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Le coronavirus et le profil de la croissance en 2020 : V, U ou L?

Eco week 20-05 // 7 février 2020  
economic-research.bnpparibas.com  
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ÉDITORIAL  
LE CORONAVIRUS ET LE PROFIL DE LA CROISSANCE EN 2020 : V, U OU L?  
D'un point de vue économique, l'épidémie du coronavirus combine chocs de demande, d'offre et de confiance. Le poids de  
la Chine dans l'économie mondiale, sa contribution à la croissance du PIB mondial et son rôle dans les chaînes de valeur  
induisent des répercussions internationales bien plus profondes que la crise du SRAS en 2003. Il faut s’attendre à des  
chiffres économiques médiocres en février et mars. La vraie question est celle de savoir si une reprise apparaîtra dans  
les enquêtes en avril. Dans le cas contraire, on peut craindre un impact plus durable de l’épidémie sur l’économie, ce qui  
ouvrirait la voie à un scénario de reprise de type U. Un scénario en L semble encore peu probable, alors qu'une reprise en  
V suppose une baisse rapide des nouveaux cas de contamination.  
Une reprise en J de la croissance mondiale semblait se dessiner pour importantes en raison de l'intégration de la Chine dans les chaînes  
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020. Non pas un J pentu, mais plutôt une croissance molle en début de valeur mondiales. La multiplication d’illustrations anecdotiques de  
d'année, suivie d'une reprise progressive au second semestre grâce à rupture d'approvisionnement en provenance de Chine, dans l’industrie  
un redressement des enquêtes de conjoncture, à une baisse de l’incer- de la téléphonie mobile ou l’automobile notamment, touchant les en-  
titude et à des conditions monétaires et financières accommodantes. treprises occidentales, peuvent même conduire à une surestimation du  
L'épidémie de coronavirus a changé le scénario et, désormais, la ques- véritable impact macroéconomique de l’épidémie.  
tion est de savoir si la reprise sera en V, en U ou en L.  
Une épidémie est un choc temporaire. La question est donc de savoir à  
D'un point de vue économique, l'épidémie combine chocs de demande, quoi ressemblera la reprise. Sera-t-elle en V, si le nombre de nouvelles  
d'offre et de confiance. Du côté de la demande, on distingue différents victimes diminue rapidement, entraînant alors une chute rapide de l'in-  
canaux de transmission. La consommation des ménages chinois dimi- certitude, une demande inassouvie en Chine et le restockage, avec des  
nue, ces derniers étant confinés chez eux, souffrant d'une perte de re- répercussions mondiales positives ? Sera-t-elle en U, si le pic de vic-  
venu et de l’incertitude, et reportant donc les achats importants. Leurs times est atteint plusieurs semaines plus tard, ce qui provoquerait une  
voyages à l'étranger baissent ainsi que leurs achats de biens étrangers, disruption plus durable de la consommation et de l'investissement des  
de sorte que les importations diminuent. Les dépenses publiques aug- entreprises et pèserait sur les décisions d’embauches ? Les marchés  
menteront légèrement – i.e. les investissements en infrastructure de financiers seraient également affectés. Ou bien une reprise en L, une  
santé - et on ne peut pas exclure des mesures pour soutenir la crois- version plus extrême qui stopperait net la croissance et ne laisserait  
sance. L'investissement des entreprises aussi diminuera en raison de la entrevoir aucune reprise. Un tel scénario semble encore peu probable.  
baisse de la demande et, en particulier, d'une incertitude accrue.  
Il faut s’attendre à des chiffres médiocres en février et mars. La vraie  
question est celle de savoir si une reprise apparaîtra dans les enquêtes  
réalisées auprès des entreprises en avril. Dans le cas contraire, on peut  
craindre un impact plus durable de l’épidémie sur l’économie, ce qui  
ouvrirait la voie à un scénario de reprise de type U.  
La baisse des importations et du tourisme chinois affectent les expor-  
tations, et donc le PIB du reste du monde. Les effets sectoriels peuvent  
être considérables (tourisme, restauration, informatique, matières pre-  
mières, industrie automobile, etc.).  
Les pays, dont les exportations vers la Chine baissent, importeront à  
leur tour moins d'intrants intermédiaires destinés à leurs exportations.  
Pour évaluer l'exposition à un choc de croissance en Chine, il convient  
d’étudier la quantité de valeur ajoutée d'un pays dans la demande fi-  
nale - demande intérieure et exportations - en Chine. Cette quanti-  
té peut à son tour être ramenée au PIB du pays concerné. Comme le  
montre le graphique, ce ratio est très faible pour la plupart des pays.  
On estime que l'épidémie de SRAS, en 2003, a eu un impact de 1% du  
PIB chinois pour l'ensemble de l'année. Bien sûr, le poids de la Chine  
dans le PIB mondial est aujourd’hui démultiplié par rapport à 2003  
mais, même en supposant une chute considérable de la croissance  
chinoise, le tableau montre un effet limité. Certes, les conséquences  
indirectes de l’épidémie, telles que les effets multiplicateurs négatifs,  
une baisse de confiance et une rupture d'approvisionnement, ne sont  
pas prises en compte. Sur ce dernier point, la situation est très dif-  
férente de celle de 2003 où il n'y a pas eu de fermeture d'usine en  
Chine. Les répercussions mondiales sont également beaucoup plus  
William De Vijlder & Christine Peltier  
VALEUR AJOUTÉE PAR PAYS DANS LA DEMANDE FINALE CHINOISE  
(
EN % DU PIB DU PAYS D’ORIGINE)  
6
5
4
%
%
%
3%  
2%  
1%  
0%  
SOURCES : OCDE, BNP PARIBAS  
Une reprise en J de la croissance mondiale semblait se dessiner pour 2020.  
L'épidémie de coronavirus a modifié le scénario et, désormais, la question  
est de savoir si la reprise sera en V, en U ou en L.  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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