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EcoPerspectives // 4 trimestre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
Allemagne  
Cap inchangé, malgré la stagnation de l’activité  
Ainsi qu’il ressort du fléchissement des données et des indicateurs conjoncturels, l’économie serait en légère récession technique. Ce  
ralentissement de l’activité touche principalement le secteur manufacturier sans presque aucune incidence sur le reste de l’économie.  
Pressé de toutes parts d’adopter des mesures de soutien budgétaire, le gouvernement ne va probablement pas aller au-delà de ce que  
prévoient l’accord de coalition et le plan climat. Les simulations montrent, par ailleurs, que les effets d’entraînement d’une impulsion  
budgétaire sur les autres pays de la zone euro seraient limités. De plus, la mise en œuvre d’un plan de relance pourrait se heurter à la  
longueur des délais nécessaires à sa préparation ainsi qu’aux goulets d’étranglement sur le marché du travail. Les tensions politiques  
pourraient se renforcer après le congrès du Parti social-démocrate en décembre.  
Une récession modérée  
1- Croissance et inflation  
Croissance du PIB (%)  
Inflation (%)  
Comme le suggèrent la faiblesse des données relatives au secteur  
manufacturier et les indicateurs conjoncturels, l’économie s’est  
contractée au T3 pour le deuxième trimestre d’affilée, entrant ainsi  
en récession technique. Mais, comme l’économie tourne  
pratiquement à plein régime, on peut considérer que les turbulences  
actuelles ne sont, pour le moment, qu’une normalisation de la  
situation économique.  
Prévision  
Prévision  
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Le ralentissement concerne surtout le secteur manufacturier, sur  
fond de Brexit et de fortes tensions commerciales. Les grandes  
entreprises du secteur manufacturier allemand semblent plus  
affectées que celles des autres pays. Cette situation s’explique en  
partie par la spécialisation de l’Allemagne dans les équipements de  
transport et les biens d’investissement et par son exposition  
relativement importante au marché chinois. De plus, plusieurs  
grandes entreprises cotées au DAX ont connu de sérieuses  
difficultés. L’écart en de termes cours/valeurs comptable entre le  
S&P500 et le DAX n’a jamais été aussi important depuis 18 ans.  
Dans le secteur non manufacturier, en revanche, les indicateurs  
d’activité, quoique en repli par rapport à 2018, se maintiennent à  
des niveaux relativement élevés.  
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Sources : comptes nationaux, BNP Paribas  
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- Production manufacturière (%, g.a.)  
Allemagne  
▪▪ Espagne, France, Italie (moyenne non pondérée)  
Malgré cette récession modérée, les conditions sur le marché du  
travail restent extrêmement tendues et le nombre de postes à  
pourvoir se maintient à des niveaux record. En août, le taux de  
chômage est ressorti à 3,1 % à peine, le niveau le plus bas de la  
zone euro. Compte tenu des récentes difficultés de recrutement et  
de la rigueur de la législation allemande sur la protection de l’emploi,  
les employeurs pourraient préférer conserver leur main-d’œuvre en  
recourant à des dispositifs de chômage partiel. Le nombre  
d’employés relevant de ces dispositifs est, en effet, en  
augmentation.  
Source : Eurostat  
l'Allemagne de l'Est, pour 90 % des contribuables. Les autorités  
Le gouvernement conserve sa munition budgétaire  
entendent ramener la dette publique à près de 50 % du PIB d’ici à  
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023.  
En septembre, Olaf Scholz, ministre des Finances, a rendu public le  
budget 2020. Celui-ci sera légèrement expansionniste,  
conformément à l’accord de coalition, mais il restera excédentaire  
selon le principe de l’équilibre budgétaire (Schwarze Null). La  
politique restera orientée vers l’augmentation du revenu disponible,  
en particulier pour les personnes et les foyers à faible et moyen  
revenu. Cette politique sera poursuivie en 2021 avec l’augmentation  
des allocations familiales et la suppression de la taxe de solidarité,  
une surcharge imposée pour aider à la reconstruction de  
En outre, toujours en septembre, le gouvernement a annoncé un  
ensemble complet de mesures visant à lutter contre le changement  
climatique et à réduire, à l’horizon 2030, les émissions de CO de  
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55 % par rapport au niveau de 1990. A partir de 2050, l’économie  
devrait atteindre la neutralité carbone. Sur la période 2020-2023,  
EUR 54 mds seront affectés à des incitations en faveur de  
comportements  
et  
d’investissements  
respectueux  
de  
l’environnement.  
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Ces mesures de soutien devraient être largement financées par  
l’extension du système d’échange de droits d’émission au secteur  
des transports et au chauffage au niveau national. Le plan climat  
vient compléter la suppression progressive du charbon d’ici à 2038,  
qui avait été annoncée précédemment. Le gouvernement a  
débloqué EUR 40 mds pour la restructuration des régions  
charbonnières sur les vingt prochaines années.  
