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EcoPerspectives // 1 trimestre 2020  
economic-research.bnpparibas.com  
Italie  
De nombreux défis à relever  
Le cycle dactivité reste très modéré en Italie. Le taux de croissance annuel du PIB réel peine à dépasser zéro en raison de la faible  
croissance des services, de la reprise modeste dans la construction et de la contraction persistante du secteur industriel. Du T1 2018  
au T3 2019, la production manufacturière accuse un recul de plus de 3 %, les baisses les plus marquées touchant les secteurs des  
moyens de transport, des produits sidérurgiques, du textile, des vêtements et de la maroquinerie. Parallèlement au ralentissement à  
court terme, lItalie va être confrontée à des défis à plus long terme liés au vieillissement de sa population, à son impact sur la  
population active et les dépenses de retraite.  
Ralentissement des exportations, croissance modérée  
1- Croissance et inflation  
Depuis début 2018, lItalie connaît un cycle dactivité réduite. Au  
T3 2019, le PIB réel na augmenté que de 0,1 % en glissement  
trimestriel pour le quatrième trimestre consécutif, malgré une  
contribution positive des stocks de 0,3 %, avec un taux de  
croissance annuel légèrement supérieur à zéro.  
Croissance du PIB (%)  
Inflation (%)  
Prévision  
Prévision  
1,8  
1,3  
1,2  
Au T3, les exportations nettes ont soustrait 0,4 % de la croissance  
globale du PIB, les importations ayant augmenté de 1,3 % en  
glissement trimestriel, tandis que les exportations ont diminué de  
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,1 %. Concernant la balance commerciale, les exportations ont  
considérablement marqué le pas, reflétant un environnement  
international toujours fragile. Freinées par le ralentissement de la  
zone euro, les ventes à létranger ont augmenté de 2,7 % en base  
annuelle au cours des dix premiers mois de 2019, contre +3,6 % en  
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Sources : comptes nationaux, BNP Paribas  
2- Italie : valeur ajoutée du secteur manufacturier  
Variation en %)  
2018 et +7,6 % en 2017 ; les exportations vers lAllemagne, qui  
(
représentent environ 13 % du total, sont inchangées et sont  
pénalisées par la contraction marquée du secteur manufacturier  
dans ce pays. Les ventes de produits sidérurgiques ont ainsi baissé  
de plus de 3 %. À l’inverse, le risque croissant d’un Brexit sans  
accord a soutenu les exportations vers le Royaume-Uni, tandis que  
celles vers les États-Unis ont bénéficié du renforcement de lactivité  
industrielle dans ce pays. Les ventes de machines sont par  
conséquent en hausse de 9 %.  
en glissement trimestriel  en glissement annuel  
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Consommation forte, investissements faibles  
-
Au T3, la demande intérieure a ajouté 0,2 % à la croissance  
trimestrielle du PIB, la forte dynamique des dépenses privées ayant  
plus que compensé la nouvelle contraction des investissements. De  
juillet à septembre, la consommation a augmenté de 0,4 % en  
glissement trimestriel, la propension à épargner demeurant stable  
aux alentours de 9 %. Le revenu disponible nominal des ménages a  
poursuivi sa hausse, bénéficiant à la fois de lintroduction du  
-20  
-25  
2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019  
Source : calculs BNL sur données Istat  
«
revenu de citoyenneté » en début dannée et de la poursuite de  
particulièrement contractés dans les moyens de transport et sont  
restés pratiquement inchangés dans la construction. Les  
investissements ont continué de souffrir de lévolution difficile de la  
rentabilité des entreprises italiennes, qui sont restées extrêmement  
prudentes dans leurs choix de dépenses. La propension à investir,  
mesurée par le rapport entre linvestissement et la valeur ajoutée,  
reste inférieure denviron 2,5 points au niveau davant-crise, avec  
USD 20 mds de dépenses en capital annuelles en moins. En raison  
de lincertitude persistante entourant le scénario économique et  
politique, les entreprises ont accru leurs réserves de liquidités : la  
valeur de leurs dépôts bancaires dépasse désormais USD 370 mds.  
lamélioration modérée du marché du travail. Par ailleurs, le nombre  
de personnes employées a dépassé les 25,5 millions, soit le niveau  
le plus élevé des vingt dernières années, et celui des heures  
travaillées sest en partie redressé, bien quil soit resté bien en deçà  
du niveau davant la crise. Par ailleurs, la faible dynamique des prix,  
avec une inflation annuelle inférieure à 0,5 %, a encore soutenu  
lévolution du pouvoir dachat des ménages italiens.  
Après avoir augmenté au premier semestre 2019, bénéficiant  
également du renouvellement des incitations fiscales, les  
investissements ont baissé de 0,2 % au T3. Ils se sont tout  
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Le secteur manufacturier plombe la croissance  
économique  
Lâge de départ à la retraite en Italie (71 ans) est l’un des plus  
élevés des pays de lOCDE, avec le Danemark (74 ans), lEstonie et  
les Pays-Bas (71 ans). Comme de nombreux autres pays (les Pays-  
Bas et lEspagne notamment), lItalie a récemment introduit des  
mesures (comme le décret dit « Quota 100 » en 2019) qui  
reviennent sur les politiques antérieures mises en œuvre pour  
augmenter lâge de départ à la retraite. Le décret « Quota 100 » est  
une mesure temporaire applicable jusquà fin 2021. Il permet de  
partir à la retraite à 62 ans à condition davoir cotisé pendant 38 ans  
Lévolution décevante de léconomie italienne reflète la croissance  
légèrement positive de la valeur ajoutée dans les services, la  
reprise modeste de la construction et la contraction persistante du  
secteur industriel. Au T3, la valeur ajoutée du secteur manufacturier  
recule de 0,2 %, après -0,3 % au trimestre précédent, avec un taux  
de croissance annuel en territoire négatif (-0,6 %), contre +5 %  
fin 2017. Entre le T1 2018 et le T3 2019, la production  
manufacturière a diminué de plus de 3 %, en partie à cause du  
ralentissement de lindustrie allemande. Une forte contraction a été  
enregistrée dans les secteurs de lautomobile (-23 %), des produits  
sidérurgiques (-7 %) et du textile, de lhabillement et de la  
maroquinerie (-6,9 %).  
