs, l’action du gouvernement est inversement favorable, puisque la perte de pouvoir d’achat aurait pu atteindre 3,1% sans les mesures anti-inflation.

Conséquence de ce choc inflationniste, plus important que précédemment anticipé, notre prévision de croissance pour 2022 est nettement revue à la baisse, de 0,9 point de pourcentage, à 2,3% en moyenne annuelle.

L’existence de relais de croissance

Pour atteindre ce chiffre, la croissance française devrait progressivement se renforcer. Nous anticipons une croissance nulle au 2e trimestre et un léger rebond de 0,3% t/t au 3e trimestre. Ce n’est nullement parce que le choc inflationniste cesserait de peser, même s’il devrait moins peser, mais parce que des relais de croissance vont se manifester. La normalisation de l’économie post-Covid reste partielle et la levée des restrictions sanitaires à partir de février 2022 devrait la favoriser. Il est ainsi probable que le secteur de l’hébergement-restauration et les services de transport retrouvent, d’ici au 3e trimestre, leur niveau de consommation d’avant-Covid.

En parallèle, l’aéronautique a nettement contribué à la croissance des exportations dès le 1er trimestre. À partir du 2e trimestre, le tourisme devrait s’y ajouter. Par exemple, le Grand Paris a accueilli près de 12,1 millions de touristes entre janvier et mai, dont 80% sont des étrangers (contre 3,7 millions et 15,1 millions sur la même période de 2021 et 2019). Certes, ces deux éléments vont masquer une dynamique des autres postes d’exportation plus mitigée (en adéquation avec une croissance qui ralentit également dans les autres pays, notamment en zone euro), mais ils devraient permettre de maintenir les exportations en croissance.

Ces relais devraient permettre à l’économie française de renouer avec la croissance à partir du 3e trimestre et la soutenir de façon plus modérée par la suite. Il sera donc nécessaire que les déterminants fondamentaux de la croissance - la consommation des ménages et l’investissement - se raffermissent pour qu’elle dure.

Découvrir les autres articles de la publication

Global
Les inquiétudes sur les perspectives de croissance grandissent

Les inquiétudes sur les perspectives de croissance grandissent

Aux États-Unis comme dans la zone euro, le niveau d’activité est très élevé mais la croissance a déjà nettement marqué le pas. Elle devrait rester faible en glissement trimestriel jusqu’à la fin de l’année [...]

LIRE L'ARTICLE
États-Unis
Accélération de la normalisation monétaire

Accélération de la normalisation monétaire

Le rebond inattendu de l’inflation en mai a contraint la Réserve fédérale des États-Unis (Fed) à accélérer la normalisation de sa politique monétaire [...]

LIRE L'ARTICLE
Chine
Dégradation des perspectives de croissance

Dégradation des perspectives de croissance

L’activité s’est contractée en avril et mai 2022 en raison de sévères restrictions à la mobilité imposées dans des régions industrielles comme Shanghai [...]

LIRE L'ARTICLE
Japon
Une singularité assumée, mais jusqu'à quand ?

Une singularité assumée, mais jusqu'à quand ?

Depuis le début de l’année 2022, le Japon fait face à une remontée de l’inflation, certes modérée, mais inédite depuis 2014, tandis que sa croissance a reculé au T1 [...]

LIRE L'ARTICLE
Zone euro
Plus d’inflation que de croissance

Plus d’inflation que de croissance

Jusqu’ici relativement résistante aux chocs, la croissance de la zone euro devrait plus nettement ralentir dans les prochains mois [...]

LIRE L'ARTICLE
Allemagne
Après l'inflation importée, l'inflation domestique ?

Après l'inflation importée, l'inflation domestique ?

L’Allemagne fait partie des pays de la zone euro les plus touchés par le conflit russo-ukrainien, ce qui se traduit par de faibles perspectives de croissance et une inflation élevée [...]

LIRE L'ARTICLE
Italie
Une reprise de meilleure qualité dans un monde plus complexe

Une reprise de meilleure qualité dans un monde plus complexe

À la différence des précédentes récessions, l’économie italienne a déjà rattrapé le terrain perdu en 2020. L’acquis de croissance pour 2022 s’élève à 2,6 % après que le PIB ait progressé de 0,1% au T1 2022 [...]

LIRE L'ARTICLE
Espagne
Bonne résistance aux chocs

Bonne résistance aux chocs

Après un rebond d’activité en 2021 plus faible que ses voisins européens, l’Espagne devrait connaitre un taux de croissance soutenu en 2022, supérieur à 4% [...]

LIRE L'ARTICLE
Pays-Bas
De l'inflation au-delà des prix à la consommation

De l'inflation au-delà des prix à la consommation

Avec un mix énergétique composé à près de 90% d’énergies fossiles, les Pays-Bas sont touchés de plein fouet par la forte hausse des prix du gaz et du pétrole depuis le début du conflit russo-ukrainien [...]

LIRE L'ARTICLE
Belgique
En attendant le rebond

En attendant le rebond

Le PIB belge a progressé de 0,5% au premier trimestre 2022, tandis que l’inflation continue de battre des records. La confiance des ménages a été mise à mal au début de l’invasion russe en Ukraine, ce qui pourrait plomber la croissance du PIB belge [...]

LIRE L'ARTICLE
Grèce
Des perspectives toujours encourageantes

Des perspectives toujours encourageantes

À plus de 10% au printemps, l’inflation constituera le principal frein à l’activité en Grèce en 2022. L’économie a néanmoins bien résisté jusqu’à présent [...]

LIRE L'ARTICLE
Royaume-Uni
Au bord de la récession ?

Au bord de la récession ?

L’inflation se poursuit, portée par les singularités de l’économie britannique [...]

LIRE L'ARTICLE
Danemark
Souveraineté industrielle : du rêve à la réalité

Souveraineté industrielle : du rêve à la réalité

Le Danemark se singularise par une reprise économique bien plus forte que dans les autres pays européens. L’économie danoise a ainsi retrouvé très vite son niveau d’avant-crise, et même dépassé sa trajectoire de croissance pré-pandémie [...]

LIRE L'ARTICLE
Norvège
En réponse à l'inflation, un resserrement monétaire et budgétaire coordonné

En réponse à l'inflation, un resserrement monétaire et budgétaire coordonné

Après avoir été pénalisée par le variant Omicron, l’activité économique est repartie à la hausse dès le mois de février et devrait continuer de progresser, permettant à la croissance d’atteindre 4% en 2022 [...]

LIRE L'ARTICLE
LES ÉCONOMISTES EXPERTS AYANT PARTICIPÉ À CET ARTICLE
William DE VIJLDER
Equipe : Etudes économiques
Félix  BERTE
Equipe : Economies OCDE
Christine PELTIER
Equipe : Risque pays
Guillaume DERRIEN
Equipe : Economies OCDE
Hélène BAUDCHON
Equipe : Economies OCDE
Anthony Morlet-Lavidalie
Equipe : Economies OCDE
Stéphane Colliac
Equipe : Economies OCDE
Paolo CIOCCA
Equipe : Economies OCDE
Simona COSTAGLI
Equipe : Economies OCDE