Efficacité de la politique budgétaire  
A l’aide du modèle NiGEM, nous avons simulé l’effet d’une hausse  
des investissements publics équivalant à 1 % du PIB maintenue sur  
deux ans. Dans l’hypothèse de taux d’intérêt inchangés, le PIB réel  
outre-Rhin augmenterait de 0,5 % par rapport au scénario de base  
après 2 ans.  
Ce chiffre est nettement inférieur au choc initial, l’augmentation de la  
demande ayant pour effet de stimuler les importations. De plus, les  
tensions devraient se renforcer sur le marché du travail, tirant les  
salaires et les prix à la consommation vers le haut. Au cours de la  
deuxième année, les prix à la consommation auront augmenté de  
Compte tenu d’une situation budgétaire favorable et de coûts  
d’emprunts négatifs, le gouvernement allemand a été pressé par  
des institutions internationales, comme le FMI et la BCE, d’utiliser  
sa marge de manœuvre budgétaire pour soutenir l’activité  
économique. Récemment, la Fédération des industries allemandes  
BDI, a également plaidé dans ce sens. Pour le moment, ces appels  
n’ont pas été entendus. Le gouvernement allemand soutient, pour  
sa part, que l’économie reste proche de son potentiel. De plus,  
compte tenu des délais de mise en œuvre et des incertitudes liées à  
son impact, la relance budgétaire, au-delà de l'effet du jeu des  
stabilisateurs automatiques, pourrait ne pas être l’instrument le plus  
approprié pour un réglage fin de la conjoncture. Par ailleurs, les  
effets d’entraînement sur le reste de la zone euro sont plutôt limités  
0,3 % par rapport au scénario de base. La perte consécutive de  
compétitivité sera également favorable aux importations, tandis que  
les exportations pourraient se replier. Résultat, l’excédent des  
paiements courants enregistrera une contraction de 0,7 % du PIB.  
La détérioration initiale du solde des opérations des administrations  
publiques sera atténuée par l’augmentation des recettes fiscales et  
la diminution des dépenses sociales. Dans l’ensemble, l’érosion du  
solde des opérations des administrations publiques devrait être  
égale à 0,9 % du PIB.  
(
cf. encadré). Le ministre des Finances, Olaf Scholz, s’est, toutefois,  
dit prêt à délier les cordons de la bourse en cas de crise  
économique.  
Les effets d’entraînement sur les autres pays de la zone euro sont  
limités. Les petits pays voisins de l’Allemagne sont les principaux  
bénéficiaires d’une impulsion budgétaire. La relance budgétaire  
outre-Rhin aura, en particulier, des effets favorables sur la  
production en Hongrie et en Slovaquie (en hausse dans les deux cas  
de 0,4 % par rapport au scénario de base au bout de deux ans) ainsi  
qu’aux Pays-Bas et en République tchèque (de 0,3 % dans les deux  
cas). L’effet sur la France, l’Italie et l’Espagne est de près de 0,1 %  
au bout de deux ans.  
Stagnation prolongée et tensions politiques  
La croissance du PIB devrait ralentir à 0,4 % en 2019 et à 0,2 % en  
020. La demande intérieure, portée en particulier par la générosité  
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des accords salariaux, reste son principal moteur. Au T2 2019, les  
salaires négociés ont progressé de 3,8 % par rapport à l’année  
précédente. L’inflation devrait reculer de 1,4 % en 2019 à 1 % en  
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020. Cependant, l’inflation sous-jacente va probablement  
Ces résultats doivent être interprétés avec prudence. Suite au choc  
ainsi créé, les investissements publics augmenteraient de près de  
50 %. Il est peu probable que l’on puisse trouver suffisamment de  
projets d’une telle ampleur dans un aussi court laps de temps. De  
plus, les pénuries de main-d’œuvre dans le secteur de la  
construction pourraient constituer un obstacle majeur à la mise en  
œuvre du programme.  
augmenter dans les années à venir, sous l’effet des pressions  
salariales intérieures. Selon des estimations de la Bundesbank, la  
hausse des coûts salariaux pourrait se traduire par une  
augmentation des prix à la consommation de 0,3 % à moyen terme.  
Les partis au pouvoir, CDU/CSU (conservateurs, chrétiens-  
démocrates) et SPD (socio-démocrates) ont enregistré de lourdes  
pertes lors des élections européennes et régionales, qui ont  
provoqué des tensions au sein de la coalition. De plus en plus de  
membres du SPD souhaitent que leur parti quitte le gouvernement.  
Lors de son congrès en décembre, le SPD devrait se doter d’un  
nouveau président le ministre des Finances, Olaf Scholz figure  
parmi les candidats  et pourrait choisir une nouvelle orientation, de  
quoi aggraver les tensions au sein de la coalition.  
Raymond Van der Putten  
raymond.vandeputten@bnpparibas.com  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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