(
au lieu de 67 ans obligatoires en 2018, avec un record de  
cotisations de 42,8 ans pour les hommes et 41,9 ans pour les  
femmes). La mesure comporte un plafond de revenus provenant du  
travail visant à limiter lincitation au travail. Selon lINPS (Institut  
national de sécurité sociale), en novembre 2019, 205 208 employés  
ont demandé à bénéficier du décret « Quota 100 », principalement  
dans les régions du sud. Parmi les demandeurs, environ 74% sont  
des hommes, 40% ont moins de 63 ans et 18% ont plus de 65 ans.  
Selon certaines analyses préliminaires, la plupart des demandeurs  
résident dans des provinces où le taux de chômage est  
particulièrement élevé et la valeur ajoutée par habitant inférieure à  
la moyenne.  
Vieillissement de la population : de nouveaux défis  
Au cours des derniers mois, le débat sur la soutenabilité de la dette  
publique en Italie est venu s’ajouter au défi du vieillissement de la  
population et à la difficulté de maintenir des prestations vieillesse  
satisfaisantes tout en limitant la pression fiscale sur les actifs. Cette  
inquiétude est dautant plus justifiée en Italie où la charge des  
dépenses publiques de retraite est, en pourcentage du PIB, le  
double de la moyenne de lOCDE (16,2 % contre 8 %).  
Au-delà du fardeau quil représente pour les dépenses publiques, le  
système de retraite italien comporte dimportantes faiblesses qui  
mériteraient dêtre corrigées : tout dabord, limpact des interruptions  
de carrière sur les prestations de retraite finales. La relation étroite  
entre les cotisations et les prestations individuelles dans le régime  
notionnel à cotisations définies de lItalie rend particulièrement  
douloureuse toute interruption de carrière : selon les estimations de  
lOCDE, une interruption de 5 ans entraîne pour un travailleur  
moyen une baisse de 10 % de sa pension en Italie, contre environ  
Selon les données les plus récentes de lOCDE, en Italie, le ratio  
personnes âgées sur personnes en âge de travailler sélève à 40  
(
2
soit 40 personnes âgées de 65 ans pour 100 personnes âgées de  
0 à 64 ans), chiffre qui place l’Italie juste derrière le Japon (52).  
Dici à 2050, ce ratio devrait atteindre 75,5 en Italie, contre 56 en  
France, 60 en Allemagne et 77,7 en Espagne.  
6
% en moyenne dans l’OCDE. Le problème est aggravé par la  
Lévolution de ce rapport dépend, entre autres choses, de la  
dynamique du taux de fécondité. En Italie, ce dernier est en baisse  
depuis plusieurs années. Selon lIstat, 439 747 naissances ont été  
enregistrées en 2018, soit environ 18 000 de moins quen 2017  
multiplication des emplois temporaires ces dernières années. Selon  
l’Istat, la part des intérimaires dans l’emploi total est  
progressivement passée de 13,5 % au T2 2008 à 16,9 % au  
T2 2019. Le temps partiel involontaire est également en hausse,  
tandis que le nombre de travailleurs indépendants, bien quen  
légère baisse par rapport à 2008, reste nettement supérieur à la  
moyenne de lOCDE (20 % contre environ 15 %). Cette différence a  
son importance, car les travailleurs indépendants paient des taux de  
cotisation inférieurs et reçoivent, en moyenne, une pension  
inférieure à celle des salariés retraités. Cet écart atteint le maximum  
en Italie (30 %), avec lAllemagne et la France.  
(
-4 %) et 140 000 de moins quen 2008 (-24 %). Cette est imputable  
à 67 % à la baisse du nombre de femmes fertiles (celles âgées de  
5 à 49 ans), qui sont aujourdhui un million de moins quen 2008, et  
1
à 33 % à une baisse du taux de fécondité, passé de 1,45 enfant par  
femme en 2008 à 1,29 en 2018. La contribution des femmes  
migrantes à la fécondité totale est également en baisse.  
Le recul de la fécondité saccompagne dune baisse de la mortalité,  
qui a conduit à une augmentation significative de lespérance de vie  
dans le pays : de 66,5 ans en 1950-55, elle est passée à 83,3 ans  
en 2015-20, lune des plus élevées dans le monde. L’espérance de  
vie à 65 ans (20,9 ans) dépasse également la moyenne de l’OCDE  
(
19,7).  
Laugmentation de lespérance de vie a entraîné une hausse  
significative de la proportion de personnes âgées : les plus de 65  
ans, qui représentaient 8,1 % de la population italienne totale en  
Paolo Ciocca  
paolo.ciocca@bnlmail.com  
1950, en représentaient jusquà 22,8 % en 2019. Sur la même  
période, le poids de la classe des 0-14 ans a pratiquement diminué  
de moitié, passant de 26,7 % à 13,2 %. Parmi les personnes âgées,  
1
4 456 sont au moins centenaires : lItalie partage ce record en  
Europe avec la France. Entre 2009 et 2019, leur nombre a ainsi  
augmenté de plus de 30 %.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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